As the sun comes up, as the moon goes down

These heavy notions creep around

It makes me think

Long ago I was brought into this life

A little lamb, a little lamb

Courageous, stumbling

Fearless was my middle name

But somewhere there I lost my way

(Walk unafraid, R.E.M.)

Le dernier Maraudeur

Si un habitant de Little Whinging avait mis le nez à sa fenêtre en ce dimanche matin du mois de juillet, il se serait sûrement demandé ce qu'un homme grand, mince et aux cheveux bruns déjà parsemés de mèches grises pouvait bien faire à déambuler si tôt dans les rues. En fait, cet homme savait exactement où il allait, mais il n'arrivait tout simplement pas à se décider à sonner à la porte du numéro 4, Privet Drive. Il avait donc décidé de visiter les environs, espérant qu'une petite marche lui donnerait le courage de remplir la mission pour laquelle on l'avait envoyé ici.

Pourtant, lorsque l'Ordre s'était rassemblé pour savoir qui se chargerait d'aller chercher Harry Potter chez sa tante, c'est lui qui s'était porté volontaire, et qui avait insisté pour qu'on le laisse accomplir cette tâche. En effet, nombreux étaient ceux, qui, comme l'année précédente, auraient été ravis de ramener le jeune sorcier au quartier général : Arabella Figg, Tonks, Moody, et bien évidemment la famille Weasley au grand complet. Mais l'ancien Maraudeur s'était battu, avec une obstination et une violence qui lui étaient plutôt inhabituelles. Enfin… extérieurement. En tout cas c'est ce qu'avaient dû se dire les personnes présentes lors de la véhémente discussion qu'il avait eue avec Dumbledore. Si on peut appeler ça une discussion… Le directeur de Poudlard, après avoir calmement écouté sa plaidoirie, s'était contenté de hocher la tête. Une lueur dans ses yeux bleus, il avait alors déclaré à l'assemblée que l'ancien professeur de Défense contre les forces du Mal s'occuperait seul de ramener Harry à Grimmauld Place. Et il avait opposé un refus certes poli mais catégorique à quiconque lui avait fait remarquer le danger de cette décision. Remus sourit d'un air triste. Dumbledore avait dû sentir l'importance que cet acte représentait pour lui. C'était au moins une chose qu'il pouvait faire pour le fils et le filleul de ses meilleurs amis.

Après l'avoir remis entre les mains des Dursley au début de l'été, personne n'avait revu Harry. Remus s'était fait un devoir de lui écrire, même si c'était bien la seule chose qu'il avait été capable de faire durant les semaines qui avaient suivi les événements au Département des mystères. Il venait de perdre, et ce pour la seconde fois, l'un de ses meilleurs amis. A nouveau, il se retrouvait le dernier des Maraudeurs. Wormtail pouvait bien être vivant, pour Moony il était pire que mort… Ces pensées ne l'avaient pas lâché un seul instant, et la première pleine lune qui était arrivée avait été la pire depuis bien longtemps. Le loup avait hurlé, hurlé, hurlé au monde ce qu'il n'arrivait pas à formuler sous sa forme humaine. Même s'il s'était retrouvé dans un piteux état le lendemain, il s'était senti mieux d'avoir enfin pu exprimer sa rage et son désespoir. Il s'était réveillé avec une idée fixe en tête : il n'était pas le seul à se sentir abandonné. Il y avait une autre personne qui pleurait Sirius. Harry aussi devait ressasser ses souvenirs, ses regrets et ses remords. Ce n'était sûrement pas aux Dursley qu'il pouvait se confier, et, tel que le connaissait Remus, il n'allait certainement pas en parler à ses amis. D'autant moins si Dumbledore lui avait révélé la vérité au sujet de la prophétie…

En fait, Harry devait être dans un état pire que le sien. C'est alors que Remus s'était promis de lui écrire. Il était bien conscient qu'il le faisait autant pour lui, pour se sentir moins seul, que pour l'adolescent. Ou est-ce que je le fais pour James et Sirius ? Remus s'était posé cette question tant de fois qu'il avait fini par abandonner tout espoir d'y répondre. Bien sûr, ses lettres restaient vagues : il demandait comment allait Harry, parlait de choses et d'autres, mais il n'abordait jamais les vrais problèmes. La première missive qu'il avait envoyée à son ancien élève s'était révélée l'une des choses les plus difficiles qu'il avait eue à écrire depuis bien longtemps. Depuis mes devoirs de potions, en fait… Il avait déchiré au moins quatre parchemins avant d'en être plus ou moins satisfait. Son premier brouillon était beaucoup trop personnel. A croire que Harry est réellement la seule personne à qui j'ai envie de me confier. On ne peut pas dire que je sois très bavard avec les autres… Le troisième, lui, avait fini par être d'une froideur effrayante. Harry aurait cru que je me sentais forcé de lui écrire. Au quatrième essai, Remus avait trouvé le juste milieu. Au vu des réponses qu'il recevait, il lui semblait d'ailleurs que Harry devait rencontrer les mêmes problèmes rédactionnels que lui. Si l'adolescent répondait rapidement à chaque fois, retournant les salutations et racontant de menus événements, il se gardait bien de parler de l'essentiel. Bref, on fonctionne de la même manière ! Enfin… je me fais peut-être des idées…

Remus savait – même si parfois il en doutait - que ce dont tous deux avaient besoin, c'était d'une conversation face à face. Seulement, c'était plus facile à dire qu'à faire : et si Harry ne voulait pas le voir ? Après tout, il n'était ni James, ni Sirius… Il n'avait aucun droit de se mêler de la vie de l'adolescent. Tu ne veux pas te mêler de sa vie, tu veux seulement lui parler, imbécile ! Tu sais qu'il en a autant besoin que toi. Et il n'avait pas l'air de te détester lors de sa troisième année à Poudlard, non ? Même après avoir appris la vérité…. C'est vrai, c'est vrai… mais si je craquais devant lui ? Cela ne lui sera pas d'une grande aide, si le meilleur ami de son père et de son parrain se met à pleurer sur son épaule ! Hé bien il verra qu'il n'y aucune honte à être triste et à montrer ses émotions, et qu'il n'est pas le seul à souffrir. Finalement, Remus avait réussi à se convaincre qu'il avait raison. Néanmoins, il avait sauté sur l'opportunité qui s'offrait à lui en se portant volontaire. Ainsi, il serait vraiment obligé d'y aller, et n'aurait plus la possibilité de reculer.

Et maintenant, le moment était venu. Il avait transplané dans les buissons qui bordaient le terrain de jeux non loin de Privet Drive. Il était très tôt dans la matinée - nerveux, il s'était réveillé avant le lever du soleil, et il avait préféré partir avant de croiser qui que ce soit - et il était attendu à Grimmauld Place en début d'après-midi. Si je ne veux pas inquiéter l'Ordre en arrivant en retard, il vaudrait quand même mieux que je me mette aux choses… sérieuses. Remus eut un autre sourire triste. Sirius… Oh Merlin ! Mais dans quoi est-ce que j'ai encore été me fourrer ! Comment j'ai pu croire que je pouvais faire quoi que ce soit pour Harry ? Quand je suis moi-même totalement perdu. Que je n'y comprends plus rien, que plus rien n'a de sens : ni mon passé, ni mon présent, et encore moins mon avenir. Il faudrait déjà que j'arrive à rassembler mes idées et que j'arrête de ressasser pour avoir une chance d'aider Harry… Remus avala sa salive, et tenta de calmer l'angoisse qu'il sentait monter. Ce n'est pas le moment, Moony ! Tu as une mission à remplir, et tu as déjà perdu suffisamment de temps. Après tout, il ne savait pas quelles seraient les difficultés qu'il allait rencontrer. Les Dursley avaient beau avoir été menacés, un seul sorcier débarquant dans leur maison était beaucoup moins impressionnant que tout un groupe, surtout si ce dernier comptait Moody. L'oncle de Harry était peut-être stupide, mais s'il en venait aux poings, Remus n'aurait d'autre solution que d'user de sa baguette. Et on lui avait recommandé de faire le moins de vagues possible. Oh, en désespoir de cause, je pourrais toujours révéler ma lycanthropie. Pour une fois qu'elle me serait utile ! Et, comme à son habitude, c'est l'humour qui permit à Remus de retrouver son flegme…

Perdu dans ses pensées, il s'était inconsciemment rapproché du numéro 4. Levant les yeux vers la maison, il remarqua un visage à une fenêtre du premier étage. Un visage qui portait des lunettes… L'ancien Maraudeur crut voir un bref sourire illuminer les traits de Harry lorsque ce dernier l'aperçut, avant de disparaître aussitôt. De même que la silhouette de l'adolescent. Mais… il se cache ! Le premier réflexe de Remus fut de se dire qu'il avait bien fait de venir. Avant de songer aussitôt que Harry semblait n'avoir vraiment pas envie de le voir. Mais de toute façon, Remus n'avait plus le choix. Il avait espéré venir en ancien professeur - en ami même peut-être - mais son statut de membre de l'Ordre du Phénix lui interdisait à présent de se défiler. Allez, Moony, du courage ! Et, inspirant profondément, Remus sonna à la porte.