Cinq jours. Cinq jours qu'il n'avait pas de nouvelles. William avait passé des nuits entières sur son PC, juste pour les voir, juste quelques minutes. Mais rien, rien du tout. L'avaient-ils oublié ? Après tout, ils étaient toujours tous les deux, eux. Alors que lui, il était tout seul dans son petit appartement parisien, sous une pluie battante et déprimante. A San Diego, il y avait toujours du soleil.
Les cours étaient de plus en plus difficiles, William avait l'impression qu'il allait mourir sous le poids du travail à faire. Ses parents étaient partis pour deux jours chez des amis, dans le Sud de la France. Il était seul, perdu et déprimé. Il essaya de se rappeler de ce qu'il avait dit à Matthew la dernière fois qu'il lui avait parlé, qui aurait pu le mettre en rogne contre lui. Mais il ne voyait vraiment pas. Il était parti avant de s'énerver contre lui. Il se rappela de ce qui s'était passé après, le lendemain.
Il eu envie d'être heureux, à nouveau. Que cela cesse, qu'il oublie tout ça, le silence de Max et Matthew, les devoirs qui s'amoncelaient sur son bureau, l'absence totale de ses parents, tous les soucis qui encombraient son esprit. Il envoya un sms à Pierre.
''J'en ai marre. J'aimerai juste être heureux. Juste quelques minutes, goûter au plaisir du bonheur.''
''J'arrive.''
Un quart d'heure plus tard Pierre sonnait à la porte. William lui ouvrit. Son ami avait un DVD à la main.
-Euh? Un DVD?
-Un bon film, y a que ça pour remonter le moral !
William soupira. Il n'avait pas vraiment pensé à ça.
Pierre le regarda et comprit à l'instant où leur regards se croisèrent.
-Non, Will, hors de question. Regarde où j'en suis, moi ! Ne fais jamais ça, ne tombe jamais aussi bas que moi.
-S'il-te-plais, juste une fois ! C'était si bon la dernière fois...
-Ouai, justement ! C'est comme ça qu'on deviens dépendant ! J'ai pas envie que tu devienne un pauvre junkie comme moi, je sais ce que c'est, et crois-moi, c'est pire que tout !
-Pierre, s'il te plais !!!
Mais il resta intraitable.
William sorti une liasse de billets de son portefeuilles.
-Regarde, j'ai largement assez pour se payer une dose d'héro chacun, là. Ma mère m'a filé mon argent de poche.
Pierre regarda les billets avec envie mais refusa.
-Regarde-toi, tu deviens déjà à moitié dépendant !
-Mais nan, juste une fois, juste pour oublier ma vie de merde, j'en ai tellement marre, si tu savais...
-Je sais. Et je sais aussi comment on tombe dedans. Comment on devient accro. Ce qu'on est capable de faire pour avoir juste une dose. Et il est hors de question que tu vives ce que j'ai vécu, ce que je vis. Ça fait des mois que j'essaie de m'en sortir, et c'est certainement pas pour te voir plonger aussi, pas toi.
-Pourquoi ?
-Parce que tu es mon meilleur ami, et que s'il t'arrivais le moindre truc je m'en voudrais jusqu'à la fin de mes jours.
-Mais t'inquiète, il va rien m'arriver ! Juste UNE FOIS. Après, plus jamais, promis.
-Non.
William tenta une autre approche.
-Ca fait combien de temps que tu t'es pas piqué, là ?
Pierre tressaillit. Non, il ne rentrerait pas dans son jeu.
-Depuis hier. Et là, sa va, et je tiens à ce que ça aille encore pendant quelques heures. William lui caressa doucement le bras, au creux du coude, au niveau des légères tâches violettes laissées par de trop nombreuses piqûres.
-T'es sûr que ça te manque pas ? Même pas un tout petit peu ?
Pierre bondit du canapé où ils étaient assis.
-Putain Will tu fais chier ! Donnes moi 60€.
William sourit. Il avait réussi.
Pierre sorti son portable et donna rendez-vous a son dealer au même endroit que la dernière fois. Mais, cette fois, William ne se cacha pas. Parce que c'était lui qui payait. Mais il eu un frisson de peur lorsque le dealer, toujours l'immense africain, leur donna les petits sachets de poudre.
-C'est bien, je vois que tu t'es trouvé un bon moyen de te faire de la thune, hein morveux ? grogna le dealer à l'adresse de Pierre. Tu sais que tu me dois toujours tes 90 foutus euros ! C'est lui aussi qui va te filer le fric ?
William secoua la tête en signe de négation. Le dealer l'impressionnait vraiment.
Une fois de retour chez William, Pierre prépara les seringues en se maudissant de s'être fait avoir.
-Mais je te préviens, c'est la dernière des dernières fois. Tu ne m'auras plus jamais comme ça !
-Oui oui promis.
William était sincère, il ne voulait pas devenir complètement héroïnomane, cela lui faisait peur. Mais là, il n'en pouvait plus de ses soucis, il en avait par dessus la tête et avait juste besoin de lâcher prise quelques minutes.
A nouveau cette impression de voler, que tout allait bien, que rien de mal ne lui arriverait, qu'il serait toujours heureux comme ça. C'était si bon.
