Une capuche cachant son visage angélique et ses cheveux reconnaissables, les mains dans les poches de son jean, Niall Horan marchait lentement dans les rues londoniennes. De nature curieuse et calme, se promener ainsi était son activité favorite. Personne ne venait rompre sa quiétude, il pouvait simplement se vider la tête en appréciant sa solitude. Sa vie avait tellement changé en l'espace de quelques mois qu'il avait souvent du mal à se rendre compte qu'il était bien lui. Vous savez quand votre vie est incroyablement banale, merdique et que tout à coup tout vous réussi ? Vous vous retournez pour être sur que c'est bien vous qu'on acclame, à ce moment là, vous êtes simplement spectateur de votre vie, vous la vivez sans vraiment le croire, essayant de profiter au maximum de chaque seconde, chaque sourire, chaque cœurs qui battent pour vous. Et bien l'irlandais se retrouvait dans ce cas là bien souvent. Comment était-il possible d'avoir des milliers de filles à ses pieds ? Comment expliquer le fait qu'il puisse vivre de ce qu'il aime faire ? Comment imaginer que la plupart de ses galères à venir ne seraient rien comparées au rêve qu'il vivait ? Il en revenait toujours à la même chose, la même réponse, les One Direction. Son rêve s'était réalisé alors qu'il n'osait presque pas le nommer à l'époque. C'était surement la grand-mère qu'il avait aidé à traverser plus jeune, ou cet enfant qu'il avait ramené à l'accueil du Tesco car il avait perdu sa mère.
Le jeune homme secoua la tête en souriant, peu importe comment il avait réussi, mais ça y été, il l'avait fait. La rue du quartier américain dans laquelle il se promenait était active ce samedi soir. Les différents bars dégageaient une lumière forte qui éclairait particulièrement bien les pavés. L'odeur de friture lui donnait quelque peu la nausée, mais finalement il s'en fichait. L'ambiance était chaleureuse, il se sentait bien, c'était le principal. Après une légère hésitation, il se décida à entrer dans le pub nommé « Malibu » à droite de l'aire piétonne. La façade faite de planches de bois et de néons de couleurs donnait un aspect exotique et estivale à l'endroit. De plus, il avait besoin de se réchauffer avec le froid qui paralysait les londoniens.
L'intérieur était bondé d'américains à l'accent particulièrement prononcé, chacun ayant ses habitudes dans ce lieu où ils se retrouvaient. Ici, les consommations ne venaient que des États-Unis, que ce soit l'alcool ou la nourriture. Les cuisiniers et les barmans aussi étaient authentiques, faisant ainsi la renommée de l'endroit. Niall s'avança timidement vers le bar, trouvant un tabouret vide sur lequel il pourrait poser ses fesses et boire tranquillement. Il aimait beaucoup rester là à observer les gens, captant des brides de conversations, analysant les faits et gestes. Il comprenait mieux en voyant les réactions, pourquoi une fille sourit en mettant une mèche derrière son oreille ou pourquoi elle dévoile son cou et par la même occasion son décolleté en riant exagérément.
« -Qu'est-ce que je vous sers bonhomme ? Lui demanda un vieil homme au ventre rebondissant.
-Un Jack Daniel's s'il vous plait.
-Tout de suite buddy, lui fit-il un clin d'œil. »
Malgré le prix exorbitant du simple verre d'alcool, il s'en fichait, il avait les moyens, alors pourquoi ne pas en profiter ? Son attention se porta sur le karaoké qui se déroulait sur une petite scène au fond de la pièce, une jeune fille, américaine visiblement se donnait en spectacle en chantant ridiculement faux un titre de Beyonce. Elle massacrait littéralement Run The World, mais avait l'air de s'amuser faisant ainsi applaudir les spectateurs. Son verre arriva, après une gorgée brulante de whisky, il s'autorisa un petit rire et quelques cris encourageants. C'était sa nature, être là pour les autres, les aider. Il vivait de ça et avait le besoin de se sentir utile.
« -Mal, mais je l'aime quand même, comprit-il d'une fille qui lui parlait.
-Pardon ? Se retourna l'irlandais.
-Je disais qu'Emma chantait mal mais que je l'aimais quand même. C'est mon amie, sourit cette américaine.
-Ah, d'accord.
-Kaleigh. »
Malgré sa gentillesse et sa politesse exemplaire, il ne put s'empêcher de regarder la brune face à lui. Elle était plutôt petite, d'une tête de moins que lui environ, pensait-il assis sur son tabouret. Mince, voir maigre, comme ces mannequins au corps sans vie qui se cassait au moindre coup de vent, ou comme ces feuilles séchées d'automne qu'on effrite pour faire passer le temps. Et pourtant, elle avait l'air d'avoir du caractère. Son jean noir et sa veste en cuir rouge bordeaux lui donnait un côté rock cassé par les talons hauts qu'elle portait. Elle faisait la même chose que lui, avec la discrétion et pensait qu'il était un gentil garçon pas naïf, mais pas vraiment sérieux non-plus. Cette évaluation de l'autre était nécessaire pour continuer.
« -Niall, finit-il par répondre. Si ton amie s'amuse, c'est le principal.
-C'est le cas. Je peux m'assoir ?
-Oui. Je peux t'offrir un verre ? Tenta-t-il malgré l'indifférence qu'elle causait en lui.
-Un cosmopolitan. »
Il commanda la boisson fermement suggérée par Kaleigh. Il trouvait cette fille étrange, elle ne faisait même pas la conversation alors qu'elle l'avait abordée, elle était sèche tout en restant gentille, maitrisant parfaitement son expression faciale, ses gestes et ses paroles. Elle savait ce qu'elle voulait et comment l'obtenir. Et Niall avait bien deviné qu'elle n'abandonnerait pas sa proie, lui. Elle avait de la chance, ce soir là il s'ennuyait et ça faisait longtemps qu'il ne s'était pas envoyé en l'air. Elle ne voulait rien de plus, et lui non-plus, il s'entendrait probablement bien sur ce point.
« -Américaine ? Sourit-il.
-Irlandais. On ne s'est pas déjà vu ?
-Non.
-Santé, but-elle son cocktail d'une traite. Tu danses ?
-Oui. »
Il l'imita en buvant son fond de Jack Daniel's rapidement faisait monter de petites larmes dans le coin de ses yeux bleus. La main de Kaleigh était sèche et froide, il n'avait absolument rien à voir avec elle et elle n'avait rien à voir avec les filles douces, souriantes et chaleureuses qui avaient l'habitude de lui plaire. Ce soir, il serait con. Aussi con que la fille qui dansait en frottant ses petites fesses contre le bassin de Niall.
Le jeune blond était particulièrement alcoolisé à cette heure avancée de la nuit. Il arrivait vaguement à lire que la petite aiguille de sa montre se trouvait sur le deux et que la grande sur le douze. Ça voulait dire qu'il était deux heures douze ? C'était trop dur de réfléchir à ça, il n'en avait absolument pas envie. Et puis l'américaine qui déposait des baisers dans son cou ou sur ses joues toutes les deux minutes ne l'aidait pas. Il commençait à vraiment la désirer, alors qu'il ne la trouvait même pas jolie, rien n'était logique. Son cerveau et son sexe n'était absolument pas connecté, ça serait presque inquiétant sans le contexte.
« -Ça te dit qu'on aille chez moi ? Lui chuchota-t-il la voix grave et rauque.
-Tu habites loin ?
-A cinq pas et demi, pouffa-t-il. »
Après avoir passé dix bonnes minutes sur la serrure à rire et à essayer de mettre la clé dans le trou prévu à cet effet, l'irlandais avait entrainé la jeune femme vers sa chambre sans même lui faire visiter. L'appartement était plongé dans le noir et il ne voulait pas réveiller les garçons de toutes manières. Et puis il commençait à s'impatienter sérieusement. Kaleigh se cogna contre l'encadrement de la porte avant d'avoir fait claquer ses talons sur le parquet ciré malgré les avertissement du propriétaire. Elle faisait n'importe quoi, alors qu'elle pouffait une dernière fois, il vint écraser de manière brutale ses lèvres contre celles de l'américaine. Il avait juste envie d'elle et l'alcool avait effacé la partie raisonnée de son cerveau. Sans ménagement, tendresse et douceur, il se fit la brune qui pensait exactement de la même manière que lui.
Par inadvertance, sans y penser, elle releva ses manches pour se laver les mains avant de commencer à couper les légumes pour faire la ratatouille. Comme à son habitude, il observait le moindre de ses gestes, ne pouvant s'empêcher de trouver beau tout ce qu'elle faisait. Elle était sa meilleure amie, et il l'admirait bien plus que ça n'était possible. Ils étaient seuls pendant vingt minutes, après les autres reviendraient de la pâtisserie où ils étaient partis acheter le dessert. Niall ne loupa pas ce détail qui apparu sous ses yeux comme si c'était la seule chose à voir sur elle.
« -Tu peux me passer le torchon s'il te plait ? Demanda Agate distraite. »
Elle releva la tête en remarquant le manque de réaction de la part de son confrère irlandais. Elle suivit son regard avant de se rendre compte de ce qu'il fixait. Elle poussa un juron puis remis son tee-shirt aux manches longues correctement. Il ne parlait toujours pas. Elle avait les deux mains appuyés sur le rebord du plan de travail, la tête baissée vers les courgettes et aubergines qui attendaient sagement d'être coupées. Il n'en revenait pas ... Il pensait que tout allait bien, elle n'avait pas de gros problèmes avec Liam, ses études se passaient pour le mieux, elle allait et venait dans la colocation souvent pour les saluer. Il se leva de son tabouret haut et s'approcha d'elle, posant sa main sur l'épaule de son amie rousse.
« -Agate ... Souffla-t-il. Qu'est-ce qui ne va pas ? Pourquoi tu as fait ça ? Tu veux mourir ?
-Quoi ! Non. Doucement Niall ... Doucement.
-Expliques moi, je ne comprend rien là ...
-Y a rien à comprendre, fit-elle sèchement.
-Dis moi.
-Non.
-Ce n'était pas une question.
-Tu ne comprendrais pas.
-Tu m'expliqueras, répliqua-t-il inquiet. »
Malgré toute sa volonté pour rester de marbre et forte, ses épaules tremblantes la trahirent. Elle ne pouvait pas mentir à son meilleur ami, c'était contre nature et ça avait assez duré.
« -Pourquoi tu fais ça ? Demanda le blond en lui caressant le dos.
-J'en ai besoin. C'est vital. Ça peut paraître fou, insensé et débile, ou dangereux, enfin tout ce que tu veux. Mais j'ai besoin de ressentir la douleur de temps en temps, j'ai besoin de sentir la brulure, les picotements pour ne pas oublier. Je me sens vivante en ayant mal Niall, je me sens presque mieux. Je ne veux pas mourir, ce n'est pas en s'entaillant le bras que l'on meurt, je veux juste me soulager, me décharger ... Je respire mieux après ça, je ne suffoque plus ... Tu ... Je faisais ça quand j'étais seule en Irlande, avec tous ces connards qui m'ont lâchés. Ils les voyaient les cicatrices, aucun n'a dit quoi que ce soit, ils ont tous fait semblant de ne rien voir. Et aujourd'hui ... Aujourd'hui vous partez de plus en plus souvent, de plus en plus loin et de plus en plus longtemps. Elena, mon amie ici est repartie en Écosse, en abandonnant tous ces espoirs d'études pour un putain de con qui ne la mérite pas, ma mère ne ma pas appelé depuis deux mois et puis je suis de plus en plus seule. J'ai besoin de me rappeler que je suis vivante ... Tu ne comprends peut être pas Niall, tu ne fonctionnes pas comme ça, mais j'en ai juste besoin, souffrir ailleurs, c'est tout. Et je me fiche de ton accord ou de tes remontrances, tu n'aurais rien dû voir.
-Et qu'est-ce que tu aurais fait si je n'avais rien vu ? Tu te serais tu encore longtemps comme ça ? Enfin Agate, je suis ton meilleur ami, je suis là pour ça, pour que tu ne sois pas seule, pour t'écouter, te parler, je sers à quoi maintenant ? Je ... Je sais pas quoi te dire pour que tu ne ... Ce genre de chose, c'est ... Effectivement, je ne comprends pas.
-Je ne te le demande pas. Niall, je ne compte plus les jours que je passe en solitaire dans mon appartement sans parler à personne pendant des heures, finit-elle par pleurer. Tu n'y peux rien, Liam non-plus, c'est votre travail. Je ne peux rien vous reprochez, c'est comme ça et les millions de filles qui vous aiment sont bien plus importantes que moi. Je le sais, j'ai juste un peu de mal à l'accepter en ce moment. Arrête de vouloir sauver tout le monde, tu peux pas.
-C'est pas juste ce que tu dis ! Évidemment que tu comptes plus qu'elles. Pourquoi est-ce que les engueulades avec vous c'est toujours à propos de nos fans ? On leur doit tout, ce sont elles qui ont votés pendant X Factor, qui sont venus aux concerts, aux séances de dédicaces, qui ont achetés nos albums, elles nous font vivre notre rêve, et c'est peut être pas évident pour vous, nos amis et petites amies, parce qu'elles ont une place presque aussi importante que vous, mais quand elles vous touchent, vous insultent, c'est nous qu'elles insultent ... Et c'est ça qui fait votre force. On sera toujours derrière vous. Derrière toi Agate.
-Je sais pas Niall ... Je sais pas si c'est suffisant pour que je me sente mieux, haussa-t-elle les épaules en reniflant.
-Liam le sait ?
-Non, mais il le saura dès que tu lui en aura parlé ...
-Je suis désolé Agate, désolé d'être aveugle et ne pas avoir vu que tu sombrais, je ... Je suis con. »
Il embrassa le front de sa meilleure amie, ne cessant de se sentir coupable de ce qu'elle vivait. Comment ces marques rouges qui ne se refermaient pas pouvaient-elles exister ?
Elle détestais bien plus de choses chez lui qu'elle en aimait, mais c'est comme si ça ne comptait pas et la faisait l'aimer encore plus au contraine. Toutes ces mauvaises manies qu'elle n'approuvait pas semblaient disparaître.
