CHAPITRE XXII : Désobéissance et déclaration
Durant les jours qui suivirent, Hanatarou-san venait souvent rendre visite à Karin et ils échangeaient des paroles dans tous les sens. Aucun sujet ne se suivait mais ils riaient bien ensemble.
Tôshirô ne revenait toujours pas et Karin commençait vraiment à se faire du souci. Lorsqu'elle interrogea son ami sur la situation de son mari, il eût l'air profondément gêné.
_Quoi ? Demanda Karin. Pourquoi tu tires cette gueule ? Il s'est passé quelque chose avec Tôshirô ? Hana, réponds moi ou je vais vraiment me foutre en colère !
_Et bien, dit-il hésitant. Ça fait plusieurs jours que je croise Hitsugaya Taïcho dans l'enceinte du Seireitei et...
_QUOI ?
Karin s'était relevée d'un bond, faisant une peur bleue à son ami. Il se foutait vraiment d'elle !
_Ok, dit-elle. J'enfile deux trois vêtements et tu m'emmène directement à sa division. Et c'est un ordre !
Hanatarou pâlît. Pompette, Yusu avait-elle parlait du caractère de sa sœur pour qu'il émette si peu de résistance à sa demande ?
Elle s'habilla en deux deux avec le pantalon qu'elle avait en arrivant au Seireitei, mît son débardeur et attacha ses cheveux en queue de cheval haute. Elle enfila ses chaussures et attrapa la main d' Hanatarou pour le mettre à la porte.
_Allez ! On se bouge...
_Mais à l'heure qu'il est, il doit être en plein entraînement avec ses hommes... S'il nous voit arriver comme ça, il va me tuer !
_Moi, ça fait trop longtemps que j'attends ! Pour qui il se prend ? Et si tu as peur de te faire engueuler, tu me dépose devant et tu retournes à ton boulot. Accompagne moi jusqu'à l'entrée et après je me débrouillerai. Je suis une grande fille ok ?
Son ami s'exécuta. Il avait l'air d'angoisser comme s'ils allaient à l'échafaud. Il répétait sans cesse qu'il allait se faire tuer.
Après avoir traversés des tas et des tas de couloirs, rencontré des hommes en uniformes et en armes qui chuchotèrent tous sans exception à leur passage, ils s'arrêtèrent devant une grande arche où était inscrit l'enseigne Dixième Division. Derrière le mur, Karin entendit des hommes et des femmes crier des « Ah » et des « Oh » comme s'ils se battaient. Alors elle remercia son ami et courut jusqu'à la cour dans le même élan.
Une fois à l'intérieur, elle se retrouva dans un espace large recouvert de sable. Les personnes que Karin avait embrassé le jour de son mariage étaient là, alignés les uns à côté des autres, faisant face à un homme merveilleux et autoritaire.
Ce dernier surplombait tout le groupe de son socle de bois. Il était habillé de son haori et le sabre en main, il enchaînait des mouvements d'art martiaux qu'elle reconnut comme étant un dérivé du Kung Fu Wushu. Sa vice capitaine, au pied du socle et ses soldats copiaient les mouvements comme un seul homme. Le tableau que cela représentait était magnifique et Karin en oublia pendant quelques minutes sa colère.
Ce ne fut que lorsque l'un des shinigamis la remarqua et s'arrêta pour la regarder, entraînant ainsi la curiosité de ses camarades qui en firent de même, qu'elle se souvînt pourquoi elle était venu. Elle fixa ses yeux, noir d'ébène sur Tôshirô qui venait de se stopper net en la voyant, comme figé. L'expression de son visage était sévère et glaciale. Karin sentit alors un frisson traverser son corps de part et d'autre mais elle n'en laissa rien paraître, droite comme un piquet, comme un prédateur féroce attendant patiemment sa proie.
Il descendit de son socle en sautant avec aisance et alors qu'il s'apprêtait à la rejoindre énergiquement, un papillon noir vînt se poser sur lui pour lui déposer un message. Tôshirô regarda sa femme un instant, appela Matsumoto à qui il murmura quelque chose et partit aussi rapidement qu'une fusée par la voie des airs.
Karin faillit hurler. C'était une blague ? Où allait-il comme ça ?
Matsumoto fît un signe aux shinigamis qui reprirent leur entraînement tout seul et agrippa le bras de Karin pour l'entraîner à l'extérieur de la division.
_Que fais-tu là Karin ? Le Seireitei est dangereux pour ceux qui n'en font pas partit. Tu pourrais être blessée voir pire !
_Voir pire ? Pire comme quoi ? Mourir d'ennui parce que là, ça commence à devenir n'importe quoi ! Je veux voir Tôshirô !
_Il ne peut pas Karin, répondit-elle. Il vient d'être appelé pour une réunion à la première division.
_Ils se foutent tous de moi... je vais craquer ! Emmène-moi là-bas !
_Je te ramène chez toi surtout.
_Hors de question ! Emmène-moi voir celui qui est censé être mon mari ! C'est un ordre !
_Je n'ai pas d'ordre à recevoir de toi Karin-chan. Mon capitaine me dit de te ramener chez toi, je te ramène chez toi, un point c'est tout.
Karin poussa la vice capitaine contre le mur avec plus de force qu'elle ne l'aurait voulu. Cette dernière, surprise tomba au sol et vît s'enfuir au loin la petite brune à une vitesse qu'elle ne soupçonnait pas. Il fallait la rattraper sinon son capitaine allait lui foutre un de ces savons !
Karin courait comme une folle. Elle demanda à plusieurs reprises son chemin en disant que c'était une urgence et chaque fois, elle reprenait sa course effrénée de plus belle. Les shinigamis la regardaient avec étonnement, mais personne ne lui barra la route.
Mais lorsqu'enfin, elle arriva devant la première division, Matsumoto l'attendait avec un regard victorieux et fier.
_Stop ! dit celle-ci. Ça suffit Karin-chan. Je vais me faire gronder à cause de toi !
_Je t'en prie Matsumoto-san ! Il faut que je le voie ! Il me ment. Vous voulez me voir remplir cette putain de prédiction ? Alors si je ne peux pas y aller moi-même, toi tu rentres à l'intérieur et tu me ramène mon fantôme de mari ! Sinon je me casse d'ici, compris ? Je rentre chez moi. J'en ai ras le bol de jouer les potiches à la maison ! Vous voulez que je sois docile ? Je peux être docile mais je veux voir ce salopard ou je te jure que je défonce la porte qui mène chez mon père et je reprends ma vie d'avant, mauvaise conscience ou pas !
Karin avait crié si fort que les portes de la première division s'ouvrirent brutalement. Le commandant capitaine sortit avec énergie. Malgré son grand âge, il imposait de toute sa personne.
_Que se passe-t-il ici ? Gronda-t-il.
Il posa ses yeux sur la jeune fille brune, échevelée et au prise avec le désespoir. En la voyant et quoi qu'un peu étonné, il s'adoucit.
_Hitsugaya-sama, dit-il. Puis-je savoir ce que vous faites ici et que me vaut cet honneur ? N'a-t-on pas pris le temps de vous dire que cette partie du Seireitei était interdite aux familles ?
_Aux familles ? Quelle famille ? Pour être une famille il faut au moins deux personnes non ? Je veux que vous me rendiez mon époux, si c'est comme ça que je dois l'appeler ! J'ai quelques mots à lui dire… et je peux vous dire qu'il ne va pas regretter sa vie d'autrefois !
_Et bien, reprit-il très posément, votre mari sera disponible dans quelques minutes mais pour le moment, il est occupé. Rentrez chez vous et ne revenez pas dans ces quartiers. Hitsugaya Taïcho rentrera dans quelques minutes, j'y veillerai.
Sur ce, il rentra dans son bâtiment. Karin cru même voir un sourire se dessiner sur le visage du vieil homme. La situation l'amusait-il ? Quant à elle, la colère l'abandonnait. Elle ne ressentait plus rien. Juste un grand vide. Un profond désespoir.
Ce sentiment la suivit jusqu'à chez elle où l'avait accompagnée dans le silence, Matsumoto. Pourquoi personne ne comprenait ce qu'elle ressentait en cet instant ? Elle fut prise d'une violente envie de taper tout ce qu'elle pourrait trouver…
Elle ferma la porte au nez de la belle rousse et courût dans la salle d'armes où elle tapa de ses petits poings un sac de sable suspendu au plafond. Elle avait profondément mal à chaque coup qu'elle donnait et rien ne soulageait sa douleur morale.
Elle frappa, frappa et frappa encore pendant une vingtaine de minutes jusqu'à ce qu'elle entende derrière elle :
_Tu vas te faire mal…
Lorsque Karin se retourna, Tôshirô lui faisait face, dans cette attitude froide qui le caractérisait si bien.
_Je t'avais demandé de ne pas sortir d'ici…
_Quoi ? Tu te fou de moi ?
Il ne broncha pas ce qui énerva Karin encore plus.
_Ça fait deux semaines que je suis enfermée dans cette prison !
_N'exagère pas…
_N'exagère pas ?
Karin s'approcha de lui et l'attrapa par le col.
_Tu me gardes enfermée ici sans véritable raison, tu me mens en me disant que tu es en mission, que tu es occupée et que tu ne rentreras pas ! C'est quoi ce bordel ?
_C'est vrai je suis occupé…
_MENTEUR !
Les yeux de Karin étaient accrochés violemment à ceux de Tôshirô. Elle ne comptait pas le lâcher de sitôt.
_C'est vous tous qui m'avez amené ici ! Toi qui est venu à ce mariage et qui à chaque fois m'a parlé ! Tu me ramène dans ta maison, mariée et depuis ce jour, je ne côtoie que des gens dont je me fou éperdument et que je ne connais absolument pas. Je suis complètement perdue ! Le monde entier vient ici et mon mari, qui est censé honorer notre union, se trouve mille excuses pourris pour éviter ma présence ! Qu'est-ce que je dois penser de ça ?
_Des gens dont tu te fous ? Et Hanatarou -san… Ce garçon ne vient-il pas tous les jours te tenir compagnie ?
Il avait dit ça sur un ton si mauvais que Karin fut à deux doigts d'exploser.
_Et tu m'espionne en plus ? cria-t-elle. Oui ! Unohana-san vient ici tous les jours me parler ! Me raconter ce qu'il se passe ici ! C'est le seul ami que j'ai ici ! Qui d'autre le ferait ? Toi ? Toi qui étais mon ami ! Toi, qui te comporte comme un lâche ?
A ce mot, Tôshirô planta à son tour ses yeux d'un bleu intense dans ceux de sa femme. Karin sentit un frisson de peur traverser son corps. Elle ne relâcha pas son étreinte pour autant. Maintenant, il allait s'expliquer.
_Je ne pouvais pas…
_Oh ! Tu ne pouvais pas, le coupa-t-elle. Encore une excuse de merde ! Abrutis ! Si tu ne m'aimes pas, Tôshirô, si tu ne me désire plus, et si tout ça – la dernière fois que tu es venu me voir sur terre il y a trois ans, et cette fois-là dans la chambre du manoir – n'était qu'une mission ou un jeu à tes yeux, je ne te force en rien ! Si tu ne veux pas de moi, rien ne t'oblige à m'aimer. Le temps, Tôshirô, le temps peut-être fera que les choses seront plus douces...
_Tu compliques tout Karin !
_Je complique tout ? Pourquoi ?
Karin ne put se retenir. La violence traversa son corps de part et d'autre et elle se mit à frapper cet homme qui la faisait tant souffrir. Elle tapa tout ce qu'il laissait à portée de ses mains. Son torse, son visage, son ventre... elle tapait et griffait !
_Comment oses-tu ! Tout était plus simple avant que je ne te rencontre ! Je n'ai jamais demandé à vivre ça ! Je voulais simplement te revoir ! Ca ne t'a pas suffi de jouer avec moi ? Maintenant tu me mens ! Salaud ! Alors conduis-toi en mari ! Si tu ne m'aimes pas, au moins fais l'effort d'être un peu présent ! Je suis seule ici Tôshirô ! Je suis toute seule ! Je n'ai que toi !
Tôshirô agrippa avec force les bras minuscules de Karin, ce qui la stoppa violemment. Il vit que de ses yeux coulaient des flots de larmes et ce n'était pas dû à la douleur que la pression de ses mains exercée sur sa peau. Elle perdit toute sa force tout à coup et se laissa choir sur le sol.
_Tôshirô... pourquoi ? Murmura-t-elle à voix blanche.
Celui-ci s'écarta d'elle. Il se mit dans l'encadrement de la porte et lui dit :
_Je ne suis pas rentré, Karin car j'ai cru que ce serait ce qu'il y aurait de mieux pour toi après ce mariage. J'avais peur que tu te sentes forcée d'accomplir ta destinée si je restais près de toi, comme si j'insistais par ma simple présence.
Il se retourna pour partir.
_Plusieurs fois dans ma vie, reprit-il sévèrement, j'ai été trahi et manipulé alors j'ai pensé que tu devais profondément me détester et qu'il serait mieux pour toi... pour nous, de te laisser du temps et de la tranquillité. Si tu veux tout savoir, je me hais pour ça. C'est dur pour toi Karin. Ça l'est pour moi aussi parce que... parce que je t'aime et que jamais je n'aurai voulu que les choses se passent ainsi. Tu entends Karin ? Je t'aime et pas parce que c'est une mission mais parce qu'avec toi, tout est si simple ! Je suis simplement heureux sans jamais à avoir à me poser de question...
Et sur ses mots, il souffla épuisé et disparut dans le couloir, laissant Karin, muette et interdite, digérer la déclaration qu'elle venait d'entendre...
