Owen a bien failli céder à une pulsion inconsciente à l'encontre de son sergent-chef Will James.

Voici la suite !

Bonne lecture !

Partie 3 :

La poussière dorée et soulevée, par les nombreux déplacements de blindés américains, n'empêchait en rien Owen, assis sur les marches de ses quartiers, de profiter d'une merveilleuse scène : Will, en tenue légère de G.I, sa casquette sur la tête et lunettes teintées de soleil, entamait une partie de soccer avec un petit Irakien, âgé de dix ans.

Celui-ci, vendeur agréé, par le Camps Victory, de dvd pour adultes, gardait les buts et tentait de stopper tous les tirs de James. Son visage d'enfant retrouvait l'insouciance de l'enfance et rayonnait de plaisir de jouer contre le sergent-chef Will.

Will, plus détendu que d'habitude, s'était départi de son attitude froide et compassée de militaire et dévoilait un côté insoupçonné de sa personnalité.

Une personnalité chaleureuse, capable d'émotions humaines et de s'attacher à quelqu'un.

Morose et curieux, Eldrige, une main sous le menton, essayait de percer l'énigme « Will ».

« -Tu devrais grandir, Owen. Fit Sanborn qui le rejoignit sur les marches. Will a besoin d'une personne forte, solide et capable de lui tenir tête. Et de lui apporter la stabilité dont il désire. »

Owen, les joues cramoisies et l'air d'un gamin pris en faute, sursauta à l'énoncé du conseil de son sergent Sanborn. Ce dernier observait, songeur et fasciné, James qui riait avec la gamin.

« -Une personne comme toi. Murmura Eldrige, désabusé. D'ailleurs, pourquoi tu me dis ça ? »

Sanborn regarda droit dans les yeux d'Owen, mal à l'aise, et déclara avant de s'en aller :

« -Ce n'est pas avec moi qu'il couche. Grandis avant que Will n'aille voir ailleurs. Tu es le seul homme avec lequel il trompe sa femme. »

Déconcerté et soulagé d'un poids malgré tout, Owen contempla James et dépité par son indifférence, il se leva, se dirigeant vers la baraque de son supérieur.

…..

Le casque. Son regard s'attacha immédiatement au casque de l' « Humvee », hypnotisé.

Posé, en évidence, sur la table de chevet du sergent-chef, le fameux casque du démineur.

Owen devina la fascination profonde de Will pour et objet et une jalousie, attisée par le fait de savoir que Will en était dépendant, l'envahit.

Le jeune artificier déduisit les sensations que devaient lui procurer le casque au sergent-chef et une impulsion, subite et meurtrière, lui donna l'envie irraisonnée de flanquer ce casque contre le mur.

Mais il maitrisa ce désir et prenant, précautionneusement le casque, il s'en coiffa. Inspirant un grand coup, il ferma les yeux et des odeurs l'assaillirent, ainsi que des souvenirs d'intervention.

Odeur de sueur et de parfum de Will, mais aussi du sable chaud d'Irak et de fer. Un sentiment étrange, exaltant et non exempt de nuances malsaines s'emparèrent d'Eldrige qui se retourna, entendant un bruit de pas derrière lui.

Le regard de Will et celui d'Eldrige s'affrontèrent un instant avant que le sergent-chef, reconnaissant la lueur, trop familière, dans les yeux de son artificier, s'élança sur lui :

« -Enlève ça tout de suite, Owen. C'est un ordre ! Tu ne porteras jamais l' « Humvee » ! »

Le basculant sur le lit, il arracha le casque, sans ménagement, et le jeta à terre. Owen, frustré et encore en proie à l'ivresse procurée par les sensations, se rebiffa et injuria Will :

« -Espèce de « salaud » ! Tu n'es qu'un « putain » d'enfoiré égoïste ! Tu veux garder cette euphorie pour toi ! « Son of bitch » ! »

Will subit, en silence, les insultes d'Eldrige et s'éloignant du jeune homme, il explosa dans un déchainement de violence : Il envoya valdinguer ce qui se trouvait sur son bureau et le casque s'écraser contre le mur.

« -Tu veux être comme moi ? Un drogué à l'adrénaline et aux combats ! C'est ça que tu veux ? Petit « merdeux » ! Tu n'es pas content de ne rien obtenir de moi et tu veux mourir ! Suicide-toi si l'envie t'en prend ! Mais ailleurs qu'ici et pas en mission ! Allez, tire-toi, sale môme ! Hors de ma vue ! »

Owen bondit du lit et s'enfuit, les larmes aux yeux. Sous le regard implacable et écoeuré de Will.

La nuit, froide et glaciale, environnait le camp. Owen, tourmenté par les paroles de Will, le torse nu et en bas de pyjama, essayait de chercher le réconfort dans la contemplation du ciel étoilé.

Un sourire se dessina sur ses lèvres quand l'apaisement vint enfin. Mais des bribes de conversations et de rires égrillards tirèrent le jeune artificier de ses songes.

Owen vit un couple enlacé et se diriger, d'un pas titubant et chancelant, dans la direction des quartiers de Will.

Pris d'un pressentiment, il tendit l'oreille et distingua la voix d'une femme. Son cœur se serra, comme déchiré par une souffrance atroce.

« -Sergent, vous êtes soul. Minauda la jeune militaire. Ce n'est pas raisonnable. Que vont dire les autres ? »

Un rire moqueur et parfaitement cynique répondit à la jeune femme qui gloussa. Le couple disparut dans la baraque de Will, laissant un Owen au bord du désarroi et plein d'amertume.

Scrutant l'obscurité, le jeune artificier vit une silhouette familière ouvrir la fenêtre et un visage avec un large sourire s'encadrer dans l'espace ouvert.

« -Ca te dit une partie à trois, petit ? Lança Will, totalement soul et sarcastique. C'est mieux que de jouer les voyeurs ! Ou, si tu préfères, tu peux mater ! »

Owen se mordit l'intérieur de la joue et se reculant dans la pénombre bienfaisante de sa chambre, il étouffa ses sanglots dans son oreiller.

…..

Sanborn réprima un soupir de lassitude et d'agacement lorsqu'il sentit la tension entre ses deux équipiers dans la voiture.

Owen, droit et l'expression lointaine, ignorait la présence de Will et remua, à peine, les lèvres pour saluer son sergent qui prit le volant.

Will, des cernes sous les yeux et les traits tirés, se remettait de sa folle nuit de la veille.

« -Voiture piégée près d'une mosquée. Informa Sanborn qui retint un désir d'hurler son irrtation et de cogner les deux hommes. Prêts ? »

Un sourire réjoui s'afficha sur le visage de Will qui s'écria :

« - Let's rock and roll! »

Son cri de guerre et son expression fétiche. De bonne humeur, le sergent-chef tambourina sur la porte du véhicule. Cette gaité, excessive, eut le don de « taper » sur le système de Sanborn qui, discrètement, surveillait Eldrige toujours muet.

Owen l'inquiétait par son attitude froide et impassible. Cela allait réduire l'efficacité de l'unité.

Percevant les doutes de Sanborn à son égard, Eldrige lui adressa un clin d'œil qui détendit Sanborn.

….

Will, concentré et la sueur sur le front, dénouait des fils avec des doigts agiles et experts.

Des G.I, sur le qui-vive, sécurisaient le périmètre et surveillaient les alentours, s'assurant qu'aucun civil n'avait de comportement suspect.

Sanborn, à couvert, gardait le contact radio avec le sergent-chef James et Eldrige, à l'affut, couvrait les arrières de Will.

« -Damned ! Fit Will, en apercevant la complexité du dispositif. Artificier, j'ai besoin d'un coupe-boulon ! »

Owen, quittant son abri, se rendit auprès de Sanborn et fouillant dans la mallette d'outil, il s'empara, prestement, de l'objet demandé.

Il courut rejoindre Will mais parvenu à la hauteur de Sanborn, il se reçut une rafale de mitraillette. Il s'écroula, sans un cri, sur le sol.

De suite, les G.I, localisant la provenance du tir, ripostèrent et fauchèrent le sniper qui chuta d'un toit.

« -Que se passe-t-il, Sanborn ? » S'inquiéta Will, en entendant les déflagrations d'armes.

Sanborn, faisant appel à toute sa discipline de soldat, alla à la rescousse de son camarade, vérifia son pouls et attrapant la mallette des mains de l'inconscient, l'apporta à Will.

Il fit signe aux autres soldats de ne rien dire sur l'état d'Owen mais le médecin militaire se connecta à la fréquence radio de Sanborn pour l'informer de l'urgence :

« -Sergent, il faut l'évacuer tout de suite ! Il perd trop de sang ! »

Sanborn jura entre ses dents et dut répondre aux questions de Will :

« -Eldrige a été touché par une rafale de mitraillette ! J'appelle un hélicoptère pour l'évacuer en urgence ! On s'occupe de lui, Will ! Alors, concentre-toi sur la bombe ! »

Un silence de mauvais augure conforta le sergent Sanborn dans ses certitudes.

« -Te fiche pas de moi, Sanborn ! Hurla James, hystérique, dans sa radio. Son état ? Comment est-il ? Mon « cul » qu'on s'occupe de lui ! Tu sais très bien qu'un hélicoptère n'interviendra pas avant que la bombe ne soit désamorcée ! Donne l'ordre de l'évacuer rapidement sinon, il vous faudra un autre démineur, ok ? »

Sanborn, énervé et maudissant le médecin, appela le camp et demanda une évacuation d'urgence pour Owen qui recevait les premiers soins.

« -Négatif, sergent Sanborn. Refusa l'opérateur, chargé de la communication radio avec les unités en manœuvre. Vous connaissez le protocole. »

Avant que le sergent ne pût protester, une autre voix se fit entendre :

« -Ecoute, fils de p… ! Tu vas envoyer, illico, un hélico ou je laisse tout en plan : Bombe et voiture piégée, ok ? Alors, magne-toi ! »

…..

La réponse vint, après plusieurs secondes de mutisme :

« -Bien, sergent-chef James. Mais vous en répondrez devant la cour martiale. »

Un rire moqueur salua la menace et Will coupa le contact. Il se remit à sa tache et avec le coupe-boulon, entreprit de casser un cadenas.

Le cadenas céda. Un sourire de victoire se fit sur les lèvres du sergent –chef qui souleva le couvercle avec beaucoup de prudence.

Quand un petit déclic se fit entendre, annonçant un déclenchement de minuteur.

« -Evacuez la zone, vite ! Prévint Will, en adressant de grands gestes aux autres soldats. Vite ! C'était un dispositif-leurre ! »

Tous s'éloignèrent de la zone létale et Will se mit à courir, à grandes enjambées et gênés par le poids de l' « Humvee ».

La même exaltation grisante et pernicieuse s'infiltra dans son corps et son cerveau et une lueur, proche de la folie et de l'extase absolue, assombrit ses yeux bleus.

« -Dépêche-toi, Will ! Exhorta Sanborn, qui suivait la progression de son équipier. Allez, dépêche ! »

L'explosion se déclencha, provoquant un vacarme infernal et un nuage de poussière impressionnant. Son souffle, puissant, envoya planer Will à quelques mètres de la zone sécuritaire et le jeune soldat s'effondra sous une pluie de gravats.

La visière de son casque s'éclaboussa de sang.

« -Will ! » Hurla Sanborn, en se débarrassant du sable qui lui masquait la vue.

A suivre.

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