CHAPITRE XXIX : Orages et Désespoir !
Les mois qui suivirent ne furent pas si reposant que ça. Karin dormait tout le temps sans jamais être reposée. Son ventre et ses jambes la faisaient souffrir quotidiennement et elle grossissait chaque jour un peu plus. Elle adorait sentir ses trois petits monstres bouger, mais elle avait parfois la sensation qu'ils s'amusaient à modifier la place de chacun de ses organes.
Tôshirô, rentrait dès que son travail le lui permettait. Il était constamment à veiller sur elle comme sur une poupée, ce qui énervait sa femme au plus haut point.
_Mais oui ! Je fais attention Tôshirô ! Arrête de me suivre sans arrêt comme ça ! Je suis une grande fille bordel…
_Pardon, dit-il en reprenant son air froid.
_Ah merci ! Je préfère. Quand tu me materne comme ça, j'ai l'impression de vivre avec mon père et pas avec mon mari. Alors stop ok ?
Tôshirô s'accroupit en face d'elle. Il l'embrassa avec tendresse et posa ses mains sur son ventre. Les enfants qui dormaient se mirent à donner de grands coups de pieds en réponse à la pression qu'il exerçait. Ces mouvements formèrent des vagues sur le dessus de sa peau tendue.
_Ils bougent beaucoup depuis hier. Plus que d'habitude non ?
_Mmmm, si tu l'dis. Pff, je suis grosse, dit-elle, nostalgique.
_Oui, répondit-il en souriant.
_Baka…
_Allez ! Plus qu'un mois environ à attendre et ce sera terminé.
_Heureusement que j'accouche au huitième mois parce que sinon, j'aurai sortis ces monstres moi-même de là-dedans, je te jure !
Il rit encore. Elle avait l'air complètement exaspérée.
_Tu ne t'ennuie pas au moins ? Demanda-t-il.
_Je risque pas. J'ai tout le temps de la visite… quand j'dors pas ! Mon père, mon frère, Orihime, Yusu, Hanatarou, Yago parfois, ta sœur, ta grand-mère et touuuuuuuuut le Seireitei vient également ici m'apporter de quoi manger, habiller les bouts d'choux, etc etc. Y a même une vieille dame qui m'a apporté de quoi tricoter… sans déconner ! Tu me vois tricoter des trucs toi ?
Tôshirô s'assit à côté d'elle et prit ses jambes sur les siennes pour les masser. Il savait que Karin détestait avoir tant de compagnie. Ils étaient sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, semblable. La solitude pour eux n'avait rien de désagréable.
_Allonges-toi et dors encore un peu.
_C'est pas moi qui vais te contredire, dit-elle en riant. Tu seras là demain matin ?
_Non. On accueille les premières années de l'Académie demain.
_Pour faire quoi ?
_Ils font un tour des locaux, ils visitent et on leur montre en quoi consiste le travail – celui au sein du Seireitei bien sûr – et je crois qu'il y a un rassemblement en début d'après-midi avec tous ceux qui ne sont pas affectés à une mission. Je dois surveiller que ça ne dérape pas.
_Ils possèdent déjà des zanpakuto ?
_Oui, mais les armes leur sont interdites pendant cet évènement.
_Ça doit être sympa !
_Mouais… Allez, repose toi, je m'occupe de tout.
Et Karin s'endormit profondément et ne rêva pas cette nuit-là.
Quand Tôshirô se leva le lendemain matin, il avait un mauvais pressentiment. Ce genre de chose le trompait rarement.
Avant de partir, il déposa un baisé sur le front de sa femme qui dormait encore comme une enfant. Il s'abstint de caresser son ventre car il ne voulait pas réveiller les bébés et du même coup, Karin. Il mit son haori et partit à contrecœur.
Quelque chose n'allait pas aujourd'hui et il aurait préféré rester auprès d'elle, mais malheureusement, le Seireitei allait être sans dessus de sous et tous les capitaines devaient être présents pour vérifier que la situation ne dérape pas durant ce grand rassemblement.
Quand Karin ouvrit les yeux deux heures plus tard, elle entendit des bruits de casseroles que l'on cogne dans la cuisine. Elle se releva tant bien que mal et s'assit avec lourdeur sur le bord de son lit – le futon étant trop bas pour qu'elle se relève avec aisance, ils avaient migré dans la chambre d'ami.
Elle posa sa main sur son ventre et ferma les yeux quelques minutes. « Bien ! » pensa-t-elle. « Ils dorment encore. »
Alors elle enfila une robe blanche, assez large pour y glisser ses gigantesques rondeurs et se dirigea comme un zombie vers le lieu où se dégageait une odeur alléchante.
_Bonjour Yusu, fit-elle en entrant dans la salle à manger.
_Bonjour ! Tu as bien dormis ?
_Ouais, répondit-elle en s'étirant. Ça faisait longtemps que je n'avais pas fait une aussi bonne nuit.
_Je t'ai préparée ton petit-déjeuner.
Et Karin pensa « comme chaque matin depuis environ sept mois et des poussières ».
Yusu semblait très étourdis ce matin. Elle avait l'esprit ailleurs. Avec maladresse, elle faisait tomber des choses par terre, ne répondait pas aux questions de sa sœur tandis qu'elles mangeaient et répétaient souvent la même chose.
_Yusu ?
_Mmmm ?
_Ça va ? T'as l'air absente. Tu vas bien ?
_Oui oui ! Ne t'inquiète pas !
_Ben si justement. Ça t'arrive jamais d'être ailleurs comme ça. C'est Hana ? Y a un problème avec lui ?
_Oh non ! dit-elle en minaudant. Tout va pour le mieux avec Hanatarou-chan ! Il est si gentil ! Et puis tu sais, grâce à lui, je peux me promener dans le Seireitei à certaines heures !
_C'est cool… mais ça ne répond pas à ma question ! Qu'est-ce qu'il t'arrive ?
_C'est que… tu vois, aujourd'hui, il y a un défilé avec pleins de monde et…
_Et t'aimerais bien y aller ?
_Oui, répondit-elle en rougissant comme si elle avait honte.
_Ben vas-y ! Cria Karin avec exaspération.
_Je peux pas ! Papa ne peut pas se libérer avant au moins une heure ! Je ne vais quand même pas te laisser toute seule !
Karin sentit la moutarde lui monter au nez.
_C'est pas un peu finit cette histoire ! Rugit Karin. Je suis quand même pas mourante ! Et les bébés – et même si le travail commençait, ce qui n'est pas le cas – n'arriveront pas en une heure… Bon sang Yusu, tu as travaillé à la clinique toi aussi, tu devrais le savoir ! Et puis si jamais j'avais des contractions efficaces, je peux toujours envoyer un message à Unohana-sama non ? Elle le recevra en moins de temps qu'il ne faut pour le dire et sera auprès de moi encore plus vite alors vas à cette putain de fête !
_Mais…
_VAS A CETTE FÊTE ! En plus, comme ça tu pourras me raconter ! J'm'ennuie ici alors fais-moi ce plaisir ok ? Tu pourras tout me raconter en détail comme ça.
Yusu sembla hésiter. Puis, voulant éviter une crise de nerf à sa sœur qui était sur le point d'exploser – dans tous les sens du terme – elle acquiesça, prit ses affaires, l'embrassa avec inquiétude et partit en direction du Seireitei.
_Enfin seule ! Cria Karin, ce qui lui valut de nombreux coups de pieds dans le ventre.
_Doucement mes chéris, chuchota-t-elle. Maman n'est pas un punchingball…
Heureuse de son court instant de solitude, elle fit coulisser la porte qui menait au jardin. Il faisait un peu frais mais cela importait peu. Elle allait enfin pouvoir s'étendre dans l'herbe et faire une sieste auprès de la rivière sans que le monde entier ne vienne la déranger toutes les cinq minutes pour voir comment elle se sentait.
De la quiétude ! Du silence !
Bercée par le chant de la rivière qui s'écoulait, tranquille, Karin somnola, le corps complétement abandonnée à la douceur du sol et aux rayons du soleil qui vibraient sur sa peau tendue. Elle arracha un brin d'herbe et s'amusa à dessiner des formes sur son énorme ventre.
Et alors qu'elle rêvait à tout ce qu'il allait se passer après la naissance des petits monstres, une ombre cacha le soleil qui, à peine un instant plus tôt, réconfortait le cœur de celle-ci. Karin sursauta et se retourna du mieux qu'elle put vers la personne qui troublait sa solitude.
_Qui êtes-vous ? Demanda-t-elle à l'homme qui la toisait. Et que faites-vous ici ?
_Tu ne me reconnais pas ?
Elle posa alors son regard plus intensément sur le visage familier de celui qui venait déranger son repos. Il était vêtu d'un uniforme blanc et rouge comme les apprentis shinigamis. Il portait une barbe épaisse et noire et ses cheveux recouvraient une grande partie de son visage. Mais ses yeux… cette voix…
Son sang ne fit qu'un tour. Un frisson d'horreur parcourut son corps et un gémissement de désespoir sortit malgré elle de sa bouche.
_Vous !
_Bonjour petite fille…
Karin vit Akaku, dans cette position animale, du prédateur prêt à se jeter sur sa proie, qu'elle lui avait déjà vu auparavant.
Apeurée et impuissante, elle se releva le plus rapidement possible mais tout en elle était lourd, gênant, encombrant et elle ne put que se poser sur ses genoux au moment où celui-ci fondit sur elle.
D'un geste violent, il entoura ses doigts autour du coup de celle-ci. Ses yeux se plantèrent dans les siens et il la souleva du sol avec aisance. Les pieds de Karin ne touchaient quasiment plus le sol et sa respiration se fit saccadée, difficile à prendre.
La seule chose à laquelle elle pensait, ce n'était pas à sa vie mais à celle de ses enfants, qui bougeaient comme des déments à l'intérieur d'elle.
_Si je ne peux plus t'avoir sale garce, cria-t-il, alors je te buterai toi et cette souillure que tu transporte !
Il la souleva encore plus. A présent, elle sentait le vide sous elle. Plus rien sur lequel reposer et ses poumons ne s'alimentaient plus. Elle suffoquait, se débattant du mieux qu'elle pouvait avec ses mains, tapant, griffant, frappant comme une tigresse.
_Je suis patient, petite fille ! Je te l'avais dit ! Maintenant, meurs !
Et c'est au moment où sa force l'abandonna et que ses bras tombèrent le long de son corps, au moment où elle pensa que c'était finis d'elle, que tout-à-coup, Karin tomba sur le sol. Elle sentit l'air revenir instinctivement en elle, toussant et crachant. Sa gorge la brûlait comme si elle avait avalé de l'eau bouillante.
Une main se posa alors sur elle et prête à se défendre, elle repoussa ce contact de toutes ses forces !
_C'est moi Karin ! Dit Matsumoto. C'est moi ! Calme-toi !
La jeune fille, angoissée jeta des regards dans tous les sens à la recherche de son assaillant. Puis, levant les yeux au ciel, elle vît qu'Akaku flottait dans les airs, sans arme. Il n'était pas seul. Autour de lui l'encerclaient une vingtaine d'hommes certains portant le haori, d'autres tenant leur zanpakuto dressés vers son torse.
Et au moment où Karin le vit ouvrir une porte – porte par laquelle il pouvait s'échapper à tout moment – des exclamations éclatèrent dans tous les sens et Akaku fut pris au piège dans un cercle d'or qui l'immobilisa.
Mais elle ne put être témoin de la suite du conflit car alors une douleur immense traversa le bas de son dos comme un coup de poignard.
Un cri lui échappa, déchirant l'air comme un orage.
_Bon sang, Karin ! Hurla Matsumoto. Taïcho ! J'ai besoin d'aide ! Venez vite !
La jeune fille ne pouvait plus faire un seul geste tant la violence de ses contractions étaient redoutables. Elle sentit alors un liquide couler par flot le long de ses cuisses.
_Matsumoto, murmura-t-elle, je crois que je viens de perdre les eaux…
_Oh merde, dit la vice-capitaine. C'est pas les eaux, Karin ! C'est du sang ! Allonges-toi, allonges-toi ! Bougez-vous bordel !
Et tandis qu'un groupe de personnes l'entouraient, une autre charge violente se déchaîna au creux de ses reins, entraînant avec elle une nouvelle vague de sang qui inonda le bas de corps de Karin.
_Où est Tôshirô ? Cria-t-elle. Où est-il ? Ah ! Putain ça fait mal…
_Je suis là Karin ! Dit-il, paniqué, en attrapant les épaules de sa femme. Unohana Taïcho ? Qu'est-ce qu'on fait ?
_Il faut l'amener à ma division et faire sortir les enfants au plus vite. Transportez-là, ne traînons pas !
La jeune fille, assaillis de douleurs atroces et continuelles se sentit soulevée du sol. La peur la bouffait et transpirait par tous les pores de sa peau.
_C'est trop tôt ! Hurla-t-elle en se débattant. Arrêtez ! C'est trop tôt !
_On a pas le choix Karin ! Cria Tôshirô en se lançant dans les airs. Si on ne les sort pas de suite, tu risques d'y passer ! Et eux aussi !
Puis il serra les dents et murmura :
_Je ne vous perdrez pas les bébés et toi !
