CHAPITRE XXV : Captive
Quand Karin ouvrit les yeux, elle ne comprit pas tout de suite ce qu'il lui arrivait.
Où pouvait-elle bien être. Il lui sembla que cela ne faisait seulement que quelques minutes qu'elle avait quitté son foyer et pourtant, une douleur lancinante derrière son crâne lui rappela désagréablement la situation.
Combien de temps était-elle restée inconsciente ?
_Elle ouvre les yeux, maître, dit une petite voix fluette.
Karin voulu se relever, mais sa tête tournait dangereusement. Ses poignets étaient également meurtris et lorsqu'elle y regarda de plus près, elle vit que de lourdes chaînes d'or la retenaient prisonnière d'un sol de marbre noir. Ses bras et ses poignets étaient maculés d'hématomes.
_Mauvais goût « maître », dit Karin cynique en s'adressant à l'homme qu'elle savait être son ancien professeur.
_Et bien, répondit celui-ci en prenant son visage pâle dans le creux de sa main droite, même dans une situation délicate, tu ne perds pas ton humour. Ça fait plaisir à voir... J'ai cru que tu ne te réveillerais jamais ! La prochaine fois, je taperai moins fort, c'est promis.
Karin entendit des rires éclater de derrière Akaku.
Les cheveux longs de son tortionnaire étaient détachés et il portait sur ses épaules une longue cape en velours noir sur laquelle étaient brodée de nombreux dragons enflammés.
_Où est ma sœur fils de pute ? Siffla-t-elle.
_Ta sœur ? Répondit-il d'une voix innocente. Mais je ne sais pas moi... chez elle, bien au chaud dans sa petite maison ?
_Enfoiré, murmura-t-elle, regrettant d'avoir été si impulsive. C'était un piège et je suis tombée à pieds joint dedans !
_Oh ! Ne te lapide pas comme ça petite Kurosaki... Je peux le faire pour toi !
Il rit, entraînant de nouveau, des gloussements dans son dos.
_Enlever ta sœur aurait été une très bonne idée mais ils ne m'ont pas facilité la tâche sur terre. Ton frère et ses amis ont de la répartis ! La ville de Karakura était si bien gardée que je ne pouvais pas y mettre les pieds sans qu'ils me tombent dessus et ils sont plutôt… puissants, tu vois ? T'enlever au Seireitei relevait de l'impossible. Des sorts, des enchantements, des barrières etc. etc. Même le Roi ne doit pas être aussi bien gardé mais, petite fille, je savais que si j'attendais un peu, l'occasion viendrait pour moi de faire pénétrer un simple petit coup de pouce. Devine ?
_Le message, dit-elle à voix blanche.
_Tout juste ! Et oui, la curiosité est un vilain défaut. Je savais bien que ce petit message attirerait ton attention ! Ne suis-je pas ici, le seul à pouvoir ouvrir la porte de l'enfer ? Et toi, si téméraire tu as foncé tête la première dès que tu as su ta famille en danger... Que c'est beau l'amour ! Regardez mes amis ! Notre invité est là par amour !
Il s'écarta alors pour laisser Karin apparaître aux yeux d'une assemblée d'hommes encapuchonnaient dans de longs manteaux marrons.
Surplombant la foule, elle vît une centaines de silhouettes sans identité l'observer non sans une certaine excitation qui affolait les rangs. Parmi les pierres noires et les flammes, tous la toisaient avec envie.
_Regardez mes frères de souffrances ! Fidèle à ma promesse, je vous apporte la Coupe de la Vie ! Celle qui nous donnera un libérateur ! Ce soir, mes amis, moi, le dragon rouge, je vais honorer cette jeune humaine et nous donnerons naissance au plus grand Roi que les enfers aient jamais connu ! Nous pourrons nous venger ! A quand remonte votre dernier repas de chair fraîche mes frères ?
L'assemblée était en lice.
Karin, elle, éclata de rire. La situation n'avait rien de drôle, mais quitte à être violée ou tuée, autant le faire en lui crachant à la gueule toute sa haine.
_Pauvre con, dit-elle avec un sourire méchant, ça fait longtemps que la Coupe est pleine...
Akaku s'arrêta pour l'observer. Il s'avança vers elle comme un dément et releva Karin en l'attrapant par les cheveux. Elle gémit sous la douleur.
_De l'humour encore ? Que veux-tu dire petite garce ?
_Je veux dire que si ça se trouve, je porte déjà l'enfant qui te butera, fils de pute... Ils ont déjà pris les devants ! Je suis mariée au plus puissant des shinigamis et je porte peut-être son enfant en moi !
Il plaça ses yeux au niveau des siens et lui donna un baisé qu'elle ne put éviter. Sa pression sur ses lèvres était si violente qu'elle sentit sa mâchoire craquer. La bouche d'Akaku étouffa son hurlement. Puis il se recula légèrement pour la regarder.
_Peut-être, petite Karin que le dragon a touché à ce corps si... fragile... mais si je tue ton amant petite fille, et si je tape fort ici – il plaça sa main sur le bas ventre de celle-ci – peut-être que s'il n'y a plus de dragon et pas de progénitures, si progéniture il y a bien sûr, alors peut-être que nous pourrons tenter notre chance à la prochaine lune noire. Je n'ai pas peur d'attendre. - Il se retourna vers la foule – Nous attendons depuis des siècles alors qu'est-ce qu'un mois de plus ?
Toute l'assemblée hurla de joie !
_L'espoir n'est pas perdu ! - il se remit face à elle – La prédiction ne dit absolument pas que le premier homme à t'avoir touché sera celui qui gagnera... Il suffit juste que ton premier enfant soit de moi. Je t'épouse pour sceller nos âmes, je te prends et voilà ! Rien de compliqué à comprendre petite idiote.
Karin sentit les larmes couler le long de ses joues. Sa mâchoire lui faisait atrocement mal mais il était hors de question de laisser faire ce mec.
_Si jamais je venais à porter ta pourriture en moi, je nous tuerai tous les deux, sois en sûr !
_Et comment, dit-il en souriant, comment t'y prendras-tu si tu ne peux plus bouger d'un millimètre ? S'il le faut, petite Kurosaki, je te couperai les jambes et les bras, je te coudrai les lèvres et lorsque l'enfant aura été mis au monde, je te donnerai à bouffer aux âmes de l'enfer !
Des cris s'élevèrent des flammes, des cris d'excitation.
_Ils viendront, chuchota-t-elle. Et ils t'éclateront ta sale gueule de merde ! Mon père, mon frère et mon mari ! Crains les, espèce de lâche parce qu'à côté d'eux et sans ce bâtard que tu veux me voir mettre au monde, tu ne vaux rien. Tu es un faible, c'est toi-même qui l'as avoué ! Ils sont trop puissants pour toi ! LÂCHE !
Akaku la gifla de toutes ses forces. Karin hurla. Du sang coulait le long de sa gorge et quand elle plaça ses mains à l'endroit où il l'avait frappé, elle mit ses doigts directement sur la chair à vif. La peau manquait par endroit et des flots de sang coulaient. Sa tête se remit à tourner et la nausée la gagna, si forte qu'elle crut qu'elle ne tiendrait pas longtemps comme ça.
_Petite putain...
Il semblait avoir du mal à se calmer. Il gigotait dans tous les sens et de sa gorge s'échappait des râles de colère.
_Je te tuerai petite garce ! Toi ! Ton frère ! Ton père ! Ton Dragon ! Je les buterai tous avec ou sans mon fils !
_En es-tu sûr ?
Karin releva la tête tant bien que mal pour voir d'où sortait cette voix qui lui était si familière. Dans la foule, plusieurs hommes enlevèrent leur capuche et sous ces manteaux se cachaient l'espoir de la jeune fille. Ce fut comme une bouffée d'oxygène.
Elle vit que tous les Capitaines sans exception, le sabre en main trancher déjà le corps des âmes sans identité. Ces derniers, trop faibles sans Roi et mal organisés, couraient dans tous les sens pour échapper à la justice. Ces criminels tombaient un à un sur le marbre noir et dans les flammes.
Karin aperçut aussi les vices-capitaines et les amis d'Ichigo présents le jour de son mariage. Ils étaient tous là pour elle... son frère, son père et lui, l'homme qu'elle aimait.
Et lorsqu'elle les vît avancer tous les trois, vers elle, une main empoigna et serra sa gorge pour l'obliger à se relever entièrement.
Akaku s'était placé derrière Karin. Il avait sorti une épée incandescente qui brûlait la peau de la jeune fille tant il était proche d'elle. Elle gémit encore. La douleur était trop violente.
Quand le maître des enfers plaça l'arme vers le visage de Karin, Tôshirô s'arrêta net, entraînant Isshin et Ichigo à faire de même. Sa femme était couverte de plaies. Son visage, contracté par la douleur se perdait sous le flot de ses cheveux trempés de sueur et de sang. Il sentit la haine, plus puissante qu'une tempête pénétrer chaque muscle, chacun de ses sens et il n'avait plus qu'une seule envie : tuer, déchirer, détruire le salopard qui avait posé sa main sur elle.
_Enfoiré...
_Comment ! Hurla le maître des enfers, complètement paniqué. Comment as-tu fait pour venir jusqu'ici ! Vous ne pouvez pas ouvrir la porte de l'enfer ! Vous ne contrôlez pas ce monde ! Je suis le seul à pouvoir le faire !
Un sourire glacial apparut sur le visage froid de Tôshirô.
_Non, nous ne le pouvons pas, répondit-il. Mais nos zanpakuto ont juré de protéger ma femme à notre union et eux le pouvaient espèce de lâche ! Leur pouvoir est immense.
Karin crut voir l'avatar de Hyorinmaru se refléter dans la lueur de la lame.
_Partout où elle se serait trouvée, ils auraient pu nous y conduire pour lui porter secours...
Akaku frémit derrière la jeune fille. La peur le dévorait.
_Lâche ma sœur ou je te jure que tu vas le regretter amèrement salopard !
Ichigo et Isshin étaient aussi à point. La moindre faille dans la défense du maître, et celui-ci serait immédiatement hors d'état de nuire.
Karin entendit le mot « Bankai » résonner trois fois dans sa tête et ceux qu'elle aimait apparurent comme trois dieux de l'au-delà. Leur puissance était telle qu'elle avait la sensation que son cœur était serré dans un étau et qu'il se refermait chaque seconde un peu plus.
Mais alors que Karin s'attendait à voir un combat meurtrier commencer, la pression qu'exerçait son ravisseur disparu soudainement. Elle aperçut les visages de ses alliés passer de la colère à la surprise et à la frustration.
_Il s'enfuit ! Hurla son père.
Et quand les jambes de Karin la lâchèrent, elle ne s'écroula pas sur le sol mais dans les bras d'Ichigo qui la serra contre lui.
_Karin, cria-t-il. Je suis là ! Ça va aller !
_Ichi-nii...
Ses larmes coulaient abondamment sur le torse de son frère. Le soulagement fut à cet instant plus fort que sa douleur. Mais ce sentiment fut de courte durée car elle ne vît pas Tôshirô et son père arriver.
_Où sont-ils ? Hurla-t-elle, prise de panique.
_Calme toi Karin. Ils poursuivent Akaku. Ils sont bien plus puissants que lui, ils ne risquent rien.
Et il passa sa main dans les cheveux de sa sœur. Il faisait toujours ça pour la rassurer... Karin fut alors submergée par une vague de douleur au niveau de sa tête et elle perdit connaissance sans savoir si oui ou non l'amour de sa vie allait revenir...
