Chapitre 1
« Et bien Mr Potter, vous voilà piégé comme un rat ! » s'esclaffa la voix avec amusement.
James ne distinguait rien à travers la pénombre qui étouffait la pièce, mais il n'avait aucun doute sur l'identité de son geôlier.
« Decker… ça faisait un bail ! Toujours aux ordres de sa majesté, à ce que je vois… » Répondit l'intéressé, s'efforçant de cacher son étonnement.
William Decker était un homme de petite taille, ventru, dont la moustache d'une dimension impressionnante avait largement contribué à son succès des années auparavant. William Decker, ancien avocat et roi du barreau, était autrefois un sorcier admirable et séduisant, dont le charme sans égale avait brisé de nombreux cœur.
Des années plus tôt, Decker avait été l'ami et le confident du père de James, autant dire que ces deux-là n'étaient donc pas étrangers.
Decker était un sorcier de pure souche, issus d'une très ancienne famille qui pratiquait la magie depuis des siècles. Ainsi, lorsqu'il avait choisi de se marier avec une femme cracmol, faisant fi des traditions, les ennuis avaient commencé pour lui.
Victime des menaces et d'agressions, il avait perdu son travail. Quelques semaines plus tard, sa maison avait brûlé, mais Decker était un homme courageux, en dépit des apparences : s'il avait dû plonger au cœur de l'enfer pour sauver sa femme Catherine, il l'aurait fait.
D'ailleurs, il avait bel et bien plongé au cœur de l'enfer, lorsqu'il s'était retrouvé face à face à Voldemort. Le mage maléfique avait noirci son âme et puis son cœur, lorsque Catherine, lasse et épuisé des humiliations et des sacrifices que chaque jour ils consentaient à faire, avait mis fin à ces jours.
A partir de ce moment-là, tous ceux qui avait connu l'aimable et le brave William Decker, le considérèrent comme mort.
L'ancien avocat se mis au service du Lord noir et perdit tout ce qui le retenait encore à la raison. Une nouvelle fois Lord Voldemort avait frappé et briser la volonté d'un homme.
Toujours est-il que désormais James se retrouvait face à cet instrument de folie et rien ne lui disait bon qui vaille.
Decker s'approchait dangereusement de lui, et désarmé et blessé comme il était, il n'avait aucun moyen de se défendre correctement. Cependant, le mangemort semblait profiter de la situation avec amusement.
« Mon ami, il semble que vous soyez dans de mauvais draps. Je suis étonné, voyez-vous, de la facilité avec laquelle nous vous avons capturé ! On ne peut pas dire qu'il a été de même avec la sang de bourbe qui vous accompagnait : une sacré lionne… mais bon, rien n'échappe à sa majesté, voyez-vous. »
Decker s'esclaffa une nouvelle fois, comme s'il ravivait d'agréable souvenir, pétrifiant James d'effroi.
« Qu'avez-vous fait à Lily ? hurla-t-il, si vous avez touché à un seul de ces cheveux, je vous jure que… »
« Que ferez Mr Potter ?pas d'inquiétude, elle s'entretient avec Lord Voldemort, pour le moment, rien de bien méchant voyez-vous… »
James effectua une rapide analyse de la situation : il était seul, désarmé, blessé dans un endroit qu'il ne connaissait pas et face à un fou furieux qui n'hésiterait pas à lui faire tester toute une série de sortilège s'il bougeait le moindre doigt de pied. Autant dire qu'il n'y avait rien d'autre à faire que le faire parler, essayer de tirer des informations aussi moindre soient-elles.
Tandis que le jeune homme tentait de garder contrôle sur lui-même, un hurlement perçant déchira l'atmosphère.
Lily.
« Aha ! On dirait bien que la conversation devient intéressante ! » Un voile balaya le regard du vieux sorcier l'instant d'une seconde, où James sembla discerner une pointe de folie angoissante, « en attendant, mon cher ami, nous aussi nous allons avoir un petit entretien ! »
Decker leva sa baguette avec enthousiasme, projetant James avec violence au fond de la cellule, avant même qu'il n'ait pu ouvrir la bouche.
« Votre père Mr Potter, était, autant que je puisse m'en souvenir, un homme lâche et particulièrement écœurant, voyez-vous. Je me souviens un jour, nous étions allés nous promener au bord de la Tamise, une magnifique journée, croyez-moi ! Et tout à coup, alors que nous discutions chiffons, voyez-vous, il s'est mis à reluquer, de loin, une jeune et jolie demoiselle. Une moldue.
Le visage de l'homme se crispa, avant de reprendre :
« Une saleté, une pourriture de moldue ! bien sûr je connaissais votre père, il lui a suffi d'un sourire pour amorcer la discussion et d'une phrase pour la mettre dans son lit. Un sacré celui-là, croyez-moi ! Évidemment, il est mort quelques semaines plus tard, un piège malheureux et si simple dans lequel il a foncé sans réfléchir ! Est-ce que vous voyez où je veux en venir, Mr Potter ?
Decker marqua une pause, laissant James répondre.
Ce dernier paraissait avoir vieilli de dix ans. Il ne voyait pas ou William, l'ancien ami de son défunt père voulait en venir, mais une chose était sûre, jamais il ne lui pardonnerait de ternir l'image de cet homme tant aimé. Certes, Eddy Potter n'avait pas été un homme parfait, légèrement volage, il était un bel homme qui rendait à la nature, ce qu'elle lui avait offert. Peut-être avait-il trompé sa femme, parfois, peut-être avait-il été souvent absent, peut-être qu'il avait parfois dévié du droit chemin, mais il avait un père admirable et avait su protéger sa famille de la meilleure des façons. La preuve, James était toujours en vie et jamais, il ne laisserait Voldemort prendre du pouvoir sur sa vie. Par-dessus tout, il ne laisserait jamais un innocent mourir tant qu'il se sentirait responsable.
A cette pensée, son cœur frémit. Lily, il lui fallait trouver un moyen de s'échapper et de la retrouver avant que le mal ne soit fait.
L'ironie à peine caché qui perlait dans le ton de Decker le fit frissonner de rage.
« Non, William je ne vois pas où tu veux en venir. »
« Et bien Potter, son ton se durcit, ton père est mort de la plus stupide des façons, tu en conviendras. Il n'a pas su se maitriser, ni se contrôler. Les gens comme ça, sont si facile à écraser. Ils se laissent guider par leur sentiments sans penser aux conséquences que cela entraine, c'est regrettable…
« Qu'attends-tu de moi Decker ? Ah oui, j'y pense peut-être que tu vas me raconter tous les aspects pourris et mauvais de mon père, jusqu'à ce que je craque et rejoigne ton maitre et ses petits soldats, en pleurant et maudissant ma bêtise… me crois-tu aussi stupide ? William tu n'es qu'un imbécile qui a trahi ses convictions et ses principes, et ça tout le monde le sait ! tu as trahi ta femme ! »
Un nouvel éclair jailli de la baguette du mangemort, tailladant le jeune sorcier. Du sang gicla à nouveau de sa cuisse et de ses bras, lui arrachant un hurlement de douleur.
« Pauvre idiot ! Vociféra le mangemort, ses yeux sortant de sa orbite sous le coup de la colère, tu sais très bien ce que j'attends de toi, ce que nous attendons de toi ! Donne-moi l'adresse du quartier général de l'Ordre ou ta chère sang de bourbe mourra ! Et crois-moi, mon ami, ajouta-t-il à voix basse, je sais mieux que personne, ce que ça représente de perdre un être cher et d'en être le responsable… »
Un nouvel hurlement perça le silence qui était retombé.
« Maintenant James Potter, je te propose d'écouter toute l'étendue que le pouvoir du maitre peut arracher d'une si jolie gorge… »
Tandis que Decker finissait sa phrase et faisait apparaître une chaise afin de s'installer confortablement, une série de hurlement et de pleurs aigus détonna à travers la cellule.
James se figea d'horreur. C'était donc cela être dans un cul de sac : livrer l'ordre et tout ce qu'ils avaient jusque-là réussi à mettre au point, où perdre Lily. Une vie pour en sauver d'autres en définitive. Mais pourrait-il seulement vivre avec ce meurtre sur la conscience. Il était inutile de répondre à une question qui n'avait pas de réponse.
La rage lui arracha un gémissement qu'il ne parvint pas à étouffer. Le temps passait et Lily souffrait, il n'y avait pas une minute à perdre et pourtant il ne savait que faire.
Lily. Il aimait cette femme plus que n'importe qui, plus que lui-même ne se l'était jamais avoué. Ensembles ils avaient eu une histoire. Bien sûr cela n'avait pas duré, il avait réussi à tout gâcher par son arrogance, sa fierté, mais son amour pour Lily ne s'était jamais éteint, pas plus que les souvenirs qu'elle avait gravé au fond de son cœur.
Une larme roula le long de sa joue, prenant fin à la commissure de ses lèvres.
Ils s'étaient aimés une année entière, avaient monté des projets qui finalement n'avaient jamais vu le jour. James avait tenté de protéger la jeune femme par tous les moyens, et voilà que désormais elle se retrouvait dans une situation qu'il avait toujours refusé d'imaginer. Il lui fallait prendre une décision.
« C'est d'accord je vous livrerai l'ordre, mais d'abord laissez-moi la voir, qui me dit que ce n'est pas un piège ? »
Un rictus satisfait déforma le visage du mangemort.
« Bravo, James. Je savais que tu prendrais la bonne décision ! je suis persuadé que Lord Voldemort te laissera quelques instants avec ta bien aimé dès qu'il en aura fini avec elle, mais es-tu sûre que tu voudras toujours la voir après ça ? »
