J'ai ouvert les yeux, puis me suis redressé d'un violent coup de hanche pour m'asseoir en tailleur. A quelques mètres de moi, Jambe de bois était là, impassible. Même mon psychopathe de Capitaine (sur ce point-là, étant sociopathe, nous étions faits pour nous entendre) m'avait ausculté la première fois que j'étais allée dans mon monde intérieur. Mais non, cette erreur de la nature, ce Dodo - quoi de plus anormal qu'un gros zozio qui ressemble à rien et ne sait pas voler - restait là à me regarder comme une conne. Je me suis inspecté ; au moins, on ne pouvait pas l'accuser d'avoir profité de mon évanouissement, car aucune autre marque que celles que j'avais déjà n'était apparue sur mon corps. D'un côté, ça ne m'aurait pas dérangé de pouvoir l'accuser de ça...héhéhé. Puis j'ai regardé attentivement mes armes. Mes poignards n'avaient pas changé. Ils étaient toujours les mêmes. Mais à présent, leurs capacités ne m'étaient plus inconnues.

Mes jambes ont vibré sous l'effort de mes muscles qui se contractaient, puis mes bras sont arrivés en renfort, poussant le sol vers le bas, et je me suis relevé. J'avais la conscience aigüe des choses que l'on ressent lorsque l'on est bourré, migraineux, ou qu'on a écouté trop longtemps de la musique et qu'elle semble faire partie intégrante de vous. Face à moi, la jeune femme avança d'un pas boitillant. Je voyais chaque grain de beauté sur sa peau dorée, chacune des petites taches de rousseur presque invisibles qui parsemaient la peau tendue de son nez droit, je voyais chaque reflet rougeoyant dans ses cheveux auburn, chaque éclat vert dans ses yeux d'un bleu liquide et transparent. Et le pire, c'est que je la trouvais belle, carrément belle, et c'était vraiment énervant.

- Qu'est-ce que tu regardes ? prononcèrent ses lèvres petites et roses, bougeant au minimum.

- Justement, je regarde. Ça ne te manque pas, ça, la myope ? ai-je lancé, sarcastique.

Elle s'est lancée sur sa jambe de bois pour bondir sur moi. Si prévisible. Je l'ai évité d'une pirouette et ai abattu mon poignard affectueusement surnommé Cristal vers son bras droit ; un réflexe fastidieux à oublier après plusieurs de ces combats au sabre d'entraînement. Il a mordu la chair tendre et veloutée de son épaule, et un long et mince fil de sang pourpre a délicatement glissé vers son coude où il s'est accumulé pour couler en un filet plus large sur son avant-bras, en biais, comme un ruban sombre et luisant. Quelques gouttes épaisses sont tombées sur le sol. Un sourire victorieux a étiré mes lèvres alors qu'elle se dégageait brutalement, augmentant le débit du liquide suintant qui commençait déjà à coaguler. Je suis restée devant elle, immobile, attendant de voir le résultat, et ricanant toute seule devant l'expression interrogative qui faisait jour sur son visage. Puis elle s'est cambrée brusquement, et un son étranglé monta entre ses dents découvertes par une grimace de douleur mêlée de surprise. La lame avait fait son office, et de micro-coupures avaient dû apparaître sous sa peau, aussi douloureuses que de mille de ces fines entailles irritantes que l'on se fait avec le papier.

- Qu'est-ce que..., a sifflé la rousse.

Elle a sauté loin de moi, comme un chat, retombant avec aplomb sur sa prothèse. J'attendais toujours son Zampakuto, et mon vœu fut exaucé. Se mettant droit, elle a fléchi la jambe amputée et a prononcé d'une voix basse un mot que je n'ai pas perçu. Sa jambe artificielle s'est prolongée et s'est affinée, se transformant en une lame à quatre tranchants et à la pointe acérée.

...Ah. Okay. C'était ça, son Zampakuto. Sa putain de jambe de bois. J'aurais dû m'en douter mais même quand elle m'a frappé avec, je n'ai pas réalisé. Attendez... Quand elle m'a frappé ? Sa jambe était hérissée de quatre pointes recourbées. J'aurais dû me les prendre en pleine tête. J'ai levé la main et l'ai posé sur mes cheveux. Ils étaient lourds et poisseux, encore un peu humides par endroits. Tout est devenu intense, aussi intense que lors d'un trip à l'acide, d'une précision douloureuse, puis ma vision s'est obscurcie.

Salope ! Elle n'en avait vraiment rien à branler d'mon état !

J'ai rouvert les yeux dans une des chambres blanches du bâtiment médical de la 4e. Kira lisait un livre, assis bien droit sur une chaise à côté de mon lit, attendant patiemment que je me réveille.

- Salut, toi. Ca fait longtemps que je dors ?

- Ah ! fit le lieutenant, refermant son bouquin après avoir soigneusement intercalé un marque-page à l'intérieur. Tu es réveillée.

- De toute évidence, a-je ironisé.

- Ca fait quelques heures ; la nuit vient de tomber. Je vais chercher le capitaine Unohana.

Il s'est levé en époussetant machinalement ses cuisses, puis a ouvert silencieusement la porte avant de s'éclipser. J'ai baillé en m'étirant, attrapant mes poignets pour délier mes muscles tendus, puis je me suis assise en tailleur, rassemblant mes forces pour contrer le sourire de Tresse avec mon grand rictus parfaitement peu naturel. Toutes dents dehors, je me suis décontractée et me suis adossée au mur, puis la porte s'est entrebâillée sur sa haute silhouette brune.

- Vous voilà enfin réveillée, m'adressa la femme avec sa voix toujours douce et sereine, me faisant légèrement culpabiliser de ne pas avoir été debout avant.

- Ouais, et j'veux plus jamais voir cette morue ! lançai-je morose, pour camoufler cette pointe de honte.

Elle a posé son postérieur gracile sur la chaise occupée précédemment par le second de ma Division, qui attendait devant la porte - sa longue mèche dorée dépassant par l'embrasure, puis s'est penchée vers moi, provoquant un frisson viscéral qui me secoua toute entière.

- Allons, voyons, Ryôjuu-san, ne la jugez pas comme ça. Vous savez, elle a fait énormément d'efforts pour devenir Shinigami, ça a été très dur pour elle...

- Dur ? ai-je commenté. Trouvez mieux, ce résidu de chili con carne est un monstre.

- Pourtant, c'est bien la vérité, m'a assuré la jeune médecin. Les esprits sont parfois butés, et malgré son énergie spirituelle assez phénoménale, les examinateurs des tests d'entrée à l'Académie ne voyaient en elle que son infirmité... A cette époque, elle se servait d'une béquille pour marcher. Suite à ces refus successifs, elle s'est entraînée durant des années pour trouver et contrôler son Zampakuto. Et même après ça, ils refusèrent de lui faire passer les épreuves...

- Comment a-t-elle fait pour être admise à l'Académie, alors ? interrogeai-je, curieuse malgré moi.

- Elle leur a fait mordre la poussière, répondit-elle comme si de rien n'était. La preuve de ses compétences étant étalée sous leur nez, ils durent se résigner...

- Ah, okay. Quand même, j'imagine que pour évaluer les compétences des candidats, à défaut d'être intelligents, ils devaient être un minimum puissants ; c'est bien ce que je disais, c'est un monstre.

Son sourire s'est accentué, puis elle m'a brièvement ausculté, et a examiné ma blessure à la tête.

- C'est bon, a lancé le médecin, après une bonne nuit de sommeil, vous pourrez y aller.

Je ne me suis pas faite prier, et me suis endormie un quart d'heure après - tout pour partir vite. Je me suis réveillée sur les coups de neuf heures, le lendemain, Kira somnolant à côté de moi. Cet idiot était vraiment resté là toute la nuit ? Non mais quel débile parfois çui-là, j'vous jure... J'ai ri. Mais je n'en avais pas pour autant oublié la promesse du Capitaine, et suis sortie si vite que Kira mit trois secondes à réaliser que je venais de passer sous son nez morveux. Il me rejoignit en shunpo et m'accompagna jusqu'aux bâtiments de la 3e Division, se rongeant l'esprit avec une quelconque question qu'il bouillait de me poser, au vu de ses coups d'oeil fréquents voire même compulsifs, et de sa bouche qui hésitait à s'ouvrir. Au début, c'était drôle ; devant la porte, lassant. Je me suis arrêtée pour me tourner vers lui.

- Allez, vas-y balance-la ta putain de question...

- C'est que...

- Quoi ?

- En fait... Quand tu étais ivre, tu as beaucoup parlé.

J'ai patienté, mon regard foudroyant en disant beaucoup sur le temps que ça durerait, mon pied tapotant rythmiquement le sol soulignant le fait que ce ne serait pas longtemps du tout.

- Dis..., se lança-t-il en rougissant, tu l'aimes vraiment bien, le Capitaine Ichimaru ?

Je l'ai fixé, interloquée, pâlissant, à son contraire, en comprenant ce qu'il entendait par là. J'ai bredouillé, puis protesté, vigoureusement.

- Okay..., répondit-il d'une voix hésitante. Oublie.

J'ai pris congé ; je crois que je venais de comprendre pourquoi Mini Glaçon et Rangiku me regardaient si bizarrement. J'avais encore dû dire des stupidités en étant bourrée. Que des stupidités, évidemment. Rien n'était vrai dans ce que j'avais pu raconter, Gin n'était qu'un ami, non, à peine un ami, puisque je ne le connaissais pas assez pour qu'il puisse être qualifié ainsi. Alors pourquoi ai-je bégayé ainsi ? Pour rien. Il m'avait juste surprise. Et ça m'énervait d'être capable de me dire que si j'avais réagi comme ça, c'était que ces propos d'alcoolique comportaient un certain fond de vérité. Que des conneries. La seule personne pour qui j'avais éprouvé des sentiments, elle était restée sur Terre et je lui souhaitais d'y rester très longtemps.

Je suis rentrée dans la pièce noire de monde, lassée de mes propres pensées et l'exprimant en poussant un profond soupir, puis j'ai filé sans regarder autour de moi jusqu'à ma chaise, m'y laissant tomber lourdement (comme un gros sac, en somme). Oh merde, y a des dossiers... Je détestais la paperasse, putain, c'est vraiment à chier de passer ses journées à remplir des lignes de texte grisâtre et soporifique. D'un côté, mes journées se passaient plus souvent à me battre, à lancer des injures parfaitement vulgaires et à faire un petit tour dans les bras de l'hôpital du Seireitei - ce qui expliquait la quantité de feuillets s'amoncelant sur mon bureau.

J'ai attaqué cette tâche éminemment emmerdante, essayant d'avoir l'air enthousiasme - en vain - jusqu'à ce que deux mains ivoirines au grain parfait se posent devant moi. Je m'y intéressai, studieuse, afin de ne pas avoir à relever le regard, des fois qu'on me refile une putain de tâche ingrate comme récurer les toilettes de la 11e (ces mecs ne connaissent pas l'hygiène). Ces mains étaient longues et fines, osseuses sans l'être trop ; des mains de pianiste, ou de peintre. La peau ne portait pas une seule marque, et les ongles, nacrés et courts, étaient d'un ovale légèrement pointu. Ses doigts étaient délicats et incitaient aux pensées coquines.

Non, ça, c'est parce que tu es une obsédée.

Si peu. Bref, c'était des mains grandes et vraiment très belles, des mains d'homme comme je les aime. Je n'avais jamais remarqué que mon Capitaine avait des appendices si délicieux (mais non, pas ceux-là, sale pervers) ; l'identité de l'homme était en effet facile à deviner, car avec une peau si blanche, je ne connaissais personne d'autre, à part Hone qui était encore pire, et moi qui devait être imperceptiblement plus foncée. Hum. Si je commençais à remonter je serais bien forcée d'arriver à son visage, mais au moins ça me laisserait plus de temps de répit avant l'horrible chose qu'il me demanderait sans doute ; à tout prendre, quelques minutes de bonheur supplémentaire, je n'allais certainement pas cracher dessus.

Mes yeux se sont donc très lentement glissé sur les membres minces et galbés découverts par ses manches relevées nonchalamment. La peau y était toujours aussi lisse et pâle, juste traversée par quelques insignifiantes estafilades livides, traces d'anciennes blessures de guerre. Les poignets étaient délicats, presque féminins si ils n'avaient pas été anguleux. Quelques veines bleues, saillant doucement sous son inexistante couche de graisse, parcouraient les avant-bras élégamment musclés pour finir leur course impétueuse sur le dos de ses mains. Mon regard est remonté encore un peu sur son kimono noir, cintré autour de son corps svelte, dont l'entrebâillement laissait apercevoir un rectangle laiteux, un morceau tout à fait appétissant du tentant torse agréablement ciselé. Son Haori, cette pièce de vêtement blanche distinguant, entre autres, les Capitaines des autres Shinigamis, flottait autour de lui, bien large pour son épaisseur de brindille et la soulignant tout particulièrement, en tranchant sur sa tenue sombre.

Mes pupilles se sont dirigées vers les clavicules délicieusement marquées, une zone qui me donnait toujours envie de la mordre et de la sucer. Je suis remontée sur le cou, long et frêle, ai caressé la pomme d'Adam dont la masculinité tranchait avec un contraste exquis sur ce corps gracile et étiré aux déliés gracieux, ai parcouru le visage d'albâtre, aux traits félins et réguliers. Une mâchoire aigue se fondant en un menton légèrement pointu, des lèvres dénuées de la moindre touche de rouge, à la courbe douce et aguichante, qui n'étaient, pour une fois, pas extravagamment tendues sur ses crocs immaculés, et les surplombant, un nez long et droit. Puis deux yeux en amande dans lesquels j'ai plongé, entrouverts sur deux iris fascinants et illisibles, d'un bleu polaire intense. Deux yeux glacés qui n'étaient pas finalement si impénétrables que ça... Enfin, si. Mais non. Mais si. Mais...

Tu es ridicule.

Je sentis un acquiescement amusé venir de mon canon muet de Zampakuto. C'est ça, allez-y, marrez-vous... Entre ma conscience et ce foutu sabre bien trop sexy pour mon... Hum, son bien, j'étais mal barrée. Surtout avec la première, ce truc incongru qui s'était développé de lui-même dans mon intellect prodigieux et qui ne servait à rien, sinon à m'emmerder aussi profondément que Rocco Siffredi la met à une des poulettes de ses tournages. Cette branleuse qui était apparue au fil des jours de mes années insouciantes de collégienne prépubère.

Quand cette pensée me traversa l'esprit, une image mentale d'une intensité dégueulasse s'imposa à moi ; une énorme flaque de sang. J'ai secoué la tête, chassant cette débilité mentale parfaitement incongrue.

Bref. C'que j'voulais dire, c'est que son regard était...étrange. Ouais voilà. Il me regardait étrangement (surlignez ce mot). Et comme je suis une petite froussarde, j'ai détourné mon attention sur ses cheveux. Hum, ses beaux cheveux, fins, lisses et brillants, qui paraissaient infiniment doux, à la teinte si particulière, un blanc aux reflets argent...

...Okay, c'est bon, j'avais tout maté sauf ce qu'on ne montre pas en public, et en plus il me fixait d'un sale oeil. Je crois qu'après le moment "Lisez un peu ça les fangirls, et regrettez de ne pas être à ma place", on en était à celui Ô combien plus tragique, "Lisez un peu ça les fangirls, et ne regrettez surtout pas de ne pas être à ma place", aussi nommé "Je vais souffrir et chialer des larmes de saaaaang". Quelle idée biscornue avait bien pu me prendre à la gorge le jour où j'avais décidé de crever... Ah, hum, oui, ça s'était un peu fait sur l'instinct du moment, c'était pas prémédité... Finalement, je regrettais de ne pas être devenue un Hollow. Si si, juste un peu, mais si. A cet instant, je n'étais vraiment pas loin de le regretter profondément. Ce qui me fit d'ailleurs penser à Hone...enfin, pester sur son existence. Ça faisait un petit moment que je ne l'avais pas vu... Je ne savais pas dans quel état d'esprit je devais accueillir cette constatation. Soulagée ou inquiète ? Extatique ou en colère ? Enfin, passons sur ça. Car pendant que je m'abîmais dans mes pensées cheminant gaiement main dans la main, mon Capitaine s'impatientait et je n'avais pas la moindre envie de faire l'expérience de la véritable souffrance - autre que mentale. Or, avec ce fou furieux, je pouvais m'attendre à un jour la connaître si je continuais à me conduire avec autant de désinvolture et de lâcheté - et très bientôt, sans doute - même si il s'attaquait rarement à ses hommes. Oui, ce fou furieux, et j'assumais mes paroles. Mais pas devant lui. Je l'aimais bien quand même, hein, c'est parce qu'il était si bizarre qu'il était marrant, et puis il n'était pas, va-t-on dire, pur, chaste et noble (coincé du cul en somme) comme un glacial Glaçon ou comme son fils spirituel, juste un peu plus emporté de nature mais tout aussi strict dans son attitude que ce précédent.

J'ai donc fièrement relevé la tête, plantant à nouveau mes iris noirs dans les siens, mais plus superficiellement ; le répit était terminé. Une boule se forma dans ma gorge, emprisonnant dans ma bouche moite une salive soudainement difficile à avaler ; qu'est-ce qui m'attendait ?

- Ouiiii, qu'est-ce que tu m'veux ?

- Va porter ça au Capitaine Hitsugaya au lieu de me mirer avec des yeux de merlan frit.

J'ai vaguement rougi avant de me lever. N'importe quoi, hé, l'autre... Y a des mecs beaaaucoup plus canons que lui dans le Gotei 13 ! Comme, euh... Glaçon, tiens ! Ou Aizen-chan ! J'suis sûre qu'il est très bien sans ses lunettes.

Un ricanement étouffé et un silence amusé me parvinrent de mon monde intérieur. J'ai pesté contre ma conscience et mon Zampakuto avant de prendre le papier dans sa main à présent tendue et de m'enfuir prestement. Il me regardait quand même super bizarrement...

Peut-être bien que sa Ran-chan est venue lui parler de la soirée d'avant-hier, non...?

Ne dis pas n'importe quoi. Pourquoi se soucierait-il du fait que j'ai encore passé une nuit à picoler comme un trou ? J'avais sauté (sur) personne en plus ! Enfin, je crois... C'est quand j'eus la vision insolite d'une moi version terrienne - comprendre naine, faible, et désespérément bien coiffée - en train de se frapper le front de la paume de sa main avec découragement, sûrement ma conscience, que je pensai aux idioties que je semblais avoir dit sur lui. Ah ouais...c'était peut-être ça. Mais me regarder comme ça, pourtant je ne semblais pas avoir dit du mal de lui, bien au contraire... Argh, pas la peine de me torturer l'esprit pour cet olibrius, voyons ! J'ai parcouru en un temps record le trajet jusqu'à la 10e, pressée de me casser de là pour faire un somme et aller m'entraîner au Kido avec Tresse. Oui, vous avez bien entendu... Il faut dire que je venais de me rappeler que Mini Glaçon était lui aussi à la beuverie, et surtout qu'il ne portait pas Gin dans son cœur, loin de là. Je suis entrée, avec un peu d'appréhension, et me suis approchée de l'enfant. Il m'a dévisagé, rébarbatif, tandis que je lui tendais le papier.

- De la part du Capitaine Ichimaru, ai-je murmuré sous son regard réfrigérant.

- Hn, a-t-il acquiescé, froid.

Son expression s'était encore assombrie à la mention du nom qu'il devait maudir depuis des années - étonnant quand on savait que son Vice-Capitaine était la meilleure amie de la cible de toute cette haine retenue. Je ne savais vraaaaiment pas ce que j'avais pu raconter, mais ses airs hautains et les chuchotis aux odeurs de rumeurs qui provenaient des commères assemblées dans la salle commençaient à me taper sur le système plus que d'ordinaire. Sans doute était-ce dû à la réaction de l'effrayant homme qu'était Gin, qui, malgré son sourire dément, avait toujours été relativement joyeux avec moi. C'était sûrement aussi à cause des regards troubles et troublés et des questions saugrenues de ceux ayant assisté à mon déballage de conneries. Puis deux phrases sont parvenues à mes oreilles ; "...Ichimaru..." et "Tu crois qu'ils..." et je me suis retournée, le bouchon sautant, le lait débordant, la goutte d'eau tombant, la cruche allant trop à l'eau, la cerise étant posée sur le gâteau, bref, j'ai pété un putain de fusible.

- Putain mais arrêtez ! ai-je tempêté. Arrêtez de vous conduire comme ça avec Gin ! Il est peut-être sadique mais il est très gentil, alors, putain de bordel de putes à con, arrêtez de juger les gens comme de gros connards, tous autant que vous êtes !

Les Shinigamis présents m'ont fixé, bouche bée, avant de se détourner précipitamment de moi sous le feu de mes yeux, incendiés de colère contre leurs stupides préjugés. Merde alors, ouais il était un peu psychopathe pervers sur les bords - j'en avais été témoin plusieurs fois, il lui était même arrivé une fois de couper, toujours en souriant froidement, le bras d'un imbécile qui l'avait insulté et défié. Nul besoin de préciser que ce dernier avait présenté ses excuses la queue entre les jambes, avant que mon Capitaine ne l'envoie à la 4e - mais il ne méritait certainement pas un tel comportement ! Et moi non plus, au passage, innocente petite créature que j'étais. Le soufflé est brusquement retombé, et je me suis soudain sentie très lasse. Mes pas m'ont guidé vers la sortie, mais avant de partir de la Division, j'ai vu le mioche saisir le message, le lire d'un air surpris - ce qui n'a pas duré longtemps, soit il avait des capacité de lecture phénoménales, soit c'était un télégramme condensé - puis me scruter, un très léger sourire moqueur aux lèvres bien que, l'un dans l'autre, il fut aussi légèrement étonné. Je me demande ce qu'il y a dans ce mot...

Puis j'ai emprunté le chemin de la 11e Division, bifurquant ensuite pour rejoindre l'appartement d'Ariane. Ca faisait très longtemps que je ne les avais pas vu - environ une semaine, mais quand on s'ennuie le temps se rallonge - et je me demandais comment elles allaient. Je serais bien passée voir Tania d'abord, mais cette chose avait tendance à disparaître pour se balader personne ne savait où, et j'avais infiniment plus de chance de la trouver en cherchant la blonde qu'en la cherchant elle.

Des éclats de voix me parvinrent. Je me suis dépêchée, pour me retrouver devant deux furies crépitantes de rage ; mes amies. Ou ce qui m'en servait.

- Mais ferme ta gueule, putain ! a hurlé Ariane.

- Que je me taise ? Que je me taise ? Mais ce serait à toi de te la fermer, et de ramper à mes pieds comme le vil et misérable sale petit cloporte que tu es, déchet ! a répliqué la geekette.

...Wow. Wow wow wow. Putain. Elle était carrément flippante, elle, quand elle était en colère.

- ...Qu'est-ce qui se passe ? ai-je osé demandé.

J'ai été récompensée par quatre yeux furibonds braqués sur moi, me promettant une mort lente et cruelle.

- Cette pute/Ce cancrelat fait sa traînée pour les beaux yeux de son Capitaine ! se sont-elle écrié en coeur.

Ooookay..., ai-je pensé. Va y avoir du boulot, là. J'suis pas dans la merde, pour une fois.

Et mes deux tortionnaires mentaux (à savoir ma conscience et mon sabre) se sont esclaffés à l'unisson, se foutant joyeusement de ma pauvre gueule déconfite.


Désolée d'avoir mis tant de temps à poster, mais de gros problèmes personnels m'encombrent un peu l'esprit et m'empêchent d'écrire autant que pour les chapitres précédents (entres autres, je suis à la rue et hébergée par une famille compatissante).

Sinon... *Pleure à chaudes larmes* J'ai pas eu de reviews pour les deux précédents chapiiiitres, snif. Comment voulez-vous que je bosse sans connaître votre avis ? (Non mais tout le monde s'en branle, tu sais) Sniiiiiif...

Merci d'avoir lu (mais un avis serait apprécié) !

PS : Vous vous attendiez au Shikai, hein ? Eh bah nooon ! (De toute manière tu es si nulle à chier que tu ne mérites pas, et serais incapable, d'avoir une nana arrivant aussi vite au Shikai) Ca c'est méchant !