J'étais dans mon terrier. Je mettais ma nouvelle proie dans les feuilles mortes, pour ne pas que mes frères sentent son odeur. Après quoi, j'allai voir ma mère. Elle n'avait pas bougé. C'était normal, difficile de se déplacer, quand tu es cinq pieds sous terre, et que tu manges les racines de pissenlit par le nez. Je déposais avec ma bouche quelque fleurs et herbes sauvages sur son corps, arrachés à la va vite des bordures de chemin.
J'avais perdu l'habitude d'user de mes mains. Je marchais à quatre pattes. Comme mes parents auraient eu hontes de moi, en me voyant redevenu un animal sauvage. Mais j'étais toujours capable de réfléchir, et de contrôler mes pulsions. Certains de mes frères de sang attaquaient le gibier, dès qu'ils le voyaient. Pas moi. J'attendais d'être sur de ne pas rater mon coup, j'attendais que le berger s'éloigne du troupeau, d'une seconde de son inattention, et j'attaquais. Je n'agissais pas toujours comme un loup, on disait de moi que j'étais aussi rusé qu'un renard, ce qui était un beau compliment.
Soudain, je les sentis! Les humains! Ils venaient pour venger leurs brebis dévorées! Ils s'approchaient de moi, moi, animal semblant chétif, fait que de poil et de muscle, mais ne pouvant que grogner, entouré de fourches et de couteaux.
Je me réveillais avec encore cette horrible vision de moi, quand j'avais quatorze ans. Je tremblais, et j'avais l'impression de faire de la fièvre. Mais je n'avais pas les lèvres retroussées, comme à cette époque. Et je ne tuais plus pour survivre, comme je le faisais… à cette époque.
J'avais mal, si mal d'avoir fait du mal à ses villageois, ce jour-là. J'étais un être nuisible à leur yeux. Je ne leur en voulais plus aujourd'hui pour leur vengeance.
-Bon, tu es réveillé? me demanda Freyja.
Je fis le saut, ayant cru durant une fraction de seconde que c'était cette terrible infirmière, mais très douée magicienne : Meryl.
-Oui, je suis réveillé. Qu'est-ce qui s'est passé? fis-je, en m'asseyant.
-Chiquitita t'a vu t'arracher ta patte mécanique, et des sortes de méduses tomber de ton moignon. Tu t'es évanouie, parce que à cause de ses sales bêtes, ta plaie s'est rouverte. Après t'avoir soigner, elle était trop horrifiée pour te veiller. Ça ne fait que deux heures que tu dors, mais avec les autres heures que tu as dormi… J'espère que tu vas arrêter de faire n'importe quoi, comme d'arrêter de jouer les héros! À cause de toi, tout le monde reste pour s'assurer que tu ailles mieux, et ça change beaucoup mes projets, à moi et à Klein!
Quoi? Je jouais les héros? J'obligeais les autres à rester ici, à cause de mes blessures? Je ne supporterais pas d'autre dire aussi honteux et peu semblable à mes faits et gestes. Je me levais, et du mieux que je pouvais, malgré une seule main, je m'habillais.
-Qu'est-ce que tu fais?
-Je pars! Comme ça, vous n'aurez plus de devoir sur moi!
-À ça, pas question! Tu vas encore plus inquiéter les autres! Tu te rassois toute suite! s'écria-t-elle, comme si cette petite ailée pourrait vraiment me donner des ordres.
En voyant que je me préoccupais pas de ce qu'elle pouvait bien me dire, elle me prit par les épaules, évita mon coup de poing rageur en s'envolant dans la pièce, et en me jetant dans le lit d'un coup de talon dans le museau.
-Si tu tentes une nouvelle fois de t'en aller, je demande à Dryu de te mordre le bout de ta queue touffue! menaça la jeune femme.
Je constatais par son regard qu'elle était sérieuse, malgré son sourire amusé devant à mon visage catastrophé. Je restais sur le lit, tremblant à la seule idée que ma splendide queue puisse se retrouvé dans les mâchoires d'un dragon. Bien qu'il soit un bébé, c'était tout de même un dragon, et c'était un des plus terribles lézard, avec une fantastique dentition, très très coupante!
Après vingt minutes environ, Klein vint, et semblait surpris de ma face catastrophée. Pour m'expliquer, je lui dis :
-Klein, ta femelle est démoniaque, horrible, et sans scrupule!
Il me fit un sourire compréhensif et dit :
-Je sais. Mais c'est la dernière femelle de ma race, alors…
-Klein! s'exclama Freyja, insultée.
Ça me fit rire. Je me suis relevé, sachant que la femme ailée n'allait certainement pas me réattaquer, tant que je ne me montrais pas violent. Je terminais de me rhabiller, et je quittais cette chambre.
Là, je vis tout les autres, entassé dans la cuisine, certain debout, d'autre assis sur le peu de chaise qu'il y avait, et même certain qui était assis direct sur le sol. Max allait se lever pour me donner sa chaise, mais je lui fis signe que ça allait, j'allais rester debout. La plupart d'entre eux parurent choqué de me voir sans mon bras de métal. Au moins, il ne voyait pas mon moignon, on y avait mis un bandage, mais je comprenais que ça les dégoûtait. En les observant bien, je vis qu'ils y en avaient certains qui avaient de la pitié. Je n'aimais pas ça, mais je ne pouvais pas non plus me faire réapparaître un bras comme par magie!
Alors, je fis comme si de rien n'était. Avec mon ton des plus polie, je m'excusais de mes derniers agissements, et demandais si tout le monde allait bien, à la suite de l'attaque du poulpe. Max avait un bandage sur le bras. J'appris plus tard que c'était moi qui lui avait fait ça, durant ma folie, quand Meryl avait voulu me soigner. J'en fus très désoler, et je m'en voulu, mais je ne pouvais rien y changer, et je ne voulais pas non plus l'assaillir d'excuse. Graham s'en voulait de n'avoir rien pu faire contre la pieuvre. Sa fille aussi. Adam me souhaita simplement un bon rétablissement. Rhynos ne dit rien, mais il avait l'air préoccupé. Je lui fis un regard qui disait simplement que tout ce qui m'était arrivé n'était pas de sa faute, qu'il m'avait sauvé, et que jamais il n'aurait pu imaginer que j'aille toujours sur moi des méduses électriques suceuses de sang, comme le reste du groupe. Dryu fit un adorable ronronnement, et je lui flattai le museau, en me demandant vraiment si cette adorable créature aurait vraiment pu oser me mordre. J'eu la réponse quand il tenta de me croquer ma seule main, provoquant le rire nerveux de tout le monde, y compris le mien. Je savais que si Freyja et Klein auraient été là, ils auraient rit aussi, mais ils étaient encore dans la chambre de Max, discutant certainement de sujets qui les concernaient. (Pas de commentaire!) Meryl était très désoler de m'avoir fait du mal. Je lui répondis que c'était gentil de sa part, d'avoir voulu me soigner, mais de laisser ça à Chiquitita. Soudain, je me suis rendu compte qu'elle n'était pas ici. Quand je demandai où est-ce qu'elle était, tout le monde demeura silencieux.
-Elle-est-par-tie de-hors. Elle-n'a-vait-pas-l'air-bien, expliqua Adam, ne comprenant certainement pas pourquoi.
C'est vrai! Son mari… n'était plus. C'était horrible à dire, et encore pire à penser. Et c'était de ma faute! C'était moi qui lui avais fait cette peine! Si seulement j'avais tué le monstre plus tôt, il serait peut-être encore en vie! Mariel me conseilla d'aller la voir. Elle devait penser qu'entre canidé, on se sentait mieux. Je ne comprenais pas ces hommes bêtes, dans le sens que je n'avais nullement les compétences pour la faire sentir mieux! Une femme aurait été mieux, ou un ami proche…! Mais en voyant que personne ne se présentait, et après que Meryl soutena l'avis de Mariel, déclarant qu'elle serait contente de me voir aussi bien rétablie, je suivis son conseil (qui ressemblait à un ordre), et sortit.
Je la trouvais sous un arbre du jardin de Max. Elle avait ma main mécanique entre ses pattes. Ses épaules étaient encore secouées, sûrement par ces sanglots. Elle n'était pas coiffée de son adorable chapeau. Je me rappelai soudainement qu'elle s'en était servit pour en faire un bandage, pour son moignon. Je le serrai contre moi, et je m'avançai vers elle.
Le soleil allait bientôt se faire remplacer par la lune. Mais son couché était toujours de mille beauté, et un telle feu de bonheur m'envahissait quand je voyais ça. Ça contrastait beaucoup avec la peine de Chiquitita. Quand je fus à côté d'elle, je m'excusais, regrettant sincèrement ce qui s'était passé.
-Ce… Ce n'est pas ta faute! répliqua la petite chienne, tentant de sécher ses larmes en se frottant ses joues avec sa patte de libre. J'aurais du lancer un sort, pour voir ce qui pouvait te faire encore souffrir! Je n'ai pas été assez attentive auprès de toi. Et… J'ai l'impression qu'à chaque fois que c'est à cause de mon mari que tu souffres.
-Quoi? m'écriais-je, n'arrivant pas à croire qu'elle avait découvert ce que je ressentais pour elle.
-Et bien… oui! C'est à cause qu'il a été emmené par un poulpe que tu as du combattre le monstre, et que tu as eu des méduses suceuses de sang. Max les avait enlevé de sur mon mari, mais toi, tu les as gardé bien plus longtemps que lui, sur… sur ton bras couper! Et quand j'ai reparlé de mon mari, c'est là que les méduses ont recommencé à te sucer ton sang, et que tu as du t'arracher ton membre métallique! Je me sens si désoler! fit-elle, en me redonnant ma patte de fer, les joues trempés.
La voir en peine me chavira, et je me sentis incapable d'en supporter d'avantage sans au moins tenter de la convaincre que ce n'était pas, mais vraiment pas de SA faute!
-Non! m'écriais-je, en faisant tomber ma protège, prenant sa délicate petite patte dans la mienne. Ne crois pas ça! Ça devait arriver, c'est tout! Je me sens bien trop mal de ce qui s'est passé! Tout ça, c'est de ma faute!
-Oui, en partie, mais tu n'as pas à te sentir mal pour autant! répliqua Chiquitita.
Je n'en croyais pas mes oreilles! Elle me le disait elle-même, que c'était ma faute! Ça me faisait sentir encore plus coupable.
-Je te jures que si c'était à recommencé, je le ferais plus vite!Promis-je.
-Hein? répliqua Chiquitita, semblant ne pas comprendre de quoi je parlais.
-Je la tuerais, sans lui laisser le temps de le prendre! Jurais-je, pensant à cette maudite poulpe de malheur qui…!
-Mais c'était bien qu'elle le prenne! Si elle ne l'aurait pas fait, il serait mort! Et comment ça, vous l'avez tuez? Je ne comprends pas! Vous ne pouvez pas l'avoir tuer! Vous vous êtes évanouies, un peu après être remonté à la surface.
Mais c'était elle qui ne comprenait rien! J'avais bien tuer ce poulpe avec l'aide des autres… non?
-Mais bon sang! Elle voulait le tuer, c'est sûr! Si je n'avais pas plongé, il serait mort sous l'eau! Au moins, tu as pu le voir, et lui parler un peu, avant qu'il ne meure de ses blessures! J'aurais cru qu'au moins, tu me serais redevable pour ça! Mais j'aurais du savoir que seule la haine aurait pu t'habiter, en sachant que si je mettais montrer plus rapide, et plus puissant, ton mari n'aurait pas été tant blesser, et il ne serait pas mort, par ma faute!
Je ne te demande nullement de me pardonner, je comprends ta colère pour moi! Si tu veux, je peux parfaitement quitter ce monde! Je vous aiderais à sauver le monde, mais en me battant seul! Je ne veux pas être une nouvelle fois responsable de la mort d'une autre personne aimée, même si c'est celle qui m'oblige au silence, et me fait atrocement souffrir!
-Euh… Baron? Est-ce que tu vas bien?
Chiquitita se mit à m'expliquer se qui s'était véritablement passé. Après avoir tout entendu, j'étais fou de rage.
-Argh! Le monstre! Comment a-t-il osé? Alors, lui, ton mari, il s'est fait sauver en premier lieu par une sirène! Et cette sirène, pour soigner ses blessures, l'a embrassé! Et après ça, le maudit pas bon, le scélérat, l'espèce de chat de gouttière, il est tombé fou de ce poisson! Et là, soudain, il te déclare qu'il ne t'aime plus, qu'il aime cette fille à queue de dauphin, qu'il ne connaît que depuis 2 minutes, et que vous n'êtes plus marié! Oh, le monstre, le goujat, le…
-Mais arrête! Ce n'est pas gentil, ce que tu dis! s'écria-t-elle, un peu troublé de me voir aussi fâché. On ne s'était pas marié par affection profonde, mais plus par camaraderie!
-Quoi? fis-je, n'en revenant pas du terme qu'elle avait utilisé pour décrire le but de son mariage.
Et moi qui avait toujours pensée qu'ils étaient fou l'un de l'autre! Avais-je… tus mes sentiments durant tout ce temps… afin d'apprendre que mon adversaire, celui destiné à mon aimée… n'était à ses yeux qu'un camarade?
-Chéri et moi, nous nous sommes mariés, pour être légalement les parents des enfants orphelins de notre village! Comme ça, personne ne pourrait les emmener, en disant que nous ne sommes pas leur véritable parent. Mais puisque Chéri et moi, nous ne sommes plus ensemble… Et qu'il risque d'être dur pour une sirène de vivre dans un village… Je me demandais si… Si…
Soudain, l'arrivé de nos camarades vinrent la faire taire. Dommage, j'aurais bien voulu connaître se qu'elle se demandait. Ils se mirent à nous siffler, et aussitôt, je me relevais, en cessant de la tenir par la main, et rentrant dans la maison, sans attendre que les autres rentrent.
Je ne supportais pas leur allusion. Non mais! Elle venait tout juste de se faire «jeter» par son époux! Comment pouvaient-ils imaginer qu'elle aille envie d'un renouveau? Mais ce que je craignais le plus, c'était qu'on s'imagine que j'allais profiter de la situation, pour lui faire des avances. Alors ça, il en était hors de question! Elle était assez chambouler par tout ce qui se passait…! Il ne manquerait plus que ça.
