CHAPITRE XXX : Le combat de la vie
Après un court trajet à travers le Seireitei, ils passèrent en trombe les portes de la quatrième division. Tôshirô installa délicatement sa femme sur un futon sans la lâcher pour autant.
Le déchirement qui s'opérait à l'intérieur de Karin était un véritable calvaire. Tout son corps n'était qu'une plaie et elle songea, bien malgré elle que l'épreuve que lui avait fait subir Akaku était un plaisir à côté de ça. Sans arrêt, les contractions assaillaient cette jeune fille comme un tourment inébranlable.
_Placez-vous derrière elle, dit calmement le capitaine Unohana. Tenez son buste relevé et placez vos jambes de chaque côté d'elle pour la tenir droite.
_Que va-t-il se passer pour mes bébés ? Gémit Karin.
_Tout est prêt Hitsugaya-sama, répondit-elle. Des hommes et des femmes vont se placer juste là à côté de vous – elle pointa le reste de la salle qui était vaste, dépourvu d'objet et d'où on pouvait apercevoir des draps et des couvertures reposer sur le sol – et ils activeront des sceaux de soins jusqu'à ce que vos enfants soient assez robustes pour respirer sans difficulté.
Karin fit la moue. Elle ne comprenait pas ! Où étaient les machines qui permettraient à ses enfants de respirer ? Les aiguilles ? Les compresses ?
_Où est votre matériel ?
Et la douleur broya ses entrailles plus violemment encore. Elle s'agrippa avec force aux genoux de son mari qui l'entouraient de chaque côté de son ventre.
_Karin, lui dit-il, nous n'avons pas besoin de tout ça. Rappelle-toi de tout ce que je t'ai expliqué sur nos moyens de guérison. Tu t'en souviens ?
_Oui…
Mais l'inquiétude restait plus persistante que jamais.
Des shinigamis entrèrent. Ils savaient exactement où se placer. Neuf d'entre eux restèrent à l'écart vers les couvertures, dans l'attente. Karin pensa alors que ce devait être eux qui s'occuperaient de soigner ses bébés. Deux autres – dont Hanatarou - vinrent se placer à sa gauche et à sa droite, assis en tailleur.
_Hana, dit Karin, qu'est-ce que tu fou là bordel ?
_Je vais m'occuper de toi… tu perds trop de sang, il faut te soigner. Reste tranquille.
Et sur ce, il tendit ses bras vers son partenaire et tous deux murmurèrent une formule que Karin ne connaissait pas.
Tout-à-coup, une lumière jaune encercla le corps de celle-ci. Elle eût une très agréable sensation de chaleur qui se répandit dans chacun de ses muscles. La douleur qu'elle ressentait s'estompa alors quasiment totalement.
_Ouha ! Dit-elle. Ça, c'est de la péridurale de compèt' !
Hanatarou et Tôshirô se regardèrent. Il était clair qu'ils ne comprenaient pas le sens de ce mot. Unohana, elle, sourit. Elle devait sûrement mieux connaître les méthodes pratiquées par les humains dans ce genre de situation.
_N'ayez aucune crainte, reprit-elle en se penchant sur son ventre. Vos enfants sont naturellement plus grands qu'un nourrisson de cet âge et ils sont également plus costauds. Vous allez pouvoir accoucher par voie basse, tout ira bien ok ?
Karin acquiesça.
Plusieurs heures s'écoulèrent tandis qu'elle poussait de toutes ses forces pour faire naître le premier bébé. Elle avait la sensation d'avoir parcouru de long en large un stade de football une centaine de fois au moins.
Soudain, ce fut comme une libération. Elle sentit qu'une chose glissait en dehors d'elle comme un torrent de feu.
Puis un cri ! Un cri clair et cristallin retentit dans toute la pièce, résonnant aux oreilles de Karin comme le chant merveilleux de la vie.
_C'est un garçon ! Cria Tôshirô dont la voix tremblait d'émotion. Merde alors, Karin !
Et le capitaine approcha l'enfant vers le visage de sa mère. Il était minuscule et maigrichon, mais il avait l'air en pleine forme. Trois petites mèches blanches pointées sur sa tête comme un punk et ses yeux étaient ceux de son père. Des yeux d'un turquoise intense.
_Aiichiro-chan, murmura-t-il. Ce sera Aiichiro.
Karin n'eut cependant pas le temps d'en profiter car elle confia immédiatement son premier fils à un groupe de trois shinigamis qui le posèrent sur le sol dans les couvertures et l'encerclèrent de la même aura guérisseuse que celle qui l'entourait toujours, soulageant au mieux sa douleur.
Lorsqu'Unohana revint se placer face à celle-ci, elle lui dit :
_Pas le temps de vous reposer Hitsugaya-sama. Son jumeau arrive ! Et tout de suite.
En effet, elle sentait déjà que quelque chose poussait en bas de son ventre avec force. Alors elle empoigna les genoux de son époux, et poussa, le corps secoué de spasmes. Ce petit manège dura une heure entière.
Elle respirait, elle poussait, elle respirait et poussait encore.
_Il arrive, cria Hanatarou qui voyait mieux ce qu'il se passait de là où il était. Ben mince alors !
La dernière exclamation de son ami affola Karin. Que se passait-il ?
_Un problème ? Dit Tôshirô avec la même inquiétude que celle de son épouse.
_Oh non ! Répondit le capitaine enjouée, en sortant le deuxième enfant.
Un nouveau cri retentit. Plus discret, plus fin. Et lorsque Karin regarda son deuxième fils, elle fut si surprise qu'elle ne put se retenir d'exploser de rire.
Cet enfant était exactement le même que son frère ainé, cependant, ses cheveux étaient d'un noir de jais et ses yeux ébènes fixaient déjà le monde avec la froideur de son père. « Deux copies conformes mais en noir et blanc » pensa-t-elle en souriant.
_Tu as vu ça ? Dit Tôshirô.
_Oui, répondit-elle. Mais celui-ci à la même tête coincée que toi !
Il enfouit son visage dans le coup de sa femme en riant.
_Et Aiichiro-chan cri avec la même intensité que toi quand tu t'énerves ! Chuchota-t-il.
_Baka !
Et alors que la capitaine confier encore cet enfant à trois autres shinigamis, elle leur demanda :
_Quel sera son prénom ?
_Zenjiro-chan, répondirent-ils en cœur.
_Bien, reprit Unohana. Vous allez pouvoir vous reposer un peu. Votre troisième enfant n'a pas l'air d'être pressé. Alors profitez-en un peu pour regagner des forces d'accord ?
_A vos ordres, murmura la concernée qui était plus qu'épuisée.
_Les capitaines et vice-capitaines, ainsi que vos familles attendent tous sans exception derrière ces portes. Je vais leur parler un peu pour les rassurer.
Lorsque le capitaine de la quatrième division sortit, Karin se laissa totalement choir dans les bras de Tôshirô. Ses yeux se fermaient un peu.
Puis, soudainement elle fut prise de panique. Que s'était-il passé quand elle avait commencé à contracter ?
_Il ne nous fera plus de mal ? Demanda-t-elle, angoissée.
_Qui ça ?
_Akaku, imbécile ! De qui veux-tu que je parle ?
_Ne t'inquiète plus pour ça. Il ne pourra plus jamais vous approcher les enfants et toi.
_Vous l'avez... tué ?
Il acquiesça.
Karin eut du mal à avaler sa salive pourtant, elle sentit que tout le stress qu'elle avait accumulé pendant ces mois et ces mois d'attentes retombaient tout-à-coup. Puis elle enchaîna car une autre question la perturbait.
_Comment as-tu su que j'étais en danger ?
_Je me suis levé avec un mauvais pressentiment ce matin. Alors quand j'ai vu qu'il manquait un apprenti pendant le défilé, j'ai avertis tout le monde et je suis venu le plus vite possible. Je savais que quelque chose n'allait pas. Je suis arrivé trop tard...
_Je ne suis pas morte que je saches ? Et tes fils ont l'air en pleine forme non ? Alors arrête de te torturer pour rien.
Il dégagea délicatement des mèches de cheveux noirs collée sur le visage de celle qu'il aimait. Elle était toujours aussi belle.
_Tu as raison, dit-il en embrassant son front. Tu es la plus merveilleuse et...
Tout-à-coup, Karin hurla. Une douleur d'une violence redoutable traversa son corps comme si on la brûlait au fer rouge. Elle ne voulait pas s'arrêter, plus horrible chaque seconde.
_Karin ! Qu'est-ce qu'il t'arrive ?
Il se tourna vers Hanatarou qui n'avait pas l'air d'en savoir plus.
Unohana, alertée par les hurlements entra précipitamment dans la pièce.
_Que s'est-il passé ? Demanda-t-elle en se penchant sur Karin.
_Je ne sais pas, répondirent-ils à l'unisson.
_On discutait et d'un coup, elle a commencé à se tordre et à crier ! Dit Tôshirô avec une panique évidente. Faites quelque chose, je vous en prie !
Unohana examina du mieux qu'elle put la jeune fille qui souffrait atrocement.
_Il faut qu'elle arrête de bouger Hitsugaya Taïcho ! Tenez-là fermement.
Alors, il agrippa les épaules de sa femme et, non sans peur de lui faire encore plus mal, il la retint de toutes ses forces.
_Courage ma puce, dit-il la voix tremblante.
Au bout de quelques minutes, le capitaine de la quatrième division prit le visage de Karin entre ses mains pour qu'elles puissent se regarder dans les yeux.
_Hitsugaya-sama, dit-elle, le bébé se présente par le siège. Il va falloir que je fasse une manipulation très rapidement pour qu'il sorte tout de suite. Ça va être très douloureux, mais on n'a pas le choix. Dès que je vous le dirai, il faudra pousser plus fort que jamais, est-ce que c'est bien compris ?
_J'ai si mal, cria Karin à bout de force. J'en peux plus...
_Je sais, mais il le faut !
_Courage Karin, tu vas y arriver, rajouta Tôshirô. Tu es la plus forte, plus forte que nous tous réunis alors courage !
Et Unohana mit ses mains à l'intérieur du corps de la jeune fille pour manipuler l'enfant, ce qui causa chez cette dernière la sensation qu'on arrachait ses entrailles un à un. Elle hurla de plus belle.
_Et maintenant Hitsugaya-sama, poussez ! Poussez le plus fort possible !
_Vas-y Karin ! Tu vas y arriver !
Et elle poussa encore et encore pendant une vingtaine de minutes qui lui parurent des siècles. Chaque muscle se raidissait d'avoir était trop utilisé. Et alors qu'elle crut qu'elle ne pourrait pas arriver au bout de cet accouchement, un troisième cri retentit dans toute la pièce.
Ce cri-là était plus tranchant qu'un zanpakuto, plus grave. C'était le cri d'un guerrier qui avait réussi à survivre à la plus difficile mission qu'on lui ait confié, celle de venir au monde et cela, malgré tous les obstacles que la nature avait mis sur son chemin.
_Comment va-t-il ? Demanda précipitamment Karin.
_Comment va-t-elle, rectifia Unohana. Elle va très bien ! Regardez-là !
Et tandis que le capitaine de la quatrième division tendait le bébé vers ses parents, des larmes intenables se mirent à rouler en abondance sur les joues de la jeune fille.
_C'est une fille, c'est une fille, répétait Tôshirô comme s'il n'en revenait pas. Regarde Karin comme elle est belle ! Elle a tes cheveux et mes yeux Karin ! Regarde-la !
Cette-dernière éclata de rire. Elle était épuisée.
_Je la regarde, idiot. C'est vrai qu'elle est magnifique !
_Et son prénom ?
_Gaïa-chan, murmura Karin, très fière.
Pendant qu'Unohana confiait le dernier bébé aux shinigamis et sortait annoncer la nouvelle aux familles, les deux amants s'embrassèrent avec passion.
_Tu as réussis, murmura-t-il à son oreille. Je savais que tu y arriverais. Tu es la plus merveilleuse ! Ils sont si beaux !
Alors, Karin s'endormit, épuisée mais l'esprit tranquille contre le torse de celui qu'elle aimait plus que tout. Et avant de fermer les yeux, elle aperçut trois poupons qui dormaient, paisibles dans de petites couvertures. Elle se laissa alors imaginer que sa vie n'aurait pu être meilleure qu'en cet instant.
Et dans son rêve, Karin vit une plaine splendide et immense, recouverte de blé d'or qui reflétait les rayons du soleil.
Son époux, plus vieux, plus grand mais également plus sage, marchait vers sa femme avec un sourire victorieux.
Derrière lui, Karin vît alors trois shinigamis resplendissants et charismatiques. Eux aussi portaient un masque de joie sur leurs lèvres et dans leurs yeux.
Le premier était très grand, plus grand que Tôshirô. Il avait des cheveux blancs très lisse et très long et ses yeux brillaient d'une froide intensité.
Le second, copie conforme du précédent avait les cheveux d'un noir de jais en bataille. Il fronçait les sourcils ce qui donnait à ses yeux d'un noir profond un air extrêmement sévère. Mais pourtant, sur son visage, on pouvait à la fois lire la douceur et le bonheur. « Quel étrange mélange » pensa alors Karin.
Et le troisième shinigamis était une fille, plus petite et plus fluette que ces trois acolytes. Elle avait des yeux d'un turquoise éclatant et vifs, et de très long cheveux noirs, parsemés de mèches d'argent lui arrivait à la taille. Sa beauté et sa froideur étaient sans égale.
Tous les trois étaient d'une beauté sans égale. Des enfants nés de la glace au potentiel infini.
Ils portaient le zanpakuto comme leur père, dans leur dos et lorsqu'ils arrivèrent à sa hauteur, Karin déposa à chacun, un baisé plein d'une infini douceur sur leur front.
Elle savait, à présent que chacun d'entre eux auraient un rôle important au sein du Seireitei. Trois dirigeants, peut-être trois sauveurs pour ce monde. Mais une chose était sûr, ces quatre personnes la combleraient jusqu'à la fin d'une très très longue vie…
Elle savait également que l'avenir serait doux pour elle et que plus rien ne pourrait venir gâcher son bonheur.
Et c'est sur cette pensée que Karin débuta sa nouvelle vie pleine d'amour, abandonnée dans les bras de l'homme qu'elle chérissait...
