He deals the cards as a meditation
And those he plays never suspect
He doesn't play for the money he wins
He doesn't play for the respect
He deals the cards to find the answer
The sacred geometry of chance
The hidden law of probable outcome
The numbers lead a dance

(The Shape of My Heart, Sting)

Le jeune Sirius Black

En faisant cette promesse à Harry, Remus eut l'impression qu'il redonnait un sens à sa vie. En tout cas, il avait le même sentiment au creux de l'estomac que lorsqu'il avait retrouvé Sirius, un Sirius innocent. Je comprends enfin vraiment ce que tu as ressenti, Padfoot, lorsque Harry t'a cru cette fameuse nuit. Ce gosse a un truc, ce n'est pas possible ! Cette pensée amena un sourire sur ses lèvres. Dans les lettres qu'il avait échangées avec Sirius, il se rappelait que ce dernier revenait encore et toujours sur le sujet. Il ne parvenait manifestement pas comprendre la confiance presque aveugle que Harry lui avait accordée aussi rapidement.

" Professeur ? "

" Mmmh…. ? " Perdu dans ses réflexions, Remus en avait pratiquement oublié la présence de l'adolescent.

" Vous savez, je regrette vraiment de ne pas avoir eu l'occasion de le connaître mieux… J'ai… j'avais tellement de questions à lui poser, et sur lui, et sur me parents ", expliqua Harry.

Remus s'approcha de Harry. Ça, c'est un problème qui est dans mes cordes…

" Tu aimerais que je te parle de Sirius ? Ou de tes parents ? Moi je ne demande pas mieux, tu sais. Ce n'est pas le sujet de conversation favori de Severus, tu t'en doutes ", ajouta-t-il avec un clin d'œil.

Harry lui sourit franchement. Voilà ce que j'appelle un vrai sourire… Et Remus n'était pas peu fier d'en être responsable.

" Vous feriez ça ? ", lui demanda Harry, la voix pleine d'espoir.

Remus hocha la tête. " Bien sûr… Après tout, si tu veux devenir un vrai Maraudeur, il faut bien que tu connaisses l'histoire des fondateurs, non ? ", répondit-il avec un sourire en coin.

" Vrai ", acquiesça Harry.

Remus regarda autour de lui avant de retourner s'asseoir sur la chaise du bureau. Il était résolu à prendre tout son temps pour répondre aux questions de l'adolescent. Je devrais déjà être sur le chemin du retour, mais tant pis. Severus peut bien me critiquer, Molly s'inquiéter et Dumbledore m'en vouloir, je m'en fiche. Harry avant tout.

" Alors… Par quoi je commence ? "

Harry reprit sa place sur son lit, en face de Remus. Il hésita un moment, puis demanda:

" Sirius. Sa famille, elle était vraiment aussi horrible que ça ? "

Bien… La pire des questions en premier. Je sais pas pourquoi, mais je m'en doutais un peu…

Harry, voyant que son ancien professeur ne répondait pas tout de suite, se rétracta:

" Euh… vous n'êtes pas obligé de répondre, vous savez. C'était peut-être une mauvaise idée… "

" Non, non, pas du tout ! Tu n'as pas posé la question la plus réjouissante, c'est sûr, mais tu as le droit de savoir. "

" Oui, mais je ne voudrais pas vous rappeler de mauvais souvenirs… Vous – "

Merlin ! C'est terrible, cette façon qu'il a de toujours battre en retraite dès qu'il croit déranger… Tout ça à cause de ces… cons qui lui ont fait sentir pendant dix ans qu'ils ne voulaient pas de lui !

" Harry ", le coupa fermement Remus. " Arrête: arrête de t'excuser sans cesse, arrête de tout prendre sur toi, arrête de toujours croire que tu poses un problème. Ce n'est pas parce que les trois… ", il inspira profondément, " imbéciles… avec lesquels tu as dû cohabiter t'ont considéré comme une charge que tout le monde pense comme eux. D'accord ? "

Mais Harry avait baissé la tête et ne répondait pas.

Remus reprit donc : " Tu n'es pas une charge, mets-toi bien ça dans le crâne. Au contraire. Et je te répète que je suis content de pouvoir parler de tes parents et de Sirius. Tu es le seul avec qui je puisse le faire. "

L'adolescent releva alors la tête et esquissa un sourire : " D'accord. Alors je veux tout savoir sur la famille de Sirius, même si c'est pas agréable à entendre. "

" Voilà qui est mieux. Donc, la noble famille des Black… " Remus soupira. " Comme tu le sais, c'était une famille très ancienne, très… noble, donc, et très respectée. Leurs ancêtres remontaient à Merlin, ils étaient riches, et ils exerçaient une influence aussi bien sur l'économie que sur la politique. Bref, c'étaient les Malfoy, mais en pire, car plus influents ! "

C'est ce qui s'appelle dresser un portrait flatteur. Le pauvre Pronglet a déjà une tête horrifiée, j'ai peut-être un peu forcé le trait quand même.

" Tout cela, je le savais de la rumeur publique. Mais Sirius a confirmé ces informations par la suite. Moi, je n'ai jamais rencontré aucun membre de sa famille… pour des raisons évidentes. Sauf Regulus bien sûr. "

Harry regardait l'ancien Maraudeur avec sympathie. Il lui fit un petit sourire d'encouragement.

" Quand Sirius est né, ses parents étaient ravis d'avoir un héritier, surtout que cet héritier s'est révélé être… tout ce qu'ils pouvaient espérer, à savoir beau, fort, et intelligent. Il l'était à un point tel qu'ils avaient déjà décidé de sa vie avant qu'il soit même entré à Poudlard. Son frère cadet en est passé presque inaperçu. Sirius adorait Regulus, pourtant, et a longtemps regretté que ses parents le mettent toujours en avant. Bien sûr, les choses ont commencé à se gâter quand Sirius s'est fait des amis… du mauvais côté. Et qu'il a commencé à comprendre ce que pensait sa famille. A l'époque, il ne disait encore rien, mais il a été bien content de pouvoir s'en éloigner en partant pour Poudlard. Ses parents, eux, l'étaient nettement moins: Sirius était toujours beau, fort, et intelligent, il faisait parler de lui, mais ce n'était pas dans le sens qui était prévu. Bref, plus les années passaient, plus Sirius se retournait ouvertement contre sa famille. Il l'évitait le plus souvent possible, restant à Poudlard ou chez ton père autant qu'il le pouvait. Si au début ses parents ont tout fait pour le faire changer d'avis, l'obligeant à rentrer, menaçant même de le déshériter, ils ont fini par abandonner. Et tu sais pourquoi ? ", demanda-t-il, la voix remplie d'amertume. " Parce qu'ils lui avaient trouvé un remplaçant en la personne de son frère. Regulus n'était peut-être pas aussi beau, fort et intelligent que son aîné, mais il crevait tellement d'envie de se faire aimer qu'il faisait tout ce qu'on lui demandait. Y compris cesser d'écrire à Sirius. "

Harry buvait les paroles de Remus, même si ce qu'il entendait le bouleversait profondément.

" Ses parents – ses parents le détestaient, alors ? ", demanda-t-il.

" Je ne crois pas… Je crois plutôt qu'ils l'aimaient tellement, et qu'ils en étaient tellement fiers, qu'ils n'ont pas supporté qu'il pense différemment. Chez les Black, on n'avait par tradition pas voix au chapitre: on poursuivait l'œuvre familiale. Tu sais, Sirius avait honte de sa famille. Il n'en parlait jamais. Ou juste à ton père. Les choses que je sais, c'est James qui me les a racontées. Sirius m'a pour la première fois directement parlé de ses ancêtres l'année dernière. Forcément, à ce moment-là, je pouvais difficilement manquer de remarquer leurs orientations… "

" Et moi qui me plaignais des Dursley ! On peut presque dire qu'ils m'adorent, à côté de ça ! "

Remus sursauta presque à cette idée. " N'exagère quand même pas, Harry ! " Puis il reprit : " Tu sais, Sirius a été très heureux à Poudlard. Je crois qu'il débordait d'énergie parce qu'en fait il voulait désespérément se faire accepter pour lui-même et ne pas se faire traiter en Black. Il y a parfaitement réussi, je n'ai pas besoin de te le dire ! Et il a trouvé une seconde famille auprès de la tienne. "

Remus pensait que ces derniers mots feraient plaisir à Harry. Il fut donc surpris de voir l'air soudain désemparé de l'adolescent.

" Harry ? Qu'est-ce qu'il se passe ? "

L'adolescent avala sa salive.

" C'est juste que… je ne comprends que maintenant ce que Sirius a dû ressentir, quand tout le monde a cru qu'il était coupable du meurtre de mes parents. C'était un peu… comme l'accuser du meurtre de sa propre famille. "

Merlin ! Même moi, je n'y avais pas tout de suite pensé ! Pauvre Padfoot… C'est incroyable tout de même, comme ces deux ont toujours su se comprendre si vite et si bien.

" Oui, et les gens ont cru qu'il avait joué la comédie pendant toutes ces années, qu'en fait il était un Black pur et dur. C'est pour cela que personne ne s'est étonné outre mesure de ce soudain revirement. " Moi avec ! Enfin, disons plutôt que ça m'a permis de trouver une explication "rationnelle"-

" Professeur ? Arrêtez ", dit fermement Harry.

" Pardon ? ", demanda Remus, abasourdi.

" Arrêtez de vous sentir coupable et de vous faire des reproches ", expliqua Harry. " Il n'y a pas de raison que je sois le seul à faire des efforts, après tout ", ajouta-t-il malicieusement.

Ma parole ! C'est un autre truc que lui a transmis Sirius, ça: être capable de passer de la déprime la plus totale à une humeur taquine en l'espace de quelques instants.

" Tu as parfaitement raison, Pronglet ", s'inclina Remus en souriant. Et il remarqua avec plaisir l'étincelle dans les yeux de Harry à la mention de son nouveau surnom. Ce n'est pas une mauvaise chose qu'il m'ait échappé, finalement. Tant mieux ! " Poursuivons: qu'est-ce que tu veux savoir d'autre ? "

" Euh… Ah oui je sais ! Après Poudlard, il voulait devenir Auror, c'est ça ? "

" Après Poudlard… Oui, il s'est inscrit au centre de formation avec ton père. Bien sûr, il était là-bas dans son élément. A part une certaine réticence à obéir à ses supérieurs, il était promis à une belle carrière. Il était tellement passionné par ce qu'il faisait qu'il n'y avait que quatre choses importantes dans sa vie à l'époque: son métier, l'Ordre, les pleines lunes… et sa moto. "

Remus ne put s'empêcher de pouffer en se rappelant la fierté avec laquelle Sirius avait débarqué pour la première fois en moto chez ses amis. James s'était moqué de lui, mais avait absolument tenu à la conduire aussi, au grand désespoir de Lily, alors que Peter avait plutôt eu l'air effrayé en apprenant que cette machine pouvait voler. Quant à lui, il avait simplement été ravi que les Maraudeurs se retrouvent comme au bon vieux temps.

" Vous savez que je me rappelais de cette moto ? ", lâcha soudain Harry. " J'ai su plus tard que Sirius l'avait prêtée à Hagrid quand ils se sont croisés le soir où - Bref, c'est sur cette moto que je suis arrivé ici. "

" Et tu te rappelais de ça ? ", s'étonna Remus.

" Ben d'abord je croyais que c'était un rêve. Un des rêves que les Dursley n'aimaient pas que je raconte, d'ailleurs ! ", ajouta-t-il en riant. " Mais apparemment, ces rêves bizarres que je faisais, c'était les rares souvenirs que j'avais gardés de mon passé. " Puis l'adolescent changea totalement de sujet, et demanda brusquement: " Et Sirius n'a jamais voulu fonder sa propre famille ? "

Remus fut pris de court par la question, et répondit sans réfléchir:

" Oh, tu sais, il était tellement content de s'être débarrassé de la sienne… Je crois qu'il ne voulait pas s'engager dans autre chose. Et les responsabilités, ce n'était pas vraiment son truc… ", ajouta-t-il.

" Mais alors, pourquoi il a accepté d'être mon parrain ? ", demanda Harry d'une vois aussi neutre que possible, mais où perçait l'angoisse.

En réalisant ce qu'il venait de dire, et en comprenant la déduction à laquelle était arrivée Harry, Remus aurait pu se frapper pour sa maladresse. Bravo, Moony ! Quel tact ! Espérons qu'il comprendra…

" Pour te dire la vérité, Harry, il n'a pas été tout à fait enthousiaste de prime abord. J'étais présent quand ton père le lui a demandé. Sirius l'a traité de fou, lui répétant qu'il n'était pas assez responsable, et qu'il n'avait qu'à demander son avis à Lily qui ne serait de toute façon jamais d'accord avec cette idée. "

En fait, Remus se rappelait la discussion en des termes beaucoup plus précis, mais il jugeait inutile de les rapporter tels quels. " Padfoot, j'ai une grande nouvelle à t'annoncer: ce sera toi le parrain de Harry ! " – "Ça va pas ! Je - je suis pas assez responsable pour ça ! Je le ferai tomber, je le prendrai sur ma moto ou sur un balai, et à sa majorité, je le ferai boire et je lui présenterai des filles ! Prongs, tu ne peux pas donner un parrain pareil à ton fils unique ! D'ailleurs, Lily n'acceptera jamais ! "

" Mais ta mère était parfaitement d'accord, ton père a insisté, et comme Sirius était incapable de lui refuser quoi que ce soit, il a fini par accepter. "

" Mais – mais il ne voulait pas avoir à s'occuper de moi, alors ? ", demanda Harry, essayant toujours de garder un air indifférent.

Remus se mordit les lèvres. Franchement, Moony… Concentre-toi un peu ! Comme si les choses n'étaient déjà pas assez compliquées comme cela. Comment veux-tu qu'il comprenne ?

Il tenta de réparer son erreur en expliquant : " Sirius disait être incapable de prendre soin d'un bébé. En ça, il avait sans doute raison, brusque comme il l'était. " L'ancien Maraudeur sourit, puis ajouta: " D'autre part, il se posait en célibataire endurci. Mais je peux te jurer que son rôle de parrain lui tenait très à cœur, surtout depuis le jour où le quatrième mot que tu as prononcé a été Pa-foo-. "

Bravo Moony ! Tu as réussi à éviter de préciser que le troisième mot qu'il a prononcé était "Moo - ny". Evidemment, il faut aussi avouer que, phonétiquement, c'est plus simple.

" Vous – vous êtes sûr que vous me dites pas ça pour me faire plaisir ? "

" Enfin, Harry, réfléchis deux minutes ! Est-ce qu'il t'aurait donné ce surnom, est-ce qu'il t'aurait offert un Eclair de Feu avec tous les risques que cela impliquait, s'il s'en fichait de toi ? "

" Oui… Vous devez avoir raison ", admit Harry, mais d'un ton peu convaincu.

Moony, fais un effort ! Trouve quelque chose de plus convaincant, par Merlin ! Remus essayait désespérément de trouver un exemple qui prouverait à Harry que ce qu'il disait était la vérité, quand une conversation lui revint en mémoire. Mais bien sûr ! Si ça ça ne le convainc pas…

" Harry ? Harry, écoute-moi… Tu sais ce que Sirius m'a dit, un jour ? Que s'il le pouvait, il effacerait ta foutue cicatrice, et qu'il te garderait toujours près de lui pour te protéger. "

Harry resta sans voix, puis murmura: " Il - il a dit ça ? "

Remus lui sourit gentiment, et affirma: " Oui, il a dit ça. "

" Et moi qui ne lui ai jamais dit… "

" Mais il le savait, imbécile ! ", le coupa immédiatement Remus. " Il le savait… Tu l'as dit toi même: c'était extrêmement important pour lui que tu le croies. Tu ne te rends pas compte ce que cela a signifié pour lui, quand tu lui as sauvé la vie il y a deux ans. En l'espace de quelques minutes, tu as décidé de le croire, et de lui rendre sa liberté. Ce n'est pas rien, Harry ! " Puis il poursuivit, mais presque pour lui-même: " C'est vrai que la façon dont vous vous êtes liés si rapidement est étonnante. Toi qui voulais absolument le tuer pour venger tes parents, tu as fini par le sauve; lui, il est passé du rôle de prisonnier haineux à celui de parrain affectueux… "

Il revint à la réalité, et regarda Harry avec douceur: " Mais ne t'inquiète pas, Pronglet, il le savait. Tu n'imagines pas le nombre de fois où il m'a raconté, avec un sourire rêveur, comment tu avais accepté de venir vivre avec lui ! ", finit-il en riant.

Harry sourit légèrement en retour, puis posa la question qui lui brûlait les lèvres: " Il - il vous a parlé d'Azkaban, à vous ? Je n'ai jamais osé lui demander directement, mais en tout cas, avec moi, il a toujours évité le sujet. "

" Avec moi aussi. J'ai pourtant essayé de le faire parler, je me disais que ça lui ferait du bien, mais rien à faire: il était muet comme une carpe à ce sujet. C'était tout Sirius, ça: il ne parlait jamais de ce qui l'angoissait vraiment. Les seuls doutes qu'il a partagés avec moi, étrangement, c'est ceux qui te concernaient. Ça a commencé dans les lettres qu'il m'a écrites durant sa fuite, et ça a continué à Grimmauld Place. Par exemple, il me disait souvent qu'il n'était sûrement pas apte à s'occuper de toi, et que tu méritais quelqu'un de moins - comment disait-il déjà ? - torturé. J'avais beau lui dire que ça crevait les yeux que tu l'adorais, et que tu ne voudrais personne d'autre – "

Remus laissa sa phrase en suspens. Moony, tu ne vas pas recommencer à douter. Ce n'est pas le moment. Tous deux restèrent silencieux quelques instants. Avoir parlé de Sirius leur avait fait du bien, leur avait donné l'impression qu'il était encore présent, mais cela avait aussi ravivé la douleur de sa perte. Finalement, ce fut Harry qui reprit le premier la parole:

" Il – il a vraiment pas eu de chance, hein ? A part ses années à Poudlard, il n'a jamais réellement été heureux… ni libre. "

" Non, il n'a pas eu de chance, Harry. Mais toi non plus, ni tes parents… "

" Ni vous ", répliqua Harry.

" … ni moi, c'est vrai. Mais Sirius avait la chance d'être extrêmement doué. Il a également été aimé par de nombreuses personnes. " Il s'arrêta un instant, pensif. " Tu sais, parfois je me dis que son énergie incontrôlable était peut-être due au fait qu'il savait, inconsciemment, devoir profiter de tout, tout de suite. "

" Ah non ! Vous n'allez pas vous y mettre, vous aussi ! Pas vous… ", se révolta Harry.

" Comment ? ", demanda Remus, étonné par ce brusque changement de ton.

L'adolescent ne répondit d'abord rien, puis se décida: " A Grimmauld Place, Hermione, et la mère de Ron aussi, n'arrêtaient pas de critiquer Sirius, de dire qu'il ne tenait pas en place, qu'il était agité… " Il frappa du poing sur son lit. " Mais merde ! Est-ce qu'elles ont réalisé ce qu'il avait vécu ! "

" Non. Je ne crois pas non ", murmura Remus. " Mais elles avaient raison –"

Harry leva la tête d'un air furieux. Remus posa la main sur son genou.

" Attends, Harry. – Sirius était comme ça. Mais c'est normal. Il se sentait enfermé, il se sentait inutile, et je crois aussi que, habitué depuis des années à la solitude et l'isolation, tant de monde autour de lui, du jour au lendemain, c'était trop. " Remus soupira. " C'est quelque chose que je comprends très bien. "

Harry se calma d'un coup, et regarda son ancien professeur d'un air penaud.

" Je suis désolé, Professeur. Je n'aurais pas dû m'énerver comme ça, c'est juste que –"

" C'est juste que tu ne supportes pas qu'on dise du mal de ton parrain. Je comprends, ne t'inquiète pas ", le coupa Remus. Il lui sourit pour le rassurer. " Moi aussi j'ai beaucoup de peine à le supporter. "

" Mais pourquoi ! ", s'exclama soudain Harry d'une voix désespérée. " Pourquoi c'est lui qui a dû mourir ? "

" Je ne sais pas, Pronglet. La seule chose que je peux te dire, c'est qu'il est mort comme il pensait qu'il le ferait il y a des dizaines d'années, lorsqu'il était Auror. Et qu'il n'avait pas peur de mourir ainsi, ce d'autant moins qu'il est mort en te sauvant. "

Moony, tu peux dire que tu les accumules ! Combien tu paries qu'il va à nouveau se sentir coupable ? Et comme de bien entendu, lorsque Remus regarda Harry, il ne put manquer de constater que l'adolescent replongeait de plein pied dans ses remords.

" Harry: stop ! Pourquoi est-ce que tu ne penses pas plutôt que grâce à toi Sirius n'a pas eu droit au baiser du détraqueur ? Pour une fois ? ", ajouta-t-il gentiment.

" N'empêche qu'il aurait pu avoir une belle vie, qu'il aurait pu être innocenté, et qu'on aurait pu vivre ensemble ! ", cria l'adolescent, les larmes à nouveau aux yeux.

Qu'est-ce que je peux bien répondre à ça, hein, Padfoot ? Moi aussi j'aurais voulu te voir innocenté, et que tu aies la chance d'élever Harry.

" Je sais, Harry. Mais… peut-être aussi que c'est mieux comme cela. Il est… en paix, maintenant. Il n'a plus besoin de se battre, il n'est plus torturé, comme il disait, et il n'est plus poursuivi par ses démons. Et peut-être qu'il a enfin retrouvé son cher Prongs ! "

A ces mots, Harry sourit légèrement à travers ses larmes. Il n'essayait plus de cacher à son ancien professeur qu'il pleurait. Remus tendit spontanément la main vers lui et lui ébouriffa les cheveux.

" En tout cas, Pronglet, il aura été content de te connaître, ça je peux te le dire. Et je le comprends ! ", ajouta-t-il en souriant.

Harry lui rendit son sourire, et répondit: " Moi aussi, j'ai été content de le connaître… " Puis il ajouta: " Et je suis content aussi que vous soyez là. "

Remus ouvrit la bouche pour répondre, mais il s'arrêta net en entendant un bruit, un bruit qui venait du palier.