Deux jours plus tard, soit très exactement deux semaines avant le retour en France de William, les cours reprirent pour les deux américains.

Max et William ne pouvaient donc plus se retrouver derrière le sapin l'après-midi, et William recommença à zoner dans les magasins avec ses amis français.

____De son coté, au lycée, Matthew fuyait Max le plus possible, voulant éviter toute conversation. Comme ils n'étaient pas dans la même classe cette année, ce n'était pas trop compliqué. Le lendemain, un ami des garçons organisa une grosse fête chez lui. Matthew fut bien obligé d'y emmener son correspondant, il n'allait tout de même pas le laisser seul chez lui, ça aurait paru louche, et puis il y allait y avoir du monde, il pensait donc que ça ne serait pas très difficile de le laisser avec d'autres gens.

La majeure partie de la fête se passa plutôt bien. Mais évidemment, tout le monde était plus ou moins ivre, y compris Max et William. Matthew, lui, avait décidé de ne pas trop boire, parce qu'il avait peur de refaire une bêtise dans le genre de la dernière fois qu'il avait été bourré. Zonant dans la maison, il surprit Max et William en train de s'embrasser derrière une porte, mais ceux-ci ne le virent pas et il fit comme s'il n'avait rien vu. Mais il remarqua qu'à un moment, lorsque tout le monde était dans le salon à discuter, William était assis sur les genoux de Max, et que personne ne releva quoi que ce soit. Mais il voulait toujours faire comme s'il n'avait rien ressenti, bien qu'au fond de lui il sache parfaitement bien qu'il se mentait à lui même. Il était persuadé que, une fois William retourné en France, tout redeviendrait comme avant.

___Le surlendemain, Matthew rentrait du lycée à pied, comme tous les jours, lorsqu'il entendit un bruit de bagarre dans une rue adjacente. Il s'approcha, par curiosité, et découvrit avec étonnement Max aux prises avec un voyou qui devait faire trois fois sa taille qui lui crachait des insultes au visage.

En moins de deux, le pauvre Max se retrouva acculé au mur, sans pouvoir rien faire pour se défendre.

Il commençait à paniquer sérieusement. Le garçon lui avait sauté dessus et commencé à l'insulter sans qu'il ne sache pourquoi. Là, la situation devenait carrément dangereuse, car le mec n'avait pas l'air commode.

-Qu'est-ce que tu me veux ? Qu'est-ce que je t'ai fais, je ne te connais même pas !

-J'étais à la fête l'autre soir.

-Ah? Tant mieux pour toi ! C'est quoi ton souci ? J'tai vidé ton verre de Whisky à ta place ? Ben désolé vieux, j'ai pas fais exprès.

-Tu vas fermer ta gueule, oui, sale pédé ! Tu crois que je t'ai pas vu, avec ton copain qui à l'air aussi gay que toi !

Matthew, au loin, n'entendait pas ce que se disaient les deux garçons. Il s'approcha de façon a voir sans être vu, et a entendre la conversation. Il entendit Max rétorquer :

-Ouai, je suis homo et alors, c'est ma vie, pas la tienne, okay ? Maintenant fous-moi la paix!

Il esquissa un geste pour s'échapper mais son agresseur sorti un énorme cutter de sa poche et lui colla sous la gorge.

-Toi tu va pas vivre longtemps, crois-moi ! Les gens comme toi, sa devrait pas exister !

Max était en panique totale. Il ne voyait pas comment se sortir de cette situation, il se voyait déjà mort, en train de se vider de son sang dans cette ruelle déserte.C'est alors qu'il vit deux mains jaillir de derrière son agresseur et lui serrer la gorge. L'homme lâcha son cutter en crachotant et en essayant de se libérer. Étant deux fois haut comme Max, celui-ci ne voyait pas qui était derrière, mais il savait que cette personne venait de lui sauver la vie.

-Tu va lâcher ton cutter espèce de salaud, sinan c'est moi qui vais t'éclater la gueule par terre, okay ? T'as pas honte de dire des choses pareilles ? C'est les gens comme TOI qui devraient pas exister ! L'ouverture d'esprit, tu connais ? Espèce de salopard !

L'homme toussait et crachait tout ce qu'il pouvait, son visage virait au violet. Tout à coup il voltigea par terre et Max comprit avec stupeur que son sauveur n'était autre que Matthew.

Mais ce dernier n'en avait pas fini avec l'inconnu de la fête. Il se jeta sur lui et commença à le rouer de coups en l'insultant et en hurlant que si jamais il touchait encore à un cheveux de Max il se retrouvait par trois mètres au fond de la mer.

Lorsqu'il fut sûr que l'agresseur de son ami était hors d'état de nuire, c'est à dire qu'il gisait inconscient par terre, le visage tuméfié et violet, Matthew se retourna vers Max, lui pris doucement la main et lui demanda :

-Sa va ?

Encore sous le choc, Max bafouilla un vague oui et portant la main à sa gorge. Matthew s'aperçut alors qu'il avait une légère estafilade dans le cou, causée par le cutter.

-Viens, lui dit-il, je te ramène chez moi, je vais te soigner.

Max ne comprenait pas grand-chose mais le suivit sans broncher, tentant de réaliser qu'il venait d'échapper à une mort horrible.

___Une fois chez Matthew, il se retrouva assis sur une chaise dans la salle de bain, un coton imbibé d'alcool collé sous le menton.

Matthew le regarda gentiment et lui demanda ce qui s'était passé. Les nerfs de Max lâchèrent sous le choc et il fondit en larmes.

-Je sais pas, hoqueta-t-il, j'ai rien compris, il s'est jeté sur moi et il a commencé à m'insulter, je ne comprenais pas ce qu'il me voulait, et après il a sorti ce cutter, oh my god j'ai cru que j'allais mourir !

Matthew lui caressa les cheveux.

-Lorsque j'ai vu le cutter sous ta gorge, j'ai cru que j'allais le tuer. Sincèrement. J'en aurais été capable.

Vu l'état dans lequel il avait laissé son agresseur, Max n'en doutais pas un seul instant.

Il continua :

-Je n'aurais pas supporté qu'il t'arrive quelque chose.

Il fit une pause, perdu dans ses pensées. Puis il avoua :

-A toi, comme à Will, vous êtes trop importants pour moi. Je suis désolé de m'être comporté comme ça ses dernières semaines, seulement... C'est pas facile, tout ça. Mais te voir là, en danger, comme ça, ça m'a fait réaliser une chose : on a qu'une vie, il faut en profiter, ne pas se poser ce genre de question et juste avancer comme on le sens. Voilà.

Max le regarda en souriant.

-Merci. Merci de m'avoir sauvé. Merci de me dire ça, là, comme ça. Sa fait si longtemps que j'attends ça.

A ce moment, la porte d'entrée claqua. Matthew hurla :

-WIIILLL ON EST LAAA !-C'est qui ''on'' ?

-AVEC MAAAAAX !

-MAAAAAAAAAAAXXXXXXX !!!!

Un bruit de précipitation se fit entendre, suivi d'un énorme BOUM et d'un ''AIEEE'' tonitruant.

-Putain, j'me suis vautré dans l'escalier, j'ai maaaaal au braaaaas ! Geignit William.

Matthew se précipita dans le couloir :

-Attends je vais te soigner !!!

Max éclata de rire.

-Tu devrais devenir infirmier, tu ferais carrière !

-Ah nan, je soigne pas n'importe qui, moi ! Juste vous deux !

Cette réplique provoqua un fou rire général, même si William ne comprenait pas très bien ce qui se passait. Une fois assis par terre, à coté de Max, il demanda :

-Qu'est-ce que t'as au cou ? Vous faites quoi dans la salle de bain ? Et euh... depuis quand vous vous reparlez ?

-Max c'est fait agresser, expliqua Matthew, et je lui ai sauvé la vie et... et voilà et...

Il s'arrêta, baissa les yeux et rougit, ne sachant trop quoi dire sans avoir l'air stupide. Il s'agenouilla et serra William dans ses bras.

-Pardonnes moi. Je suis désolé. I love you.

William croisa le regard de Max et comprit.

-Bien sûr que je te pardonne, Matt. Moi aussi je t'aime.

Sur ces mots il l'embrassa.

Matthew se laissa faire, comme il laissa les deux garçons l'emmener dans sa chambre et lui faire l'amour comme jamais.

Il comprit combien son erreur était grosse, combien cela avait été stupide de sa part de vouloir ignorer sa, oublier ça, alors que c'était tout bonnement impossible, et inutile. C'était si bon.

____Lorsqu'il se réveilla le lendemain, William était heureux comme jamais il n'avait été heureux. Il comprenait enfin le vrai sens du mot '' bonheur'' : être juste là, dans un lit, avec les deux hommes qu'il aimait le plus au monde endormis à ses coté réfléchit. Ouais, il était amoureux de deux personnes en même temps, ouais c'était deux garçons et ouais eux aussi étaient amoureux l'un de l'autre. Mais et alors ? Ça restait de l'amour. Et ils étaient heureux, c'est tout ce qui comptait.