Chapitre 2
Elle courait. Juste pour courir. Juste pour le plaisir. Elle filait, comme le vent. Dans l'obscurité la plus totale, ses yeux d'humaines ne distinguaient rien. Elle laissait alors parler ses autres sens, son instinct. Elle évitait les troncs des arbres centenaires avec habilité. Elle laissait son esprit prendre le dessus sur son corps. Elle ne connaissait alors presque plus de limites. Soudainement, elle prit son élan et attrapa une branche qui était à plus de deux mètres au-dessus du sol. Avec la force de son seul bras, elle se hissa sur celle-ci. Puis elle sauta de branches en branches, grimpant avec une agilité hors du commun jusqu'à atteindre le sommet du vieux sapin. Arrivée en haut, elle s'assit sur une branche plutôt épaisse et s'adossa contre le tronc en pliant ses jambes contre elle. Elle ferma les yeux, elle était à peine essoufflée.
Rares étaient les humains « normaux » à pouvoir atteindre une telle dextérité, une telle vitesse et une telle puissance. Il fallait non seulement posséder quelques « capacités » héréditaires mais aussi avoir suivi un entraînement de titan depuis son plus jeune âge. Si on s'y prenait trop tard, même avec toute la volonté du monde, on ne pouvait donner son indépendance à son esprit. Lorsque l'esprit ne connait plus ses limites, il surpasse le corps. La force spirituelle lorsqu'on la libérait de ces brides était très puissante.
Maeva était de ces gens-là, de ces êtres exceptionnels triés sur le volet. Parmi les autres êtres qui peuplaient ce monde, ils vivaient cachés. Comme les vampires et autres êtres surnaturels. Qui pouvaient savoir tous les mystères que regorgeait cette terre. Même ceux qui savaient que les êtres humains normaux n'étaient pas les seuls êtres pensants, ignoraient quels autres individus « paranormaux » vivaient. Vivre caché, c'était le seul moyen de se protéger. Ils suffisaient de voir comment les humains avaient réagi quand ils avaient appris pour la première fois l'existence des êtres qu'ils ont par la suite appelé sorcières…. La paranoïa avait rapidement pris le dessus et ils avaient commencé à s'entretuer… Ils brûlaient des femmes innocentes, et même si parfois ils s'avéraient que leur victime est effectivement quelques dons, ceux-ci étaient tellement sous-développés par rapport à ce que pourraient être réellement les capacités d'une sorcière, qu'elle ne méritait pas d'être qualifiée comme tel.
Maeva se redressa et contempla ce ciel immense rempli d'étoiles… Elle se mit accroupi et se jeta du haut de l'arbre. Elle atterrit avec souplesse sur le sol une vingtaine de mètres plus bas, en ayant évité toutes les branches d'arbres en plein vol. Elle reprit la direction du petit chemin où elle avait garé sa voiture.
Pfffiooouuu, cette petite promenade m'a fait un bien fou ! ça m'a un peu changé les idées… MAIS PUTAIN DE BORDEL DE MERDE ! C'est quoi son problème à celle-là ! Elle a la vie que j'aurais toujours voulu avoir et elle, elle gâche tout !
Je mis la clé sur le contact et démarra, non en fait cette balade m'avait pas du tout calmée… Je ne savais toujours pas quoi faire. Je sortis du bois et pris la direction de mon nouveau « chez moi » qui n'allait sûrement pas le rester très longtemps. Nan mais sérieux un vampire ! Elle sortait avec un vampire ! Et elle avait l'air heureuse en plus de ça ! Et cerise sur le gâteau elle était au courant du monstre qu'il était… Normalement les humains ne devaient pas être au courant ! C'est leur propre loi ! Leur seule loi !
Et moi qui pensais pouvoir vivre une vie normale, je m'installe dans un bled pourri qui grouille de vampire. J'arrive pas à le croire… Je jette d'un geste rageur mes clés sur le meuble de l'entrée et vais m'effondrer dans mon lit.
Bon maintenant je dois réfléchir : partir ou rester ? La réponse parait évidente, mais si je quitte la ville maintenant, le conseil se posera des questions et forcément je devrais m'expliquer et alors ils m'obligeront à rentrer… « RAAAAH » J'étouffe mon hurlement dans mon oreiller en assénant de violents coup de poing et de pied dans mon matelas. Pourquoi ? Cette soirée était censée se passer si bien !
Flash back
Ce matin, je me suis réveillée de particulièrement bonne humeur ! Ma nouvelle vie s'annonce si paisible ! Si normale ! Et dire qu'on m'avait mise en garde comme quoi le monde extérieur était compliqué et dangereux lorsqu'on était seul ! Mais oui ! Les gens d'ici sont tellement sympas !
Je pris mon petit-déj, fit rapidement ma toilette, puis je commençai à déballer mes cartons. Il valait mieux que je mis prenne le plus rapidement possible. Me connaissant, si je ne le faisais pas maintenant, je ne le ferais jamais. Et oui, je suis de ces gens qui repoussent toujours au lendemain (ou plutôt à la semaine, voir au mois suivant) ce qui pourrait être fait tout de suite. Mais bon si je devais vivre seule pendant quelques temps, autant se prendre en main dès le début.
Je consacrais toute ma matinée à ranger mes affaires « normales », fringues, babioles, bouquins, etc… L'après-midi se fut au tour des affaires « un peu moins normales ». Je les avais habilement planqués, mais maintenant il fallait que je leur trouve une place invisible et à portée de main. On ne sait jamais, je me suis fait pas mal d'ennemis ces dernières années et même si mon identité et ma présence ici sont secrètes, il vaut mieux être prête à tout. Quand je suis rentrée hier soir, j'ai profité de l'obscurité pour installer mon matos autour de la maison et de l'immeuble. Au moins je suis sûre que personne n'arrivera à me prendre par surprise. Souriez, vous êtes filmé.
Vers la fin de l'après-midi, je tombais de fatigue, j'avais bossé comme une dingue pour que tout soit opérationnel. Il fallait à tout prix que je finisse ça rapidement, si j'avais eu de la visite, même si je ne vois pas qui, on se serait posé des questions… Je m'effondrai dans mon fauteuil, ça faisait du bien de s'assoir dans son nouveau chez soi tout propre et tout rangé. A peine avais-je posé mes fesses sur le si confortable fauteuil qu'on toqua à ma porte. Ahh je le savais que j'avais raison de ne pas laisser traîner mon bordel. Les gens du coin n'ont pas l'air du genre à laisser tranquille un nouveau venu… Tant mieux, je m'intégrais plus facilement, même si là perso, j'aimerais plutôt qu'on me foute la paix mais bon… Je quittais à regret les bras protecteurs et chaleureux du fauteuil, je suis sûre que lui et moi allons très vite de venir de très bons amis. J'ouvris la porte et trouva ma proprio sur le seuil avec un gâteau dans les bras.
«- Alors vous vous êtes bien installée ? me demanda-t-elle avec un sourire chaleureux.
- Oui, tout va très bien, l'appartement est vraiment très confortable.
- Je suis venue vous apportez une petite gâterie.
- Ooh merci, entrez donc ! dis-je d'un ton poli et mielleux en lui libérant le passage, j'espérais que je n'en faisais pas trop, être gentille c'est pas vraiment mon fort… Je n'ai pas encore eu le temps de faire les courses, je n'ai que du thé à vous proposer.
- Du thé sera parfait ! Vous vous êtes installée rapidement à ce que je vois, vous n'avez pas ramené grand-chose… »
Je sens que je vais avoir à des questions embarrassantes, même si j'avais pris les devants en lui racontant de moi-même ma pseudo-vie passée, je la sens avide de détails croustillants. L'attrait de nouveaux ragots j'imagine…
« - Non en effet, je n'ai pas grand-chose en ma possession, juste le strict minimum, et c'est suffisant pour moi. »
Elle acquiesça avec un regard compatissant et entreprit de me faire la conversation pendant que je préparais le thé et des assiettes pour le gâteau. Elle me tint compagnie pendant une heure, et comme je l'avais pressenti, elle était avide de commérage. Bientôt je sus à peu près toute la vie de mon voisinage (untel qui trompe sa femme, bidule qui a des problèmes avec son fils, etc…). Son blablatage n'était pas des plus fascinants, mais elle s'occupait d'entretenir la conversation pour deux. Je n'avais donc pas besoin de laisser voir cette partie de moi qui n'était absolument pas faite pour avoir une relation sociale avec un autre être humain. Alors qu'elle s'était embarquée dans l'histoire du deuxième divorce du beau-frère de la cousine à je ne sais plus qui, je dus la couper pour lui dire que je devais me préparer car j'étais attendues pour dîner par la fille du chef Swan.
« - Ahh, mais c'est génial ! Vous commencez déjà à vous faire des amis ! Je ne vais pas vous retenir plus longtemps alors. Merci beaucoup pour le thé me dit-elle avec entrain en se levant.
- Non non c'est moi qui vous remercie, pour votre gâteau et pour votre visite. Ça m'a fait plaisir, lui dis-je avec un sourire chaleureux et aimable.
- Oh ce n'est rien ! Vous verrez Isabelle est une chouette gosse, un peu original et timide, mais une brave fille. Elle a même réussi à sortir avec un des gars les populaires du lycée ! »
Puis elle sortit en me saluant chaleureusement. Mais comment diable pouvait-elle être au courant de ce qui se passait au lycée. Il fallait que je fasse attention et que je ne sous-estime pas les capacités de commérages des gens de cette ville, aussi accueillants soient-ils.
Je me préparai donc rapidement, histoire d'être plus ou moins présentable. J'échangeais mon vieux jeans et mon vieux sweat contre quelque chose d'un peu moins « j'ai passé toute ma journée à la maison. J'optai pour un slim noir et une tunique bleue nuit. Je passai un rapide coup de brosse dans mes cheveux, je n'avais plus le temps pour dompter la bête qui me sert de tignasse. Je sautais dans ma voiture et roula jusqu'à l'adresse qu'on m'avait indiqué. La voiture du shérif était encore là. Il ne devait pas encore être parti… Je garais ma voiture d'un côté de l'allée, à côté d'une sorte de tank rouge. Je sortis de ma voiture et claqua ma porte derrière moi. Tout à coup un frisson naquit du bas de mes reins pour remonter le long de ma colonne vertébrale. Je me figeais. Je ne connaissais que trop bien cette sensation. Mais c'était impossible. Ça devait être tout simplement la fraîcheur de l'air qui m'a surprise. Il faisait plus doux aujourd'hui, mais je n'avais qu'une petite veste en jeans sur moi. J'avais du frissonné à cause du froid. Ça ne pouvait qu'être que ça.
Je me dirigeais lentement vers la maison, tout en sondant rapidement les environs. Rien d'anormal. Voilà que je me fais des films. On dirait que je vais avoir plus de mal à vivre dans le calme. Je vais même jusqu'à m'inventer des trucs, pour me shooter à l'adrénaline… pas que j'en sois accro. Mais de temps en temps j'avoue que j'apprécie. Enfin bref j'arrête de m'éparpiller, je suis attendue.
Je m'avance jusqu'au perron et sonne avec hésitation, est-ce bien fait de m'imposer chez des gens que je connais même pas. Quelques instants plus tard, le shérif Swan m'ouvre la porte avec un sourire un peu maladroit. On est donc deux à ne pas se sentir très à l'aise, je suis donc plus ou moins normal pensais-je avec ironie. Il me prit d'entrer et se pousse pour me laisser le passage. A nouveau je ressens une désagréable sensation… Je me sermonne intérieurement, quelle peureuse je fais tout de même. J'ai frôlé la mort à plusieurs reprises, vu des choses vraiment horrible, mais je m'angoisse juste parce que je vais partager un repas avec une jeune fille de mon âge. Tout ce qu'il y a de plus normal. Alors pourquoi ai-je un mauvais pressentiment.
« Ma fille finit de se préparer à l'étage, elle ne devrait plus être longue. Ah d'ailleurs là-voilà, me dit Charlie, un peu gêné. »
En effet une jeune fille aux cheveux bruns et au visage pâle descend les escaliers rapidement d'une démarche maladroite.
« Salut, me lance-t-elle, d'une voix un peu timide. Je suis Bella. »
Elle s'avance vers moi et me tend sa main que je m'empresse de saisir. Je suis alors surprise par la peau froide et l'odeur qui se dégage de cette humaine. Je me libère de sa main et recule. Elle sent la mort…
