_Quelqu'un frappa à la porte de la chambre.
-Max ? C'est moi, je peux entrer ?
-Oui Maman.
Elle entra, referma la porte et s'assit sur le lit de Max. Celui-ci était à son bureau, en train de réviser une interro de maths pour le lendemain.
-Qu'est-ce qu'il y a ?
-J'aimerai qu'on parle, tous les deux, ça fait un moment qu'on a pas discuté, de mère à fils, comme avant, tu te souviens ?
Quand il était plus jeune, Max s'asseyait souvent près de sa mère, sur son lit, pour lui raconter sa vie. Depuis combien d'années n'avaient-ils pas fait ça ?
-Mais, parler de quoi ? Je vais très bien, tout va bien dans ma vie, j'ai pas de soucis, tu sais.
-Oui mais moi je me fais du souci par rapport à toi.
-Pourquoi ?
-Tu deviens... si différent. Tu as beaucoup changé depuis quelques mois et... Je ne te reconnais plus.
Max soupira. Il savait bien ce que ça mère essayait de lui faire dire. De toute façon il fallait bien qu'il le lui dise un jour. Il vint s'asseoir près d'elle.
-Qu'est-ce qui ne vas pas, Maman ?
-Tu sais qu'avec ton beau-père on se pose beaucoup de questions à ton sujet...
Max ferma les yeux et attendit. Comme sa mère ne disait plus rien, il demanda :
-Quel genre de questions ?
-Eh bien... Tu sais, ton frère, quand il avait ton âge, il lui arrivait parfois de ramener une petite copine à la maison, alors que toi... Jamais. Et puis, la façon dont tu te comportes... Enfin.. disons que...
-Donc, tu penses que je suis gay, c'est ça ?
-Euh, et bien en fait... non pas vraiment, mais...
-Mais si, c'est ça, je le sais. Je ne suis pas stupide.
Il haussa les épaules.
-De toutes façons, c'est vrai, alors, sa sert à rien de te le cacher plus longtemps.
-Quoi ??? Tu en es sûr ?
Max retint un éclat de rire.
-Oui, j'en suis sûr. J'aime les garçons, c'est tout.
Sa mère se leva, toute tremblante, et parti en laissant la porte ouverte. Forcément, même si elle s'en doutait, ce n'était pas facile à digérer. Max alla fermer la porte et s'allongea sur son lit, réfléchissant. Dès lors, plusieurs solutions s'offraient à lui : la première, rester ici et attendre bien gentiment de se faire massacrer par son beau-père, qui était tout sauf ouvert d'esprit. La deuxième consistait à le devancer et à se trancher les veines pour en finir avec la vie immédiatement. Pour la troisième il s'agissait de trouver un moyen de se barrer de cette maison de fou le plus vite possible.
____Vint l'heure du repas. Souffrance garantie pour le pauvre garçon. Il s'assit à table silencieusement, n'osant regarder ses parents. Mais il sentait leurs regards posés sur lui. Il leva les yeux. Son beau-père fronça les sourcils. Il rebaissa les yeux, mort de honte.
-Il y a un problème ? Hasarda Hannah, ne comprenant pas ce qui se passait, ni pourquoi tout le monde était aussi silencieux.
-Ça ne te regarde pas ! Cria son père.
Elle replongea le nez dans son assiette. Max avait envie de disparaître définitivement de la surface de la terre.
L'atmosphère était plus que tendue. Au bout de dix minutes, il bondit de sa chaise.
-J'en ai ras-le-bol ! Vous comprenez jamais rien ! Vous me faites tous chier ! Voilà !
Et il parti, les épaules secouées par les sanglots.
Il s'enferma dans sa chambre et se laissa glisser contre la porte, ravagé par les larmes. Pourquoi ses parents étaient-ils aussi incompréhensifs ? Pourquoi le rejetait-il comme ça ? Il n'avait rien fait de mal, pourtant.
____Vingts minutes plus tard, son beau-père entra.
-Qu'est-ce que tu fais là ? Sors de ma chambre !
-Non ! Il faut qu'on parle.
-J'ai rien à te dire. Tu crois pouvoir me donner des ordres ? T'es même pas mon père !
Son beau-père le gifla violemment. Max s'effondra par terre sous le choc.
-Tu crois que je vais te laisser en paix, peut-être ? Te livrer a tes perversions sans broncher ? Tu peux rêver !
Il lui balança un coup de pied dans l'estomac. Max en eu le souffle coupé. Il voulu crier, appeler au secours, mais son beau père se jeta sur lui et lui colla la main sur la bouche pour l'en empêcher.
-Je vais te dire un truc, petit. Tu vois ta mère, elle allait pas très bien depuis quelques temps, et tu sais pourquoi ? A cause de toi. A cause de ça. Tu fait du mal ta mère, et ça, je ne te le pardonnerais pas, jamais ! Tu devrais avoir honte de faire ce que tu fais, tu mériterait de mourir !
Il le gifla encore et encore. Max saignait du nez.
-Laisses-moi.. Arrêtes... je voulais pas faire du mal à Maman...
-Bien sûr que si tu voulais ! Sinon tu ne serais pas devenu.. ce que tu es, siffla-t-il avec dégoût.
-N... non... je.. j'ai pas... choisi... Bafouilla Max, qui avait de plus en plus de mal à respirer.
Son beau-père lui lança un autre coup de pied, au visage. Max hurla de douleur. Il pensait qu'il allait mourir.
-On a toujours le choix ! Tonna-t-il. Mais toi, tu as choisi la mauvaise voie, et tu vas payer, crois-moi !
Il lui redonna un coup de pied très violent dans le ventre et le laissa là, agonisant sur le sol de sa chambre, en larmes.
____Lorsque ses sanglots se furent un peu calmé, il appela Josh et lui raconta tout, lui expliquant qu'il allait s'en aller, quelque part, loin d'ici.
-Je ne sais pas où aller, mais j'irai loin, alors, je ne sais pas quand je te reverrai. Je suis désolé, je t'aime, mais j'ai trop peur. Il m'a menacé de mort, tu comprend ?
-Oui, oui je comprend. Viens chez moi, à San Francisco. Tu seras tranquille ici.
-Non, il pourrait me retrouver, et je ne veux pas te faire avoir de problèmes, je ne veut pas qu'il t'arrive ce qu'il m'arrive.
-Mais, comment on va faire pour se voir ? Je veux te revoir, Max, s'il-te-plais. Je t'aime.
-Moi aussi je t'aime. Je viendrais te voir, promis.
___Ils raccrochèrent. Cette conversation avec son chéri lui avait un peu remonté le moral, mais il avait toujours aussi peur, et aussi mal. Physiquement, car son nez était sûrement cassé, le sang ne cessai de couler, et il avait toujours aussi mal au ventre. De gros bleus étaient apparus sur ses bras et ses jambes, là où il s'était pris des coups. Mais mentalement, surtout, car il avait naïvement cru que sa mère le soutiendrait. Mais non, elle avait laissé son mari lui casser la gueule sans broncher. Merci maman.
Aux premières heures du matin, vers 5 ou 6h, un caillou frappa la vitre de sa chambre. N'ayant pas réussi à dormir, il avait passé la nuit assit par terre a tenter d'arrêter le sang de couler de son nez. Il se leva et alla voir à la fenêtre. Il aperçu, garé sur le coté, dissimulé par les hauts buissons de sa maison, un vieux minibus jaune. Il ouvrit la fenêtre. Josh se trouvait en bas. Max se précipita hors de la maison.
-Mais qu'est-ce que tu fais là ? Tu es fou d'être venu !Josh failli hurler en voyant dans quel état était Max.
-J'ai bien fais de venir ! Dépêches-toi de prendre tes affaires, on s'en va.
-Mais où ça ?
-Je ne sais pas, on verra. Il est hors de question que je laisse mon connard d'oncle te faire du mal. C'est lui qui t'as fais ça ?
-Oui.
-MAIS JE VAIS ALLER LUI CASSER LA GUEULE A CE SALAUD IL VA COMPRENDRE !
Max le retint.
-Non, ne fais pas ça ! Tu ne fais pas le poids en face de lui, regarde ce qu'il m'a fait ! Je ne veux pas qu'il t'arrive la même chose !
-Alors viens, je t'emmène. Je ne te laisse pas ici, hors de question.
Ils remontèrent dans la chambre de Max, remplirent un sac à dos de vêtements et autres bêtises, Max laissa un mot à son frère lui expliquant qu'il partait, qu'il ne savait pas où, qu'il le tiendrait au courant et qu'il le remerciait pour tout ce qu'il avait fait pour lui, et ils partirent.
Une fois hors de la ville, ils s'arrêtèrent. Ils étaient seulement en train de réaliser ce qu'ils étaient en train de faire.
-Tu es fou, Josh, tu sais ? Tu voles le camion de tes parents et tu traverses toute la Californie, juste pour me sauver.
-C'est parce que je t'aime, et que ça me rendais dingue de t'imaginer tout seul dehors, sans savoir où aller. Alors, au milieu de la nuit, j'ai pris le combi et je suis parti. Comme ça, on est deux à ne pas savoir où aller, mais on a un toit où dormir, et on est ensemble, rien que toi et moi.
Ils se sourirent.
-T'es trop génial, je t'aime !
-Je sais. Bon, maintenant, il faut que quelqu'un te soignes, tu ne peux pas rester comme ça, tu es couvert de sang.
____Ils cherchèrent une pharmacie dans le bled paumé, à la frontière du Mexique, où ils avaient atterrit. Pour éviter que les gens se doutent de quelque chose, Max ne sortit pas du combi et Josh alla acheter de quoi soigner son amant dans la pharmacie la plus proche.
Lorsqu'il revint, Max était à l'arrière du camion, l'observant d'un air circonspect.
-Dis moi, j'ai une grave question existentielle, là. Où est-ce qu'on va dormir ?
Josh le regarda mystérieusement.
-Hahaaa...Il plia la banquette arrière et déroula une sorte de grande planche, puis il monta dessus, ouvrit un placard situé sur le dessus des sièges avant et en sorti un matelas qu'il étala sur la planche. Puis ils lança un regard pervers à Max et lui demanda :
-Est-ce que cela vous convient très cher ami ?
Max le regarda de la même façon.
-Je ne sais pas... Il faudrait le tester pour voir...Josh agita ses pansements.
-Il faudra être patient, j'aimerai d'abord que ton visage retrouve sa beauté originelle...
Max le laissa le soigner sans rien dire. Mais ses blessures, si elles étaient guéries à l'extérieur, restaient béantes à l'intérieur. Il se rendait compte qu'il venait de perde toute sa famille, ce n'était quand même pas évident à admettre.
Mais, pour le moment, il était seul avec Josh, et le reste ne lui importait peu.
