Save me from drowning in the sea
Beat me up on the beach
What a lovely holiday
There's nothing funny left to say
This sombre song would drain the sun
But it won't shine until it's sung
No water running in the stream
The saddest place we've ever been
Everything I touched was golden
Everything I loved got broken
On the road to Mandalay
Every mistake I've ever made
Has been rehashed and then replayed
As I got lost along the way
(The Road to Mandalay, Robbie Williams)
Grimmauld Place
Harry Potter était couché sur le canapé usé d'une pièce du 12, Grimmauld Place, la tête enfoncée dans un coussin. Ce n'était pas la première fois qu'il avait quitté la chambre qu'il partageait avec Ron en plein milieu de la nuit pour se réfugier ici. Aucun événement particulier n'était survenu depuis son retour en compagnie de Remus, au quartier général de l'Ordre du Phénix. Au point que tous les habitants du manoir étaient retombés dans la routine de l'été précédent. Et c'était cette routine que Harry ne supportait plus. Chaque pièce, chaque repas, chaque réunion lui rappelaient cruellement qu'une personne n'y entrerait ou n'y participerait plus jamais.
Au début, certes, l'adolescent avait été content de revoir ses amis. Le changement de décor lui avait fait du bien et tout le monde s'était montré plutôt sympathique avec lui - même Snape, qui s'était épargné toute remarque. Toutefois, ses regrets et ses remords, qui s'étaient estompés depuis la visite de Remus à Privet Drive, étaient rapidement - trop rapidement - revenus le hanter. Peut-être arrivait-il à garder la tête haute et à se montrer de bonne humeur face aux habitants de manoir, mais ce n'était qu'une façade.
Le jour de son anniversaire, entre autres, avait été un enfer. Pour une fois, Harry avait eu droit à une vraie fête, avec des amis, des cadeaux et un gâteau. Mais qu'est-ce que cela pouvait lui faire, maintenant ? La seule chose à laquelle il avait pensé ce jour-là, c'était qu'il ne fêterait plus jamais rien avec Sirius: ni son anniversaire, ni Noël, ni sa réussite aux B.U.S.E.S. Mais il avait fait semblant: il avait souri, il avait remercié, il avait soufflé ses bougies… jusqu'au moment où il avait pu s'éclipser en disant qu'il était fatigué et voulait aller se coucher sans paraître impoli. Parfois, il avait surpris sur lui le regard de Remus. Bien sûr, le Maraudeur devait se douter de ce qu'il ressentait. Lui aussi jouait le jeu, tout simplement. Après que Ron et le reste de la maison s'étaientse endormis, Harry était ressorti de sa chambre et avait pour la première fois rejoint Buckbeak.
L'adolescent appréciait de plus en plus ces moments de solitude. Malheureusement, ils étaient rares. Harry ne savait pas si c'était le un hasard ou si les habitants de Grimmauld Place s'étaient secrètement mis d'accord pour le surveiller, mais il était constamment obligé de donner le change. Ce qui commençait à l'épuiser. Il se demandait même s'il arriverait à tenir jusqu'à la fin des vacances sans craquer. Le cas échéant, que ferait-il ? Eclaterait-il en sanglots ? Se renfermerait-il dans le mutisme le plus total ? Ou ferait-il passer sa colère sur tout le monde et n'importe qui ? Harry n'en savait rien, mais une chose était sûre: il ne pouvait plus supporter personne. Souvent, il repensait à ce que Remus lui avait dit, au sujet des mois qui avaient suivi la mort de ses parents. Comme il comprenait que son ancien professeur se soit enfui ! Harry aurait volontiers fait de même. Mais il ne pouvait pas: s'il avait encore une chose à faire, c'était se battre contre Voldemort, venger ses parents, et venger Sirius.
Non. Ce n'était pas sa seule motivation. Il pensait aussi au dernier Maraudeur. Il ne pouvait tout simplement pas abandonner Remus. Lui non plus ne devait pas apprécier son séjour en ces lieux. Et il était fort possible qu'il se retrouve tout seul bien assez tôt, car Harry ne voyait vraiment pas comment il était censé vaincre le Seigneur des Ténèbres. Surtout dans l'état où il se trouvait actuellement.
Ce qui l'énervait le plus, au fond, c'était que personne ne parlait jamais de Sirius. Comme si celui-ci n'avait jamais existé. Pourtant, c'était sa maison dans laquelle ils vivaient tous. Comment pouvaient-ils tous être si ingrats ? Quoique, s'il devait être honnête, Harry était presque content que personne ne lui parle directement de son parrain. Néanmoins, il y avait une différence entre ressasser sans cesse sur sa mort et faire comme si de rien n'était !
L'adolescent ne savait pas pourquoi, mais il se sentait ce soir encore plus mal que d'habitude. Peut-être parce que cela faisait déjà un mois qu'il était ici ? Quand il était allé se coucher, il avait tout de suite compris qu'il n'arriverait pas à fermer l'œil. Il avait commencé par penser à Sirius, puis à ses parents, puis à Cedric, et à Voldemort… le cercle vicieux habituel… et finalement, pour la première fois depuis des semaines, il avait senti des larmes lui monter aux yeux. Etrange… Harry croyait pourtant avoir épuisé sa réserve depuis longtemps. Il avait d'abord essayé de se calmer - il en avait l'habitude depuis tout petit, son oncle et sa tante n'appréciant pas de le voir pleurer - mais rien n'y avait fait. Il avait alors préféré sortir de sa chambre. Il ne voulait pas réveiller Ron par ses sanglots. De quoi aurait-il eu l'air ? Il n'avait aucune envie que toute la maisonnée sache que le célèbre Harry Potter, celui sur qui reposait l'avenir du monde sorcier, pleurait comme un bébé le soir dans son lit.
Il s'était donc rendu dans l'endroit qu'il préférait dans cette vieille et sombre demeure: la chambre occupée par Buckbeak. Dès qu'il avait un moment, c'était là qu'il venait se réfugier. La simple présence de l'animal le calmait. Et celui-ci lui rappelait Sirius…
Harry avait caressé un moment l'hippogriffe, avant d'être brusquement submergé par tous les souvenirs qui liaient l'animal à son parrain: la fuite de Sirius, la caverne près de Pré-au-Lard, Sirius venant le nourrir et chantant dans le couloir De bon matin j'ai rencontré l'hippogriffe… Pris d'une rage soudaine, il s'était jeté sur le canapé qui traînait là et l'avait frappé à coups de poing, jusqu'à ce que, son énergie le quittant, il se soit remis à sangloter.
Ce qu'il était toujours en train de faire, insensible à tout… et même aux bruits de pas dans le couloir, à la porte qui s'ouvrait, et à la personne qui s'approchait du canapé.
La personne en question n'était autre que Remus Lupin, lui aussi incapable de fermer l'œil et lui aussi à la rechercher de réconfort auprès de l'animal qui avait appartenu à son ami. Bien que très étonné de trouver un second occupant dans la pièce et malgré la pénombre, il reconnut rapidement Harry. Il hésitait à rebrousser chemin pour laisser l'adolescent tranquille, quand il entendit ses sanglots. Ce qui le décida à s'avancer résolument vers le canapé. Harry ne bougeant toujours pas, Remus s'accroupit et posa doucement la main sur son crâne.
Surpris par ce geste, l'adolescent eut un brusque sursaut. Cependant, il ne se retourna pas immédiatement. Mais lorsqu'il réagit enfin, ce fut pour se jeter dans les bras de Remus, s'accrochant à lui comme si sa vie en dépendait. Celui-ci faillit perdre l'équilibre, mais réussit de justesse à s'asseoir sur le canapé, serrant Harry contre lui.
« Là, là… Calme-toi… », murmura doucement Remus en caressant les cheveux de l'adolescent, qui pleurait maintenant à chaudes larmes. « Qu'est-ce qu'il se passe, hein ? »
« Je - je veux partir d'ici ! », hoqueta Harry. « Tout - tout me rappelle Sirius, ici ! Je le vois partout, j'entends sa voix et son rire… J'en peux plus ! », finit-il d'une voix misérable.
Remus soupira. « Je sais, Harry, je sais. Cela me fait la même chose, à moi aussi. » Puis il s'écarta de l'adolescent et le regarda droit dans les yeux. « Mais tu sais que je ne peux rien faire, n'est-ce pas ? Même si je donnerais n'importe quoi pour partir d'ici avec toi », ajouta-t-il presque pour lui-même.
Harry hocha la tête, et renifla. « Mais ça fait du bien d'avoir pu le dire à quelqu'un. » Il se redressa, et s'assit correctement à côté de Remus. « Qu'est-ce que vous faites là, au fait ? », demanda-t-il ensuite.
Remus sourit. « La même chose que toi, j'imagine. Je ne pouvais pas dormir, alors je me suis dit que j'allais rendre une petite visite à Buckbeak. Tu sais, j'ai passé de longues heures ici, les premières semaines. Sirius venait souvent se réfugier dans cette pièce. En particulier lorsque Snape était venu faire son rapport ! », ajouta-t-il avec un petit rire.
Harry sourit tristement. Il hésita un instant avant de reprendre la parole: « Remus ? »
« Oui ? »
Les yeux fixés sur le sol, Harry expliqua: « Les - les premiers jours, chez ma tante… Toutes les nuits, je rêvais du - du Département des mystères. Et quand je me réveillais, je ne pouvais plus me rendormir, alors je… réfléchissais. Et - bref, je finissais dans le même état… qu'avant. »
Remus écoutait attentivement. C'était si rare que Harry se confie de lui-même qu'il ne voulait surtout pas l'interrompre.
« Je voulais tellement que Sirius revienne que parfois j'arrivais presque à y croire. Alors je m'imaginais qu'il viendrait me chercher, dans ma chambre, et qu'on partirait tous les deux. Certaines nuits, j'en arrivais à… sentir… sa présence. Mais je n'osais pas me retourner, j'avais peur que ce soit que mon imagination, alors… j'attendais. Et… parfois, j'étais presque persuadé qu'il – qu'il avait posé sa main sur ma tête - » – « , la voix de Harry s'étrangla, « - comme vous avez fait. »
« Tu as cru que j'étais Sirius, c'est ça ? », demanda Remus. Son ton était on ne peut plus neutre, et son expression indéchiffrable.
« C'est idiot, hein ? », répondit Harry, les yeux toujours baissés, avec un haussement d'épaules.
« Pas du tout », affirma Remus. Puis il ajouta, très sérieusement et sans aucune amertume: « Par contre, j'imagine que je t'ai causé une grosse déception ? »
« Non », répondit immédiatement Harry en rencontrant enfin son regard. « Parce que chez les Dursley, quand je finissais par me retourner, il n'y avait personne. Cette fois, vous étiez là. »
Remus ne savait pas quoi répondre. Il était extrêmement touché par ce que venait de lui dire Harry. Cela prouvait, une fois pour toute, que l'adolescent avait vraiment confiance en lui. La gorge serrée, il passa un bras autour de ses épaules, et Harry se laissa aller contre lui. Au même moment, Buckbeak remua et fit entendre quelques grognements.
« Lui aussi, il doit se sentir seul, hein ? », remarqua Harry.
Remus avait enfin retrouvé sa voix. « Oh oui. Au début, il était si perturbé qu'il a même refusé de manger pendant quelques jours. Je pense qu'il attendait que Sirius vienne le nourrir. Mais il a fini par s'habituer à moi. » Lui aussi.
Après un silence, il ajouta: « Harry ? Je veux que tu saches: si jamais tu as besoin de parler, n'importe quand, tu peux venir frapper à ma porte, d'accord ? De toute façon, tu as peu de chance de me réveiller, vu ce que je dors »», ajouta-t-il en plaisantant.
« A une seule condition », répliqua Harry.
« Laquelle ? », demanda Remus, légèrement étonné.
« C'est valable pour vous aussi. »
« Message reçu », déclara Remus avec un grand sourire. Moony, cette fois tu ne peux plus en douter : ce gosse tient à toi. En tout cas un peu. Puis il demanda: « Tu ne crois pas que tu devrais essayer de dormir un peu, quand même ? »
« Je - je veux pas retourner dans ma chambre », dit Harry en se crispant aussitôt.
« Tu n'as qu'à rester ici ! Je ne pense pas que Buckbeak ait quelque chose contre. »
« Je peux ? »
« Bien sûr ! », acquiesce Remus tout en se levant.
« Vous – vous partez ? », balbutia Harry, une note d'angoisse dans la voix.
Remus se retourna, surpris. « Euh… oui. Je ne voulais pas te déranger davantage. Pourquoi ? » Harry resta silencieux. « Tu voudrais que je reste ? », se risqua le Maraudeur. « Parce que je ne suis pas franchement fanatique de ma chambre non plus, à vrai dire. » Et que si je m'écoutais, je crois bien que je te suivrais comme ton ombre.
Harry répondit en détournant les yeux: « Si ça vous dérange pas… J'aimerais bien que vous restiez, oui. Je suis ridicule, hein ? Le garçon qui a survécu, âgé de seize ans, qui a peur de rester seul », lâcha-t-il d'une voix moqueuse.
Remus était revenu s'asseoir près de lui. « Harry, tu n'es pas ridicule du tout », répondit-il avec fermeté. « Tu n'as que seize ans. Mais tu as déjà vécu plus de drames dans ta vie que la plupart des adultes. Tu n'es pas parfait, et tu as tout à fait le droit de te sentir triste ou d'avoir besoin de compagnie. C'est clair ? »
Harry ne semblait pas convaincu et n'émit qu'un vague murmure d'assentiment.
« Pas de scepticisme avec moi, Monsieur Potter », insista Remus. « C'est compris ? »
Harry ne put s'empêcher de sourire et avant de hocher la tête.
« Bien », déclara alors l'ancien Maraudeur. « Passons aux choses sérieuses. » En s'entendant prononcer ces mots, il sourit. Il semblerait que j'aie attrapé certains tics de langage de Padfoot, moi. « Harry, tu veux bien te lever de ce canapé ? Si tout se passe bien, il devrait se transformer sous peu en un lit. »
Harry obtempéra. Sur quoi Remus, d'un coup de baguette, réussit effectivement à faire du vieux canapé usé un lit qui semblait tout à fait confortable.
« Apparemment, j'ai de beaux restes de mes cours de métamorphose. Voyons, il manque néanmoins quelques éléments… », ajouta-t-il en faisant apparaître un coussin et une couverture. « Alors, qu'en dis-tu ? Comme ça, tu pourras dormir ici aussi souvent que tu le voudras. »
« Merci ! Vivement que je sache faire des trucs pareils ! Si ça se trouve, même les Dursley trouveraient ça utile, eux qui sont incapables de déplier leur canapé-lit… », plaisanta Harry, ravi. « Mais vous, vous allez dormir où ? », demanda-t-il soudain.
« Moi ? Mais mes talents ne se limitent pas à la métamorphose, mon cher Pronglet ! Regarde plutôt ça ! » Dirigeant sa baguette sur le lit, Remus murmura « duplicatum », faisant apparaître un deuxième lit, tout à fait identique au premier, à côté de son jumeau. « Et voilà ! », lança-t-il alors d'un air passablement satisfait de lui-même.
Harry se mit à rire. Remus lui jeta un regard amusé mais néanmoins intrigué.
« Mon cher Pronglet, pourrais-je savoir ce qui vous a declenché chez vous une telle hilarité ? »
« Mais je vais vous le dire, mon cher Moony », répondit Harry, le sourire en coin. « Je viens de réaliser que M. Padfoot n'était pas le seul Maraudeur à aimer étaler sa science… sauf le respect que je vous dois, bien sûr. »
Remus éclata de rire à son tour. Te voilà pris sur le fait, Moony ! « M. Pronglet, vous n'y êtes pas du tout », s'exclama-t-il d'un air faussement horrifié. « Je ne cherche qu'à vous montrer ce que vous serez bientôt capable d'accomplir par vous-même…»
Harry fit eut une moue peu convaincue. « Il me semble que si tel était votre but, la démonstration pourrait se passer de tout commentaire, non ? »
Remus s'inclina. « M. Pronglet, il me faut admettre que votre argument n'est pas dénué de bon sens… Je vous donne donc raison, et vous prie d'accepter mes excuses. »
« M. Moony, vous êtes tout pardonné », répondit alors Harry, mettant ainsi un terme à leur joute verbale.
Ils se regardèrent un moment en souriant, sans rien dire. Remus était étonné de la facilité avec laquelle Harry s'était lancé dans ce dialogue. A croire que cette habileté lui avait été transmise génétiquement par son père ! Quant à lui, Harry était heureux de voir son ancien professeur se comporter comme lorsque Sirius était encore parmi eux. Il était prêt à faire n'importe quoi pour remplir un tant soit peu le vide que la perte de son père et de son parrain avait laissé dans la vie de Remus.
Remus se décida enfin à rompre le silence. « Bon. Il faudrait quand même qu'on dorme un peu, non ? Je prends celui de gauche, d'accord ? »
« D'accord », répondit Harry en se glissant sous les couvertures de l'autre lit. « Bonne nuit, Moony. »
Il n'y a pas à dire, j'adore quand il m'appelle comme ça. « Bonne nuit, Pronglet. »
