CHAPITRE XXVIII : Dodo, clope et chocolats

Une année s'était écoulée depuis le mariage d'Ichigo. Karin appréciait la vie qu'elle menait auprès de son époux. Elle était si heureuse qu'elle avait fini par oublier l'épée de Damoclès qui était suspendue au-dessus de sa tête.

Parfois, le passé revenait la hanter quand l'alarme était donné par le Seireitei les quelques fois où Akaku avait tenté de pénétrer les barrières de la base, mais les choses n'étaient jamais allé plus loin. Plus de peur que de mal.

Cependant, depuis quelques mois, il semblait que ce-dernier ne tentait plus rien.

Cette journée était magnifique et pourtant, la jeune fille, allongée dans son jardin n'arrivait pas à se lever de sa sieste. Elle était épuisée car depuis une semaine, elle dormait très mal la nuit, se retournant sans cesse et ne trouvant pas de position confortable pour sombrer dans le sommeil. Elle bailla et s'étira comme une chatte de tout son long dans l'herbe verte, relevant ainsi très légèrement sa robe rouge sur ses cuisses.

Et alors qu'elle regardait les nuages jouer avec le soleil, une tête apparut tout à coup, faisant bondir Karin.

_Ben Karin-chan ! Qu'est-ce que tu fais ?

_Matsumoto ! Cria-t-elle. Tu m'as fait peur !

_Pardon, répondit celle-ci. Mais j'attends devant la porte depuis un petit moment et comme il y a une réunion aujourd'hui, je me suis faite du souci !

_Alors tu es entrée…

_Ben ouiiiiiiiiiiii !

Sur ce, Matsumoto se retourna vers la maison et partit avec pleins de boîtes de sucreries et de gourmandises en tout genre.

Karin attrapa son paquet de clope qui gisait sur le sol auprès d'elle, retira une cigarette et la porta à ses lèvres mais lorsque celle-ci fut allumée, elle la reposa de suite. L'odeur du tabac la dégouta. Ça arrivait souvent quand elle n'était pas dans son assiette.

Elle chercha en elle le courage de se relever pour accueillir ses invités mais ses muscles réclamaient encore une nuit qui ne leur avait pas convenu.

Depuis quand Karin était si épuisait ? Elle pensa alors qu'elle manquait vraiment d'exercices et qu'elle avait intérêt à se remettre sérieusement au sport. Elle courait tous les jours, s'amusait à recopier de temps en temps les mouvements d'arts martiaux de Tôshirô, bien que ce jeu finisse en général en un autre exercice plus sympathique encore, mais elle se sentait toute molle comme si ça ne suffisait pas.

Elle fit glisser ses doigts sur sa peau. Le soleil avait réchauffé intensément son corps et habillée comme elle l'était, si ça n'avait pas été Matsumoto mais Tôshirô qui était arrivé pour la surprendre, la robe aurait volé à une vitesse extraordinaire !

Se levant difficilement, elle partit en direction de son salon.

Une demi-heure plus tard, toutes les femmes gradées du Seireitei étaient là à parler de sujets en tout genre. Karin se sentait mieux et buvait les paroles d'Unohana Taïcho qui débâtait passionnément sur l'intégration d'autres shinigamis au sein du comité avec Rukia.

Karin s'assit à côté de Yachiru et attrapa une boite de chocolats qu'elle trouva à son gout. Elle enchaîna avec des gâteaux délicieux, puis choisit de poursuivre sa quête de la nourriture par un fondant posé en face d'elle. Elle ne se rendit compte qu'elle venait de dévorer le tout en moins d'une heure que lorsque tous les regards convergèrent sur elle.

Elle rougit.

_Pardon, dit-elle avec un gargouillement approbateur de son estomac. Je suis désolée mais je meurs de faim aujourd'hui ! Je vais en chercher d'autres dans la cuisine.

Les filles ne reprirent leur conversation qu'à voix blanches, tandis qu'elle entrait dans la salle.

Mais lorsqu'elle arriva devant son plan de table, le gargouillement se transforma en un tourbillon désagréable qui remua ses entrailles et Karin sentit qu'elle allait vomir. Elle courut jusqu'aux toilettes dans lesquelles elle rendit tous les chocolats qu'elle venait tout juste d'ingérer. Des gouttes de sueur froide glissaient le long de ses joues tandis qu'elle reprenait sa respiration.

La tête dans la cuvette, elle sentit une main qui se posa sur son dos. Elle sursauta.

_Hitsugaya-sama, dit Unohana, vous allez bien ?

_Je…oui ça va. Je suis un peu patraque depuis quelques jours. J'ai juste trop mangé c'est tout…

_Tu es blanche comme un linge, cria Matsumoto qui avait glissé sa tête dans l'encadrement de la porte.

_C'est rien, j'te dis. J'suis juste fatiguée ! J'dors pas très bien en ce moment.

_Ça dure depuis longtemps Hitsugaya-sama ?

_Une semaine environ…

Et Karin se releva. A tort. Les images se mirent à tourner autour d'elle, ses oreilles sifflèrent violemment et des voiles noirs passèrent devant ses yeux.

_Ola ! Dit Unohana. Asseyez-vous. Isane-san, veuillez conduire cette jeune demoiselle jusqu'à une chambre d'examens dès qu'elle se sentira un peu mieux, s'il vous plaît. Quant à vous Matsumoto-san, allez chercher votre capitaine et me le ramener auprès de son épouse. Je rentre à la division.

Les deux femmes acquiescèrent et toutes trois s'exécutèrent.

Karin resta là, assise sur les toilettes. Elle sentit tout à coup que ça allait beaucoup mieux. Son malaise venait de partir et ne laissait aucune trace de fatigue sur son passage comme s'il n'avait jamais été là.

Elle se releva, en pleine forme et rejoint les autres filles dans le salon. Toutes la regardaient avec le sourire.

_Je vais bien mieux, dit Karin à Isane. On ne devrait peut-être pas déranger ton capitaine et Tôshirô pour ça…

_Les ordres sont les ordres ! Et puis Unohana Taïcho est déjà partit alors tu viens avec moi.

_Je viens aussi ! Cria Rukia.

Elle soupira et enfila ses chaussures. En regardant par-dessus son épaule, elle remarqua que les filles chuchotaient et souriaient toujours.

_Qu'est-ce qu'elles ont ? Demanda-t-elle à Isane.

_Euh…je ne sais pas, mentit-elle.

Arrivée à la quatrième division, on l'installa dans une petite chambre. Elle s'assit et attendit dans le silence au côté de Rukia.

_C'est stupide, dit-elle exaspérée. Je vais très bien. Je m'suis juste levée trop vite ! Je fais pas assez d'activités, c'est tout !

Rukia allait enchaîner quand des pas rapides retentirent dans le couloir. La porte s'ouvrit à la volée et apparut Tôshirô, le visage déformé par l'inquiétude.

_Qu'est-ce qu'il se passe Karin ? Ça va ? Matsumoto m'a dit que tu avais eu un malaise !

_Calme-toi, tu t'excites pour rien… d'ailleurs je vais vraiment mieux ! Tellement mieux que je rentre à la maison. C'est ridicule…

Elle se leva pour partir et sentit de nouveau une faiblesse dans ses jambes. Tôshirô l'attrapa à temps pour éviter une chute douloureuse.

_Karin, dit-il en la soulevant dans ses bras. Ne sois pas bête ! Assis-toi !

_Installez-la sur le lit Taïcho, dit le capitaine de la quatrième division.

La jeune fille n'avait ni vu ni entendu Unohana entrer.

_Kuchiki-san, laissez-nous s'il vous plaît.

Et lorsque celle-ci eût franchis la porte, le capitaine lui releva la robe jusqu'aux seins et posa ses mains sur le ventre de Karin. Elle eût la sensation qu'on la passait aux Rayon X.

Une lumière blanche en sortit, vibrante comme un cœur qui bat. Le bruit régulier que cela reproduisait, comme celui d'une clochette résonnait dans les oreilles de Karin et elle trouva ce son très beau et reposant.

Quand Unohana enleva ses mains, tous deux la regardèrent dans l'attente. Elle semblait très étonnée, même impressionnée.

_Rien de grave ? demanda Tôshirô que l'inquiétude dévorait toujours.

_Oh non ! Répondit-elle. Rien de grave Taïcho ! Vous avez entendu ce bruit tous les deux ? C'est les cœurs de vos enfants qui battent.

Tôshirô et Karin se figèrent dans une expression qu'on ne leur connaissait pas. C'était un mélange entre l'incrédulité et la peur.

_Bordel ! Finit par dire Karin en se redressant. J'suis enceinte ?

Le jeune homme mit ses mains dans ses cheveux blancs et s'assit à côté de sa femme, un air stupide sur le visage.

_Tôshirô ? Ça va aller ?

A présent, c'était Karin qui se faisait du souci pour son mari. Il ne bougeait plus, comme une statue. Il n'avait pas l'air très heureux de cette nouvelle.

_Euh… tu es… tu m'en veux ? C'est trop tôt ?

En entendant cette phrase, il sembla se débloquer comme un film sur lequel on aurait mis lecture. Il attrapa sa femme et la serra contre lui. Karin vît dans le coin de ses yeux turquoise des larmes naissantes.

_Excuse-moi ! dit-t-il. J'ai eu du mal à y croire c'est tout. Je suis le plus heureux du monde ! Tu me comble de bonheur !

Il embrassa Karin et s'arrêta tout à coup, au prise avec une nouvelle peur.

_Attendez ! Reprit-il en se redressant vers sa collègue. « Les cœurs » ? Enchaîna Tôshirô. Il y en a deux ?

Karin avait en effet oublié ce détail. Deux enfants d'un coup ? C'était énormes… Le capitaine de la quatrième division se releva et sourit aux futurs parents.

_Et bien, dit-elle, c'est ça qui est assez incroyable. Il y a en effet des jumeaux. Des vrais.

_Bon sang, murmura Tôshirô.

_Bordel, bordel, bordel… se répétait Karin.

_Hitsugaya Taïcho, rasseyez-vous s'il vous plaît.

_Pourquoi il y a un souci ? dit-il à bout de force en retrouvant sa place à côté de sa femme.

_Ce n'est pas un souci en soi…

_Quoi ? Demanda la jeune fille qui se lissait les cheveux dans un geste nerveux.

_Il y a des jumeaux et…

_Et quoi ? Dirent le couple à l'unisson.

_Il y a un troisième enfant, isolé. Un faux-jumeau.

Le silence s'installa. Lorsque Karin se tourna complètement étourdis vers son mari, elle vît que ses lèvres tremblantes se confondaient avec sa peau diaphane.

_Je vais vous laisser digérer la nouvelles et je reviendrais vous voir pour quelques examens approfondis tout à l'heure. Faites-moi appeler quand ça ira mieux.

Unohana sortit.

_Tôshirô, j'ai envie de vomir…

_Moi aussi…

Et ils se regardèrent comme deux zombies. Puis tout à coup, ils éclatèrent de rire. Ni l'un ni l'autre n'arrivaient à se calmer.

_C'est de ta faute ! Ria Karin. Tu en as beaucoup trop demandé !

_C'est l'hôpital qui s'fou de la charité ! Dit Tôshirô, hilare.

Puis ils se prirent dans les bras comme pour se calmer.

_Dit, Tôshirô, comment on va savoir lequel d'entre eux sauvera le monde ?

_On s'en fou. Ils seront tous les trois exceptionnels non ?

Karin acquiesça.

_Que va-t-il se passer maintenant ?

_Comment ça ?

_Je veux dire, reprit-elle en tressaillant, par rapport à l'autre tordu d'Akaku ? Et s'il s'en prenait à eux ?

_Une femme enceinte est extrêmement rare, voir quasi-inexistante au Seireitei et du coup, elle est naturellement cocoonée par tout le Rukongai alors toi, lorsque le Goteï 13 sera mis au courant, attends toi à être surprotégée…

_Ouais… déjà que je ne peux plus sortir… Merde alors ! J'ai 17 ans et j'vais être maman !

Karin ramena ses genoux vers son menton. Elle enfouit sa tête et se perdit dans ses pensées. Trois enfants ! Rien que ça… elle avait aidé son père à gérer la clinique et elle savait qu'une grossesse gémellaire était risquée alors trois enfants ! Et en plus, l'un d'eux avait un destin tout tracé…

Vu l'importance, Karin sentait bien qu'elle n'aurait pas trop d'autre choix que de rester soit enfermée à la quatrième division, soit chez elle mais sous haute protection et sous la surveillance constante de quelqu'un.

_Karin ? reprit Tôshirô. Ça va aller. On va y arriver ok ? Puis on n'est pas seul. Il y a Isshin-sama, Ichigo, Yusu-san, Hinamori, et ma grand-mère. Elle n'est plus toute jeune mais elle est solide. Elle pourrait nous aider… et puis dis-toi que tu vas te reposer comme si tu prenais de longues vacances !

_Ouais. Si tu l'dis. De longues vacances avant la tempête…

Et Tôshirô s'allongea près d'elle, l'entrainant avec lui dans sa chute. Ils s'enlacèrent une fois encore et si des regards indiscrets avaient pu jeter un œil sur eux, ils auraient dit au monde que dans cette chambre se trouvait un couple comblé réunit en une seule et même personne.