J'étais trempée. L'excitation montait en moi par vagues, irrépressible. Le temps ne comptait plus, il avait même disparu. Cela pouvait faire une heure comme une minute que nous combattions. C'était coup pour coup. Mais si les siens m'effleuraient délicatement, me cisaillant la peau comme par une feuille de papier blanc, les miens étaient vite contrés, ne l'approchaient même pas. Une telle différence de niveau... Et il ne transpirait même pas, il ne faisait aucun effort. Enfin, si... Il faisait des efforts effroyables pour ne pas me blesser.
C'était un jeu pour lui, un bon moyen de se défouler, et un bon moyen d'extérioriser notre rancœur l'un envers l'autre. Son sourire tordu illuminait son visage. Ça oui, ce n'était qu'un jeu pour lui... Mais même si j'étais bien plus faible que lui, même si je n'avais pas de Zampakuto, je lui tenais tête.
De la sueur coula dans mes yeux. Je l'ai essuyé en tentant de contrer encore un coup, qui laissa une longue estafilade sur mon avant-bras. Il commençait à moins se retenir... Je n'avais même pas peur. Je ne comprenais pas pourquoi, mais je n'avais pas peur, face à ce mastodonte qui aurait pu me décapiter sans même que je m'en rende compte. Je me sentais presque en confiance... Stupide idée que celle-ci, face à un combat que je tentais de gagner, sans espoir, contre un titan. Et plus que ça, j'étais extatique. L'adrénaline du combat coulait dans mes veines, le sang battait à mes tempes, et je frissonnais de plaisir.
Il bondit. Et cette fois-ci, ce n'était plus de la sueur mais du sang qui gêna ma vision. Il se préparait à attaquer de nouveau lorsque j'ai levé ma main en m'arrêtant pour essuyer mes yeux, essoufflée.
- Pouce ! criai-je.
Mais il était trop tard. Il était déjà lancé, et je ne pus esquiver.
Où étais-je ?
J'ai regardé autour de moi. Des arbres, tous espacés d'un mètre, verdoyants. A perte de vue. J'ai regardé mes pieds. Du sable, fin et blanc, partout, comme de la poussière d'os. Puis j'ai marché. Comme pour l'instant précédent, le temps semblait n'avoir aucune prise ici. Mais je ne savais pas quoi faire, et je me doutais de l'endroit où j'étais. Alors j'ai continué à marcher, pendant longtemps me sembla-t-il, jusqu'à ce que je sorte de cette forêt trop parfaite.
Devant moi, le sable continuait, nu, à perte de vue. L'unique ornement de ce désert devant moi était un gigantesque arbre sec et gris, comme statufié, qui surplombait un grand rocher sur lequel quelque chose miroitait. Je me suis dirigée vers l'arbre. Deux silhouettes ont commencé à se dessiner dans l'air chaud. Un tout petit bonhomme de papier courut vers moi et trébucha à mes pieds, avant de se relever en appuyant ses pattes de papier sur ses jambes souples. Il fut lentement suivi par une espèce de grand cylindre au corps si transparent qu'il en paraissait invisible. A son sommet, un masque lui servait de visage, un beau visage plat, expressif, aux traits doux et féminins, attaché par des agrafes noires. Il était souligné par un épais col de plumes petites et duveteuses, grises et noires. Lorsque la limace transparente m'atteignit, un sourire paisible fendit sa tête en deux.
L'un se mit à ma droite, l'autre à ma gauche, un peu en retrait, et nous cheminâmes pendant un certain temps côte à côte. Puis l'homme de papier, qui peinait à nous suivre, tira le bas de mon kimono sale et déchiré. Prise de pitié, je le saisis délicatement pour le poser sur mon épaule, et poussa un cri de douleur lorsqu'à son contact, ma paume se déchira lentement. Il leva les bras, l'air de s'excuser, puis s'installa confortablement. Nous reprîmes la route, et au bout de quelques minutes, la limace devint de plus en plus transparente, jusqu'à disparaître avec une expression tranquille. Puis, lorsque la chose sur le rocher devint visible, l'homme de papier descendit, me salua et courut maladroitement se cacher derrière.
J'ai hoqueté. La chose... Était une espèce de squelette de monstre arachnéide en métal. Cette chose se leva, et me fit une courbette profonde. Puis tout devint noir.
Je revins à moi lentement, prenant conscience des courbatures qui me torturaient. Une exclamation retentit à mes oreilles, tintinnabulant dans mon crâne douloureux. Je relevai les paupières, puis rougis. A quelques centimètres de mes yeux, un visage inquiet, celui de Gin, m'observait d'un oeil inquisiteur. Il était presque à califourchon sur moi, ses deux bras de part et d'autre de mon corps. Je me suis serrée, rougissant encore plus, puis j'ai remarqué le poids dans mes mains. Mon regard se fit plus aigu, et une lueur calculatrice dut passer dans mes prunelles car il s'écarta...
Mais pas assez vite. Un des poignards l'érafla, l'autre effleura son épaule, mais cela suffit. Je l'avais touché. J'avais gagné. Je suis retombée sur le dos en poussant un soupir, moulue.
- Étonnant..., fit-il en inspectant son épaule, où une marque semblable à un suçon était apparue. C'est bien la première fois que je vois un Zampakuto, double qui plus est, manifester une capacité dans sa forme de base. Qu'est-ce que c'est censé faire ? demanda-t-il en me fixant.
- Heum... Sucer l'énergie spirituelle d'une personne je crois.
- Étonnant.
Il m'a aidé à me relever, puis nous nous sommes assis. C'est avec un enthousiasme débordant que je lui ai conté par le menu ce qui m'était arrivé, ce que j'avais vu, comment était mon monde intérieur. Et j'ai réalisé que toute pesanteur s'était évanoui de nos rapports.
La joie habitait mon coeur. C'était enfin réglé, et mon pas était plus léger. Deux mois, quand même ! J'en pouvais plus d'cette ambiance de merde. Enfin... J'ai rejoint mon arbre habituel, pour y voir une silhouette vaguement familière. Mais... Mais ouais ! J'ai couru pour lui sauter dessus, et elle s'est écarté nonchalamment, me faisant m'écrabouiller au sol comme une grosse merde.
- Aiiiiie...
Je me suis retournée. Elle était là, un grand sourire sarcastique aux lèvres, ses yeux de chat aux prunelles roses fixés sur moi. Ce n'était décidément pas un mirage. La pétasse qui m'avait envoyé là se tenait devant moi. J'eus envie de la remercier et de lui filer une baffe, aussi je décidai de ne pas bouger.
- Ça y est, j'vais savoir qui t'es, morue ?
- Voyoooons, ne parle pas comme çaaa, Babe ! miaula-t-elle de sa voix traînante.
- Ouais ouais, ta gueule. T'es qui alors ?
- Je me nomme Hooone, Arraaaancar pour vous servir !
Elle fit une courbette puis s'immobilisa, et tourna son visage félin vers la droite.
- Je m'éclipse, on va avoir de la compagniiie ! me murmura l'Arrancar à l'oreille avant de se ramasser pour bondir en shunpo.
- Attends ! m'exclamai-je, surprise. Tu r'viendras ?
- Bien sûûûr, Babe chouuuu, répondit-elle dans le creux de mon oreille.
Puis elle partit, deux minutes avant que la blonde alcoolo aux gros seins me rejoigne.
- Oh, te voilà Hanae-chan ! m'appela-t-elle. On fait une beuverie ce soir, ça te dit de venir ?
J'acquiesçai, absente.
Un mois passa rapidement, paisible et tranquille par rapport aux deux derniers, jusqu'à la soirée fatidique (eh ouais, encore une soirée organisé par Ran-chan).
Puaaaain... Euh, putaaaain...j'voulais dire. Meeeeerde... J'crois qu'chuis bourrée. Hiiihihi. Chieeeer. L'est bon c'truc puatin. Euh, putain. J'sais pu paaaarler. Oooooh... L'est migu-non lui. Miiiiii-gnon. Viens par iciiiiii...coco. Viiiens voir manman.
Ouch... Ma tête... Que s'est-il passé ? J'essaie de me remémorer la soirée. Je blêmis. Tourne la tête. Oh merde...
- Hop hop hop ! Viens par là mon beau !
J'ai rattrapé Renji, alors qu'il allait prendre un autre verre (ou une autre bouteille...) avant de le traîner jusqu'à ma chambre. Nous avions fait une petite soirée afin de nous mettre une mine, Rangiku, ses amis et moi. J'y avais convié - voire forcé à m'accompagner - Renji. Et ma foi, il avait l'alcool sexy (heureusement qu'il ne l'avait pas triste , vu comment j'avais galéré pour le faire se saouler la gueule). Ses cheveux détachés encadraient son visage bien structuré, mettaient en valeur ses traits aigus. Ses pommettes étaient rouges, et ses yeux brillants, et il bougeait de manière bien plus ondulante, sensuelle, désinhibé par le sake. Et dire que je n'ai jamais compris en quoi cet alcool pouvait être aphrodisiaque... Il suffisait juste de se trouver avec les bonnes personnes. Aidé par ma consommation plus qu'excessive, mon sang se mit à bouillir et mon bas-ventre s'embrasa. J'ai titubé vers lui, me suis collé à son dos en faisant mine de danser. Il s'est déhanché en mettant ses bras en arrière, m'agrippant les hanches, et j'ai passé mes mains pour les nouer sur son ventre plat. Il s'est tourné et m'a embrassé. Un simple baiser sur les lèvres, nonchalant, presque innocent. Mais ça a suffit.
Il était face à moi, indolent, se laissant faire. J'ai commencé à le déshabiller, caressant la peau douce et bronzée sous mes doigts. Il m'a attrapé dans ses bras comme si j'étais un énorme nounours. J'allais protester lorsqu'il posa ses lèvres dans le creux de mon cou et commença à mordiller la peau fine et extrêmement sensible de cette endroit. Je me suis jeté sur lui, l'ai poussé sur le lit, balançant le reste de ses habits dans un coin de ma petite chambre. Il a écarté les pans de mon kimono, caressant ma poitrine. Ses mains sont descendues jusqu'à mon entre-jambes, sa bouche a rejoint la place occupée précédemment par ces dernières. Il était hésitant. Ça m'a fait sourire. Puis toute pensée a déserté mon esprit. Je l'ai tiré sur moi, l'ai embrassé à pleine bouche en le guidant. J'ai grimacé lorsqu'il transperça mon hymen, puis la douleur disparut et je me suis laissée emporter par les coups de reins irréguliers de l'homme étonnamment doux au dessus de moi.
Il grogna. Ouvrit les yeux. Me fixa, hébété, puis fronça les sourcils pour rassembler ses pensées. Devint rouge comme une pivoine.
Et merde.
Celui-ci me déçoit, putain, j'arrive plus à écrire de longs chapitres.
Héhé ouais... Déjà du cul.
