I want to trip inside your head

Spend the day there...

To hear the things you haven't said

And see what you might see

(Miracle Drug, U2)

... Maraudeurs toujours

Remus se leva, et s'agenouilla lentement auprès du grand chien hirsute. Aucun animal n'aime être réveillé en sursaut: Moony le savait mieux que personne. Il approcha doucement sa main du flanc de Padfoot. Je vais me faire recevoir... Mais enfin, c'est ça aussi l'amitié! Et, d'un geste décidé, Remus appuya sa paume sur l'épaule du chien. Comme il l'avait prévu, Padfoot eut un sursaut et redressa brusquement la tête, découvrant ses crocs. Remus retira sa main mais ne bougea pas. S'il croit qu'il va réussir à m'impressionner... Je suis sûr que les miens sont beaucoup plus grands.

Padfoot avait reconnu à qui il avait à faire. Son expression agressive disparut, mais il émit une espèce de grondement sourd. Remus aurait pu jurer qu'il s'agissait d'un grognement d'exaspération. Le chien le fixait d'un air de défi, mais où perçait une panique à peine contenue. Remus soutint son regard sans faire un seul mouvement. Surtout, ne pas montrer sa nervosité... Enfin, Padfoot baissa les yeux. Il se redressa, et soudain Sirius se retrouva assis en face de Remus. Il avait la tête baissée, les mains posées à plat de chaque côté de ses cuisses sur le canapé. Il respirait bruyamment, et évitait consciencieusement le regard de son ami. Bon... apparemment, il ne va pas me frapper. Bon point. Maintenant, ça passe ou ça casse...

Sirius poussa un profond soupir. Comment j'ai pu être assez con pour m'endormir ici ! Manquait plus que ça… Il ferma les yeux un instant. Moony... Secouant la tête, il affronta enfin le regard de Remus.

« Hé bien Moony ? On peut savoir ce que tu fais debout à une heure pareille ? »

Remus sourit et se releva. C'est bien Padfoot, ça ! Tout pour faire comme si de rien n'était.

« Ben… en fait, tu ne vas pas croire, mais - J'avais envie d'un whisky et d'une cigarette », avoua Remus d'un air gêné mais qui n'était pas dépourvu d'une pointe de malice.

Sirius en oublia pour un instant de contrôler ses émotions, et écarquilla les yeux. « Quoi! », s'exclama-t-il. « Toi, Moony, boire ? Et fumer en plus ? » Il s'interrompit, l'air effaré, puis prit une expression dubitative. « Attendez. Vous ne pouvez pas être Moony. Moony ne ferait jamais ça. Vous êtes un double, un imposteur. Peut-être même un Mangemort... Qu'avez-vous fait de mon cher, responsable, sage, sérieux, parfait ami Moony ? », finit-il d'un ton révolté, l'air très sérieux.

Tout aussi sérieusement, Remus répondit: « M. Padfoot, je peux vous jurer que je suis bien Moony. Demandez-moi n'importe quoi, je serais ravi de vous prouver ma bonne foi. Néanmoins, je me dois de vous avouer que ledit Moony en a plus que marre d'être responsable, sage et sérieux. » Après un petit silence, il ajouta: « Je tiens également à préciser que je n'ai jamais, jamais été parfait. Mais je confirme que je suis bien votre ami », finit-il tout en souriant franchement à Sirius.

Padfoot gloussa, le sourire en coin. « Alors comme ça, M. Moony, vous en avez marre d'être responsable et sérieux ? »

Remus hocha gravement la tête.

« Et c'est pour ça que vous vous mettez à boire et à fumer, c'est ça ? », insista Sirius en penchant la tête d'un air goguenard. Merlin, on dirait vraiment un chien quand il fait ça !

Remus hocha une nouvelle fois la tête, un sourire coupable sur les traits.

« Je regrette profondément que M. Prongs ne soit pas ici pour voir ça. Nous qui avons si souvent essayé de vous entraîner dans nos virées nocturnes dans la cave des Trois Balais... Mais non, M. Moony n'a jamais voulu goûter une seule goutte d'alcool ni toucher une seule cigarette... » Sirius plissa les yeux et pencha encore la tête, songeur. « Je crois que la seule fois que je t'ai vu boire, c'est au mariage de James. Une coupe de champagne ! Et maintenant, j'apprends que tu te défonces au whisky! » Sirius secoua la tête. « Je ne sais pas si je vais pouvoir supporter ce choc. »

Remus pouffa. « Hé oui, que veux-tu, tout se perd ! J'ai pris de mauvaises habitudes pendant mes années de - » Il s'interrompit brutalement.

« Solitude ? », lâcha Sirius. Son expression était indéchiffrable.

Remus acquiesça, mal à l'aise. Pourquoi, mais pourquoi j'ai eu besoin de dire ça!

Les yeux à nouveau baissés, Sirius commença d'une voix mal assurée : « Tu n'aurais jamais dû avoir à - »

« Sirius, attends - C'est pas ce que je voulais - »

Sirius releva les yeux et sourit. « Je sais bien, Remus. N'empêche que tu n'aurais jamais dû avoir à vivre ça. »

« Vivre ça ! Sirius, c'est TOI qui a passé douze ans à Azkaban! »

« Et... et alors ? », essaya de plaisanter Sirius. Mais devant l'air grave de son ami, il changea de ton. « Remus... Oui, j'ai passé douze ans en prison. Oui, c'était loin d'être le paradis » Remus fit un mouvement. « Et oui, ce que je viens de dire est un euphémisme ! Tu vas me laisser parler, oui ! » Remus soupira mais acquiesça. « Bon. Mais cela n'enlève rien au fait que tu as cru pendant tout ce temps que deux de tes amis étaient morts à cause du troisième. Et que tu t'es retrouvé seul. Alors que tu n'avais franchement pas besoin de ça... Je suis désolé. »

Remus sursauta. « Ah non alors ! On ne va pas rentrer là-dedans ! »

Sirius plissa les yeux. Mais de quoi il me parle, là ! Il était sur le point d'ouvrir la bouche quand Remus poursuivit: « Si on se lance dans les excuses, on n'a pas fini. J'ai sans doute autant de choses à me faire pardonner que toi... »

Mais bien sûr... toujours ta culpabilité de soi-disant bête sauvage, hein Moony ? Il me semblait pourtant que c'était moi le responsable de tout ce gâchis, non? Enfin... si ça peut te faire plaisir. « Ok ! »

« Sirius ? Je parle sérieusement... »

« Sérieusement ? », ne put s'empêcher de relever Sirius, narquois.

« Hein ? » Puis Remus comprit. « Fais pas ton malin, toi. » Et il poursuivit: « On a tous les deux cru l'autre coupable, tu te rappelles ? »

Pourquoi j'ai l'impression qu'il arrive à lire mes pensées, lui ? C'est flippant... « Bon. D'accord... tu dois avoir raison. On est quitte alors ? »

« On est quitte », répondit Remus. Pas sûr qu'il soit convaincu... Mais au moins je l'ai dit, et peut-être qu'un jour il s'en souviendra...

« Question réglée, donc », déclara Sirius d'un ton satisfait. Il se frotta les mains. « Parlons de choses sérieuses... Dans ta quête effrénée de substances nocives, as-tu mis la main sur cette bouteille de whisky ? », demanda-t-il avec un regard gourmand.

Remus ne put s'empêcher d'éclater de rire. « Padfoot... » Puis il reprit un ton plus grave pour faire remarquer: « Il me semble que tu n'as pas eu besoin de moi pour la trouver tout seul cette bouteille, non ? » Là, je prends des risques.

Bien vu, Moony ! Mais si tu crois que je t'ai attendu pour avoir mauvaise conscience... « Je pense que ça ne servira à rien si je prétend que c'est Kreacher qui se biture au whisky, hein? » Remus secoua la tête, intraitable. « Hé bien soit, me voilà découvert... Avec quoi je peux t'acheter pour que tu n'ailles pas me dénoncer à Molly ? », plaisanta Sirius, mais sans réussir à masquer son ressentiment. « Elle risquerait de le répéter à Dumbledore, qui me priverait définitivement du peu de responsabilités que je peux avoir dans l'Ordre et sur Harry... »

Merlin... Il est donc si désespéré que ça ? Remus posa sa main sur le bras de Sirius. « Padfoot... » Mais il ne put rien ajouter. Parce qu'au fond de lui, il savait très bien que Sirius avait raison, et que lui-même trouvait cette situation injuste. Il choisit de sourire. « Ne t'inquiète pas. Je ne vous ai jamais dénoncé à l'époque des Maraudeurs, malgré mon statut de préfet. Je ne vais pas commencer maintenant. »

Ouf ! Moony a apparemment décidé de nous épargner une analyse. Qu'est-ce qui m'a pris de sortir ça aussi ? Comme s'il y pouvait quelque chose... « Merci Moony. Mais on est jamais sûr de rien... Après tout, tu t'es bien mis au whisky ! », ajouta-t-il avec un clin d'œil.

Remus pouffa. « A ce propos, je vais la chercher cette bouteille ? » Si notre conversation continue comme ça, je sens que j'en aurai besoin.

« Bonne idée ! », acquiesça Sirius. Je sens qu'on est partis pour une nuit de conversation difficile... Autant prévoir !

Remus revenait déjà, la bouteille à la main. "J'ai oublié les verres... Je reviens !"

« Attends ! », le retint Sirius. « On n'a qu'à se servir là ! », expliqua-t-il en montrant du doigt un buffet derrière lui.

Remus lui jeta un regard interrogateur.

« C'est là que ma chère mère rangeait la vaisselle de ses non moins chers aïeux. » Sirius s'interrompit. « A la réflexion, et pour être exact, c'est là qu'elle faisait ranger la vaisselle. Cette armoire a été inspectée il y a bien longtemps, on ne risque rien. Néanmoins, Molly préfère éviter d'utiliser ce qui s'y trouve. Je crois que les ornements ne sont pas à son goût... » Sirius se leva alors, contourna le canapé et ouvrit le meuble Avec ce rire si proche d'un aboiement qui lui était propre, il sortit un verre à pied et le tendit à Remus. « Qu'est-ce que tu en dis ? »

Remus s'avança lentement. Sous le ton badin de Sirius, il avait décelé ce cynisme qui caractérisait de plus en plus son ami. Oh, Sirius... Ce doit être comme un couteau, hein ? Un couteau qu'on te retournerait encore et encore dans la plaie... Chaque pièce, chaque tableau, chaque - Ce qu'il vit stoppa net ses réflexions. Il prit le verre que lui tendait Sirius d'une main hésitante, et ouvrit la bouche pour parler, mais la referma aussitôt. Le verre était en cristal. A sa base, deux serpents s'entrecroisaient et semblaient monter le long du pied pour atteindre le verre. Et la bordure de celui-ci était décorée d'un filet de couleur rouge. Remus y passa le doigt.

« Je peux te dire que ça fait un joli reflet... Dracula aurait apprécié », commenta Sirius d'un ton neutre.

Remus avala sa salive. « Et... en bas, là, c'est quoi ? Ne me dis pas que c'est... »

« Des os... si », lâcha Sirius. « Euh… il est même possible qu'ils aient appartenu à l'un de tes semblables », ajouta-t-il d'un air mi-honteux, mi-moqueur.

En effet, de minuscules ossements agrémentaient le pied du verre, sur lesquels les serpents semblaient glisser. Remus détacha ses yeux du verre, regarda Sirius, puis revint au verre. Il pinça les lèvres. « C'est, euh... intéressant ? » Il croisa le regard de Sirius. Et soudain, tous deux éclatèrent de rire. Riant toujours, Sirius s'avança vers Remus et lui reprit le verre des mains. Il ouvrit ensuite la bouteille que son ami avait posée sur la table basse.

« Tu te sens prêt à boire dans cette... oeuvre d'art ? », lui demanda-t-il, gloussant encore.

Remus prit un air résolu. Il inspira profondément et répondit: "Hé bien oui... je crois que oui."

« Bien... A ta santé alors ! », dit Sirius en lui tendant un verre plein.

Échangeant un sourire, tous deux prirent une gorgée de whisky. Remus s'étrangla sur la sienne. Sirius leva un sourcil.

« Moody m'avait pourtant juré que ces verres n'étaient pas empoisonnés. Il les a examinés sous tous les... hem... cartilages. Ou alors c'est que tu n'es vraiment pas habitué au whisky..."

Remus secouait la tête tout en essayant de se remettre. « Pas ça... », toussa-t-il. « Je me disais juste... Tu imagines la tête de tes aïeux s'ils savaient qu'un... que quelqu'un comme moi buvait dans leurs verres si raffinés ? » Et il s'étrangla une nouvelle fois.

Sirius pouffa. « Mes très chers aïeux ne s'en remettraient certainement pas. Ils doivent même être en train de se retourner dans leur tombe. Et tu veux que je te dise ? Cette simple idée donne à mon whisky un goût tout à fait particulier... » Et, l'air satisfait, il reprit une gorgée.

Remus sourit. « Effectivement, ce n'est pas désagréable... » Bon... Ce n'est peut-être pas le moment, mais est-ce que ce le sera jamais ? « Sirius ? Tu faisais quoi en bas ? »

Tiens donc... Je l'attendais, celle-là ! Moony se laisse rarement décourager aussi facilement, il faut dire. Il se laisse également rarement berner. Allons-y donc pour la vérité pure et simple... Regardant Remus droit dans les yeux, il répondit : « Je voulais me barrer. »

Remus ne cilla pas. Il attendait la suite.

« J'ai pété les plombs. Totalement. Je voulais sortir d'ici et aller à Poudlard, pour parler à Harry. » Sirius reprit une gorgée de whisky. Et Remus fut surpris de voir à quel point le regard que Sirius lui lança était désespéré. Qu'il se dévoile ainsi était rarissime. Padfoot, qui parlait tellement et pour dire n'importe quoi en d'autres occasions, aurait avalé sa langue plutôt que d'avouer qu'il avait commis une erreur ou qu'il avait un problème. C'était sa fierté. Une fierté mal placée peut-être, mais Remus pouvait comprendre ça.

« J'y arrive pas, Remus... », lâcha-t-il, l'air d'un enfant perdu. Du moins c'est ce que se dit Moony.

Gentiment, il demanda: « Tu n'arrives pas à quoi, Sirius ? »

« Harry... », croassa ce dernier pour toute réponse. « J'y arrive pas... Je devrais pouvoir l'aider, je devrais être là pour lui... Et je sais pas quoi faire... Je sais pas quoi lui dire. Je sais pas comment l'aider ! Je PEUX même pas l'aider ! » Sirius s'échauffait. « Personne me LAISSE l'aider ! Ni Molly, ni Dumbledore... ni Snape, ni ma mère, ni Kreacher ! Je passe mes journées à me faire rabrouer, critiquer... Tout le monde me prend pour un fou, un irresponsable ! » Puis sa rage retomba aussi vite qu'elle était montée. Il secoua la tête et retomba sur le canapé. « C'est pas vrai. Je me cherche des excuses... C'est moi l'unique responsable. Je n'arrive pas à donner à Harry ce dont il aurait besoin. Je ne pense qu'à moi : mon enfermement, ma famille, ma haine contre Snape... C'est pas moi qui devrait me plaindre, c'est lui ! Et au lieu de ça, il arrive encore à s'inquiéter pour moi. Et moi, au lieu de le remercier, je le critique et je le compare à James... Je SAIS qu'il n'est pas James, Remus, je le sais... », finit-il dans un murmure.

Remus vint s'asseoir à ses côtés. « Je le sais Sirius, je te jure que je le sais », dit-il doucement.

Sirius lui lança un coup d'œil et un bref sourire illumina ses traits. « Tu sais quoi ? J'ai toujours pensé que tu aurais fait un meilleur parrain que moi… Je l'avais dit à James d'ailleurs. »

Remus se tendit. Pas ça Padfoot... S'il te plaît ne dis pas ça ! « De toute façon la question ne se posait pas, hein... », dit-il d'une drôle de voix.

Sirius, trop occupé par ses propres pensées, ne releva pas. « Je lui avais dit que je ferai un mauvais parrain. C'est vrai que je suis irresponsable. Mais il a insisté. Même Lily a insisté. J'ai jamais compris... » Ses yeux s'éteignirent. « J'ai pas réussi à les sauver, et je ne suis même pas capable de m'occuper de leur fils ! » Il posa violemment son verre sur la table. « Je suis nul, Remus... », finit-il en se cachant la tête entre les mains.

Ce dernier avala sa salive. Qu'est-ce que je suis censé répondre à ça, hein ? « Tu ne sais vraiment pas pourquoi James et Lily voulaient absolument que tu sois le parrain de Harry ? », demanda-t-il à la place.

Sirius secoua la tête.

« Et bien je vais te le dire. Tu es irresponsable, certes. Lily était au courant, je te rassure. » Sirius émit un petit rire. « Mais tu es aussi incroyablement protecteur... au point que tu en es parfois collant, même. Et on peut toujours compter sur toi dans les moments difficiles. J'en sais quelque chose. »

Sirius le regarda, incrédule. « Et c'est toi qui me dis ça ? Toi à qui j'ai joué ce tour... lamentable ? »

Remus sourit. « Mais oui, Padfoot. Oh, attention, je t'ai détesté, hein, ne t'y trompe pas. Mais après j'ai compris... Tu n'as vraiment JAMAIS pensé aux conséquences... C'est un de tes défauts ça, Padfoot. Qui va avec ton irresponsabilité, je dirais », termina-t-il d'un ton clinique.

Sirius gloussa. « Je dois l'admettre... Faut dire que j'ai eu douze ans pour réfléchir à la question... »

Remus sursauta. « Sirius... »

Mais ce dernier l'interrompit immédiatement. « Laisse tomber Remus. Oublie ce que je viens de dire. J'ai la fâcheuse tendance ces temps de dire tout haut tout ce qui me passe par la tête. »

C'est peut-être pas si mauvais que ça, tu sais... « Et pourquoi tu n'es pas parti finalement ? »

« Je sais pas. Je me suis dit que Harry serait plus inquiet qu'autre chose de ma visite, je pense... Ou alors c'est que je deviens raisonnable ! », plaisanta-t-il.

« Qui sait ? », sourit Remus.

« Je suis resté comme un con assis sur ce canapé à me demander ce que je devais faire. Et je ne sais pas ce qui m'a pris, j'ai commencé à inventorier ce qu'il y avait dans ce tiroir, là... », raconta Sirius en indiquant un secrétaire dans un coin de la pièce.

« Et... », l'encouragea Remus.

« Et il y avait des photos. De famille. Les seules où je suis dessus, c'est celles d'avant Poudlard. » Sirius déglutit. « C'est comme si j'étais mort en devenant un Gryffondor, Remus... Comme si depuis je n'avais plus existé... »

Cette fois, Remus passa résolument un bras autour des épaules de son ami. « Tu sais quoi Sirius ? Tu devrais en parler à Harry. » Sirius leva vers lui des yeux étonnés. « Quand je suis allé le chercher cet été, j'ai remarqué que sur toutes les photos - et il y en a beaucoup, tu peux me croire - affichées dans la maison, il n'y a que son cousin. Quelqu'un qui ne sait pas qu'il vit là pourrait très bien croire qu'il n'y a que trois habitants. »

« Le pauvre... » Après un temps de réflexion, Sirius demanda, l'air de rien : « Dis-moi Remus. Quand il était dans ta classe, en troisième année, il t'a... parlé ?" » « Pas vraiment. Il est très discret tu sais. Il cherche surtout à ne pas se faire remarquer. Je n'ai pas besoin de te dire que cela ne lui réussit pas très bien. »

« Parce que moi il ne me dit jamais rien. Il ne me pose même pas de questions sur nous, sur le passé... Note que moi non plus je dis jamais rien... » Comme s'il laissait le fil de ses pensées lui dicter ses paroles, Sirius déclara soudain : « Tu te rappelles de l'épouvantard ? »

Remus mit un moment pour comprendre de quoi pouvait bien lui parler son ami. Il demanda: « Celui que Molly a trouvé ? » Celui qui montrait Harry mort... Oh oui que je m'en souviens.

Sirius hocha la tête. « Quand je l'ai vu... j'ai pensé qu'il était vraiment mort. J'y pense tout le temps... Et après, j'ai cru revoir James... comme... enfin tu vois. Et je me sens tellement inutile! Je voudrais pouvoir le protéger, Remus. Mais on ne sait même pas vraiment ce que signifie cette prophétie... Et parfois –« Il s'arrêta.

« Parfois ? », insista gentiment Remus.

« Parfois je me demande si Dumbledore nous dit vraiment tout. Je sais », ajouta-t-il précipitamment. "Tu dois penser que c'est parce que je suis frustré. Mais je ne sais pas... j'ai l'impression qu'il nous utilise tous un peu."

« Et je suis d'accord avec toi. »

Sirius regarda brusquement son ami. « Quoi ? Toi aussi tu - »

« Hé oui... moi aussi j'ai des doutes. Mais je pense quand même que le mieux qu'on ait à faire, c'est de suivre ses ordres. Même si je sais à quel point ça doit être difficile pour toi... »

Sirius hocha la tête en automate. « Remus ? »

« Hmmm ? »

« Si... s'il m'arrive... quoi que ce soit... tu - tu prendras soin de lui, hein ? »

Le bras de Remus glissa de l'épaule de Sirius. Ce dernier le sentit, et se tourna vers lui.

« Remus ? Il t'apprécie beaucoup tu sais... » Tu crois ? « Je sais qu'il sera en sécurité avec toi. » Arrête, Sirius ! Je t'en prie arrête ! C'est toi qu'il veut, et personne d'autre. « Et ne me parle pas du Ministère ! », protesta Sirius en se méprenant sur l'expression de Remus. « On s'en fout. Harry s'en fout. S'il te plaît ? », plaida-t-il.

Trop ému pour répondre, Remus ne fit que hocher la tête. Sirius passa alors à son tour le bras autour de ses épaules, qu'il serra brièvement. « Merci », souffla-t-il. Puis il le secoua. « J'y mettrai une seule condition. »

Remus fronça les sourcils. Qu'est-ce qu'il a encore été inventer !

« Je tiens à ce que tu lui racontes toutes nos aventures... Toutes ! Que tu lui montres les passages secrets... Oh, ne prends pas cet air réprobateur ! Moi je sais qui se cache sous l'apparence du sérieux professeur de défense contre les forces du mal... »

Remus prit un air choqué. « Je ne vois pas du tout ce que tu insinues... »

« Ah ? Harry m'a pourtant parlé d'une histoire impliquant une armoire, un épouvantard, le fils Longbottom, les habits de sa grand-mère et - », déclara Sirius d'une voix innocente.

« Ok, ok, j'avoue ! », plaisanta Remus en levant les mains en signe de reddition.

Se penchant pour leur servir à tous deux un deuxième verre de whisky, Sirius s'esclaffa. « Tu sais que j'ai d'abord pas voulu le croire ? Alors, dis-moi, qu'est-ce que tu as inventé d'autre durant ton année d'enseignement ? Je veux la vérité, toute la vérité ! »

« Rien. Je te jure que je n'ai rien fait d'autre. Mais pour Severus, c'est vrai, je n'ai pas pu résister! » , avoua Remus avec un air vaguement coupable.

« Tu m'étonnes ! » s'exclama Sirius en riant de plus belle. « Oh que je regrette de ne pas avoir vu ça... Allez, raconte-moi. Il était habillé comment exactement? C'était pire ou mieux que lorsque James lui avait teint les cheveux en bleu électrique ? Ou que je les lui avais frisés ? Ou alors la fois où on lui a ajouté de la dentelle sur sa robe ? Hein ? Raconte ! »

Et Remus raconta. Ensuite, le whisky aidant, ils se remémorèrent les glorieux épisodes de leur carrière de Maraudeurs. Riant souvent, avec émotion parfois. Cette époque était définitivement révolue. Deux d'entre les avaient quittés pour toujours. Et le plus loin des deux n'était peut-être pas celui qu'on aurait cru. Ceux qui restaient, eux, avaient perdu leur innocence et leur insouciance depuis longtemps. Mais cela faisait du bien de faire semblant quelquefois. D'oublier. Et c'était mieux que d'essayer de comprendre ce qui avait bien pu se passer. D'essayer de comprendre comment ils avaient pu en arriver là... Car après tout, un Maraudeur restait toujours un Maraudeur. Du moins c'est ce qu'ils s'étaient tous promis, il y a bien longtemps.