J'ai soupiré. Je venais de sortir d'une épuisante conversation qui avait bien duré une heure, où j'étais désespérément de le persuader qu'il ne s'agissait que d'un béguin dû au fait que nous nous étions mutuellement dépucelés. Si ça ne m'avait pas fait cet effet, c'était sans doute parce que même étant vierge, j'avais tout de même eu une vie sexuelle avant lui, composée de tripotages et de préliminaires, mais en somme c'est ça l'amour lesbien, donc j'avais bien une vie sexuelle. C'était peut-être aussi parce que moi, j'étais un minimum lucide... Mais il ne m'avait pas écouté, me couvant de ses yeux mouillés comme ceux d'un chien-chien en manque d'affection. Je lui avais même dit que des sentiments ne pouvaient pas se créer comme ça, ce qui était faux. Mais je savais qu'il ne m'aimait pas. C'était juste que l'on éprouve toujours quelque chose pour celui qui nous a pris notre virginité, c'était une chose normale, un réflexe que notre société, prêtant de l'importance à la pureté, avait engendré. Il était très doué pour faire la sourde oreille...
J'ai enlevé ma robe, ayant la surprise de trouver en dessous un soutien-gorge vert pomme et une culotte bleue. M'habillant dans le noir, il arrivait fréquemment que je prenne par erreur un de ces trucs affreusement colorés qu'Hone avait choisi au lieu de mes jolis ensembles noirs. C'est ainsi que Renji avait eu quelques fous rires mémorables en me déshabillant et en tombant sur du rose, du jaune, ou du violet, parfois orné de signes cabalistiques carrément flippants, comme ce smiley amoureux de ma plastique ; (3u3). Ou encore une tête de chat simplifiée. Si ladite culotte n'avait pas été turquoise avec de petits liserées fuschia, et sans doute trop grande pour elle, je l'aurais offerte à Plate Fon (bah oui, quand on a aidé quelqu'un, on ne peut pas ne pas se montrer familière avec, au moins un peu). Je suis sûre qu'elle aurait plu à Soi Plate.
Franchement... Je ne savais pas quoi faire. Je l'aimais beaucoup, mais je ne voulais pas lui faire de peine. Je voulais le garder comme ami, sauf qu'il n'était pas d'accord, et j'avais beau être persuadée qu'il se leurrait, il allait être difficile de le convaincre. Peut-être aussi qu'il s'était persuadé d'avoir des sentiments envers ma personne pour se sentir moins coupable d'avoir couché à de nombreuses reprises avec une simple amie.
J'ai fait glisser l'immonde fanfreluche colorée jusqu'à mes chevilles, ai dégrafé le soutien-gorge hideux, puis les ai balancé dans le coin obscur où je jetais ces horreurs pour éviter de me retrouver à nouveau avec ces trucs sur moi. Vint ensuite mon nouveau rituel du soir, prier. Okay, prier à poil n'était peut-être pas très respectueux, mais Dieu nous a créé nus...
Ouais peut-être, mais pas avec des cheveux bleus.
...Et devait s'en foutre complètement, de la tenue dans laquelle nous, ses fidèles petits insec...croyants, nous priions. Et toi, ta gueule, conscience de mes deux (oui, je parle avec moi-même, ça vous dérange ?).
Enfin, après mon petit monologue intérieur, je me suis agenouillé, ai joint les deux mains et ai fait une de mes jolies petites prières spéciales. Notre Père qui êtes aux cieux ensoleillés, que votre nom soit lors de l'orgasme crié, que votre harem soit créé, que votre volonté soit faite dans un cul comme dans une chatte, donnez-nous aujourd'hui notre alcool quotidien et bla et bla et bla bla bla... Après tout, l'important n'était pas la forme mais le fond, comme on dit, ou si vous préférez, le physique ne compte pas, seul le coeur est important (et mon cul ?). Je me sentais mieux depuis que j'avais repris mes prières, comme si un poids avait quitté mon coeur. Sûrement le poids d'une culpabilité que je m'étais caché pour ne pas avoir à subir ma faute. L'esprit humain peut faire des choses étonnantes pour se protéger.
Puis je suis allée prendre une longue douche chaude. Assise dans le fond du bac, je continuais à réfléchir, tandis que l'eau brûlante coulait, drue, sur mes épaules et dénouaient mes muscles et mon esprit crispés. Que faire ? Il fallait bien lui ouvrir les yeux, j'avais envie d'un ami, pas d'un toutou enamouré. Donc, solution, il fallait soit le faire retomber amoureux de Rukia - ce que je ne voulais pas, elle ne semblait rien éprouver d'autre pour lui qu'une amitié virile et fraternelle - ou bien le faire craquer sur une nana de son entourage, si possible jolie et folle de lui. J'en avais bien une en tête, et sûrement folle de lui car elle traînait toujours dans ses pattes (j'avais même cru voir un appareil photo à quelques moments), mais je ne savais pas si elle était jolie ; elle portait des lunettes épaisses, énormes, qui lui mangeaient la moitié du visage. Elle était petite, maigrichonne, avec une jolie voix claire, mais par timidité je ne l'avais presque jamais entendu parler autrement qu'en chuchotant. Ses cheveux étaient courts, lisses et d'un joli mais commun châtain cendré. Ses yeux, aucune idée, ils étaient trop bien cachés. J'y ai réfléchi un instant puis ai renoncé ; en plus d'être effacée et bien trop timide, elle ne devait pas être son type de fille. Et si il lui faisait des avances, elle partirait en courant...
J'ai coupé court à mes pensées et ai saisi un flacon blanc.
Une bonne heure plus tard, je sortais de la salle de bain, apaisée, et me couchais nue entre les draps, un sourire aux lèvres.
Toute guillerette, je me suis dirigé vers la 3e Division. J'avais un joli kimono fleuri gris et noir, ma teinture était toute fraîche, refaite de la veille et mes cheveux étaient d'un beau bleu lumineux. Et c'était mon jour de congé !
- Salut la compagniiiiiiie !
C'était mon jour de congé. Mon jour de congé. Jour de congé...
- Pourquoi j'fais la paperasse ! Meeerde ! me suis-je écrié.
C'était mon jour de congé et je remplissais les putains de dossiers de mon Capitaine. Ah celui-là... J'avais à peine eu le temps d'entrer qu'il s'était moqué de la bretelle orange qui dépassait sur mon épaule, m'avait filé tout un tas de papiers ennuyeux et s'était barré en sifflotant. Je n'avais pas à faire toute sa paperasse ! Au moins je n'étais pas la seule à en faire, car Kira était en train de se noyer sous un amoncellement de feuilles. Gin avait dû lui en donner une bonne moitié, et avait sauté sur l'occasion de se débarrasser du reste lorsque j'étais entrée.
- Calme-toi, Hanae-chan, me chuchota Kira sous les regards des autres sièges.
- Certainement pas ! J'suis en congés ho !
J'ai balancé les papiers sur le bureau du troisième siège puis ai renversé le flacon d'encre sur le bureau de môssieur Ichimaru, avant de me barrer, furieuse.
Kira était en train de nettoyer avant même que la porte soit fermée. Lèche-cul, va.
Je marchais d'un pas pressé vers l'appartement de Rangiku. Ce soir, on se saoulait la gueule (encore). Et cette fois, j'avais expressément demandé à la plantureuse blonde de m'assommer si je faisais mine de m'approcher d'un des mecs, ou d'une des filles, avec un filet de bave sur la lèvre. On sait jamais, hein. Je n'avais pas envie de me réveiller avec Pervers ou Mini Glaçon - car, héhé ouais, Rangiku avait réussi à le faire venir, le pauvre bout. J'ai toqué de ma main libre, et me suis d'un coup retrouvée le visage enfoui dans une imposante poitrine douce et souple ; Rangiku essayant de m'étouffer comme à son habitude.
- Eh ! Ran !
- On a failli t'attendre ! T'as apporté quoi ?s'exclama-t-elle en saisissant mon lourd fardeau. Du whisky ? Super ! Viens, entre !
- Ne fais pas exprès de ne pas relever, et arrête de me coller tes putains de mamelles dans la gueule !
Je suis entrée d'un pas prompt, pour tomber sur une bande d'alcoolos déjà plus très frais.
- Mais... Merde, les gars, il est dix-sept heures !
- Eeeeet ? chevrota Pervers, complètement mort.
- Vous ne m'avez pas attendu ! Pour la peine, je garde mon alcool pour moi.
Je me suis assise dans un coin, faisant semblant de bouder, en descendant calmement une bouteille entière devant eux, qui rirent à pleine gorge - sauf certains très proches du coma éthylique - puis vinrent me rejoindre.
C'était calme, reposant, agréable. C'était enivrant. Cette dernière sensation était sans doute plus due à Jack et à William qu'à mes amis, mais je goûtais auprès d'eux au sel d'une amitié qui n'existait plus sur Terre. Comme quoi, j'avais beau être étrange, il y en avait de pires que moi.
J'avalai une troisième bouteille sans sourciller, sous les acclamations de ces tarés adorés.
- Non ! Papa !
Je me débattais dans le vide.
Peur, peur. J'ai peur. Pitié, non. Ne me touche pas. Ne me touche pas. Ne la touche pas. Papa !
Je te hais, te hais, te honnis te déteste t'abhorre. Je t'aime. Pourquoi ? Pour-pourquoi, papa ? N'ai-je pas été sage ? Si sage ? Si sage... Regarde, la Maîtresse m'a donné plein d'images.
- Plains-toi à ta pute de soeur, petite catin, et obéis à ton gentil papa.
Non ! Saisei, pitié. Pourquoi ? C'était ta faute. Tu ne m'as pas aidé. C'était à toi de jouer la maman. Pourquoi tu ne l'as pas fait ? Je suis triste, j'ai mal, je ne veux pas faire la maman. Je suis trop jeune. Je suis encore une enfant. Pitié, je ne veux pas vivre ça, je n'en peux plus de sentir mon coeur de fissurer, de sentir ces miasmes noirâtres qui s'en écoulent et dégueulassent mon âme.
Saisei, c'était ton rôle, si tu avais été là rien de tout ça ne serait arrivé.
Mais... Toi non plus, tu n'avais pas à faire ça, toi aussi tu étais si jeune... Mais je me sentais trahie, je ne sais pas pourquoi. Enfin, si... J'étais égoïste ; je ne voulais pas souffrir. J'aurais pu être une petite fille courageuse et prendre une partie de ton fardeau sur mes épaules, mais j'ai refusé. Souffrir, ça fait mal.
Souffrir, ça fait mal. J'ai mal, j'ai tellement mal. J'ai si mal au ventre, là, là, tu sens ? Saisei ? Grande soeur ? Pourquoi tu me regardes comme ça ? Tu me fais peur...
Tu me terrifiais. Subir ça tous les jours et garder le sourire pour les spectateurs, c'était grandiose. J'avais l'impression que tu n'étais pas humaine, que tu étais un monstre. Mais le seul monstre ici, c'était lui, ce cher papa.
Papa... J'ai peur. J'ai peur de lui, de papa. Je ne l'aime plus, il m'a fait mal, très mal. Regarde, grande soeur ! Je saigne. C'est tout rouge. Ca coule mais c'est pas du pipi, c'est du sang. Dis ? Pourquoi ? Je deviens grande, comme disait maman ? Grande soeur ? Pourquoi, dis ? Pourquoi tu pleures ? Saisei ! Ne me laisse pas seule... J'ai fait quelque chose de mal ? Je me rattraperais, promis !
Saisei... Je m'en veux tant.
Papa, arrête, arrête je n'en peux plus arrête j'ai mal mal mal ne touche pas là ne me touche pas ne recommence pas... Papa arrête je t'en prie je t'aime je t'aime. Je te hais. Papa non non ne me touche pas. Saisei ? Saisei...
Du sang du sang. Aaah... Tout est rouge, il fait si noir, il fait si triste, nous pleurons toutes les trois, nous pleurons ensemble, serrées contre le gros ventre de maman.
Saisei !
- Saisei !
- Hanae ?
Je me suis tournée vers Rangiku, surprise. Mon cauchemar s'estompait déjà, ne laissant que des brumes noires et crasseuses derrière lui.
- Rangiku ? murmurai-je, troublée.
Ma vision était floue. Ce cauchemar devait être abominable. Un visage se profila devant mes yeux, juste un instant. Des cheveux châtains, ondulés, de grands yeux bruns un peu tombants. Saisei. Ma soeur aînée. Pourquoi je rêvais d'elle aujourd'hui ? Je me suis pris la tête à deux mains, luttant contre mon mal de crâne et contre l'inconscience qui me guettait. J'ai relevé la tête ; la blonde était là, en train de me fixer bizarrement. Derrière elle, Mini Glaçon refusait de me regarder. Les autres étaient déjà partis. Kira aussi.
Pourquoi me regardaient-ils aussi bizarrement ? Rangiku m'a montré la porte, jetant un coup d'oeil nerveux à son Capitaine. Je ne comprenais pas, mais tant pis. Vu leurs visages, j'ai préféré ne pas traîner dans le coin.
De toute manière, il était temps de revenir à la 4e Division.
C'était décidé, elle me terrifiait vraiment. Surtout ce doux sourire sur ses traits fins, ce sourire derrière lequel se cachait un monstre. Beeeh. Mais ça faisait plusieurs jours que je n'étais pas venue à la 4e Division et, somme toute, je méritais bien de me faire remonter les bretelles. Et je pouvais en profiter pour lui demander un médicament contre les mauvaises nuits...
- Ah, te revoilà enfin, Ryôjuu-san.
- Euh... Bonjour ?
- Oui, bonjour, répondit-elle toujours en souriant. Tu vas être contente, Denovea-san est revenue !
- Elle est dans la salle d'entraînement ? me suis-je écrié.
Tresse eut à peine le temps d'acquiescer que j'étais déjà dehors, excitée comme une puce et prête à démolir cette misérable trace de pneu de moustique.
Elle était seule dans la grande salle circulaire ; j'entrai sans faire de bruit et lui sautai dessus. Elle me para avec son sabre d'entraînement.
Une demi-heure qu'on bataillait comme deux furies - moi me moquant de sa myopie, elle répétant, absolument pas crédible, qu'elle ne l'était pas. Et cette salope ne se battait toujours pas avec son Zampakuto. Argh, je la haïssais, elle me tapait sur le système, cette effroyable catin cosmique. Je lui ai démoli son putain de sabre en bois d'un poignard bien placé - et à la lame effilée.
- Je vois, prononça-t-elle, atone.
Elle balança le manche dans un coin et se mit en position, sa jambe de bois en avant. Je me suis demandé si elle allait vraiment me combattre comme ça, et si oui, où était donc caché son sabre. Elle se pencha et posa son bras sur sa jambe artificielle, l'autre étant levé derrière elle pour assurer son équilibre. J'ai juste eu le temps de la voir bondir vers moi, puis le bois heurta violemment ma tête et tout devint noir... Ça commençait à devenir une habitude.
J'étais à nouveau dans la forêt. Le sable était toujours aussi fin, les arbres toujours aussi grands, espacés et secs. Le vent soulevait les particules de mica dans les airs, formant de larges rideaux transparents qui m'entouraient en voletant. J'ai baissé la tête ; le petit homme de papier me fixait, sa petite tête ronde et sans expression levée vers moi. Il leva un bras et je l'ai soulevé, prenant garde à ne pas me couper, puis j'ai marché vers l'arbre qui dominait tous les autres.
Il me semblait plus jeune, moins pétrifié... Paper-man a sauté hors de ma main et a couru vers la silhouette, humaine, qui était perchée sur ce gros rocher gris, puis s'est fondu en lui. Un lumière douloureuse a bloqué ma vue, et quand j'ai rouvert les yeux, un putain de bishônen aux cheveux noirs et asymétriques se tenait juste en face de moi. Le blanc de ses yeux maquillés était rouge, ses oreilles étaient pointues, bref le canon efféminé d'Heroic Fantasy type.
...On a le droit de sauter sauvagement sur son Zampakuto pour faire des trucs pas catholiques ? ai-je pensé en rougissant comme une gamine.
Désolée, c'est pourri (oui je confirme).
Hanae : En fait, t'es un peu qu'une pute qui s'amuse à dévoiler tous mes secrets.
Hum...Oui, en somme, c'est tout à fait ça, pétasse.
