Eldrige a été fauché par une rafale de mitraillette et Will, enseveli sous une pluie de gravats.
Voici la suite !
Bonne lecture !
Partie 4 :
Tous les G.I, immobiles et le souffle suspendu, fixaient le lieu où le sergent-chef James avait disparu sous un déluge de débris. Le temps s'était figé net. Même le médecin, qui s'occupait des pansements d'Owen, scrutait les monceaux de décombre. En attente.
Une main gantée et blanchie par la poussière surgit d'entre les gravats et les repoussa.
Sanborn put respirer, soulagé et courant vers son sergent-chef, il s'agenouilla à même le sol. De ses deux mains fébriles et efficaces, il dégagea un passage par lequel, Will se libéra.
Toussotant, enlevant son casque et essuyant le sang qui maculait son front et sa tempe droite, le sergent-chef James s'affala sur le lit de débris et ses yeux bleus tournés vers le ciel, inspira, à plein poumon, un air frais et salvateur.
« -Tu m'as fichu une sacrée trouille, « enfoiré »! Fit Sanborn, en donnant un grand coup amical sur l'épaule de James. Foutu veinard ! Tu as la peau dure ! »
Will lui rendit son accolade par une virile « étreinte » et chancelant, encore peu stable sur ses jambes, il se redressa. Son attention exclusivement centrée sur Owen et le médecin qui avait repris les soins.
Le sable se soulevant sous un brusque vent et le bruit des pales d'un hélicoptère ne l'arrachèrent pas de sa préoccupation principale : L'état de son artificier Eldrige.
Sanborn, sans un mot, suivit Will qui, d'une démarche maladroite, se dirigeait vers leur camarade de combat.
…..
Aussitôt l'hélicoptère atterri, des soldats, avec le brassard de secouriste et le matériel d'urgence, sautèrent de l'appareil et portant un brancard, s'approchèrent d'Owen toujours inconscient.
Will, soigné par le médecin de leur unité, observait le va et vient des secouristes qui s'affairaient autour du blessé.
« -Allez, petit ! Encouragea l'un deux, en préparant un culot de sang pour une transfusion. Tiens bon ! Je t'interdis de nous lâcher comme cela ! »
Owen, livide et la respiration difficile, ne réagit pas aux exhortations de l'infirmier. Celui-ci échangea un regard avec l'un de ses collègues. Un regard lourd de signification.
Will, remarquant cela, quitta son médecin qui protesta et marchant d'un pas assuré et décidé, rejoignit le groupe de secouriste.
« -« Merde » ! Jura Sanborn, entre ses dents. Qu'est-ce que tu fous, Will ? »
Il s'empressa de lui emboiter le pas, pressentant ce qui allait venir. Ses craintes se confirmèrent lorsque l'évacuation d'Owen fut stoppée par Will. Provoquant l'indignation et des cris de colère de la part des brancardiers.
« -Laissez-nous passer ! Ordonna le chef des infirmiers, sèchement. Toutes les secondes comptent ! Alors, dégagez ! »
Nullement intimidé et indifférent à la fureur des infirmiers, Will jeta un vif regard sur le visage d'Eldrige et lança, d'un ton nonchalant et cynique :
« -De toute manière, il n'était pas à sa place, le marmot ! Son désir a été exaucé : Il voulait « clamser » ! Qu'il crève ! Comme ça, il ne nous fera plus « chier », Sanborn et moi, avec ses états d'âme à la « con » ! »
Sanborn faillit explose de rage, en entendant ces mots. Empoignant Will par le col de son uniforme, les yeux injectés de sang, il l'amena à lui et martela :
« -« Salopard » ! Je ne sais pas ce qui ne va pas dans ta tête ! Mais tu es infect et ignoble, là ! Je vais t'en coller une si tu continues… »
…..
Un cri, d'abord faible, coupa la parole de Sanborn qui, abasourdi, se tut et se détourna de Will pour voir l'auteur de ce son.
Les infirmiers, stupéfaits, virent leur patient rouvrir les yeux et reprendre conscience.
« -Enfant de « salaud » ! Hurla Eldrige, tentant de se redresser sur son brancard. « Enfoiré » ! Tu ne te débarrasseras pas de moi ! Tu m'entends, Will ! Et d'abord, mon prénom est Owen ! Owen ! Non, « petit » ou autre chose ! Va te faire foutre, fils de … »
Les efforts produits pour crier ses insultes et sa fureur épuisèrent le blessé qui s'écroula sur son brancard mais fusillant obstinément Will.
Ce dernier, impassible, rejoignit Owen et l'exhorta :
« -Finis ton discours, sale môme ! Allez, clame-nous tes plaintes et ta rengaine sur tes remords ! Fais-nous pleurer, petit ! »
Owen, réunissant ses ultimes forces, agrippa Will par le col et l'attirant à lui, un filet de sang coulant sur son menton, murmura :
« -Tu ne m'auras pas, Will ! Ca ne marchera plus, tes provocations à deux « balles » ! Je serai toujours à tes côtés ! Je te suivrai partout, en mission : Tu seras muté dans une autre unité ? Je serai muté auprès de toi. C'est fini. Tu ne te débarrasseras pas de moi, Will James. Je meurs, je te hante. Tu es un enfoiré, un crétin, un fou ! Un malade mais je ne te quitterai pas. Tu m'as pour l'éternité. »
Un rire quasi hystérique échappant de la gorge d'Eldrige décida, finalement, les infirmiers à le hisser à bord de l'hélicoptère et à l'évacuer d'urgence. L'affrontement, surréaliste, entre Will et Owen avait déconcerté les autres G.I qui, perplexes, se posaient des questions muettes sur l'étrange relation unissant le démineur à son artificier.
« -Il a fini par grandir. » Songea Sanborn, en secouant la tête.
Récupérant ses esprits, il donna des ordres brefs par radio et les soldats, grimpant dans leurs véhicules, entreprirent de regagner le camp.
…..
Will, pensif, observait le visage d'Owen qui le défiait du regard. Adossé à la paroi de l'hélicoptère, il n'avait pas prononcé un seul mot depuis le décollage.
Son regard s'adoucit quand, presque farouchement, le jeune blessé s'empara de sa main et l'étreignit, avec force.
Les infirmiers feignirent de ne pas voir le geste et l'attitude des deux militaires. S'occupant de maintenir la stabilité des constantes d'Eldrige.
Une lueur de joie irradia les jolis yeux de l'artificier lorsqu'un sourire, tendre, voltigea sur les lèvres de Will. Une seconde. Mais une magnifique seconde.
« -Je n'ai pas couché avec la fille de l'autre nuit. Avoua Will, dans un chuchotement et en rivant son regard à celui d'Owen. Je n'ai pas pu. Owen. »
Un bonheur immense détendit les traits d'Eldrige dont une de ses joues s'humidifia d'une larme…
Epuisé, Will reposa sa tête sur la paroi d'acier de l'engin volant et les yeux clos, s'endormit.
L'image de sa femme et de son fils s'imposèrent dans son esprit avant que le sergent-chef ne céda au sommeil.
A suivre.
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