I want to,

I want to be someone else

Or I'll explode

(Talk Show Host, Radiohead)

La machine de guerre

Aucune réponse. Je suis sûr que c'est cette chambre, pourtant… Puis des pas, une serrure qu'on ouvre. A toi de jouer, Moony !

Comme rien ne se passait, ce fut Remus qui ouvrit la porte. Harry avait repris sa place près de la fenêtre, et ne se retourna pas en entendant son ancien professeur entrer dans la pièce. Tu attendais quoi ? Qu'il te saute dans les bras ! Même si celui-ci lui tournait le dos, l'ancien Maraudeur put voir à quel point Harry avait maigri. Et Merlin sait qu'il n'en a pas besoin; pas comme l'autre baleine là, en bas !

"Bonjour, Harry", dit enfin Remus d'une voix aussi neutre que possible.

"Bonjour, Professeur Lupin", répondit Harry sans bouger.

Remus se dit qu'il attendrait un autre moment pour lui rappeler que cela faisait deux ans qu'il n'était plus professeur, et que "Remus" suffisait.

"Comment vas-tu ?", se risqua-t-il plutôt.

"Bien. Et vous ?"

Comment la voix d'un adolescent de quinze ans, enfin, bientôt seize, peut-elle être aussi détachée, aussi vide, aussi… morte !

"On fait aller. J'ai fait la connaissance de ta… euh… famille. Je dois avouer que j'ai dû user de tout mon sang-froid pour ne pas tous les transformer en grenouille. Harry, je te plains !"

"Ils sont pourtant tout ce que je mérite."

Remus reçut cette phrase comme un coup de poing. Quoi ! J'ai bien entendu, là ? C'est le fils de James et Lily qui dit ça ? Il expira. Je sens que ça va être encore plus dur que je ne m'y attendais. Courage, Moony ! Du calme, de la patience… Tu vas y arriver.

"Harry ? Pourquoi dis-tu ça ?"

Brusquement, l'adolescent se retourna et le regarda droit dans les yeux.

"Pourquoi vous êtes venu ?"

Je me trompe ou c'est un reproche ? Malgré son étonnement face au ton que Harry avait pris pour poser cette question, Remus remarqua alors à quel point le garçon était pâle et avait les traits tirés. Il n'a pas dû dormir beaucoup, lui non plus…

"Hé bien… pour te voir, Harry, pour prendre de tes nouvelles."

"Vous avez eu de mes nouvelles : j'ai répondu à vos lettres."

D'accord… "Je… je sais bien. Mais je voulais te voir en chair et en os. "Moony, mon gars, tu t'es planté sur toute la ligne : il n'a aucune envie de te voir…

"Il y autre chose, non ? C'est l'Ordre qui vous envoie ?" Merlin, il est vraiment perspicace. Trop.

"Aussi, oui. Dumbledore a décidé que ton séjour chez les Dursley avait assez duré. Et je suis chargé de te ramener !" Remus termina ces mots avec enthousiasme, espérant que l'idée de quitter cette maison allait dérider l'adolescent.

"Ah, je comprends : Dumbledore veut récupérer sa machine de guerre."

Pour le coup, Remus fut assomé par ce qu'il venait d'entendre. Il s'était attendu à de la tristesse, du désintérêt, de la froideur, oui, mais la haine que Harry avait mise dans cette affirmation dépassait tout ce qu'il avait imaginé.

"Harry ! Non… Ne crois pas ça. Et il n'est pas le seul à vouloir que tu reviennes: Tonks, Moody, Minerva, les Weasley… Une fois que tu seras installé, Ron s'est juré de faire venir Hermione. Ils t'attendent tous avec impatience, tu sais !" Allez, Moony, dis-le, c'est le moment ou jamais ! "Moi aussi."

Pendant un instant, Harry eut l'air décontenancé par ces paroles, mais son visage se referma rapidement.

"Oh, vous savez, vous n'avez pas besoin d'inventer quoi que ce soit, je viendrai. Après tout, ma seule utilité, c'est bien de tuer Voldemort, non ? Alors après tous les malheurs que j'ai causés, c'est bien le moins que je puisse faire."

Enfin, la voix de Harry se brisa, et il baissa la tête. A cette vue, le cœur de Remus se serra. Mais il comprit alors que tout n'était peut-être pas perdu. Faisant quelques pas vers l'adolescent, il se lança :

"Harry… Un, je n'ai rien inventé: tout le monde se réjouit de te revoir… sauf peut-être Snape, d'accord. » Remus crut voir Harry sourire imperceptiblement. Encouragé, il poursuivit : « Deux, tuer Voldemort n'est pas ta seule utilité, c'est quelque chose qui, pour des raisons qui dépassent même Dumbledore, est tombé sur toi. Ce qui prouve encore une fois que la vie est injuste. Et trois, je ne vois pas quels malheurs tu as causés."

A ces derniers mots, Harry releva la tête. Ses yeux lançaient des éclairs. Oups. Apparemment, j'aurais dû m'arrêter au point deux.

"Vous ne voyez pas ? Que pensez-vous de ça : la mort de mes parents, l'emprisonnement de Sirius, les dangers dans lesquels mes amis se retrouvent chaque année, la presque mort de Ginny Weasley, la mort de Cedric Diggory… et celle de Sirius !"

C'est bien ce que je pensais, il se sent coupable… Au moins je suis en terrain connu. Mais comment lui faire comprendre qu'il n'a rien fait pour mériter que cette fichue prophétie lui gâche la vie ?

"Mais Harry, si quelqu'un est responsable de tout cela, c'est Voldemort, pas toi !"

"Ah oui ? Moi, la seule chose que je vois, c'est que tout ces gens avaient un lien avec moi, et qu'à cause de ça, ils ont souffert ou ils sont morts !", s'exclama Harry d'une voix étrangement haut perchée.

"Harry, tu sais que c'est faux…"

"Non, je ne sais rien du tout ! Par contre, je ne comprends pas comment vous vous n'avez pas encore compris !"

Hein ! Là je ne suis plus…"De quoi parles-tu ?"

"Quatre Maraudeurs: le premier tué avec sa femme, le deuxième jeté en prison, le troisième recruté par Voldemort, et le quatrième abandonné, tout ça à cause d'une personne : moi. Douze ans plus tard, le deuxième s'échappe, mais la même personne l'empêche de se venger : moi. Et deux ans après ça, ce même Maraudeur meurt, toujours à cause de moi ! Vous voyez maintenant ?" Harry baissa soudain d'un ton, et ajouta : "Je suis un danger pour les gens autour de moi, Professeur."

Tiens, il me rappelle de plus en plus quelqu'un. Peut-être que je vais pouvoir l'aider, finalement.

"Harry, je te préviens, ce petit jeu ne marchera pas avec moi."