William, lui, avait finalement réussi à se faire un ami, Pierre. Un mec qu'il avait trouvé bizarre au début de l'année mais qui était en fait super sympa. En plus ils n'habitaient pas loin l'un de l'autre et allaient au lycée ensemble.
Ils passaient leur journée à rigoler en cours, se moquant aussi bien des profs que des autres élèves, du coup ils se retrouvèrent avec la moitié de la classe à dos, les autres élèves ne supportant pas leurs ''méchancetés''. Mais William et Pierre disaient qu'ils n'avaient simplement pas d'autodérision.
Un jour pluvieux du mois d'octobre, Pierre débarqua chez William le nez éclaté et le visage couvert de sang. En le voyant, la mère de William hurla et voulu appeler les pompier, la police et les parents de Pierre, mais celui-ci refusa catégoriquement d'appeler qui que ce soit, demandant juste à avoir un truc pour se soigner. Il fit jurer à William et à sa mère de ne parler à personne de ce qui lui était arrivé. Ceux-ci acceptèrent, de toutes façon ils n'avaient pas le choix.
William l'emmena dans sa chambre pour le soigner.
-Pourquoi tu veux pas nous dire ? Elle va pas te mordre ma mère, elle est cool, t'inquiètes.
-Je sais. Mais j'ai pas envie d'en parler.
-Même à moi ?
-Oui, même à toi.
-Mais je croyais qu'on était amis ? Tu me fais pas confiance ?
-Oui, et alors ? C'est pas pour ça qu'on doit forcément tout se dire !
William se sentit blessé. Il le lui aurait dit, lui, si un truc comme ça lui était arrivé. Il s'énerva.
-Oui m'enfin tu débarque chez moi complètement ensanglanté, tu m'excuseras mais je trouve normal de m'inquiéter et de te demander ce qui t'es arrivé ! Si tu veux pas m'en parler fallait pas venir ici !
-Je suis venu chez toi parce que justement on est amis et justement je te fais confiance pour garder ça secret, voilà ! Maintenant si toi t'as envie d'en parler à tout le quartier, vas-y, te gênes pas, mais après, viens pas me parler de confiance et d'amitié ! C'est bon, je vais mieux, merci de m'avoir soigné !
Et il partit.
William ne savait pas quoi faire. Il ne voulait pas perdre son ami. Il était évident qu'il n'avait pas l'intention d'en parler à tout le monde, il s'inquiétait, c'est tout. Déprimé, culpabilisant à mort, il se connecta sur internet, espérant pouvoir parler à Matthew ou à Max, histoire de se remonter le moral. Mais leur conversation le déprima encore plus. Matthew lui demanda s'il s'était trouvé un nouveau petit ami. Mais comment pouvait-il penser à ça, alors qu'il ne pensait qu'a eux tout le temps !
''Tu est en train de me demander si je vous ai oubliés, toi et Max, c'est ça ?''
''Mais non. Simplement je suis réaliste, t'es loin de nous et on ne sait pas quand est-ce qu'on se reverra.''
''Tu aurais été à ma place, c'est ce que tu aurais fait ?''
''Ben...''
William se sentit encore plus blessé. Décidément, tout le monde s'en fichait de lui. Du moins c'est ce qu'il ressentait. Histoire de ne pas en plus s'engueuler avec Matthew, il détourna la conversation et lui raconta ce qui s'était passé avec Pierre.
Matthew tenta de le consoler, mais à travers un ordinateur c'est pas franchement personnel. William avait envie d'être dans ses bras, de sentir son odeur, d'être avec lui, avec Max, tout simplement, mais bien sûr ce n'était pas possible. Déprimé à mort, il se déconnecta et se coucha dans son lit. Prétextant un mal de ventre, il n'en bougea pas de la journée.
Le lendemain, Pierre ne vint pas en cours. William paniqua totalement et ne cessa de lui envoyer des textos sans jamais avoir une seule réponse. Pierre ne répondait pas non plus à ses appels.
En fin de journée, n'ayant toujours pas de nouvelles, il se rendit chez son ami, espérant l'y trouver.
Ce fut le cas.
Mais dans quel état.
Pierre était assis par terre, dans sa chambre, tremblant de tous ses membres, complètement en sueur.
-Putain Pierre, mais qu'est-ce qui t'arrive ?
-T'as pas... 30€... articula ce dernier, entre deux spasmes.
-Euh nan, pourquoi ?
-Putainnnn Will, mais qu'est-ce que je vais devenir ? Je vais mouriiiir !
-Je comprend pas, de quoi tu p...
A cet instant il eu un flash et comprit.
-NAN PUTAIIN PIERRE ME DIT PAS QUE TU TE DROGUES !
Pierre baissa la tête sans un mot, serrant les poings.
William le secoua :
-MAIS ENFIN MAIS T'ES FOU ? POURQUOI TU FAIS SA ? POURQUOI ?
Pierre le regardait, au bord des larmes, dans un état second.
-Il me faut... ma dose... je vais mourir si... j'ai pas ma dose... mais.. j'ai pas de sous... sa fait deux jours que j'ai rien pris.. je vais mourir...
-Mais non, tu vas pas mourir, je vais t'emmener à l'hôpital, ils vont te soigner...
-NON ! Ils vont pas me... soigner, il vont me coller... dans un centre... de désintox... d'où je ne sortirais que... pour finir en... prison ! Je veux pas ! Articula-t-il difficilement.
-Mais qu'est-ce que je peux faire ?
-Trouves-moi... 30€...
Et c'est ainsi que William se retrouva a faire quelque chose qu'il n'avait encore jamais fait : voler dans le porte-monnaie de sa mère.
Lorsqu'il revint chez Pierre, celui-ci n'allait pas mieux. Il saisi les billets, remercia à peine son ami et se rua tant bien que mal dehors, après avoir téléphoné à un inconnu, lui donnant rendez-vous un peux plus bas dans la rue. William le suivit.
-Caches-toi là, lui dit Pierre en désignant une porte cochère, j'ai pas envie qu'il t'arrive une merde.
William fit ce qu'il lui disait, mais observa ce qui se passait.
Un immense black qui devait faire dans les deux mètres arriva et apostropha sèchement Pierre :
-J'espère que t'as les sous, cette fois !
-Il me faut une nouvelle dose, s'il-te-plais.
-T'as des sous ?
-Ouai, 30€, c'est le prix d'une dose... Une nouvelle, s'il-te-plais...
-Pff, t'es vraiment pitoyable, t'as vu dans quel état t'es !
-Je sais. File-moi une dose putain, fait pas chier, j'ai les sous cette fois...
-Et les autres, tu va me les rembourser quand ?
-Quand j'aurais des sous, mais allez, file-moi une dose, j'ai 30€, bordel !
Le black lui tendit un sachet de poudre blanche.
-Je te préviens, si tu me rembourse pas ce que tu me doit, il va encore t'arriver un truc, on dirait que la dernière fois ça t'as pas servi de leçon, petit morveux !
Pierre ne répondit pas et fit demi-tour pour rejoindre William.
-Tu lui doit combien ? Demanda William sur le chemin du retour.
-90€.
-Et... C'est lui qui t'as cassé la gueule hier ? A cause de ça ?
-Ouais. Tu comprend pourquoi je voulais en parler à personne ? Tu comprend pourquoi je voulais pas te le dire ? Pour te tenir à l'écart de ça.
-Oui, je comprend. Mais bon, tu aurais pu me le dire quand même.
Pierre resta silencieux.
Une fois arrivé, Pierre se précipita dans sa chambre, sortit son sachet et sa seringue et se prépara son fix. William l'observait, en silence. Il devait reconnaître que cela le fascinait.
-Il m'en reste un peu, t'en veut ? Demanda Pierre, complètement shooté.
-Euhh, nan, je touche pas à ça moi, j'ai pas envie de devenir accro comme toi !
-T'inquièèèètes, on deviens pas accro à la première prise !
Ils se regardèrent. Pierre souriait niaisement. Il avait l'air si bien, si se dit que bon, si ça lui faisait oublier tout ses soucis, pourquoi pas ? On ne devient pas accro à la première prise, a dit Pierre. Juste une fois, pour voir.
-Okay.
Pierre mélangea dans la seringue le fond de poudre qu'il lui restait et tendit la seringue à son ami.
-Heuu, mais, tu l'as utilisée avant, j'ai pas envie d'attraper le sida !
-T'inquièèètes c'est bon, je suis clean, je fais hyper gaffe et je fais souvent des tests.
Vaguement rassuré, William s'empara de la seringue et s'enfonça l'aiguille sous la peau. Et puis, il eu un léger trou noir. Il revint à lui, mais tout était flou dans sa tête. Pierre éclata de rire. Il ria aussi. Tout allait si bien, tout un coup, il était si heureux. Il n'avait plus de soucis, il était là, avec Pierre. Tout était beau, tout était parfait.
