CHAPITRE XXIII : Dans des bras de glace

Sa confession résonna en premier lieu, dans les oreilles de Karin comme un écho dénué de sens. Avait-elle bien entendu ou était-ce encore son esprit qui lui jouait des tours ?

Cela faisait si longtemps qu'elle attendait ça ! Voilà ce qu'elle voulait entendre ! Et peu importe dans quelle condition les choses s'étaient faites ! Un mariage forcé peut-être, mais avec l'homme qu'elle chérissait après tout... Il l'aimait, il l'aimait réellement, cet homme de glace, ce cœur mystérieux qui lui avait causé tant de chagrins...

Karin se leva doucement, dévorée par l'incertitude.

Elle entra dans le salon. Personne.

Elle regarda dans leurs chambres. Toujours personne.

C'est alors qu'elle entendit un bruit d'eau que l'on remue. Sans trop savoir ce qu'elle faisait, Karin se dirigea vers la salle de bain. La porte ne fermait pas, elle le savait. Cependant, déterminée et apeurée à la fois, la jeune et jolie jeune fille glissa ses mains endoloris sous son débardeur et le fît voler. Elle ne savait pas ce qu'elle devait faire…

Elle déboutonna son baggy et le laissa glisser sur le sol. Etait-elle complétement folle ?

Tremblante elle détacha son soutien-gorge et dans le même élan, enleva le peu de vêtement qu'il lui restait sur le corps.

Et c'est entièrement nu que Karin fît coulisser la porte en toile qui la séparait de l'homme qu'elle aimait.

Quand elle entra ainsi dans la salle, Tôshirô était à demi assis dans son bain. En l'apercevant dans la brume de chaleur, il se redressa d'un bond et ouvrit de grands yeux étonnés.

Lorsque celle-ci s'approcha de lui, dans toute sa fragilité, elle rougit en voyant que l'eau du bain était limpide et qu'elle pouvait entrevoir chaque parti du corps musclé et pâle de son époux.

_Karin ! Dit-il ne sachant que faire. Karin, qu'est-ce que tu…

Mais trop tard. Cette dernière pénétrait déjà les profondeurs de l'eau pour se placer en face de lui. Elle le toisa, avec cet air sûr d'elle qui la caractérisait si bien. Lui au contraire, avait perdu cette attitude glaciale pour la voir remplaçait par l'indécision et l'excitation.

Cette expression sur le visage de Tôshirô était si rare que la jeune fille aurait pu en être amusée – si, bien entendu, elle n'avait pas été si angoissé et bouleversé à cette instant précis...

« Elle est si belle ! » Pensa-t-il. « C'est ma femme... Karin est ma femme… calme-toi…

»

Que devait-elle faire à présent ? Elle hésita une fraction de seconde, puis Karin posa ses mains de chaque côté de la tête de Tôshirô et s'assit sur lui, collant son corps de jeune femme contre celui, fou de désir de son mari qui accueillit, non sans gêne et sans maladresse, les charmantes bontés que son épouse lui offraient en gage d'amour.

Tout parut s'arrêter à ce moment-là. L'étreinte de ces deux êtres était si forte que nul n'aurait pu la défaire.

Le ciel, à l'extérieur était d'un calme parfait, mais une tempête terrible éclatait entre eux. Leur cœur battant à tout rompre, leur souffle humide se mélangeant dans la brume de l'eau et les gémissements de plaisirs emplissant l'air environnant dans une osmose infatigable et parfaite.

Cette nuit, peut-être ne changea pas le train de vie quotidien de toutes les personnes qui respiraient autour d'eux, mais pour ces deux amants, ce fut le summum du bonheur. Ils apprirent mutuellement durant des heures à connaître leurs envies, les caresses, les baisés, les désirs de l'un et de l'autre.

La baignoire ne fut pas le seul endroit où leur amour s'exprima. Trois années que Tôshirô voulait gouter à la peau sucrée de Karin. Tant de temps passé où celle-ci rêvait d'empoigner ses cheveux blancs et d'embrasser chaque parcelle de son corps diaphane.

Leurs lèvres gourmandes ne pouvaient plus se décoller, tant la chaleur qui se dégageait de ce contact les affolait avec animosité. Les mains du jeune homme frôlant parfois la cambrure féline de cette resplendissante amazone qui enfourchait sans honte les hanches de celui-ci.

Faire l'amour avec Karin alliait à la fois la douceur et toute la violence de ce caractère farouche.

Leur chevelure se mêlait au même niveau que leur deux corps énergique, suant de tant d'efforts et d'excitations partagées.

Et ce n'est que lorsque le premier rayon de soleil frappa la toile qui les séparait du jardin, que les deux amants arrêtèrent leur folle nuit d'ivresse pour sombrer dans le sommeil, la belle brune enlacée par les bras puissants de l'homme qu'elle aimait plus encore que sa propre vie...