CHAPITRE XXVI : Après l'effort, le réconfort

Des draps… des draps recouvraient son corps. Une main tenait la sienne délicatement et la caressait. Et des voix… des voix que Karin connaissait bien résonnaient comme dans un rêve :

_Ça ira, disait celle d'Hanatarou. Unohana Taïcho a dit que les blessures étaient profondes mais qu'elles guérissaient très vite. On ne voit presque plus rien donc ne t'inquiète pas ok ?

_Je sais, fit la voix tremblante de Yusu. Je sais ça mais elle ne se réveille pas !

_Elle a juste besoin de repos, c'est tout. Elle a perdu beaucoup trop de sang.

Puis ce fut de nouveau le noir. Karin rêva alors qu'elle était au milieu d'une île déserte. Tous les arbres étaient calcinés, le sol sous ses pieds se craquelait à chaque tremblement de terre et l'eau qui l'entourait, frémissait sous l'intolérable chaleur de l'air environnant. Au centre de l'île, un volcan en fusion laissait couler des flots violents de lave et tandis que Karin essayait de courir pour éviter une mort certaine, des démons par centaines l'agrippèrent avec leurs griffes pour l'entraîner un coup vers l'eau bouillonnante, un coup vers la lave étouffante. D'autres créatures de l'enfer tentaient de lui déchirer le ventre avec leurs dents pointues. Elle sentît chaque parcelle de son corps s'écartelait sous leur étreinte, petit à petit quand…

_NON ! hurla-t-elle.

La porte de la chambre s'ouvrit à la volée. Entrèrent son père, son frère et Yusu, leur visage déformé par l'inquiétude.

_Karin ! Cria Isshin.

_Ils veulent me tuer ! Pleurait-elle. Ils veulent me prendre mon bébé !

_Calme toi ma puce, calme toi ! Tu es en sécurité ici. Personne ne te fera de mal... chut... calme toi...

Karin se laissa choir dans les bras de son père. Elle haletait de peur. Avait-elle vraiment vécu ça ou était-ce seulement un cauchemar ? Ichigo lui caressait les cheveux, assis à la gauche de la jeune fille à l'opposé de son père et Yusu pleurait en silence au bout du lit, le sourire aux lèvres.

Il fallut bien quelques minutes à Karin pour se rendre compte que rien n'allait se passer et qu'elle ne craignait absolument pas de voir débarquer ces bêtes cornues.

En levant les yeux, elle reconnue la chambre dans laquelle elle s'était réveillée quelques semaines plus tôt. Soudain, une terrible pensée traversa son esprit.

_Tôshirô, dit-elle.

_Il va bien, répondit son père.

_Il a repris le travail, enchaîna Ichigo. Il est resté à ton chevet chaque nuit mais il bosse comme un dément pour retrouver ce salopard...

_J'ai dormis... combien de temps ? Demanda-t-elle angoissée.

_Trop longtemps, murmura sa sœur.

_Deux semaines tout pile, lui dit son père. Tu nous as fait une sacrée frayeur !

Deux semaines ! Rien que ça ! Son cauchemar lui semblait avoir duré des mois entiers.

_Personne n'est blessé ?

_Non, personne.

_Et Akaku...

Dire son nom déclencha une profonde et silencieuse douleur dans les entrailles de Karin.

_Il s'est enfui, reprit Isshin.

_Il a ouvert une porte et on ne sait pas où il peut être cet enfoiré...

_Mais ne t'inquiète pas, dit Yusu pour la rassurer. On est en sécurité ici pas vrai ?

La jeune fille aux cheveux noirs remarqua quelque chose d'étrange. Que faisait-elle à la Soul Society ?

_Yusu ! Mais comment ça se fait que...

_Oh ! Minauda-t-elle. Ça devenait trop compliqué de protéger à la fois Karakura et le Seireitei alors ils m'ont emmené ici. Ça évitera que tu te lance la tête la première pour venir me sauver quand nous allons parfaitement bien !

Elle rit gentiment. Karin, elle, se sentait stupide.

_Et puis de toute façon, reprit-elle. Je savais déjà que tout ça existait alors, autant être près de toi non ?

_Tu ne veux toujours pas me dire comment tu as appris ça ? Supplia Ichigo.

Yusu fit non de la tête. Elle jeta un regard complice à sa sœur qui comprit instantanément qu'Hanatarou avait suivi son conseil.

_Karin, dit son père. Tu devrais te reposer encore un peu.

_Non, répondit-elle catégorique. J'ai assez dormis tu ne crois pas ? Je veux voir Tôshirô.

_Ok, ok. Mais reste allongée s'il te plaît. Je vais le chercher d'accord ?

_Non plus, je vais me préparer et puis j'irai lui faire la surprise.

Sans tenir compte des protestations de sa famille, Karin se leva doucement et s'enferma dans la minuscule salle de bain qui jouxtait le mur de droite de sa chambre.

Lorsqu'elle aperçut son reflet dans le miroir, elle crut voir un fantôme. Son visage était si pâle qu'elle aurait presque pu y voir à travers. Ses yeux étaient rougis d'avoir tant dormis et tant pleuré.

_Ok, murmura-t-elle. Y a du boulot... YUSU ! Cria-t-elle. Apporte-moi des fringues et de quoi ressembler à quelque chose s'il te plaît.

Il avait veillé sur elle chaque nuit… alors elle tenait à être belle pour le revoir, et cacher toutes les marques de son supplice pour qu'il ne s'inquiète plus. Vraiment ! Elle se sentait beaucoup mieux.

Sa sœur et elle se mirent alors à l'ouvrage. Après une douche bien chaude qui décontracta ses muscles meurtris, Karin la laissa lui sécher les cheveux de la même manière qu'elle les portait le jour du mariage de son frère. Voir de sa tête tomber une cascade de boucle l'étonnait toujours, elle qui avait les cheveux si lisse. Elle enfila un jean bleu foncé moulant et une ceinture cloutée gris métal très fine autour de sa taille de guêpe. En guise de haut, elle opta pour un sous-pull moulant, noir à manche qui cachait les quelques bleus qui tachetés encore sa peau par endroit. Sa sœur glissa autour de sa nuque, un raz le coup en tissu, assortis avec sa ceinture. Dans le creux de sa gorge pendait élégamment un petit dragon d'acier entourant un chiffre dix.

_Comme ça, dit Yusu, si tu te perds, ils seront où te ramener !

Et toutes deux partirent d'un fou rire. Ça n'avait rien de particulièrement drôle mais toute la tension qu'elles avaient accumulée retombait tout à coup.

Son visage maquillé avec adresse et légèreté ressemblait déjà plus à celui de la jeune fille. Elle n'avait plus l'air fatiguée ni accablée. C'était juste elle que le reflet du miroir lui renvoyait. Elle, en plus féminine…

Karin enfila des baskets de ville en cuir noir et sortis, aux bras de son père et de son frère en direction de la dixième division. Elle marchait lentement, ce qui lui laissa tout le loisir de discuter avec eux. Elle apprit que tous les partisans d'Akaku s'étaient rendus et que ce-dernier ayant disparu, ils ne pouvaient plus rien tenter contre sa vie.

Seul son ancien professeur restait une menace permanente à cause de sa faculté à voyager entre les mondes.

Sur son chemin, certains shinigamis s'arrêtèrent pour la regarder passer avec étonnement, d'autres avec un sourire de soulagement et parfois même, elle crut voir dans leurs yeux de l'admiration. Isshin et Ichigo étaient si fiers d'être à ses côtés, qu'elle sentait l'exaspération monter en elle.

Alors que son père s'extasiait de la beauté de sa fille, Karin lâcha son bras.

_Papa, dit-elle. Si tu continus de yoyoter comme ça, je te laisse ici et j'y vais toute seule ok ?

Son père sourit bêtement. Elle souffla en se tournant vers son frère. Il eût un regard entendu qui en disait long : demander à Isshin de cesser de faire l'idiot, c'était comme de demander à une chèvre de se transformer en vache...

_Nous y voilà, conclut-t-il au bout d'un moment.

Et pour la deuxième fois de sa vie, Karin se retrouva devant l'arche de la Dixième Division du Seireitei. Tout était identique, à l'exception de son sentiment de colère qui avait laissé place à un amour inébranlable…