Vendredi après-midi, cours d'anglais. Dans une demi-heure, c'était le week-end. William fixait son bras, distraitement. Dans trois quart d'heure il serait chez Pierre, pour se faire un shoot. Ses parents partaient encore, dès le lendemain, il ne savait où. Il en avait marre, de leur absence. Et s'il mourait, ça leur ferait quelque chose ? Sûrement pas. Ils devaient avoir oublié son existence, tellement préoccupés par leurs soucis personnels.

____La veille au soir, il était arrivé à table complètement shooté, et ses parents ne s'en étaient même pas rendus compte. Ils l'avaient juste cru fatigué. Il n'avait quasiment rien mangé, mais ils n'avaient rien dit. Il maigrissait à vue d'oeil, mais eux ne voyait rien.

Comment était-ce possible d'être aussi aveugle ? Et puis, le sachet d'héroïne était presque vide. Le lendemain il allait falloir retourner à la cave. William se dégoûtait toujours plus, mais il ne voyait pas d'autre solution. Il n'avait plus de sous. Sa mère, trouvant qu'il dépensait trop, avait réduit son argent de poche au minimum, et il avait juste assez pour s'acheter des clopes. Comme de toute façon il pouvait avoir de l'héro sans payer. C'était si simple après simple mais si répugnant. Il avait l'impression d'avoir oublié ce qu'était l'Amour, le vrai, avec un grand A, celui qu'il ressentait quand il était avec Matthew et Max.

___D'ailleurs, quand Matthew lui avait appris que Max l'avait largué, cela ne lui avait rien fait. Il avait été très attristé pour son ami, évidemment, mais c'est tout. Pour lui, ça ne changeait rien, de toute manière.

Il était toujours aussi seul, aussi déprimé, aussi drogué. Il fut sortit de ses pensées par Tom, son voisin, qui lui secouai le bras.

-Ho, faut se réveiller, mec.

-Gnnn, laisses-moi...-Qu'est-ce que t'as ?

-Rien !

-Hey, m'agresse pas, c'est bon, j't'ai rien fais !

-Ouais, désolé. Je suis un peu sur les nefs, en ce moment.

-Bah ouai je vois ça.

Tom le regarda.

-Pourquoi tu dis jamais rien ?

-J'ai rien a dire.

Il regarda sa montre. Plus que 5 minutes.

-Non mais, c'est vrai, tu parles jamais à personne, à part à Pierre.

-Ben ouais et alors ? T'es jaloux ?

Tom haussa les épaules et se tut. A quoi bon lui parler si c'était pour se faire agresser ? William se renfrogna. Non mais pourquoi il venait lui parler, lui ? Bon, ok, il avait peu être été un peu méchant. Il n'avait rien fait de mal, après tout. Et puis, il était gentil. Mais bon. Ce n'était pas le moment.

___Lorsqu'il entendit la sonnerie, il se précipita hors de la classe. Dans le couloir, il pila, se retourna et rejoignit Tom qui sortait.

-Pardon, j'ai pas été cool, tu m'avais rien fais.

Tom sourit et haussa les épaules.

-Pas grave.

-Sans rancune ?

-Sans rancune.

C'est vrai, il aimait bien Tom, c'était une des rares personnes de la classe qui ne le détestait pas ouvertement, au contraire, il avait même plutôt l'air de l'apprécier, alors pourquoi s'en prendre à lui ? Soulagé, il reparti dans l'autre sens rejoindre Pierre qui l'attendait un peu plus loin.

_____Arrivés chez lui, ils s'enfermèrent dans la chambre de Pierre pour leur shoot quotidien. William regarda tristement le sachet vide. Demain.

____Le lendemain, il donna rendez-vous à son dealer avant de voir Pierre, car il savait que celui-ci allait encore tenter de l'empêcher d'y aller.

Ce fut pire que d'habitude. Car cela dura plus longtemps. Mais William ne dit rien, il ne voulait pas prendre le risque de se voir supprimer sa dope.

____En sortant, il s'effondra sur le trottoir, à coté de la porte, et fondis en larmes. Il n'en pouvait plus, c'était trop insupportable.

-Will ? Mais qu'est-ce qui t'arrive ?

Il leva les yeux. Tom. Que faisait-il là ?Mais William n'avait pas la force de chercher à comprendre. Il voulait juste mourir, pour oublier. Il avait si mal. Il ne pouvait s'arrêter de trembler.

Tom lui pris le bras et le releva doucement.

-Viens, j'habite en face.

William, totalement désespéré, le suivit. Tom le fit asseoir dans son canapé et lui apporta une tasse de thé. Il s'assit près de lui.

-Qu'est-ce qui se passe ?

William renifla et but une gorgée de thé, pour se calmer.

-Je ne peux pas le dire.

-Pourquoi ? Je ne dirais rien à personne, promis.

Les larmes recommencèrent à couler sur le visage de William. Tom le serra dans ses bras.

-Hey, sa va aller. Il faut parler, sa fait du bien de parler de ses soucis.

William ne le repoussa pas. Il était bien, là. Il se sentait protégé. Et puis Tom ne lui voulait pas de mal.

-Tu es si gentil avec moi. Pourquoi ? Je ne suis qu'un pauvre gars paumé et déprimé. En plus, j'ai été méchant avec toi, hier.

Tom sourit.

-Tu sais, j'ai vu que tu n'allais pas très bien ces derniers temps, tu es tout pâle et tout maigre, on dirait que t'es en pleine dépression. J'aimerai juste t'aider.

William sourit tristement.

-C'est gentil. Mais... J'ai pas envie d'en parler.

Tom passa un bras autour de ses épaules.

-Okay, je te force pas. Mais, si t'as besoin, tu sais que je suis là, hein ?

-Merci.

____Sans réfléchir, il appuya sa tête sur l'épaule de Tom. Celui-ci le serra à nouveau dans ses bras. Ils restèrent de longue minutes comme ça, sans bouger, simplement secoués par les sanglots de William, qui diminuaient au fur et à mesure.

Le silence fut brisé par la sonnerie du téléphone de William. Pierre.

-Allô ?

-Will, t'es où ? T'es pas chez toi ? Je suis à ta porte mais quand je sonne ça réponds pas.

-Non. J'arrive.

Il raccrocha et se tourna vers Tom.

-Je dois y aller.

-Okay.

Il le raccompagna à l'entrée.

-Tu sais où j'habite, maintenant. Si t'as un souci, si tu veux parler, viens.

-Okay. Merci. T'imagine pas comment ça m'a fait du bien, là.

Tom le regarda en souriant. Tout-à-coup, William eu une furieuse envie de l'embrasser. Il s'en alla rapidement rejoindre Pierre qui faisait le pied de grue devant sa porte.

-Ben t'étais où ?

Cette phrase, anodine, le ramena à la réalité. Sans un mot, il sortit de sa poche le sachet de poudre blanche.

-Oh nan, Will...

-Ben si. Sinan comment on ferait ? Arrête de me dire ça tout le temps, c'est hypocrite. Toi comme moi on sait très bien qu'on a pas le choix.

Lorsqu'il se piqua, William repensa à Tom. Il se dit qu'il aurait peut-être pu lui en parler. Il était si gentil après tout.