So rock and roll, so corporate suit

So damn ugly, so damn cute

So well trained, so animal

So need you love, so fuck you all

I'm not scared of dying, I just don't want to

If I stopped lying I'd just disappoint you

I come undone

(Come Undone, Robbie Williams)

Snuffles

Si Harry n'eut d'abord aucune réaction, semblant presque surpris par le mouvement de Remus, il finit par s'accrocher à lui comme si sa vie en dépendait. Ce qui surprit le Maraudeur à son tour. Evidemment, ce n'est pas ici qu'on 'a dû l'habituer à de tels gestes… Et dire que moi-même je ne me suis jamais considéré comme quelqu'un de particulièrement affectueux. Même si c'est pour des raisons évidentes. Mais… Merlin, ce que ça peut faire du bien ! Harry ne pleurait plus, mais restait le visage caché dans la chemise de Remus, qui lui caressait les cheveux. L'un comme l'autre n'osaient ni parler, ni se regarder. L'adolescent se décida soudain à rompre le silence:

" Le pire, c'est que j'aurais pu éviter ça. Si seulement j'avais réfléchi… si seulement j'avais écouté Hermione… ", lâcha-t-il, la voix étouffée contre l'épaule de Remus. Ce dernier lui massa gentiment le dos, essayant de le réconforter. Si seulement… Mon pauvre Harry, tu n'as malheureusement pas fini de te poser ces questions. Moi, ça fait quinze ans que ce refrain passe en boucle dans ma tête.

" Harry, n'importe qui aurait agi comme toi ", lui répondit-il, répétant à l'adolescent ce dont il essayait de se convaincre depuis tant d'années. " Après coup, bien sûr, on trouve toujours des solutions, on se dit toujours qu'on aurait dû agir différemment… Dans la panique, on essaie simplement de faire au mieux. Tu as voulu sauver Sirius, et Sirius a voulu te sauver. La seule chose que cela prouve, c'est à quel point vous teniez l'un à l'autre. "

" Vous - vous croyez ? ", murmura Harry. " Je me reproche tellement de choses. Dire que j'ai voulu le tuer ! Dire que je l'ai détesté ! Et je n'ai même pas réussi à le faire innocenter… C'est même à cause de moi qu'il est revenu, au début de ma quatrième année. Et là, quand il a voulu m'aider, je n'ai pas écouté ses conseils. Ensuite, j'ai failli l'empêcher de partir remplir sa mission, juste parce que je voulais qu'il reste avec moi. L'année passée aussi, il m'énervait, à me dire sans cesse de rester tranquille. "

Arrivé à ce point, Harry se dégagea et commença à faire les cent pas dans sa chambre. Il parlait rapidement, et de plus en plus frénétiquement. Remus décida de le laisser faire.

" Et à Grimmauld Place, je n'ai pas suffisamment parlé avec lui, j'étais trop occupé par mes petits problèmes ! D'ailleurs, j'ai bien vu que je l'ai déçu… On me dit sans cesse que je ressemble à mon père: que je suis aussi doué que lui au Quidditch, que je suis aussi courageux… Mais ce n'est pas vrai ! Et Sirius l'avait bien compris, lui… En plus, je ne l'ai jamais remercié pour tout ce qu'il a fait pour moi ! Je ne lui ai jamais dit que - Au lieu de ça, je l'ai – je l'ai tué ! "

Harry avait parlé d'une seule traite, et Remus avait préféré ne pas l'arrêter. Il est enfin en train de vider son sac, ce n'est pas le moment de l'interrompre. Ça ne peut lui faire que du bien. Maintenant qu'il avait fini, Harry était retourné près de la fenêtre. Son dos s'était remis à trembler.

" Il a fait tellement pour moi… Moi, j'ai juste réussi à ce qu'il meure en me protégeant ! Il avait raison, mon père valait cent fois mieux que moi ! "

En entendant cela, Remus ferma les yeux. Oh, Sirius… Je sais que tu t'en es voulu, mais tu aurais vraiment mieux fait de la fermer, ce jour là ! Enfin… Essayons déjà de régler ce problème.

" Harry ? ", appela doucement Remus. Harry se retourna. Il ne pleurait pas, mais son visage s'était à nouveau fermé.

" Tout d'abord, je te prierai d'oublier la comparaison que Sirius a faite entre toi et ton père. Je te jure qu'il n'était pas fier de lui, après coup. "

" Il aurait dû. Il est le seul à avoir vu qui j'étais vraiment: un minable ! " Ce disant, Harry se retourna contre la fenêtre, frappant le rebord de son poing.

" Non, Harry. Quand il t'a dit ça, il était très mal. Contrairement à ce que chacun pense, Sirius savait parfaitement que tu n'étais pas James. Néanmoins, et vu les circonstances, il lui arrivait parfois de l'oublier un peu. "

" On ne peut pas lui en vouloir, après ce qu'il a vécu… ", murmura Harry.

" Exactement. Ce qu'il t'a dit au sujet de ton père faisait partie de ces moments-là, c'est tout. Après votre discussion, il est venu s'affaler à la table de la cuisine, et j'ai encore eu droit à l'une de ses litanies sur l'air de je ne suis pas capable de m'occuper de Harry, James doit me détester, Molly a raison… " Remus hésita un instant avant de poursuivre: " Honnêtement, j'aime beaucoup la mère de Ron, et je la respecte énormément, mais elle aurait franchement pu éviter cette remarque sur la façon dont Sirius se comportait avec toi ! Le pauvre… il doutait suffisamment de lui comme ça. "

Harry quitta enfin son observation de la rue pour se tourner vers son ancien professeur, l'air surpris: " Sirius ? Mais pourquoi ? Il faisait tout ce qu'il pouvait… "

Remus dût se contrôler pour ne pas sourire. Pourquoi donc est-il persuadé qu'il est le seul à se poser des questions, à se faire des reproches et à douter ? Mais une petite voix lui répondit: Ben voyons, et c'est toi qui dis ça ! Les deux font la paire, apparemment…

" C'est bien ce que je lui disais ! Mais tu le connais: quand il avait une idée en tête, il était pratiquement impossible de le faire changer d'avis. Il se reprochait continuellement, entre autres : d'avoir trahi tes parents, d'avoir cherché à attraper Peter au lieu de s'occuper de toi, de n'avoir pas été là pendant douze ans, que tu t'inquiètes à son sujet au lieu de faire attention à toi, d'avoir dû te quitter la nuit de la troisième épreuve, de ne pas parler d'avantage avec toi lorsque tu étais à Grimmauld Place, d'avoir d'une certaine façon voulu que tu sois renvoyé… Et je pourrais continuer comme ça encore longtemps … "

" C - c'est vrai ? " Oh oui, Pronglet, si tu savais…

" Absolument. Tu sais quel était votre véritable problème, d'après moi ? Sirius trouvait que tu avais déjà assez surmonté d'épreuves et il ne voulait donc pas t'embêter avec ses doutes. De ton côté, tu pensais qu'il avait déjà vécu l'enfer pendant douze ans, et qu'il ne devait risque quoi que ce soit pour toi. Comme vous ne vouliez donc pas vous raconter vos malheurs, vous ne saviez plus trop quoi vous dire… " Forcément, qu'auraient-ils eu de gai à se raconter, hein ? Merde, la vie est vraiment injuste !

Harry ne répondit d'abord rien. Remus en profita pour s'approcher lui aussi de la fenêtre, et reprit:

" Tu sais, moi aussi je me fais des reproches… "

" Vous ? Qu'est-ce que vous pouvez bien avoir à vous reprocher ? ", s'étonna Harry. Voilà qu'il remet ça…

Remus eut un petit rire. " Cette fois, c'est à moi de te demander comment tu peux ne pas comprendre. Qu'est-ce que tu dis de ça ? Je me reproche d'avoir cru à la culpabilité de Sirius, d'abord à la mort de tes parents, mais aussi lorsqu'il s'est échappé douze ans plus tard. Cette année-là, j'ai préféré garder mes convictions au lieu de me remettre en question. Et quand j'ai finalement ouvert les yeux, et que je l'ai cru, il a fallu que ma – ma transformation flanque tout en l'air ! " Garde ton calme, Moony, garde ton calme… C'est toi qui es censé le réconforter, pas l'inverse ! Tu vas finir par lui raconter que tu t'en veux aussi d'avoir pu - d'avoir pu être jaloux.

" Et l'année dernière… je savais très bien comment se sentait Sirius, dans cette maison qu'il avait toujours détestée. C'était peut-être mieux qu'Azkaban, certes, mais cela ne l'a pas empêché de s'y sentir prisonnier. Et moi, la seule chose que j'ai réussi à lui dire, c'est qu'il devait prendre son mal en patience ! "

Remus était lancé. C'était la première fois qu'il exprimait clairement tout ce qui l'avait poursuivi ces dernières semaines. Bien sûr, à la naissance de Harry, j'ai trouvé parfaitement normal que ce soit Sirius qui soit choisi pour être son parrain. Après tout, c'était lui le meilleur ami de James. Et un loup-garou…: même si James m'avait choisi, personne ne m'aurait laissé m'occuper de lui. Ça, il ne pourrait jamais le dire à personne, sauf à Padfoot, dans sa tête, pour essayer de s'excuser. Tout haut, il continuait:

" Alors que si j'avais pu faire ce que je voulais, je l'aurais fait sortir en cachette pour passer une pleine lune avec lui, dehors ! Mais non, j'ai dû, encore une fois, jouer la voix de la raison, et essayer de le calmer ! " Raisonnable et sérieux, encore et toujours… Remus ne s'était jamais destiné à fonder une famille. Il ne s'était même jamais posé la question… la question ne se posant tout simplement pas dans son cas. Mais lorsque tout s'est écroulé, après avoir passé dix ans seul, sans amis, la confiance que Harry semblait avoir en moi: j'étais flatté. Je me suis dit que tout n'était peut-être finalement pas perdu. " Mais quand j'aurais vraiment dû le retenir, je n'y ai pas réussi. Je n'ai pas réussi à le protéger contre lui-même… ", finit Remus dans un murmure.

Il était accoudé au rebord de la fenêtre, à côté de Harry, le front collé contre la vitre. L'ancien Maraudeur était resté les yeux fixés sur la maison d'en face, mais ce qu'il voyait défiler devant lui, c'était ses souvenirs: son arrivée à Poudlard, la première pleine lune que ses amis avaient passée avec lui, la remise des diplômes, les réunions de l'Ordre, le journal qui lui avait annoncé la mort de James et de Peter, ainsi que l'arrestation de Sirius, le Patronus de Harry, la nuit dans la Cabane Hurlante, les soirées passées avec Padfoot à Grimmauld Place à se rappeler leurs blagues de Maraudeurs… et le moment où Sirius était passé derrière le voile. Sirius, qu'il était parvenu à envier…

Alors quand tu as fait ta réapparition, Padfoot, innocent, si j'étais heureux de retrouver un ami, je savais que j'allais aussi perdre… la chose la plus proche d'un enfant que j'aurais jamais. Et maintenant, je me sens coupable de vouloir la récupérer. J'ai l'impression de t'avoir volé ! Toi aussi tu méritais une famille, et même plus que moi ! Moi, au moins, mes parents m'aimaient tel que j'étais…

A nouveau, Remus ne s'était pas rendu compte qu'il s'était arrêté de parler. Les dents et les poings serrés, il avait totalement oublié où il se trouvait, jusqu'à ce qu'une main vienne se poser sur son bras. Il sursauta.

" Professeur ? "

Harry le regardait timidement, mais avec sympathie.

" Vous savez, pour Sirius, cela représentait énormément, que vous le croyiez. Les - les rares fois où on a eu l'occasion de vraiment parler, lui et moi, il m'a dit qu'il s'en fichait presque, que le reste du monde le croie coupable. Ce qui était important, c'était que vous et moi le sachions innocent. "

" C - C'est vrai ? " Et voilà, maintenant c'est moi qui me fais rassurer…

" Oui. Et il me demandait des détails sur comment vous étiez quand vous donniez vos cours. Je crois qu'il n'arrivait pas à y croire. Ce qu'il a préféré, c'est quand je lui ai raconté l'Epouvantard qui avait pris la forme de Snape, habillé avec les vêtements de la grand-mère de Neville. Il en pleurait de rire, et il a même dit quelque chose comme…euh… ah oui: Maraudeur un jour, Maraudeur toujours. "

Remus ne put s'empêcher de sourire. Il se calmait gentiment, d'une part parce que ces paroles étaient agréables à entendre, et d'autre part parce que Harry lui aussi souriait. Tu vois, Padfoot ? Tu n'as peut-être pas été là longtemps, mais il se souviendra toujours de toi, de ton sourire, et de ton rire, de ce rire qui ressemblait tellement à un aboiement.

Mais Harry continuait à parler : " Je lui ai aussi raconté comment vous m'aviez appris à faire un Patronus. Il était content que vous ayez été là pour m'aider, surtout qu'il se sentait coupable, comme c'était à cause de lui que les Détraqueurs étaient à Poudlard. "

La joie de Remus retomba d'un coup. Lui était content que je me sois occupé de Harry, et moi, je l'enviais… Mais quel imbécile je fais, quel imbécile !

" Et quand je suis arrivé à Grimmauld Place, l'été passé, et qu'il m'a raconté à quel point il s'ennuyait dans cette veille maison, il m'a dit que la seule chose qui rendait supportable son séjour là-bas, c'était qu'il vous voyait plus souvent, et qu'il appréciait de pouvoir se rappeler du bon vieux temps avec vous… même si vos éclats de rire réveillaient souvent le portrait de sa mère", termina Harry avec un petit rire. Puis il reprit son sérieux, et ajouta, hésitant:

" Quand on parlait du jour où il serait – innocenté ", sa voix s'étrangla, " Sirius disait toujours qu'il vendrait sa maison, et qu'il en achèterait une autre, près d'une forêt. Ensuite, il me demandait si j'étais d'accord qu'on vous propose d'habiter avec nous, et il délirait sur toutes les choses que vous m'apprendriez pour que je devienne un vrai Maraudeur. "

Remus avait les larmes aux yeux, mais il s'en fichait. Harry n'avait pas meilleure allure, d'ailleurs. Ce dernier prit une profonde inspiration, et poursuivit courageusement:

" Il m'a aussi dit que, si jamais il lui arrivait quelque chose, je pourrais toujours compter sur vous. " L'adolescent fit une pause. " Et que vous méritiez une meilleure vie que celle que vous aviez eue. Qu'il ne fallait plus jamais que vous soyez seul. " Oh, Padfoot ! Tu méritais mieux aussi, tellement mieux !

Harry s'était décollé de la fenêtre, et regardait son ancien professeur droit dans les yeux, l'air à la fois triste et décidé: " Je trouve qu'il avait raison. Alors, si vous n'avez vraiment pas peur de finir… comme lui…, vous voulez bien m'apprendre à devenir un vrai Maraudeur ? ", demanda-t-il finalement, l'air aussi détaché qu'il le pouvait.

A ces mots, Remus oublia tous ses remords. Padfoot, tu lui a transmis ton art du sous-entendu, je crois ! Il s'éloigna lui aussi de la fenêtre, et, avec un grand sourire, il répondit: " Et comment, Pronglet ! "