__William attendait son dealer dans la rue. Ils avaient rendez-vous il y a un quart d'heure et il n'était toujours pas arrivé. Il commençait à paniquer. Pierre l'attendait chez lui, et ils étaient tous les deux en manque, a tel point qu'ils n'avaient pas pu aller en cours de la journée, tellement ils étaient mal. Lui, ça allait encore un peu, mais Pierre allait vraiment très mal. Lorsque William l'avait laissé, il était allongé sur le lit de son ami, tremblant, pleurant et suant à grosses gouttes, assommé par le manque de drogue.
Enfin, après 20 minutes, Julien arriva.
-Désolé, j'ai eu un contre temps.
Il ouvrit la porte et William le suivit dans la cave. Il détestait ça, il détestait lui faire ça. Il se souvenait de comment c'était bon, avec Matthew et Max. Mais là, rien que l'idée, cela le dégoûtait. Et tout ça pour une seule dose d'héroïne.
-J'ai pas assez avec une dose, il m'en faut plus.
Julien lui caressa les cheveux. William frissonna.
-Dans ce cas là, c'est plus cher...
William comprit, recula d'horreur mais dit :
-Pour 500g je te laisse mon cul, sa te va ?
-Ca marche.
____William se maudit intérieurement. Qu'est-ce qu'il lui avait pris ? Mais il ne pouvait plus reculer. Et il avait besoin d'héroïne. Il lui en fallait pour lui et pour Pierre. Ils ne pouvaient plus se contenter d'une demi dose par jour. Mais ils n'avaient plus un rond, et Julien n'acceptait plus que le paiement en nature de la part de William. Celui-ci n'avait toujours pas dit à Pierre qu'il vendait sa bouche contre la dope. Et puis là, il ne risquait pas de lui en parler. Il avait honte, il se dégoûtait, mais il n'avait pas le choix.
Lorsqu'il rentra, Pierre se précipita sur lui.
-Ben, t'en as mis du temps, qu'est-ce que t'as fait ??
William n'ouvrit pas la bouche mais sortit le gros sachet de poudre blanche de sa poche.
Pierre siffla de contentement.
-Wouaa, t'as braqué ton fourgue ou quoi ?
-Mais non.
C'était bien pire que ça. Mais il ne lui dirait pas. Sans un mot, il sorti deux seringues, en tendit une à son ami et se piqua. Pour oublier, encore. Car il savait qu'il recommencerai. Il était devenu trop accro. Et c'était si simple, en fin de compte.
____Sous l'emprise de la drogue, tout allait mieux, d'habitude. Mais là, moyennement. William ne parvenait pas à oublier.
-Je vais prendre un bain.
Pierre ne répondit pas, mais vit, malgré la drogue qui lui enfumait le cerveau, que son ami n'allait pas bien.
Les parents de William étaient partis une semaine et demi, son père en voyage d'affaire à l'étranger, et sa mère était en Belgique soutenir une amie à elle qui venait de perdre toute sa famille dans un attentat terroriste. Pierre avait expliqué à ses parents que William se sentait seul, et était venu squatter chez lui pour lui tenir compagnie, et ils pouvaient se droguer tranquille sans que personne ne les dérange.
____Lorsque l'effet de la drogue se fut un peu dissipé, il réalisa que William n'était toujours pas sorti de la salle-de-bains. Il toqua à la porte.
-Je peux entrer ?
-Oui.Il s'approcha de son ami, immobile dans l'eau.
-Sa ne va pas ?
William secoua la tête. Des larmes coulaient le long de ses joues.
-Qu'est-ce qui se passe, Will ?
Le jeune homme se recroquevilla dans la baignoire.
-Rien. Ça va passer. Je... c'est pas grave. Laisse tomber.
-Non. Dis-moi. Je vois bien depuis quelques temps que tu ne vas pas fort. Ça m'inquiète, tu sais ?
William fixa d'un oeil morne son reflet dans le miroir en face, et s'adressant à Pierre à travers le miroir, lui demanda :
-Tu ne t'es jamais demandé comment je faisais pour ramener de la dope alors que j'ai plus d'argent ?
-Euh, je pensais que tu avais trouvé des sous.
En réalité, il n'y avait pas vraiment réfléchi. William avait la drogue, c'est tout ce qui comptait.
-Je ne paie pas mon fourgue avec de la thune, annonça William d'un ton d'outre-tombe.
-Hein ? Mais comment alors ?
-A ton avis ?
-Je ne comprend pas...
-Mais si. Tu sais... Comme ces filles qu'on voit dans la rue la nuit...
-Will, me dit pas que tu.. que tu...
-Si. Et là, tout à l'heure, je lui ai dit qu'une dose, c'était pas suffisant. Alors il a dit... il a dit que dans ce cas il fallait... Il fallait que... que je...
Il ne pouvait pas continuer, c'était trop dur. Il plongea la tête sous l'eau, laissant le temps à Pierre d'intégrer ce qu'il venait de lui dire.
Celui-ci lui ressorti la tête en lui tirant les cheveux.
-Will tu te rends compte de ce que tu viens de me dire !
-Et toi, tu te rends compte de ce que je vis depuis des semaines ? Tous les jours je le fais, tous les jours, pour une putain de dose de 50mg, et là, là il m'a filé 500g, mais tu sais ce que j'ai dû faire ? Et je sais que ces 500g ne feront que la semaine, alors, la semaine prochaine, il faudra que j'y retourne, que je le suive dans cette putain de cave glauquissime et que je le laisse me... Putain de merde ! Je me hais. Je me dégoûte. J'aurais dû t'écouter, il y a quelques mois, quand tu me disais qu'il fallait que je fasse attention, mais je ne l'ai pas fait, parce que j'étais persuadé d'avoir touché le fond. Mais là, aujourd'hui, je suis plus bas que terre.
Pierre lui serra la main.
-On va s'en sortir. J'irai voir ton dealer, et je lui casserai la gueule, comme ça, plus jamais il ne te touchera.
-Ah oui ? Et comment on aura notre dope ? Tu vois un autre moyen de s'en procurer sans fric ? Là on est tranquille pendant une semaine, avec ça. Et voilà. Juste une fois par semaine. Plus tous les jours, c'est déjà ça. Et je ne serais plus obligé d'avaler des tonnes de chewing-gum. Non, finalement, c'est mieux comme ça.
-Mais tu t'entends parler ?
-Ouais.
Il le regarda.
-On a pas le choix, Pierrot, on a pas le choix. Laisses-moi, maintenant, s'il-te-plais, l'eau est glaciale
.____Quelques semaines plus tard, Pierre vint comme tous les soirs chez William pour prendre de la dope. A présent que les parents de son ami étaient revenus, il ne pouvait évidement pas rester, mais ils continuaient de se piquer plusieurs fois par jour. Du coup, ils séchaient les cours un maximum. Ce soir là, lorsqu'il arriva, le sachet était vide.
-C'est pas grave, je vais en chercher, dit William.
-Non, je ne te laisserais pas y aller.
-Si. On a pas le choix, je te l'ai déjà dis. Et puis c'est si facile... dans une demi-heure je suis rentré, ne t'inquiètes pas, tout ira bien.
Et il s'en alla.
___Pierre était désespéré. Savoir que son meilleur ami se prostituait pour avoir leur dope le rendait fou. Il se sentait coupable. C'était lui qui lui avait proposé la première fois. Il savait qu'il allait le regretter. Mais maintenant c'était trop tard, il ne pouvait plus reculer. Il ne voyait pas comment se sortir de cet enfer dans lequel il avait entraîné William. Tout recommençait.
____William serrait le sac au fond de sa poche. Il repensait à l'été qu'il avait passé. Soudain, il eu envie de revenir en arrière, de retrouver les bras de Max et les baisers de Matthew, ces moments qu'ils avaient passés où il ne pensait à rien d'autre qu'à eux, où il était heureux, où il ne se posait pas de questions. Et où il n'était pas enchaîné à cette drogue qui lui pourrissait la vie.
En arrivant, il s'effondra dans les bras de Pierre, en larmes.
-J'en peux plus, Pierrot, j'en ai marre, je veux mourir.
-Ne dis pas ça..
-Je ne veux plus le revoir, je ne veux plus qu'il me touche, j'en ai assez, je ne le supporte plus...
-Alors arrêtes.
-Mais, comment on va faire ?
-On se débrouillera autrement.
William secoua la tête.
-Non, c'est si facile...
-Mais regarde dans quel état tu es ! Tu ne manges plus, ne dors plus !
-Et alors ? C'est tout ce que je mérite. J'avais qu'à t'écouter. Tu ne peux pas comprendre ce que je ressens, tu ne sais pas.
-Mais merde, Will, regardes-toi !
Ce n'était plus un jeune garçon insouciant, c'était une âme en peine. Il était d'un blanc cadavérique, maigre comme un clou, avec des cernes immenses sous les yeux et constamment dilatés par la drogue.
-Tu es dans le même état je te signale !
Pierre ne su quoi répondre. C'est vrai que lui aussi faisait peur à comment se sortir de là ?
