Il m'a fixé comme si j'étais un poney arc-en-ciel.
- Que... Qu'est-ce que tu fous là Hana-chan ?
- ...Fais pas semblant de ne pas te souvenir, ça ne prend pas mon chou, ai-je répliqué.
- J'espérais que ce ne soit qu'un rêve...
- J'étais si nulle que ça ? m'offusquai-je.
- Mais...non ! Pas du tout ! T'étais parfaite... assura-t-il, rougissant de plus belle.
- Merci, toi aussi t'étais nickel pour une première fois. Mais attends... réalisai-je devant toutes ces crises de timidité. T'étais puceau ?
Il grogna un vague acquiescement en me jetant un coup d'oeil en chien de fusil, puis resta là, les bras ballants, nu. J'ai maté éhontément son torse musclé parcouru de tatouages, bavant presque sur lui, puis me suis lentement approché et ai passé ma main dans ses cheveux.
Pourquoi il était si appétissant ?
...Mmmh...
Il s'habilla rapidement, comme pour échapper le plus vite possible à mes griffes de succube. Comme si c'était de ma faute si on avait remis le couvert. Okay, c'était moi qui m'étais sauvagement jeté sur ses lèvres, mais il n'avait qu'à résister aussi ! Incapable de faire preuve de volonté celui-là. Enfin... On était déjà assez en retard. J'ai saisi mes vêtements et me suis habillée sans vergogne devant lui, faisant fi de ses joues pivoine. C'est pas comme si il n'avait pas déjà vu mon corps de plus près qu'ça, quoi. Il s'apprêta à sortir, et je me dirigeais vers lui pour le suivre lorsqu'il s'écarta de moi. J'étais si monstrueuse que ça ou quoi ? Je n'avais pas profité de lui, j'étais bourrée aussi ! Et c'est lui qui avait commencé. D'abord. Na. Même que j'tire la langue (mais vous ne le voyez pas).
- On va pas sortir ensemble de ta chambre ! s'exclama Renji, toujours aussi écarlate (décidément j'lui fais de l'effet). Sinon tout le monde va comprendre !
Je l'ai tiré hors de la chambre puis lui ai pris la main.
- On est déjà grillés, débile, objectai-je. Tu t'rappelles ? C'est à la beuverie de Ran et de ses commères qu'on s'est embrassés. Tu peux être certain que tout le Seireitei est au courant. Voire le reste de la Soul Society. Peut-être même le Hueco Mundo en prime.
- Merde...
- Mais non. On a qu'à avancer, rejoindre nos divisions et le premier qui fait une réflexion on l'castre, okay ? Qu'il ne puisse plus jamais se moquer de la vie sexuelle de quelqu'un puisqu'il n'en aura plus, ai-je répliqué avec un grand sourire.
Il s'étouffa aux mots "vie sexuelle", puis marmonna un "Mouais..." peu convaincu. Sauf que je suis bornée, et c'est ainsi que je pris un plaisir malin à nous afficher tout le long du chemin jusqu'à sa division, à laquelle nous nous rendîmes la première. J'avais plus peur de Glaçon que de Gin. Fallait pas non plus que son Capitaine abîme mon amant !
La matinée se passa sans problèmes, mais non sans emmerdante paperasse, jusqu'à ce que Rangiku arrive, aussi fêlée que d'habitude. J'ai pensé qu'elle venait enquiquiner Gin (mais non voyons, je sais qu'il adore être enquiquiné par l'alcoolo-airbag), mais c'est sur mon poil qu'elle sauta.
- Alors ? Alors ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ? C'était bien ? C'est un bon coup Renji ?
- Heum...
J'ai essayé d'échapper à son avalanche de questions, et en me débattant, mes yeux sont tombés sur mon Capitaine. Le regard de ses iris glacés m'a fait frissonner. Soudain, je n'ai plus eu qu'une envie ; rentrer me rouler en boule dans mon lit.
Enfin c'était fini. Les heures s'étaient égrenées dans un silence morose, fallait bien avouer qu'en même temps, garder les yeux fixés sur des monceaux de paperasse exténuante n'était pas le mieux pour s'amuser. Je me suis dépêchée de rentrer dans mon studio, mais en y entrant une drôle d'impression me submergea. Je me suis tournée vers la fenêtre. Hone était là, un grand sourire sur son visage.
- Salut, toi.
- Qu'est-ce qu'il y aaaa, Babe ? fit-elle. Tu as l'air bizaaarre.
- Je m'ennuie. Cet uniforme que tout le monde porte me déprime, j'ai envie de fumer et de changer de sous-vêtements. Et en plus j'ai eu une journée de merde.
Je m'attendais à ce qu'elle fasse la moue, dise qu'elle ne pouvait rien faire, ou se moque de moi, mais non. Elle me fit un gigantesque sourire qui dévoilait ses canines.
- Si c'est qu'çaaaa ! J'peeeux l'régler ça !
- Hein ? m'exclamai-je, ahurie.
Sans me laisser le temps de lui demander des explications, elle me saisit, me jeta sur son épaule comme un vulgaire sac à patates et partit en shunpo jusqu'à être sortie du Seireitei.
Elle m'a traîné en sonido, comme elle le disait, jusqu'à une ruelle sombre. Je ne me suis pas aperçu du changement de monde, mais en un clin d'oeil nous étions dans mon ancien pays. Mes yeux se sont accoutumés à l'obscurité, et je l'ai fixé, le coeur étreint d'un sentiment douloureux. J'étais dans ma ville...chez moi.
La jeune fille m'entraîna par la main jusqu'au trottoir opposé, regarda un instant l'enseigne d'un bar-tabac puis me demanda quelle marque je fumais. J'eus à peine le temps de balbutier la réponse qu'elle passa à travers le mur comme si de rien n'était pour revenir avec plusieurs cartouches de clopes. J'avisai une marque différente et fut surprise de voir qu'elle fumait. D'après ce que je savais, les Arrancars étaient d'anciens Hollows, et jamais je n'avais entendu parler de Hollows amateurs de cancer du poumon en tube (vous m'direz en deux mois on apprend pas tout d'une histoire de plusieurs millénaires, par exemple j'connaissais pas les Arrancars..et j'les connais toujours pas). Devant mon regard interrogateur, elle m'expliqua brièvement qu'étant des esprits, nous devrions tous pouvoir passer à travers les murs... Mais va piger comment elle fait pour faire passer quelque chose de solide à travers un mur. Ca, elle ne l'a pas expliqué.
Elle me tira en rigolant moqueusement vers un magasin de sous-vêtements. Entraînée dans son mouvement, c'est en effet tout naturellement que j'ai traversé la paroi. Puis je glapis devant la tête que se mit à faire ce truc bizarroïde. La créature, arborant un grand sourire de psychopathe, me fit courir vers tous les rayons, me submergeant de sous-vêtements noirs (mes préférés), et de sous-vêtements de toutes les couleurs les plus pétantes possible (yeurgl). Je me suis étranglée plusieurs fois en voyant les trucs flashies qu'elle voulait me faire mettre (mais bon, d'un côté c'était fun). Mais le pire n'était pas encore atteint. Le pire, c'est quand elle voulut se charger de me mettre les sous-vêtements comme si j'étais une poupée. J'eus déjà du mal à supporter sa petite personne à poil à côté de moi, dans la cabine mais bon...je ne pus obtenir plus. Et j'eus ainsi la veine de contempler le joli trou de Hollow dans son bas-ventre. Bizarre, bizarre... Ce n'était pas au niveau du coeur, le trou ? Enfin... Chargée de sacs remplis de sous-vêtements en dentelle noire (ceux choisis par moi) ou en satin coloré (Hone...), nous sortîmes. Et ce fut vers un magasin de tissus qu'elle m'emmena après.
Nous y entrâmes, et comme une gentille petite fille obéissante, je courus choisir les tissus qui me plaisaient le plus. J'étais plus curieuse qu'obéissante, en fait, mais ça revient au même. J'ai soigneusement sélectionné une dizaine de tissus, du velours, de la soie, du cuir, du taffetas et des dentelles, dans des tons noirs, gris, rouges, bleus et violets. Elle releva mes mesures à l'aide un mètre-couturier, puis je me suis assise dans un coin pour fumer (eh ouais j'fume dans les magasins, j'suis une rebelle moi, en même temps je ne risquais pas de me faire attraper), pendant qu'Hone, prélevant du fil, une aiguille et une paire de ciseaux de couturiers, bricolait je ne sais quoi. Je l'ai questionné, laissant mon regard s'élever en suivant le filet de fumée qui s'échappait de mes lèvres et de mon nez.
- Depuis quand un Hollow sait coudre ?
- Les siècles sont loooongs, quand on est seuule, et j'ai fini par me rapprocher du mode de vie des humains... Après avoir épuiiisé la liste des loisirs évideeents, le dessiiiin, tout ça, la couture m'a tenté. C'est sympaaaaa... répondit Hone, distraite.
- Pourquoi tu parles comme ça ? C'est chiant.
- A foooorce d'me balader j'ai mélangé quelques acceeents... Ninhinhin.
- Yerf.
J'ai renoncé à continuer la conversation. Pfouh, que c'était chiant de rester à rien faire. J'ai chantonné. Puis j'ai imaginé tous les Capitaines et Vices-Capitaine à poil, sur le siège des toilettes, en train de baiser, de ronfler ou sous la douche (très sexy, Rangiku !). C'était particulièrement poilant avec Glaçon, désolant avec Plate (elle portait bien son surnom, elle), traumatisant avec Vieux. Je m'arrêtai d'ailleurs après l'avoir imaginé à poil, sentant une légère envie de vomir monter en moi.
Au bout de quelques heures d'ennui mortel, cette chieuse finit par pousser l'exclamation que j'attendais depuis longtemps, à savoir un "J'ai fini !" triomphant. Elle se ramena en traînant ce qui devait être plus d'une dizaine de tenues colorées (Seigneur... Elle n'a pas fait ça ?) et autant de tenues sombres.
- Regarde-moi ça si c'est pas beau ! s'écria la chose, en brandissant un kimono carrément indécent, violet et vert pomme.
Puis elle exhiba d'autres immondices aux couleurs de l'arc -en-ciel, toutes bien trop courtes pour une femme qui se respecte et également vraiment zarbs...
- Non. C'est franchement pas mon genre, c'est carrément laid, objectai-je.
- Pfff, j'le savaaaais, ronchonna le Hollow. C'pour ça que je les ai faaaait à ma taaaaille. Rabat-jooooie va.
C'était toujours ça. J'ai attendu avec un certain stoïcisme qu'elle me montre ce qui semblait déjà plus potable. Elle a saisi trois bouts de tissu dans le tas à sa droite.
- Pour tooooi, j'ai ça eeeentre autres chooooses !
Elle me montra un sous-kimono en soie noire, puis le kimono qui allait dessus, en soie également, mais anthracite. Puis elle tendit le troisième vêtement ; un beau corset-ceinture gris cendre, orné de broderies noires et rouge écarlate. Je dois avouer que j'étais agréablement surprise. De plus, le corset était doté de deux portes-poignards et deux pièces de cuir brun-gris taillées en manches complétaient cette superbe tenue.
- Bah tu vois quand tu veux. J'aime beaucoup, merci, truc bizarre.
Nous rentrâmes, surchargées de sacs piqués dans un supermarché (enfin... J'étais la seule à tout porter, elle ne récupéra ses affaires qu'après), puis elle partit comme à son habitude, en un éclair et en m'appelant toujours aussi désagréablement "Babe". Non, ta gueule, je ne suis pas un putain de porcelet rose.
Puis, une demi-heure plus tard, un quelconque Shinigami entra pour m'avertir que Vieux souhaitait me voir. J'eus vraiment peur durant un instant. Peur qu'on ait découvert mes accointances avec un Hollow. C'était devenu chez moi ici, et Hone était peu ou prou une curieuse amie. Je ne voulais pas que l'on détruisît tout cela. Je m'habillai rapidement de mon nouveau kimono, un peu, je l'avoue, pour frimer et énerver Vieux, et arpentai les couloirs, accompagnée du Shinigami qui reluquait ma tenue, jusqu'au lieu de rendez-vous, apeurée mais le cachant sous un visage rébarbatif.
Mais je m'étais inquiété pour rien.
- Afin de compléter votre apprentissage et de choisir une future Division officielle, vous ferez des stages d'un mois dans chacune de celles-ci.
J'ai poussé un gros soupir de soulagement.
- Et je vous prierais de mettre l'uniforme officiel de Shinigami, rajouta Vieux.
- Hep, attendez, c'te tenue serait bien si elle gommait les différences de qualité de vie, mais même avec la même tenue que n'importe quel capitaine, le Glaçon a toujours l'air d'un bourgeois, donc selon toute logique, votre uniforme sert à que dalle, et je m'habillerais donc comme je veux. De toute façon à partir du moment où j'ai un Zampakuto on sait c'que j'suis.
Un léger ricanement se fit entendre à ma gauche. Je tournai la tête vers mon Capitaine qui avait lui aussi été convié, lequel m'adressa un coup d'oeil franchement rigolard.
- Excusez-moi, Yamamoto-sama, mais Hana-chan est placée sous mon autorité. Et j'ai bien peur que le choix de ses vêtements ne vous regarde pas, quant à moi je n'y attache aucune importance.
- Comme vous voudrez, Capitaine Ichimaru, mais ne comptez pas sur moi pour cautionner cela. Votre premier stage, mademoiselle, reprit-il en me fixant, froid, se fera sous les ordre de Soi Fon.
Et merde.
Bon, ça y est, je commence à faire des chapitres plus longs... Un peu. Très peu. C'est toujours ça.
