CHAPITRE XXIV : La mauvaise nouvelle
Quand Karin ouvrit les yeux le matin, elle fut prise de panique. Le futon dans lequel elle dormait était vide. Elle se releva si vite que sa tête lui tourna quelques minutes. Fermant les yeux, Karin prit un moment pour écouter son corps. Tout en elle était douloureux. Pas un seul centimètre de chair n'était épargnait et ses muscles criaient au secours.
La nuit qu'elle venait de passer avait été la plus belle, mais aussi la plus fatigante qu'elle ait jamais vécu.
Lorsqu'elle rouvrit les yeux, Karin vit le chaos qu'ils avaient causé dans la pièce : la moitié des bibelots était par terre, les quelques tableaux sur les murs penchaient dangereusement et le futon était si froissé qu'il ne ressemblait plus à rien.
Karin éclata de rire.
_Ça va ?
Elle sursauta. Puis rit de nouveau. Tôshirô, appuyé contre l'encadrement de la porte commença à s'inquiéter. Il portait un simple peignoir blanc, noué à la taille par une corde de la même couleur.
_Karin, dit-il en s'approchant d'elle, tu vas bien ? Qu'est-ce qu'il t'arrive ?
_Rien ! Rien, ne t'inquiète pas, répondit-elle hilare. Tu as vu l'état de ta chambre ?
Tôshirô jeta un regard autour de lui et sourit.
_De notre chambre, rajouta-t-il en posant ses yeux d'un turquoise intense sur sa bien-aimée.
_Oui, de notre chambre, répéta-t-elle en rougissant comme une pivoine.
_Et encore, t'as pas vu le salon... Et puis, c'est de ta faute ! Dit-il en se massant les muscles de ses avant-bras. Si tu étais plus douce, ça n'arriverait pas…
Elle lui donna un coup de poing dans la cuisse.
Il exagérait ! De la vigueur, elle en avait mais pas assez à elle toute seule pour causer autant de dégât. Elle agrippa le bas de son vêtement pour l'obliger à s'asseoir près d'elle.
Le jeune homme se rallongea les bras croisés derrière sa tête. Karin posa la sienne sur le torse de son amant et se mit à caresser le ventre de celui-ci d'un geste machinal.
_J'ai cru que tu étais partis, dit-elle. J'ai eu peur…
_J'étais juste dans le salon. J'envoyais un message à Matsumoto-san et au quartier général pour leur dire que je prends mes congés à partir de maintenant. De toute façon, ils n'attendaient que ça. Tu aurais dû voir la tête du commandant capitaine quand il m'a dit de rentrer chez moi hier… j'ai faillis me faire engueuler avec tes bêtises !
Il sourit à sa femme dont le visage s'était relevé pour lui faire face. Elle fronçait les sourcils. Ses mains caressaient à présent le torse de celui-ci en faisant de petits cercles avec la pointe de ses ongles.
_Tu restes avec moi ?
_Je reste avec toi, je ne pars plus ok ?
_Alors…
Le silence s'installa. Tôshirô la regarda en attendant la suite de sa phrase. Que voulait-elle ?
_Qu'est-ce qu'il y a Karin ? Finit-il par dire, inquiet.
_Alors maintenant… c'est toi mon prisonnier ! Cria-t-elle.
Et la jeune femme se jeta sur lui, ses jambes encadrant les hanches de son époux, assise sur lui comme une cavalière. Elle défit le peignoir qu'il portait et se coucha de tout son poids sur le torse tendu de Tôshirô. Puisqu'il restait auprès d'elle, autant en profiter un maximum avant que les choses ne changent et qu'il ne doive repartir de nouveau…
La semaine qui suivit se passa sans problèmes. Ils n'avaient tous les deux qu'à penser à leur amour et au futur.
Parfois, ils sortaient dans le Rukongai, se promenaient incognito au milieu des âmes. D'autres fois, ils allaient manger chez des capitaines qui les avaient invités… Elle pensa que c'était une façon délicate de leur part de surveiller comment se portait le couple et s'ils avaient une chance de voir la prédiction se réaliser un jour.
Mais en général, Karin et Tôshirô passaient la plupart de leur temps à s'aimer et laissaient leur corps le traduire.
Il arrivait bien que celui-ci sortit quelques heures pour arranger des affaires de la dixième division ou par obligation quand le commandant-capitaine le faisait appeler. Il prenait également une ou deux heures le matin afin de communiquer avec Hyorinmaru – ce que Karin observait avec passion, sans jamais le déranger.
Et quand son mari s'entraînait, elle essayait de reproduire certains mouvements à son tour, se disant qu'après tout, ce ne serait pas un mal de savoir aussi se défendre dans sa situation…
La quatrième semaine depuis son mariage commençait. Ce matin-là, Tôshirô était partit tôt parce que Matsumoto l'avait appelé en renfort pour une situation délicate.
Karin se prépara un café dans la cuisine et imagina toutes les tenues possibles dans laquelle elle pouvait accueillir son époux à son retour. Elle porta son dévolu sur un kimono turquoise assortie aux yeux de Tôshirô qui traînait dans son armoire. Après tout, cela pouvait lui plaire vu qu'il venait d'une autre époque… même si ce genre de fringue était chiant à enfiler, elle finirait bien par s'en sortir ! Au bout du compte, il allait être enlevé alors autant ne pas trop se prendre la tête…
Petit déjeuner terminé, douche prise, Karin était enfin disposée à commencer sa journée. Elle ne pouvait pas sortir seule tant que la menace persistait donc il valait mieux, pour elle, prendre les choses avec optimiste et sérénité.
Au moment de se déshabiller, une étrange ombre apparut derrière la fenêtre de sa chambre. Elle ouvrit avec curiosité et aperçu à son grand étonnement un papillon qui attendait. Il entra et se posa sur le lit.
Karin était intriguée. Il n'était pas noir comme les autres mais rouge, tacheté comme une coccinelle de points orange. Il ne disait rien.
Lorsque celle-ci le toucha, une voix résonna dans ses oreilles :
_Ce message doit être délivré au seul Hitsugaya-sama.
Elle retoucha le papillon et ce-dernier répéta le même message. Karin était sur le point de faire demi-tour vers la salle de bain, kimono en main lorsqu'une idée lui vînt à l'esprit. N'était-elle pas mariée ?
Alors elle toucha le papillon une fois de plus et pensa très fort :
_Je suis Hitsugaya... Je suis Hitsugaya…
Tout à coup, le papillon se figea et lui délivra à tort l'intégralité de son message.
_Urgence, disait-il. La protection du Sujet Numéro Quatre à échouée. Le Sujet Numéro Quatre, Kurosaki Yusu a été enlevé cette nuit par le dit « maître des enfers ». Le Numéro Trois est blessé, hors d'état de se battre, le Numéro Deux a disparu. Protégez le Sujet Numéro Un. Hitsugaya Karin doit être évacuée derechef. Les Capitaines de toutes les divisions doivent rejoindre la terre par cette porte et récupérer le Protagoniste Numéro Trois à des fins curatives…
A ces mots, une porte à deux battants s'ouvrit devant Karin. Elle n'y fit pas attention tout de suite. Dans ses oreilles résonnaient le message qu'il lui avait été transmis. Sa sœur, sa chère et délicate sœur avait été enlevé et son père et son frère étaient soit porté disparu soit gravement blessé.
Sa force l'abandonna, ses jambes cédèrent sous son poids. Etait-ce de sa faute ? Arrivait-il tous ces malheurs à sa famille parce qu'elle pouvait porter en elle le bien ou le mal ?
Tout à coup, elle leva les yeux vers la porte qui se trouvait devant elle. Si sa famille avait besoin d'elle, alors elle ne resterait pas ici à attendre que ce salopard d'Akaku vienne la chercher. Il lui fallait ramener son père ou son frère – l'un ou l'autre était blessé – et ensuite elle aviserait bien pour récupérer Yusu.
Et c'est déterminé qu'elle emprunta le chemin vers la terre qui s'ouvrait à elle pour retrouver l'homme qui faisait tant de mal à ceux qu'elle aimait. S'il lui fallait donner sa vie pour les sauver, alors elle le ferait ! Et ce ne sera pas sans s'être battu…
Karin, vêtue du shihakusho noir sans manche que son mari lui avait défendu de porter, courut le plus vite qu'elle put en direction de la lumière.
Cependant, lorsqu'elle sortit à l'autre bout du tunnel, le paysage qui se dressait devant elle n'était pas celui de la belle ville de Karakura.
Devant ses yeux, la désolation, la violence et les flammes de l'enfer. Des créatures en tout genre hurlaient de douleurs, pleins de haine, emplit de cruauté…
Et ce n'est que lorsque Karin comprit qu'elle s'était faite piéger et qu'elle venait de pénétrer dans les abysses d'un autre monde qu'un coup violent la frappa derrière la tête. Durant quelques instants, elle entendit des chuchotements et puis rien… le vide… le néant.
Karin sombra dans l'inconscience la plus totale…
