Pfff. Pourquoi fallait que ça tombe sur moi. Ah ouais, c'est vrai, parce que j'étais une emmerdeuse. J'étais maudite hein ? Hein ? HEIN ? C'était ça hein ! Pfff... Plate, quoi. Plate. La planche à pain meurtrière. L'abrutie qui est la seule nana assez conne pour avoir une photo retournée sur son bureau. Non mais une photo ça se met de manière à pouvoir la regarder ho !

Ca faisait deux putains de semaines que j'étais ici, et je m'ennuyais comme un rat mort. Pas de missions pour moi, toujours de la paperasse, et un entraînement par le capitaine en personne. Même ses regards noirs ne m'effrayaient plus, et dépouillée de cette crainte qu'il me restait, le peu de piquant qu'il y avait à être là avait totalement disparu. Bon, au moins j'avais énormément progressé à manier mon Zampakuto.

Sinon, les choses n'avaient que guère changé. Hone venait de temps en temps, et quelques après-midi par semaines je prenais le thé chez Aizen. Bien que mon instinct ne me trompe jamais, il était dur de résister à son allure paisible et à ses mots aimables, et j'avais le non-regret d'admettre que je m'entendais plutôt bien avec sa figure publique, la face qu'il montrait de lui. Renji avait tendance à confondre son appartement avec le mien et je dormais souvent dans ses bras, mais l'ombre de la culpabilité passait souvent dans les yeux du rouquin tatoué. Bien qu'il essayât de me le dissimuler, je n'étais ni dupe, ni aveugle. Les regards que je l'avais vu lancer vers une petite Shinigami du nom de Rukia (alias...Double-plate), la soeur adoptive de Glaçon (mais pourquoi donc avait-il recueilli une petite gueuse du Rukongai, telle était la question...), n'auraient pas trompé un mort.

Plate m'appela pour me dire que nous ne nous entraînerions pas aujourd'hui, et pour m'envoyer apporter quelques dossiers à la ô combien terrifiante Tresse (ouais, elle, elle me fait toujours peur). J'eus envie de gueuler en voyant son air morne. Ses yeux remplis de haine et braqués sur moi étaient assez énervants, mais l'apathie qui parfois lui tombait dessus me saoulait encore plus. Ce n'était pas habituel, pas normal, et je devais remédier à ça, quitte à me faire buter (maman j'ai peur)... Je la vis jeter un oeil vers le cadre retourné qui gisait comme à son habitude sur le bureau et, priant intérieurement (les vieilles habitudes ont la vie dure), je l'ai saisi et ai nonchalamment regardé la photo.

- Tiens, c'est marrant, elle ressemble à un chat cette fille ! me récriai-je, l'air de rien. Qui est-ce ?

- Une traîtresse, gronda la jeune femme, en m'arrachant le cadre des mains.

Une étincelle de douleur passa subrepticement dans ses yeux. Cette femme devait donc être la célèbre Yoruichi Shihôin.

- Les chats sont des animaux sauvages qui n'ont pas de maîtres, que des amis. Ils restent un temps avec eux, et un beau jour ils partent, mais jamais n'oublient ceux qui ont réjoui leur coeur. Jamais, déclamai-je, super fière de mon discours grandiose, bien que tremblante.

Je fus récompensée, contre toute attente, de ma bravoure par la lumière qui traversa ses prunelles sombres. Elle reposa le cadre, mais cette fois-ci la photo vers le haut, montrant à tout le monde les traits d'une belle femme basanée et dotée de bien d'autres attributs que ceux de son ancienne disciple. Puis elle m'ordonna de filer à la 4e division, et je vis un très léger sourire éclairer son visage.


Rien n'aurait pu me préparer à ce que je vis en arrivant à la 4e. Au milieu de la cours de la division, deux jeunes filles se battaient, l'une amputée et dotée d'une curieuse jambe de bois, aux longs cheveux roux, et l'autre, une véritable incarnation du plus terrible des glaciers, entièrement blanche. Je crus tout d'abord que la demi-cul de jatte était minuscule, mais non ; c'était Glace pilée qui était gigantesque. Elle devait faire plus d'un mètre quatre-vingt, et dépasser en taille la majorité des Shinigamis présents, mis à part Bourrin, le Capitaine de la 11e ,dont la présence représenta d'ailleurs un nouveau sujet d'étonnement. Puis les deux combattantes firent une pause et je pus apercevoir leur blason. Cul-de-jatte était de la 4e, malgré sa flagrante combativité, quant à Glace pilée, elle arborait fièrement l'insigne honneur de faire partie de la 1re Division. J'ai apporté le dossier à Tresse, qui me remercia d'un sourire, puis me glissa près de Tania, que je venais d'apercevoir dans la foule qui se pressait.

- C'est qui celles-là ? Et pourquoi Bourrin est là ? Il est venu courtiser Tresse ?

- Yuugirino Yuki est la grande perche, et l'autre, c'est Raphaella Denovea, affirma Ariane dans mon dos, me prenant par surprise.

- Le Capitaine Zaraki est là car Yuugirino-sama était auparavant dans sa Division. Mais une promotion à la 1re ne se refuse pas..., rajouta la brunette.

- Ces deux-là passent leur temps à se mesurer l'une à l'autre, compléta son amie.

- Hmmm... C'est quand même bizarre de voir Bourrin ici.

- Ouais, mais il veut se battre avec Yuki-san depuis qu'elle a été promue. Elle n'a jamais accepté. On ne se demande pas pourquoi... se moqua Ariane.

J'ai observé la fin du combat, finissant à l'avantage de la géante, puis ai compris les paroles de la blondasse psychopathe. Alors que tout le monde se dispersait, Glace pilée courut vers Bourrin et, fébrile, prononça des mots que je n'entendis pas. Un grand sourire orna la face abîmée du Capitaine de la 11e, qui me semblait en train de la féliciter. Et curieusement, les joues de la frigide jeune femme devinrent d'un joli rouge pétant du plus bel effet.

- Y en a qui ont de drôles de goûts..., me permis-je de glisser, mine de rien.

- Si l'on fait abstraction de son physique particulier, Zaraki-san est quelqu'un de tout à fait susceptible d'être aimé, Hanae, rétorqua la blonde.

- Ouais, évidemment que tu penses ça, Ari, riposta la geekette, assassine. C'est ton Capitaine chéri.

Allons bon, une crise de jalousie maintenant... Je les ai laissé à leurs batailles verbales et suis partie.


Les semaines suivantes furent étonnamment calmes. Sans Plate me cherchant des noises, l'ambiance était sereine et ça changeait radicalement mon expérience de stage. Puis ce dernier se termina, et c'est finalement avec de bons souvenirs que je quittai la Division Spéciale. La suivante était la 4e. Vu que j'étais affectée officiellement à la 3e, j'imagine que ce n'était pas nécessaire d'y effectuer un stage...

Je n'avais pas grand chose à faire à la Division Médicale. J'étais clairement de type offensif, sauf si ils pratiquaient les saignées d'énergie spirituelle... J'ai donc imaginé que l'on m'entraînerait au kido, ce fameux gros point faible. Mais contre toute attente, ce ne fut pas le cas. Comme je l'appris lorsque Tresse me convia dans son bureau pour me présenter celle qui m'entraînerait.


J'ai glapi devant deux grands yeux aigue-marine. Devant moi se tenait la protagoniste auburn du duel auquel j'avais assisté deux semaines auparavant.

- Salut, appelle-moi Denovea-dono, fit-elle du ton le plus sérieux que je n'ai jamais vu.

J'ai pouffé sous son regard absent.

- Ouais ouais, c'est ça, ai-je rétorqué. Tu préfères pas Prétention ou Jambe-de-bois, non ?

L'étrange créature s'est contenté de lever les yeux vers moi d'un air blasé, son regard vide me traversant comme si je n'étais pas là, puis son Capitaine a émis un petit rire discret avant de nous foutre gentiment à la porte de son bureau.


- Mais tu me fourres le fion, grosse truie !

Je suis partie, fulminante. Bon Dieu qu'elle était saoulante cette conne ! Je n'étais là que depuis neuf jours et je n'en pouvais déjà plus. Le souvenir du premier jour de stage à la Division Médicale me revint en tête.


- Puisque vous ne maîtrisez absolument pas le Kido, vous verrez ça plus tard, me rassura Tresse, souriant doucement. Vous allez donc vous entraîner avec l'unique guerrière de la Division.


Sous le coup de la rage qui m'envahissait rien que de repenser au sale tour qu'on m'avait joué, j'ai balancé mon poing dans le mur. Ce dernier s'est affaissé à l'endroit de l'impact, provoquant un trou de la forme de mes phalanges, qui ne tardèrent d'ailleurs pas à crier. J'ai soufflé sur mes doigts contusionnés avant de m'apprêter à quitter la salle.

- Tu renonces déjà ? lança l'abjecte créature.

J'ai fait demi-tour. Ses prunelles toujours inexpressives braquées sur un point à quelques centimètres des miennes, elle était là, immobile, adossée contre le mur, sa ridicule prothèse nonchalamment appuyée sur la pierre grise de ce dernier. Les coins de sa bouche tombaient en une expression de mépris amusé, l'exact réplique de celle qu'elle avait arboré à la fin de notre premier combat.


Je suis tombée sur le sol, trébuchant à cause d'un pan en lambeaux de ma tenue de combat. Quelle idée avait eu Hone d'y foutre une traîne... Mes yeux se sont dirigés, pleins de colère envers mon impuissance, vers la jeune femme qui s'est avancé vers moi, pour me surplomber, de son pas claudiquant. Elle était forte, si forte. Pourtant elle n'était rien face à Gin. Car même si la rousse me dominait largement, elle se battait tout de même pour de vrai. Et de plus, elle est très énervante, pensai-je en soutenant son regard vague, une vague battant furieusement sur ma tempe.

Car depuis le début du combat qui nous opposait, elle ne se servait que d'un sabre en bois. Réussir l'exploit de blesser et faire saigner avec cet ustensile ridicule me faisait bien prendre conscience de la différence de force entre nous. J'étais peut-être forte face à d'autres Shinigamis, mais ce qui me restait de mes exploits d'humaine ne changeait en rien le fait que j'étais encore bien faible. Ridiculement faible... Même si j'avais obtenu mon Zampakuto relativement tôt, même si il était double, voire plus, même si dans sa forme de base il possédait, contrairement aux autres, des capacités. Même malgré ça. Oui, malgré tout ça, j'étais bien trop faible. Une petite fourmi, imperceptible, plutôt qu'un titanesque Oliphant, pouvant tuer sans même s'en rendre compte. Au moins, me faire rétamer n'avait pas servi à rien. Ca m'avait ouvert les yeux, de force.

Car ces derniers temps avaient été barbares, j'étais devenue détestable et il était franchement plus que temps que je m'en rendis compte. Après le combat contre mon crétin de Capitaine, la découverte de mes poignards, et l'intérêt manifesté à mon sujet, je m'étais enorgueillie à tort de mon arme si étonnante, et Renji, avec sa manière de s'extasier sur tout ce qui me rendait différente, ne m'avait pas aidé à garder une épaisseur de chevilles convenable. Bouffie de suffisance, je n'avais pas compris, ou pas voulu comprendre, que le Zampakuto, sa forme, et ses pouvoirs, ne comptaient finalement que peu. C'était celui qui le maniait, sa personnalité, qui le rendait puissant ou non.

C'était à présent chose faite. Je le réalisais douloureusement, la honte, brûlante comme une fièvre d'enfant, me submergeant de même qu'un rage sans nom. Une rage contre moi, contre Vieux, contre cette pétasse imperturbable, contre Gin qui ne s'occupait plus de moi, contre moi, encore, car j'avais compris pourquoi je n'avais plus d'intérêt à ses yeux, contre moi pour avoir été si importante, si prétentieuse, contre moi pour avoir été une pauvre conne, contre moi pour être faible. J'avais toujours voulu être forte, forte pour me protéger, forte pour protéger ma mère et ma soeur. J'avais échoué, mais c'était resté un but, une manière de ne pas me retourner vers le passé, de ne pas me retourner vers ma famille et d'y rester, larvaire, à pleurer sur les sourires des beaux jours évanouis. Un but qui me semblait bien inaccessible à présent. Pourtant j'avais juré de devenir forte. Juré, pas promis - car je ne tenais jamais mes promesses.

Je me dégoûtais. Si ma famille, si mes amis me voyaient à présent, nul doute qu'ils auraient ri. Ri de moi, sans manifester la moindre gêne, car je n'étais plus celle qu'ils avaient connu, je m'étais cru au dessus de tout, au dessus de Dieu. La fierté m'avait perverti en si peu de temps, une fierté mal placée, pleine de fiel et de jalousie qui agissait dans mon coeur comme un poison glacé. Par arrogance, j'avais oublié mon Dieu, oublié ma religion. J'avais perdu ses enseignements. J'avais jeté aux ordures toutes ces raisons pour lesquelles j'avais embrassé le christianisme. La pensée qu'un Dieu magnanime, généreux, accueillerait mon coeur impur au Paradis, la pensée qu'il offrirait un palais et du bonheur à celles que j'aimais plus que ma vie. La vie que j'aurais été prête à leur donner, à laquelle je n'attachais que peu d'importance, et c'était pour le gâchis de celle-ci que je m'étais dressé contre Lui ?

Qu'étais-je devenue ? Mon corps s'est stupidement ployé sous le poids du non-sens de ma vie, et je suis revenue à la conscience de ce que je faisais là en sentant des larmes amères couler sur mes joues. Me rendre compte en un instant que je m'étais perdue m'était douloureux, une douleur qui empoignait mon coeur comme Goliath aurait pu empoigner David et le déchiqueter ou le faire exploser.

- Pitoyable, fit une vois méprisante.

Mon regard, triste et chargé de la fierté qui me restait, s'est élevé avec défi vers l'énervante Shinigami. Puis je me suis relevé, tenant difficilement sur mes jambes tremblantes, pour lui faire face.


- Je te fiste avec un renard mort, pétasse, j'ai répondu à la chose.

J'avais beau l'insulter encore et encore, utiliser les jurons et les expressions les plus immondes de mon catalogue, elle ne mouftait jamais, comme si mon irrespect et ma vulgarité glissaient sur elle comme la culture glisse sur les kikoolols. Mais au moins, ça me défoulait et c'était un challenge intéressant - bien que frustrant - que de la faire craquer.

Je me suis jeté sur elle. Elle a reculé brusquement en jetant un coup d'oeil dans son dos, a trébuché sur un morceau de son sabre en bois qu'elle aurait dû voir distinctement.

- Ouille ! s'exclama la Shinigami quand sa tête rousse heurta le sol dur et froid.

- Attends... réalisai-je. T'es myope ?


Héhé ouais. J'suis trop conne, pardon me tapez pas.

Vous verriez quels couples ? Je ne parle pas de ceux que vous pensez qui se formeront, mais de ceux que vous trouveriez marrants, ou pas mal (pourquoi tu causes à un lectorat inexistant ?)

Désolée pour la vulgarité mais en même temps le rating élevé n'est pas là pour faire joli, soyons vulgaires, merde (oui Hanae cause comme moi).