Chapitre 8
« Attendez que je récapitule… » déclara Haruka en fronçant des sourcilles, « Kuga est atteinte d'un virus qui la met dans un état de transe et le seul moyen qu'on a pour la calmer, c'est que Shizuru l'embrasse, est-ce bien cela ? »
Tout le monde dans la pièce acquiesça calmement. Haruka se leva de sa chaise : « Quoi ?! Et vous acceptiez ça ? Je veux plus d'explication, moi ! »
« Du calme, Haruka. » chuchota Shizuru qui regardait si Natsuki qui avait sa tête couchée sur ses jambes, ne s'était pas réveillée.
« Laissez-moi expliquer la situation » reprit calmement Youko, « En fait, Natsuki a certainement été empoisonnée lors de l'attaque dans la forêt. Ce virus s'appelle M.A.D. »
« M.A.D ? » interrogea Mai.
« Molécule d'Adn Démentielle… » répondit la femme médecin, « Pour faire simple, ce virus pousse les gens dans la démence. Les contaminés détruisent et tuent tout sur leurs passages. »
« Comment un tel virus peut-il donc exister ? » questionna Midori très songeuse.
« Ce virus a été créé par les hommes dans un but militaire. Des chercheurs voulaient inventer un virus qui décuplerait la puissance des soldats, c'était à l'époque où le pays de Fuuka et d'Artai était encore en guerre. Malheureusement, le projet fut un échec total. Car nous découvrîmes rapidement que cela avait des séquelles mentales chez les cobayes. » expliqua Youko qui regarda Natsuki avec des yeux inquiets.
« Y a-t-il un antidote ? » demanda la brunette.
« Lorsque la reine d'Artai avait découvert se projet et ses conséquences, elle ordonna la destruction total du virus ainsi que les documents le concernant. Je pense que le roi de l'Obsidian a réussi par je ne sais qu'elle moyen, à reproduire ce virus. Et pour répondre à ta question, aucun antidote n'a encore vu le jour jusqu'à présent. »
Une atmosphère pesante régnait dans la pièce, personne ne disait un seul mot. Shizuru caressa délicatement la tête de sa fiancée.
Nao la fixa un instant avant de se tourner vers Youko : « Et pour cette histoire de baiser ? »
Youko se mit à réfléchir un instant en se frottant la tempe: « A vrai dire, je ne sais pas… Est-ce seulement Shizuru qui peut le faire ? »
« Euh… Faut dire aussi qu'il n'y a eu qu'elle qui l'a testé. » répliqua Nao.
« Je vois… Mais je pense que les migraines de Natsuki sont un signe pour nous prévenir que le virus fait des ravages. A ce moment-là, je pense qu'on devrait tenter de la calmer avant qu'elle ne devienne une furie, non ? »
« Que voulez-vous dire par là ? » interrogea la princesse de Fuuka.
« Tout simplement, Shizuru, dès que Natsuki aura mal à la tête, tu devras t'empresser de l'embrasser. » déclara Youko sans le moindre soupçon de tact.
« Hé ? Pourquoi elle ? » rétorqua Nao en haussant un petit peu la voix.
« Ben, c'est sa fiancée et puis au moins, on est sûr que ça marchera. » répondit la blonde qui n'avait pas compris la réaction de la veuve noire.
Natsuki se réveilla doucement par le bruit que faisaient les autres. Elle fut surprise de voir tout le monde rassembler autour d'elle et surtout qu'elle dormait sur Shizuru.
« Hé ? Il se passe quoi là ? » demanda Natsuki en paniquant un peu.
Mai se leva rapidement et tira Mikoto et Haruka avec elle. Midori et Nao s'éclipsèrent elles aussi, rapidement de la demeure. La brune regarda la scène avec beaucoup de stupeur.
Youko soupira : « Il semblerait qu'on ait été désignée pour tout expliquer à Natsuki… »
« Quoiiiiiii ?! » hurla la princesse d'Artai, « Vous êtes entrain de me dire que je suis une psychopathe ambulante et que Shizuru doit m'embrasser pour me calmer ? Et pire encore, elle l'a déjà fait deux fois ?!? »
Apparemment, notre petite héroïne avait reçu beaucoup trop d'information d'un seul coup. Elle commençait à s'agiter dans tous les sens lorsque la femme médecin décida de la calmer.
« Du calme ! Où est le problème puisque c'est ta fiancée ? Et ne t'inquiète pas, je trouverais un antidote dès que possible. » commenta-t-elle froidement.
« Ara, cela dérange ma Natsuki que je l'embrasse que devrais-je dire alors ? » ajouta Shizuru sur un ton moqueur. Natsuki lui envoya un regard noir, mais ne répliqua point.
« Quoi qu'il en soit, tu devras t'y faire avec, nous n'avons pas d'autre solution pour le moment. Et si vous voulez bien m'excuser, j'ai du sommeil à rattraper. » Sur ces mots, Youko se dirigea dans sa chambre.
« Ara, nous ferions mieux de rentrer nous aussi. » déclara la brune qui se leva, suivit de Natsuki.
Notre petite princesse d'Artai guettait dans la maison: « Shizuru prend une douche là, je vais pouvoir me venger. »
Sur ces mots, Natsuki se faufila dans la cuisine dont la brune lui avait interdit l'accès car elle avait découvert que sa fiancée était une catastrophe ambulante au niveau culinaire. La louve ouvrit doucement une armoire. Tout ce qu'on entendit était un rire démoniaque provenant de la cuisine.
Shizuru sortit tranquillement de la salle de bain, elle se frottait les cheveux avec un linge et allait gentiment se faire du thé. Elle regarda un instant où se trouvait Natsuki et découvrit que celle-ci lisait sagement un livre dans le salon. Elle ne se rendit pas compte qu'en réalité tout ceci n'était qu'une simple comédie.
La princesse de Fuuka revint avec sa tasse de thé dans la main. Natsuki observa tous les faits et gestes de son amie. Shizuru prit une petite gorgée de son précieux liquide.
La louve retint son souffle et ne quittait pas la brune des yeux une seule seconde. Cette dernière posa sa tasse sur la table avec fracas, ce qui fit sursauter la jeune fille. La brunette avait un regard meurtrier. Peut-être même pire que celle de la reine d'Artai, se disait Natsuki qui commençait à avoir peur.
« Natsuki… » débuta Shizuru avec un grand sourire sur le visage, « Serais-tu entrée dans ma cuisine ? »
« Ta ? Je te signale que cette maison est à nous deux. » rétorqua Natsuki.
« Pourquoi Natsuki a-t-elle échangé l'étiquette du sel et du sucre ? »
La délinquante eut un grand sourire satisfait sur son visage avant de déclarer : « Œil pour œil, dent pour dent. »
« Ara, si c'est comme cela que tu le prends. Je pense que ta ration de mayonnaise hebdomadaire se réduit à zéro désormais. » conclu la brune avec un magnifique sourire.
« Quoi ?! Mais c'est injuste ! Déjà qu'une fois par semaine, ce n'était pas assez ! C'est sacré pour moi la mayonnaise ! »
« De même que pour mon thé et tu viens de le profaner avec tes âneries. » rétorqua la brune outrée d'avoir gâché son breuvage avec du sel, à cause de sa fiancée. Elle se leva et se pencha vers l'oreille de Natsuki.
« Comme tu l'as dit, œil pour œil, dent pour dent. » murmura-t-elle avant de partir se refaire une tasse de thé. Notre princesse d'Artai dut déclarer forfait pour cette fois-ci, mais elle n'avait pas encore abandonné la guerre. Et la bataille continua…
Lorsque Natsuki jouait du piano, le couvercle se referma brutalement d'un coup, laissant de justesse le temps à notre pianiste d'enlever ses doigts.
« Ara, que je suis maladroite parfois. » ricana Shizuru avec un visage même pas désolé.
Notre petite rebelle sortit de sa douche pendant que Shizuru lisait tranquillement. Soudain celle-ci se retrouva complètement trempe, d'un mouvement de la tête, Natsuki avait fait gicler toute l'eau qu'elle avait dans ses cheveux sur sa fiancée.
« Ah ? Tu étais là ? » fit Natsuki sur un faux ton surpris.
C'est ainsi que toute la soirée continua sur cette guerre incessante.
Natsuki et Shizuru était épuisées et bien entendue, en manque d'idée, voilà six heures d'affiler qu'elles se jouaient des mauvais tours.
« On fait une trêve ? » demanda Natsuki totalement fatiguée.
« On fait une trêve. » répondit Shizuru bien heureuse de pouvoir enfin baisser sa garde.
Et les deux jeunes filles s'étalèrent sur le canapé, Natsuki de façon très rustre et Shizuru de façon gracieuse.
« C'est quand même moi qui ait gagné ! » grommela Natsuki sur un dernier effort.
Shizuru allait répliquer lorsque soudain, une dernière idée lui vint à l'esprit. Elle se pencha vers la fameuse gagnante et lui fit un petit bisou sur la joue.
« Voilà le prix du vainqueur. » annonça Shizuru en riant car elle connaissait déjà d'avance la réaction de son amie. Natsuki rougit et tomba du canapé lorsqu'elle essaya de s'éloigner de la brune. Shizuru quant à elle, était satisfaite du résultat, même si elle ne s'attendait pas que Natsuki trébuche de sa place.
La brune se pencha au dessus de celle qui était à terre : « Ara, il semblerait que j'ai quand même eu le dernier mot. »
« Shizuru ! Tu as triché ! On a dit qu'on faisait une trêve ! » répliqua la princesse d'Artai.
« Ara, mais je n'ai rien fait de mal, j'ai juste voulu récompenser la gagnante. »
Natsuki ne put qu'avouer une nouvelle fois, son échec. Cette femme arrivait toujours à prendre le dessus sur elle, se disait-elle plus frustrée que jamais.
« Ara, je vais sortir faire un tour, Natsuki. » annonça la brunette avant de quitter la maison. Elle se dirigea là où se trouvait l'arbre que Natsuki avait fondu en deux. Elle s'arrêta un instant à cet endroit pour admirer la pleine lune.
« Qu'est ce que tu fabriques ici ? »
Shizuru ne se retourna pas, elle avait reconnue la voix de l'arrivant.
« Ara, et toi ? Que fais-tu ici, Nao ? » répondit-elle calmement.
« Je vais où je veux et quand je veux ! »
« Ara, Natsuki disait cette phrase, il y a dix ans de cela. Elle venait donc de toi. » ricana la brune qui se retourna enfin pour faire face à la jeune fille aux cheveux rouges.
« Fais pas comme si tu la connaissais ! » rétorqua Nao, « Tu ne la connais pas aussi bien que moi ! »
« Certainement, je n'en doute point. Mais j'ai encore tout mon temps pour apprendre à la connaître. » déclara Shizuru avec un sourire qui agaçait son interlocutrice.
« C'est injuste… » murmura Nao tout doucement.
« Plait-il ? »
« C'est injuste que ce soit toi qui soit fiancée avec elle ! Mais je ne baisse pas les bras pour autant ! » cria la veuve noire.
La brune fit quelques pas dans la direction du village, mais avant de quitter Nao, elle lui confia : « La dernière fois, je t'ai dis que je n'en avais rien à faire, si Natsuki et toi étiez ensemble. » Shizuru tourna la tête et regarda Nao dans les yeux, « Je crois que j'ai changé d'avis. »
« Qu'est-ce que ça veux dire ? » rétorqua Nao désemparée et irritée.
« Cela veux dire ce que cela dit » ajouta Shizuru sans se retournée et en marchant vers sa maison.
Nao resta un moment seule avec ses pensée : « Cela veux dire que tu l'aimes aussi ? »
Lorsque Shizuru était arrivée chez elle, tout était éteint. Natsuki devait déjà être au lit, pensa-t-elle. La brune partit se changer en pyjama et se glissa doucement dans le lit pour ne pas réveiller sa compagne.
« Tu en as mis du temps… » grommela mollement la princesse d'Artai.
« Ara, je t'ai réveillé ? Gomen. »
« Hé ! Mais c'est que t'es gelée en plus ! » remarqua Natsuki lorsque son pied avait touché celui de sa fiancée.
« Il faisait assez frais à l'extérieur. » répondit Shizuru qui se blottissait sous la couverture pour se réchauffer. Tout d'un coup, elle sentit quelque chose de chaud dans son dos.
« Natsuki ? » interrogea-t-elle désorientée.
« Urusai, je n'ai pas envie de tu tombes malades, c'est tout ! » expliqua notre petite rebelle qui entoura Shizuru de ses bras. La brune se laissa faire et profita de son radiateur vivant à côté d'elle.
« Bonne nuit, ma Natsuki. » chuchota-t-elle.
« Mmmmh… Nuit… » marmonna Natsuki qui s'était déjà rendormie.
