And now to repeat what I said at the start

They'll need a large crowbar to break us apart

We're alone but far from blue

Before we get finished, we'll make the town roar

We'll make all the late spots, and then a few more

We'll wind up at Jilly's right after Toot's Shore

Life is gonna be we-wow-whee

For my shadow and me

(Me and My Shadow, Rat Pack)

Méfait accompli

Harry et Remus sursautèrent et se tournèrent d'un même mouvement vers la porte. "Vous – vous avez entendu quelque chose, vous aussi ?", balbutia l'adolescent.

Remus hocha la tête tout en lui faisant signe de rester silencieux. Il s'était tellement investi dans sa conversation avec Harry, consacrant toute son énergie à réconforter l'adolescent, qu'il avait totalement oublié qu'il était aussi ici pour remplir une mission. Toutefois, il ne tarda pas à retrouver ses réflexes et se préparait déjà mentalement à toute éventualité.

Merlin, faites que mon inquiétude ne soit que le résultat de ma paranoïa aiguë ! Je ne suis pas franchement au meilleur de ma forme pour affronter qui que ce soit en ce moment, et surtout pas un Mangemort ! Quant à Harry, il commence seulement à remonter la pente, si seulement il pouvait avoir droit à un petit répit…

Remus s'était lentement et silencieusement approché de la porte. Il colla son oreille contre le bois, essayant de percevoir ce qui se passait à l'extérieur. Il n'entendit d'abord rien avant de discerner une sorte de frottement, comme si quelqu'un se traînait par terre. Soit Voldemort est tellement sûr de lui qu'il ne conseille même plus à ses partisans de rester discrets, soit il s'agit de tout autre chose. Mais quoi ? A moins que… Le Maraudeur se retourna vers Harry, qui le fixait anxieusement. Il lui fit signe de le rejoindre. Perplexe, l'adolescent se leva et obéit. Lorsqu'il fut près de lui, Remus glissa quelques mots à son oreille. Harry lui lança un regard interrogateur, mais, voyant le clin d'oeil de son ancien professeur, il approcha la main de la poignée et ouvrit la porte d'un coup sec. Il entendit alors un bruit de pas précipités, et sortit dans le couloir pour voir de qui il s'agissait.

"Dudley !", s'exclama-t-il aussitôt, soulagé. "Alors, on écoute aux portes ? C'est pas beau, ça…"

Dudley, bien trop peu habitué à l'exercice physique pour réussir à fuir assez rapidement, se retourna.

"Ah ouais ? Et alors… tu vas aller te plaindre à qui, hein ?"

Remus, qui, caché à l'intérieur de la chambre de Harry, n'avait pas perdu un mot de cet échange, choisit ce moment pour se montrer.

"Mais à moi, M. Dursley, à moi", dit-il avec un tel calme qu'il en était effrayant.

C'est en tout cas que ce que dut se dire Dudley, car il pâlit brutalement et ne trouva rien à répondre.

"Etant donné que vous avez l'air très intéressé par ce qu'il se passe en ces lieux, voulez-vous bien vous donner la peine d'entrer ?", lui proposa aimablement Remus.

Dudley resta quelques secondes la bouche ouverte avant de réussir à balbutier: "Euh… ben… non, merci. Ma – ma mère a besoin de moi, en bas."

"Oh, mais je suis sûr qu'elle pourra se passer de vous cinq minutes, n'est-ce pas, Harry ?", répliqua Remus en se tournant vers ce dernier, un éclair de malice dans les yeux.

Harry comprit ce que Remus attendait et répondit avec un sens parfait de la répartie: "Bien sûr ! Tante Petunia va bien pouvoir se débrouiller sans toi, hein, Duddykins ?"

Remus en avait profité pour glisser négligemment les mains dans ses poches, ce qui eut pour effet d'offrir à la vue de Dudley la baguette qui était passée dans sa ceinture. Celui-ci ne manqua pas de la remarquer, et ses yeux s'agrandirent de peur.

"Alors, M. Dursley, vous n'allez pas refuser notre invitation, n'est-ce pas ?"

"Euh… non, non." Dudley commença à faire demi-tour, mais très lentement, espérant sans doute que quelqu'un monterait à temps pour venir à son secours. Lorsqu'il fut suffisamment proche, Remus l'attira dans la chambre, et Harry les suivit, refermant la porte derrière eux.

Dudley était au centre de la pièce, les yeux partant dans tous les sens, l'air d'un animal cerné par des prédateurs. Ce n'est pas très charitable, mais je préfère que ce soit lui qui ait cet air plutôt que Harry. Hé mais… un animal ? Voilà qui me donne une idée … Le visage de Remus s'éclaira d'un sourire carnassier, un sourire très semblable à celui qu'on avait souvent pu lui voir, ainsi qu'à trois autres Gryffondors, lors de la glorieuse époque des Maraudeurs.

"Alors, M. Dursley, avez-vous appris quelque chose d'intéressant, lors de votre garde dans le couloir ?"

"Euh… ben, je suis arrivé que vers la fin… et… et j'ai pas tout compris… Mais… mais j'ai entendu parler d'un Sirius… et… et je l'ai entendu pleurer !", ajouta-t-il d'un ton victorieux, pointant le doigt vers Harry. Dudley avait momentanément oublié sa crainte de l'homme qui se trouvait en face de lui et ne pensait plus qu'à se venger de son cousin.

Ce dernier ne réagit pas. Remus, lui, serra les poings. Quelle famille ! Je ne sais pas ce qui me retient de - Calme-toi, Moony. Le gifler ne servirait à rien, ce que tu lui réserves est bien plus… amusant.

"Bien. Pourrais-je vous demander si cette magnifique idée de venir nous épier vous est venue naturellement, ou si elle vous a été soufflée par… vos parents ?"

"C'est mes parents qui me l'ont demandé !", cria presque Dudley, trop heureux de pouvoir rejeter la faute sur quelqu'un d'autre.

Remus lui sourit. "Je m'en doutais. Quand vous aurez retrouvé votre état normal, vous pourrez transmettre à vos parents que j'ai été grandement impressionné par le niveau abyssal de leur bêtise."

"Mon – mon état normal ?", bredouilla Dudley, la terreur visible sur son visage.

Harry, qui s'était contenté d'observer – et d'apprécier - la scène jusqu'à présent, se retourna vers Remus. Il allait ouvrir la bouche pour lui demander ce qu'il comptait faire, mais son ancien professeur lui sourit et leva la main pour lui signifier de rester silencieux. Ce faisant, il avait tiré sa baguette de son autre main, et il fit brusquement volte-face en direction de Dudley.

Il y eut un éclair, un couinement de peur de la part de Dudley, puis plus rien. Quand il rouvrit les yeux, Harry se retrouva face à un hippopotame nain, qui grognait misérablement. Avant qu'il puisse réagir, l'animal se mit à courir à toutes pattes en direction de la porte. Remus la lui ouvrit obligeamment. Arrivé en haut des escaliers, toutefois, l'animal ne se risqua pas à descendre et se mit à grogner de plus belle.

Harry, une fois qu'il fut remis de sa surprise, fit un immense sourire à son professeur, et se mit à rire aux éclats.

Remus, qui n'était pas loin de la crise de fou rire lui aussi, parvint à articuler: "Je crois que l'on ferait mieux de partir d'ici avant que le reste du troupeau ne monte voir ce qui se passe, qu'en penses-tu ?" Harry réussit seulement à hocher la tête.

Ils sortirent tous deux de la chambre, contournèrent Dudley, qui s'était craintivement reculé en les voyant approcher, et commencèrent à descendre les escaliers. Soudain, Remus s'arrêta et se tourna vers Harry. Celui-ci lui lança un regard inquiet.

"Harry, avant qu'on sorte d'ici, j'ai un service à te demander."

"Tout ce que vous voudrez, Professeur."

"Justement. Cela fait bien deux ans que je ne suis plus ton professeur. Est-ce que tu crois que tu pourrais m'appeler Remus ? Ou Moony."

Harry lui sourit. "Me paraît faisable."

Remus hocha la tête d'un air satisfait. "Bien. Allons-y."

Ils pouvaient déjà entendre du remue-ménage en bas et rencontrèrent Vernon et Petunia comme ceux-ci sortaient du salon.

"Qu'est-ce qu'il se passe, là-haut ?"

"Là-haut ? Rien", répondit Remus d'un air dégagé. "Tout va bien. J'ai parlé à Harry. Il va venir avec moi. Vous ne le reverrez plus des vacances. Je crois que cela vous convient ?", demanda-t-il encore, avec un détachement qui impressionna fortement Harry.

"Oui, oui, c'est parfait, mais c'est quoi ce bruit à l'étage ?"

"Ah, ça ? Oh, je crois que c'est votre fils qui vous appelle. Lui et moi avons eu une petite conversation."

"Dudley !", hurla Petunia, folle d'inquiétude. "Vernon, ils ont fait du mal à mon Duddykins !" Et elle se précipita dans les escaliers, son mari sur les talons. Harry et Remus purent entendre les cris que le couple poussa en découvrant ce qui s'était passé.

"Harry, je crois que c'est le moment d'y aller. Ils ne semblent pas apprécier le spectacle" , dit calmement Remus. Puis, toujours en bas des marches, il ajouta à l'attention des Dursley: "Ms Moony et Pronglet vous présentent leurs compliments. Au plaisir de ne plus vous revoir !" Puis il poussa Harry vers la porte d'entrée. Maraudeur un jour, Maraudeur toujours, hein, Padfoot ?

Une fois dehors, Remus se tourna vers l'adolescent: "Alors, Pronglet ?"

Harry, le sourire jusqu'aux oreilles, lui répondit: "Méfait accompli, Moony !"

Sur quoi, les deux Maraudeurs partirent rejoindre l'Ordre.