OS : L'amour ne meurt jamais
Nous étions assis sur un banc en bois. Mon fils à ma gauche, balançait ses pieds dans les airs. Tout était magique, autour de nous. Le champ, qui bordait notre maison, s'était remplis de magnifiques fleurs sauvages, violettes, boutons d'ors, marguerites et même des coquelicots avaient trouvé place dans ce joli paysage. Les couleurs s'harmonisaient, formant ainsi un décor aux couleurs pastel. Comme si, nous étions dans un tableau de maître. La faune et la flore cohabitaient, ainsi on pouvait apercevoir, courir ça et là quelques petits lapins, mais aussi beaucoup d'oiseaux, qui venaient se nourrir, ainsi que les habituels insectes qu'on pouvait trouver à la campagne.
J'aimais particulièrement cette maison, car c'était notre maison. Celle que nous avions choisis mon épouse et moi-même, il y a de ça presque dix ans. Mon fils se retourna alors vers moi, signe chez lui d'une question, qui n'allait pas tarder à sortir de sa bouche.
_ Pourquoi tu n'as jamais refait ta vie après maman ?
Et voilà qu'est-ce que je disais ? Nate avait pour habitude de ne jamais tourner autour du pot. Comme sa mère…
_ Parce que tu vois ta mère, c'était la seule !
_ Et c'est parce que tu es triste, qu'il n'y a pas de photo d'elle à la maison.
_ Oui et non. Tu sais ta mère, je la vois partout, alors pas besoin de photo.
Je souris tristement. Nate me fait un bisou sur la joue et pars jouer. Les larmes stagnent aux coins de mes yeux. Ma Bella. Elle me manque… Déjà plus de huit ans qu'elle n'est plus là. Me laissant seul avec mon fils âgé d'à peine un an. Je repense alors aux bons moments. Comme à mon habitude, je pars m'assoir en plein milieu du grand champ qui jalonne notre maison. Et je laisse mes pensées vagabonder, comme chaque soir, depuis que ma femme n'est plus là.
_ Edward repose moi tout de suite !
_ Mon cœur je fais ça dans les règles.
_ Edward je suis enceinte pas malade. Repose-moi immédiatement !
_ Ce que femme veux, femme là !
Je la posais alors par terre. Elle me regardait avec ses yeux charmeurs et je lui répondais alors par mon fameux sourire en coin. Je savais qu'elle ne pouvait pas y résister.
_ C'est de la triche Edward ! Tu sais très bien que ce sourire me met dans tous mes états.
_ Mais mon ange, je n'y suis pour rien si tes hormones te maltraitent. Dis-je alors innocemment.
_ Oui et mon père à un pistolet à eau accroché à sa ceinture. Pff, j'vous jure tous les mêmes…
Elle partait alors en riant. Nous venions d'emménager dans cette superbe maison. Une, comme elle les aimait. Il y avait quatre chambres, un bureau qui pouvait faire l'affaire pour nous deux, une immense salle où était entreposés mon piano et ses livres. Une grande cuisine, où elle avait déjà ses repères. Un jardin au-delà de nos espérances, en effet notre maison était « livrée » avec un immense champ, idéal pour nos futures promenades avec le bébé. Nous avions déjà monté la chambre du bébé. En effet nous étions la mi-juin et il n'arriverait qu'à la mi-septembre.
_ Je suis fatiguée Edward. Tu veux bien t'occuper du repas pour ce soir ? S'il te plaît.
_ Bien sûr mon ange. Allonge-toi sur le canapé. Je ne voudrais pas qu'il vous arrive quoique ce soit.
_ J'oubliais que je porte l'héritier Cullen, ironisa-t-elle.
Je lui tirais puérilement la langue avant de l'embrasser amoureusement. Elle crocheta ses bras autour de mon cou et je me sentis renaître. Elle me tuerait…
En y repensant bien, il me semble que ce fût le moment de la naissance de notre fils, qui me marquait le plus. Je crois qu'elle ne m'avait jamais autant insulté de ma vie. Mais je préférais en rire, plutôt que de le prendre vraiment mal.
_ Putain ! Je te jure Cullen plus jamais tu me touche ! C'est COMPRIS ?
_ Mais oui mon cœur… Tu dis ça, mais après tu le regretteras.
_ Arrête de faire ton mariole ! On dirait Emmett !
_ Allez chut ma puce. Tu ne sais plus ce que tu dis.
_ En tout cas, tu la laisseras à sa place. Elle n'a pas intérêt à sortir sinon j'attrape une paire de ciseaux et couic !
Je jetais un regard à la fois triste et inquiet à mon entrejambe. Connaissant ma Bella, je savais très bien qu'elle ne tiendrait pas plus d'une semaine avant de me supplier de la prendre.
_ Madame, vous en êtes à 9 cm encore un peu de patience et vous pourrez enfin pousser.
_ Edward prend ma place je t'en supplie.
_ Désolé chérie, c'est impossible, je ne suis pas constituée pour ça. Je n'ai pas d'utérus, pas de vagin et encore moins d'ovaires.
Elle se mit à pleurer. Merde je n'avais pas prévu ça.
_ Hey Bella regarde moi ! Tout va bien se passer. Je suis là, avec toi. D'accord ?
J'essuyais ses larmes et elle hochait la tête. Pas vraiment convaincu par ce que je lui racontais.
_ Madame on va pouvoir commencer à pousser. Vous êtes prêtes ?
_ Non mais…on va dire…Que oui…
Je l'embrassais sur le front et elle me serrait fortement la main, pendant qu'elle poussait. Je savais qu'à la fin de la journée, je n'aurais plus l'usage de ma main, mais comparé à la douleur qu'elle pouvait ressentir en ce moment même, je m'en fichais.
_ C'est bien madame on y est presque. Il faut pousser encore un peu pour qu'il puisse se dégager.
_ Ouai bah je ne fais que ça de pousser.
La sage-femme eût un petit rire, en voyant l'attitude de ma Bella. Mais après tout ça faisait bien dix heures que nous attendions que notre petit garnement ne veuille sortir du ventre bien chaud de sa maman.
Et à 23h52 ce fût fait. Nate est né le 14 Septembre 2009. Le lendemain de l'anniversaire de mon ange. Elle me jura alors qu'elle ne pouvait rêver mieux comme cadeau pour elle. Mais je lui fis par réponse qu'elle ne pourrait pas avoir le même chaque année. Ce par quoi elle répondit par un éclat de rire.
Bien vite Nate fut au centre de toutes les attentions. De notre famille, mais aussi de toute l'équipe hospitalière. Il faut dire que c'était mon portrait craché, avec la bouche fine de ma femme, et quelques traits du visage plus fins. Nate était vraiment un bébé tip top. Il avait fait ses nuits à partir d'un mois et demi à peu de chose près, et il était très éveillé pour son âge. Parfois, le soir avant qu'il ne s'endorme, Bella le berçait dans ses bras, pendant que je lui jouais une berceuse sur mon piano. C'était magique. La vie à deux était géniale. Mais la vie à trois était encore mieux. Je savourais chaque instant, que dieu pouvait m'offrir.
Je souris à cet évènement. Mon préféré, je pense, fût lorsque nous devions choisir un prénom pour notre futur enfant. A l'époque nous ignorions encore le sexe. Et nous avions bien rit devant les différents prénoms que l'un et l'autre proposés.
Nous étions allongés sur le lit. Ma tête était posée contre la cuisse de mon ange et je caressais distraitement son ventre. Elle, elle glissait ses doigts dans ma chevelure, en me souriant. Je rayonnais de bonheur.
_ Alors comment va-t-on l'appeler ? lança-t-elle.
_ Déjà il faudrait savoir si c'est un garçon ou une fille mon ange.
_ Allez Edward, c'est mieux si on s'y prend à l'avance. Regarde mes parents, ils ont attendu, attendu et hop j'ai pointé le bout de mon nez et je n'avais pas de prénom. Et après regarde le nom qu'ils m'ont donné !
Elle grimaça. Moi j'aimais son prénom. Isabella…
_ Moi je trouve ça mignon Isabella !
_ Mouai. Ça se voit que ce n'est pas toi qui dois le porter chaque jour…
Je riais de bon cœur. Bella c'était un peu un Emmett au féminin. Elle ne tournait jamais autour du pot, et était franche, une des qualités que j'aimais le plus chez elle.
_ Bon alors on choisit les prénoms ? Questionnais-je.
_ D'accord. Je voudrais quelque chose d'original !
_ Gertrude ? Proposais-je.
_ Edward, tu te moques de moi là rassure moi.
_ Bien sur mon ange, bien sur.
_ Et bien sache que ce n'est pas drôle.
Sur ce, elle me frappa à la tête. Aïe ! Emmett avait raison, ça faisait vraiment mal !
_ Bells ça fait mal !
_ C'est pas pour faire du bien Cullen !
_ Bon soumet moi tes idées pour une petite fille.
_ Renesmée ?
_ Chérie, j'aime beaucoup ta mère et la mienne, mais de là à donner un prénom aussi, ridicule à notre fille, pas question. Je préfère encore Gertrude.
Bella secouait la tête, en roulant des yeux.
_ Bon tu as mieux à proposer alors ?
_ Huum…
_ Très explicite Edward !
_ Attend je cherche…
_ Bon en attendant que monsieur le génie trouve je vais chercher aussi.
Elle se décala et attrapa le livre des prénoms. Elle feuilletait alors les pages de l'ouvrage. Je l'observais. Une petite ride de concentration s'était installée sur son si joli front. Je recherchais un prénom, lorsqu'un me vint en tête.
_ Carlie !
_ Hein de quoi ? me demanda Bella.
_ Carlie. C'est joli pour une petite fille non ?
_ Oui tu as raison. J'aime bien Emma aussi.
_ On garde ces deux là alors ?
_ Ok. Marché conclu. Maintenant, un petit garçon…
_ Eugène ? proposais-je.
_ Bon sang Edward, mais où vas-tu chercher des prénoms aussi démodés ?
_ C'était le prénom de mon grand-père.
_ Oui et bah raison de plus, pour ne pas l'infliger à notre fils.
Et le jeu ne s'était terminé que le soir très tard. Nous n'arrivions jamais à nous mettre d'accord. Mais c'était aussi ce que je j'aimais chez elle. C'était que nous pouvions discuter de tout, sans forcément avoir le même avis, et voir l'autre se « battre » pour ce qu'il pensait.
Il y avait également la fois où elle m'avait annoncé qu'elle attendait de moi un heureux évènement. J'avais été fou de joie.
_ Je souhaiterais voir Monsieur Cullen !
_ Il est en réunion, il est impossible pour vous de le voir.
_ Dans ce cas, je patienterais.
_ Puisque je vous dis qu'il…
_ Que se passe-t-il ici ? Demandais-je. Bella ?
_ Monsieur Cullen, cette femme voulait vous voir, mais comme vous étiez en réunion, euh, je…
_ C'est ma femme. Pourquoi ne l'avez-vous pas laissé rentrer ?
_ Je… C'est-à-dire que…
Je la fis taire d'un revers de la main et je posais mes yeux sur ma femme.
_ Bella que se passe-t-il ? Tu as eu un problème ? On t'as fait du mal ?
_ Non Edward tout vas bien. Je… Je voudrais juste te parler, d'une chose très importante.
_ D'accord mon cœur je t'écoute. Dis-je doucement, comme si j'avais peur de la blesser.
_ On pourrait aller dans un endroit un peu plus…intime ?
_ Oui vient. On va aller dans mon bureau. Ça va aller ?
_ Oui ne t'en fait pas.
_ Tu es bien pâle ma Bella !
_ Je sais…
Je la fis entrer dans mon bureau et je lui montrais le siège. Je posais alors mes fesses sur le bureau, face à elle.
_ Bella dit moi ce qu'il y a.
_ Je… Putin pourquoi c'est si dur à dire ?
_ Bella… Tu veux… divorcer ?
Ce mot avait eu du mal à sortir. Malgré moi, j'éprouvais un grand moment de détresse.
_ Quoi ? Mais non triple idiot. Ne pense pas de choses pareilles voyons. Je t'aime tu le sais.
_ Alors parle moi.
_ Tu…On… Je suis…enceinte.
_ Répète ce que tu viens de dire ! Demandais-je ahuris.
_ J'attends un bébé. Notre bébé.
Ni une ni deux, je sautais sur ma compagne, l'embrassant partout. J'étais si heureux. Non seulement elle ne venait pas pour divorcer. Mais en plus, elle m'annonçait qu'elle attendait un petit bébé. Un mélange parfait entre elle et moi. J'étais en train de nager dans le bonheur pur et dur. L'instant était tellement merveilleux que j'en pleurais de joie.
_ Mon cœur tu pleures. Me dit-elle.
_ Non j'pleure pas.
_ Si tu pleures.
_ Non…
_ Non. Dit-elle avant de fondre en larme elle aussi.
Nous sortions quelques minutes après de mon bureau, nos larmes séchées et main dans la main.
_ Tanya annulez tout mes rendez-vous de cet après-midi. Je rentre chez moi.
_ Bien monsieur Cullen. Tout va bien Monsieur Cullen ?
_ Oh oui. Tout va très bien.
Je répondis alors à ma secrétaire, en posant ma main sur le ventre de ma femme. Mais ce que je ne savais pas c'est que le bonheur est souvent de courte durée.
Et puis… Ce jour de Novembre, 2010 est arrivé. Bella revenait de son travail. Moi j'avais récupéré Nate chez mes parents. Je patientais en jouant avec mon fils, dans le salon. Les jouets étaient étalés partout. Je savais bien que Bella crierait quand elle rentrerait. Mais j'adorais voir son petit nez se retrousser pour me dire qu'elle n'était pas contente. Je la prendrais dans mes bras, lui embrassant tendrement le cou et elle oublierait tout. Sauf que personne ne vint.
Un coup de fil retentit… Le téléphone tomba. Et moi aussi…
Les larmes coulaient le long de mes joues. Un chauffeur ivre, venait de briser ma vie, celle de mon fils. Et celle de mon ange.
Mon fils alerté par le bruit, rampa à quatre pattes vers moi et posa sa main sur ma joue. Comme pour me dire : « hey oh papa, je suis là. Qu'est-ce qui ne va pas ? »
Maman ne reviendra plus. Elle a rejoint le ciel. Voilà ce que je lui ai dit. J'ai ramassé le téléphone. Pris mon fils dans mes bras. Et j'ai pleuré. Longtemps. Durant de longues minutes et même des heures. J'ai habillé chaudement mon fils. Et je suis parti à l'hôpital. Pour la voir une dernière fois. Sa beauté pâle, resterait ainsi pour toujours. Et ses yeux ne se rouvriront jamais. Ses lèvres que je prenais plaisir à embrasser, ne pourront plus s'ouvrir. Elles garderont cette teinte effacée, du rouge à lèvre en fin de journée.
Et mon fils la regarda une dernière fois. Et comme si il avait compris il me regarda, avant de plaquer sa tête contre mon torse. Je restais quelques minutes comme ça. Avant qu'on ne recouvre ma femme d'un drap blanc. Je rentrais chez moi. Triste et épuisé. Ma famille avait fait le déplacement et avait occupé toute la maisonnée. Pour ne pas que je me sente seul disaient-ils. Mais je savais bien qu'ils étaient tous profondément touchés.
Alors aujourd'hui je ne pouvais m'empêcher de repenser encore une fois à elle. C'était ma femme après tout. Je regardais mon alliance qui ne m'avait pas quitté. C'était elle. Et personne d'autre ne pourrait prendre sa place. Je savais que ça faisait souffrir Nate, mais je ne pouvais pas voir une autre femme que Bella auprès de moi. C'était inconcevable, inimaginable, impossible.
Je laissais mes idées noires de côtés et repartais voir mon fils. Il faisait tard. La nuit était tombée d'un seul coup. Lorsque je revenais à l'intérieur la table était mise. Le repas presque fini.
_ Mais qu'est-ce que… ?
_ SURPRISE !
Je pouvais alors voir toute ma famille ici. Esmée et Carlisle, mes parents. Mon frère Emmett, et ma belle-sœur Rosalie, leurs enfants, Julian et Kiara. Ma petite sœur Alice et son mari Jasper, leurs filles, Chanel et Crystal. Personne ne manquait à l'appel. A part ma Bella. Avec tout ça j'avais oublié que nous étions le 20 juin. Jour de mon anniversaire. Ma mère se détacha du lot et vint me prendre dans ses bras. Mon fils s'approcha alors timidement de moi et me tendit un cadeau emballé. Je le regardais sans comprendre, il haussa simplement les épaules.
Je lui fis un sourire et ouvrit le cadeau. Je tombais alors sur un médaillon, en forme circulaire. Je voyais qu'on pouvait l'ouvrir ni une ni deux je lis fis et trouvais, deux photos sur chacune des faces, du pendentif. L'une de Bella, l'autre de Nate.
Je le regardais et il me dit :
_ Comme ça tu nous auras tous les deux, tout le temps avec toi.
Je me précipitais vers lui et le pris dans mes bras. Rosalie, Alice et ma mère pleuraient à chaudes larmes. Les hommes n'en menaient pas large non plus.
_ Merci Nate. C'est le plus beau cadeau que je n'ai jamais reçu.
Il se mit à rougir me faisant éclater de rire. Il avait au moins ça de sa maman. J'essuyais les larmes qui avaient coulé abondamment sur mes joues et embrassait alors mon fils.
Puis se fût au tour des autres de me donner leurs cadeaux, j'avais reçu des livres, des CD's, des dessins de mon neveux et de mes nièces, ainsi que des petits cadeaux fabriqués de leurs petites mains. Tout cela faisait de cet instant, un pur bonheur.
Lorsque j'allais me coucher, je fus surpris de sentir comme une présence auprès de moi. Comme si quelqu'un respirait à mes côtés. Au fond de moi, je savais qu'elle était là. Tout près de moi. Qu'elle ne m'avait jamais vraiment quitté.
_ Je t'aime, murmurais-je alors.
Seule la lune blanche et ronde m'entendit cette nuit là. Là-haut, dans le ciel presque noir, elle éclairait tout. Nate, pensait, étant petit, que c'était la lumière de chevet de sa maman. Que comme elle lisait beaucoup là-haut, elle ne dormait que le jour. Puisqu'une fois arrivé le soleil, la lune s'envolait…
Il y a tellement de chose qu'on peut expliquer avec des mots d'enfants… Qu'on a parfois du mal à se les expliquer à nous les adultes…
