Chapitre 2

Quelques minutes à peine s'étaient écoulées depuis que William Decker avait quitté la cellule mais son rire grinçant écorchait toujours les murs du cachot.

James, pour qui les minutes paraissaient des heures, tournait en rond tel un lion en cage. Le silence imperturbable de la geôle augmentait son stress au plus haut point. Au moindre grincement, bruissement ou bourdonnement, il sursautait de frayeur, craignant une vision cauchemardesque d'une Lily ensanglantée.

Pourquoi le faisait-on attendre ? n'avait-il pas conclu un marché avec Decker : la trahison de l'Ordre contre la survie de sa bien-aimée…

Peut-être espéraient-ils qu'il devienne fou, et à ce rythme-là, ce n'était plus qu'une question de seconde !

S'asseyant avec précaution afin de ne pas plus endommager sa jambe déjà blessé, James, à bout de nerf se pris la tête entre les mains. Bien que Lily ait arrêté de hurler dès que Decker avait quitté la cellule, James ne pouvait s'empêcher de s'attendre au pire.

Qui pouvait savoir ce que Lily endurait à cet instant précis ?

Il devait s'empêcher de réfléchir, de réfléchir aux pires situations possibles et inimaginables, s'empêcher de croire aux pires. Ce qui primait était de trouver une solution pour sortir de cet enfer. Tout d'abord, il devait découvrir où il se trouvait.

Si, comme il le pensait et que ces derniers souvenirs le lui rappelait, James devait se trouver dans la forêt de Grinwood, ou tout du moins, non loin. Bien entendu, il n'était pas exclu que les mangemorts qui les avaient capturés, Lily et lui, aient pu transplaner ou se servir d'un portoloin, mais cela lui semblait peu probable.

Si les mangemorts l'avait attendu comme il en avait le pressentiment, il semblait plausible que Voldemort se terre non loin du traquenard. Cela lui semblait également peu probable qu'une odeur de musc et de résine lui chatouillaient les narines de temps à autre. Prudemment, le jeune homme se releva, tâtant les cavités d'une main abrupte. Comme il avait pu le sentir précédemment, les parois de la cellule étaient granuleuses, au premier abord. En grattant l'argile, James s'aperçu qu'une terre meuble s'y cachait, laissant filtrer une fraicheur rassurante : la cellule ne devait pas être enterrée si profond que cela !

Reprenant confiance en lui, James continua son exploration avec une énergie retrouvée. S'approchant de la porte de la geôle, seul obstacle apparent, le jeune homme s'aperçu qu'aucune protection magique ou barrière quelle qu'elle soit ne protégeait ouverture. Toutefois, il comprit bien vite que cela était inutile : la porte creusé dans un chêne clair mais rugueux et épais n'avait, à l'évidence, aucune chance de pouvoir être forcée un jour.

Cela ne doucha en rien son optimisme : c'était toujours une barrière de moins, et ça changeait la donne. Désarmé et face à un sortilège inconnu, James n'aurait eu aucune chance de pouvoir s'en sortir, maintenant c'était différent.

Tandis qu'il s'appuyait contre la porte afin de soulager son propre poids, sur sa cuisse meurtris, le sorcier perçu des bruits de pas qui approchaient. Il s'écarta aussi vite qu'il le pu, rejoignant l'endroit et la position où Decker l'avait laissé quelques instants plus tôt pour ne pas éveiller les soupçons.

A peine avait-il regagné sa place que l'entrée s'ouvrit, dévoilant quelques rayons de lumière.

« Voilà de la compagnie mon grand ! j'te conseille de pas trop t'approcher, elle sent la vermine à plein nez et elle est pas belle à voir ! » Lança une voix rauque, différente de celle de Decker, en balançant ce qui semblait être un vieux sac déchiré, au premier abord.

D'un bond James se jeta sur Lily car il en était persuadé, ce ne pouvait être qu'elle. Tremblant, il déroula le bout de tissu taché de sang qui enveloppait la victime. Les sévices de sa torture étaient visibles avant même d'avoir vu ce qui se cachait dessous, mais lorsque le sorcier écarta une masse de cheveux roux, collé par le sang et la sueur, ce qu'il vit dépassa tout ce qu'il avait pu imaginer.

La réalité dépasse toujours l'imagination lorsqu'elle apparaît aux yeux de chacun.

Par réflexe il voulut s'écarter, retenant un haut le cœur. Parvenant à peine à reconnaître son visage à travers les blessures et les cicatrices récentes, James laissa échapper un sanglot, tandis qu'il lui semblait que le sol s'ouvrait sous ses pieds.

« Lily, pardon, Lily… je te demande pardon… »

Un torrent de larme dévala son visage alors qu'il ne cessait, sans pouvoir s'arrêter, de fixer son visage endolori.

Lily était une très belle jeune femme : ses cheveux roux encadraient avec délicatesse son visage anguleux, tandis que ses yeux verts reflétaient une énergie et une vitalité à toute épreuve. Elle avait toujours été une jeune femme pleine d'entrain et de volonté.

Désormais, la Lily qui gisait dans les bras de James Potter n'était plus que la victime d'une longue série de supplice. Ses cheveux emmêlés lui donnaient un air de poupée désarticulée, du sang avait séché sous ses narines rougis, et elle ne pouvait presque plus ouvrir son œil gauche, trop tuméfié, alors que son arcade sourcilière méritait quelques points de suture. Ses vêtements étaient déchirés, l'œuvre de sortilège qui l'avait probablement écorchée.

Reprenant ses esprits, James parvint du mieux et du plus doucement qu'il le pouvait, à transporter la jeune femme inconsciente au fond de la cellule, la cachant, tant bien que mal. Ses jambes et ses bras ne semblaient pas cassés, peut-être une entorse paralyserait sa cheville quelques temps. Cependant, il était difficile de le savoir : il faudrait attendre qu'elle se réveille pour mener un examen plus minutieux.

S'aidant d'une gamelle d'eau qu'on avait dû oublier, le jeune homme nettoya avec douceur les plaies qui ornaient son visage. La cruauté n'avait pas de limites, et il s'en rendait désormais plus que quiconque.

James Potter tacha de mémoriser au plus profond de son âme et de sa mémoire le spectacle qui se présentait à ses yeux car, lorsque viendrait le tour de Lord Voldemort, il saurait se venger avec toute la haine, la rage et la hargne qu'il ressentait en cet instants précis.

« James… est-ce que… c'est toi… ? »

Une voix d'enfant terrorisée brisa le silence.

« Lily, c'est moi ! C'est James ! Tu ne crains plus rien… co-comment tu te sens… ? »

Mal, c'était certain, mais c'était la première chose qui lui était venu à l'esprit. Une fois de plus il allait la décevoir par sa maladresse, pensa-t-il avec tristesse.

« Tu es là, maintenant. Tu es là… est-ce que tu vas bien ? Tu sais tout s'est passé si vite, tu sais… » Sa voix rocailleuse s'éteignit au fond de sa gorge, « je suis désolé, j'ai fait ce que j'ai pu mais ils étaient rapides et organisés. IL était là, je l'ai vu, tu sais… Voldemort. »

D'un geste, elle voulut se relever, mais la douleur l'en empêcha. Tandis que James l'aidait à s'adosser au mur et à calmer sa respiration, elle continua :

« Je ne sais pas ce qui s'est passé, mais je t'ai vu, de loin, tu tombais. J'ai tout de suite pensé qu'il t'arrivait quelque chose alors je me suis précipité. Mais ils étaient trop nombreux… je l'ai vu James, j'ai vu Voldemort. Il voulait que je lui donne l'Ordre… mais j'ai rien dis, je te le promets, j'ai rien dis… »

Alors que Lily fondait en sanglot, s'accrochant de ses ongles sales à la cape déchirée de James, il réalisa avec horreur le plan machiavélique du seigneur des ténèbres. Voldemort avait torturé Lily jusqu'à ce qu'elle lui avoue le secret de l'Ordre du phénix, il avait voulu briser sa volonté, mais elle avait été plus forte. En somme, en essayant de la briser elle, il avait brisé James. Non seulement, témoin des atrocités dont il était capable, Voldemort avait fait comprendre à James l'ébranlable volonté dont il était l'auteur : Lily sous les supplices avait tenu bon, tandis que lui, sous le coup d'une menace avait craqué sans réfléchir.

Quelle imbécile il faisait !

« Je te crois Lily, je te crois… » fut la seule chose qu'il fut capable de répondre.

Néanmoins, il n'était pas encore temps de se morfondre. Avant toute chose, il devait sortir Lily d'ici.