Tell me a story
Where we all change
And we'd live our lives together
But not estranged
(No Regrets, Robbie Wiliams)
Ms Moony, Wormtail, Padfoot et Prongs
Cette fois, ce fut au tour de Harry d'être dérouté.
"C-comment ?", bredouilla-t-il, oubliant de garder son visage fermé.
Ahah. "Tu sais très bien ce que je veux dire, Harry. La théorie du "je suis dangereux, donc je dois rester à l'écart pour ne blesser personne", je connais… Je connais même très bien." Qu'est-ce que tu vas répondre à ça, hein, Pronglet ? … Pronglet ?… Moony, mon vieux, il faut te contrôler. Imagine si tu avais dit ça à haute voix !
Harry ne répondait rien. Remus observait les yeux du garçon : il y vit passer de la surprise, du doute, de l'hésitation, et enfin un début de panique. Mais il n'aurait même pas eu besoin de ça pour s'en rendre compte. Il avait senti cet enchevêtrement d'émotions chez l'adolescent dès qu'il était entré dans sa chambre. Le pauvre…. Il ne sait vraiment plus où il en est. Au moins, j'ai fait tomber ses défenses. Mais il est temps que je m'explique.
"Je peux m'asseoir, Harry ?", demanda-t-il.
L'adolescent, pris par surprise, fit signe que oui. Remus choisit la chaise du bureau. Harry, l'imitant, s'assit sur son lit, évitant soigneusement de lever les yeux vers l'homme en face de lui.
"Et si je le connais si bien, ce petit jeu… c'est parce que j'ai voulu y jouer moi aussi", reprit enfin son ancien professeur.
Harry ne bougea pas, mais Remus sentit qu'il avait gagné son attention. Vas-y Moony, déballe-lui ta vie…
"Depuis l'âge auquel je me suis fait mordre, je n'ai jamais passé une année entière au même endroit. A chaque fois que mon état commençait à devenir… suspect… pour nos voisins, mes parents et moi étions obligés de déménager. Ce qui fait que, durant toute mon enfance, je n'ai jamais eu l'occasion de me lier avec des camarades de classe ou des enfants du voisinage. Et cela aurait continué ainsi si Albus Dumbledore ne m'avait pas, à la grande joie de mes parents, accepté à Poudlard."
Harry, qui avait commencé à relever la tête, se crispa en entendant le nom du directeur. Ce qui n'échappa pas à Remus. Il faut vraiment que je fasse attention à ce que je dis. Il est toujours sur la défensive…
"Ils étaient enchantés de savoir que j'allais pouvoir accéder à une bonne éducation, mais aussi soulagés que je puisse enfin être en contact permanent avec des jeunes de mon âge. Moi, de mon côté, je m'étais promis une chose: il fallait que je fasse honneur à la confiance que Dumbledore avait placée en moi. Et pour moi, cela voulait dire que plus je resterai dans mon coin, moins je risquerai de poser de problèmes. C'était compter sans deux personnes, qui étaient bien décidées à changer mes plans." Remus sourit. James, Sirius… incapables de me ficher la paix deux minutes…
"Mon père ?", demanda Harry d'une petite voix. Intérieurement, Remus eut un sourire de victoire. Harry parlait, posait des questions. Il sortait de sa carapace, et pour l'instant c'était tout ce qui comptait.
"Oui, et Sirius. Du moment où je me suis retrouvé dans le même compartiment de train qu'eux jusqu'à notre arrivée dans notre dortoir, en passant par la répartition dans les maisons, ils ne nous ont pas lâchés, Peter et moi. Peter était flatté qu'on s'occupe ainsi de lui, et n'a pas tardé à se faire adopter. Si moi aussi j'étais heureux de voir que mes camarades m'acceptaient, je gardais mes distances. Mais tu sais comme il est difficile de résister à Sirius…"
Si Harry avait serré les mâchoires au nom du traître, un bref sourire vint adoucir son expression. A chacune des réactions de l'adolescent, Remus sentait le poids qui pesait sur sa poitrine s'alléger. Même s'il avait toujours l'impression de marcher sur un fil.
"Pendant trois ans, chacun y est allé de sa technique pour que je devienne un vrai Maraudeur. Et à force d'entêtement - et d'intelligence, je dois l'avouer - ils ont fini par découvrir mon secret. Je le sentais venir depuis un moment, étant donné que mes excuses devenaient de plus en plus vagues. Et j'avais peur : malgré tout ce que je m'était promis, je m'étais attaché à eux, et je savais qu'ils allaient me rejeter."
Remus s'interrompit, autant pour se laisser le temps de respirer et de choisir ses mots que pour observer l'adolescent en face de lui. Maintenant que Harry avait laissé tomber son masque, l'ancien Maraudeur pouvait voir que ses yeux brillaient et reflétaient milles émotions à la fois, comme si son esprit ne pouvait pas s'arrêter sur un seul sentiment. On dirait un animal traqué. Même maintenant, il est encore sur ses gardes. Je suis sûr qu'il est comme ça depuis des semaines, sans cesse sur le qui-vive, à se contrôler, à ne rien laisser paraître… Si ça se trouve, le mieux serait encore de le gifler une bonne fois, pour qu'il craque et qu'il pleure un bon coup. Mais ce n'est pas mon style, ça… c'était plutôt celui de Padfoot. Lui, il était spontané, et suivait ses instincts. Enfin, j'imagine qu'il est trop tard pour changer, hein !
"Lorsqu'ils sont venus tous les trois vers moi, l'air mal à l'aise, j'ai tout de suite compris que le moment était venu. D'un côté, j'étais presque soulagé : bientôt, je n'aurai plus besoin de mentir, plus besoin de contrôler chacune de mes paroles ou chacun de mes gestes. Mais comme tu le sais, j'étais loin de la vérité: au lieu de me rejeter, ils ont fait l'effort de devenir des Animagi. J'ai encore essayé de leur résister un peu, leur disant que c'était dangereux, mais rien à faire : j'étais leur ami, ils étaient prêts à faire ça pour moi. Et, bien sûr, ils voyaient déjà les perspectives qui s'ouvraient à Ms Moony, Wormtail, Padfoot et Prongs…"
"Mais… mais ce n'est pas votre faute si vous êtes un loup-garou. Et si vous êtes dangereux, vous ne l'êtes que pendant la pleine lune", se risqua Harry. Remus sourit. Toi tu es dangereux, et moi je suis doux comme un agneau, hein ? Harry… Il secoua la tête
"Tu crois ça ? Même si j'étais très jeune à l'époque où je me suis fait mordre, on m'avait averti du danger que je courais. Je suis bien plus responsable de cette morsure que toi tu ne l'es de cette prophétie. Quant au danger que je représente… Tu sais, à force de devenir un animal si souvent, on finit par en garder certaines caractéristiques. Si certaines peuvent se révéler une chance, d'autres… J'en étais arrivé à me persuader que mon instinct pourrait me pousser dans la mauvaise direction, si j'en avais l'occasion." Une chance… Tu embellis un peu les choses Moony, non ? Avoue que tu préférerais parfois ne pas deviner instinctivement les sentiments des autres, et surtout pas en ce moment…
Harry mit quelques instants pour digérer ces informations, l'air pensif, puis il demanda d'une voix hésitante:
"Mais quand Sirius a voulu jouer cette… cette blague à Snape, vous avez dû lui en vouloir, non ? Il faisait exactement ce que vous aviez craint…"
Rien ne lui échappe, Merlin ! C'est étrange comme il peut se montrer si perspicace dans sa compréhension des autres - comme Lily, tiens ! - et si naïf pour tout ce qui le concerne - comme James…
"Oh oui, je lui en ai voulu ! D'un coup, toutes mes craintes étaient revenues me hanter. Mon pire cauchemar avait failli devenir réalité." Remus s'arrêta, puis reprit, pesant bien ses mots: "Mais finalement, en voyant l'état atroce dans lequel s'était mis ton parrain, et après moult excuses et supplications, je me suis calmé. J'avais compris que Sirius n'avait absolument pas réfléchi aux conséquences de ses actes." Pour changer ! "Et j'ai vu à quel point il souffrait de m'avoir fait de la peine. Et ça, pour moi, c'était une première !"
Harry le regardait intensément. Il attendait visiblement que Remus arrive au fait. En avant pour la conclusion. Faites que ça marche.
"C'est ça que je veux te montrer, Harry. C'est en mettant tes amis à l'écart que tu vas leur faire du mal. Ils savent qui tu es, ils savent à quoi ils s'exposent en restant près de toi…"
"Mais ils ne méritent pas de souffrir pour moi !", cria Harry, dévoilant enfin le fond de sa pensée.
Agissant pour une fois spontanément, Remus se leva et vint s'asseoir sur le lit à côté de lui. Allez, Harry, dis-moi ce que tu as sur le cœur ! S'il te plaît… James et Sirius me tueraient s'ils voyaient que je ne peux rien faire pour t'aider.
"C'est très noble de ta part de vouloir tout prendre sur toi, mais - "
"Je ne suis pas noble", murmura Harry. Il regarda de nouveau Remus droit dans les yeux, mais son regard était bien différent de celui qu'il lui avait lancé au début de leur conversation. Cette fois, ses yeux reflétaient une profonde détresse, et ils brillaient de larmes contenues. "Je suis terrifié. J'ai peur ! J'ai peur d'être responsable d'autres morts… J'ai peur de voir une autre personne que j'aime disparaître… Je ne crois pas que je pourrai supporter ça encore une fois", finit-il dans un murmure.
