William était allongé sur son lit. Il fixait le plafond en pensant à lui. Trois semaines qu'il l'obsédait. Trois semaines qu'il l'observait en cachette pendant les cours, fixant sa bouche avec une envie irrépressible de l'embrasser.

-Pierre ?

Son ami était allongé par terre, sur le matelas qui lui servait de lit lorsqu'il venait chez William quand ses parents n'étaient pas là. Il venait à chaque fois, car il savait que William allait mal et que rester seul chez lui le faisait déprimer encore plus.

-Oui ?

-Je crois que je suis amoureux.

Pierre se redressa.

-Ah bon ? De qui ? Attends, laisses-moi deviner... Le beau blond du cinéma ?

Deux jours plus tôt ils avaient été au cinéma et William n'avait pas arrêté de mater un jeune homme blond qui était juste devant.

-Pff mais non gros nigaud. Non, en fait il est dans la classe.

-Tom ? Il y a qu'à lui que tu parles. Ou alors c'est moi.

-Haaannn mais ouiii c'est toiii je suis raide dingue de toi t'avais pas remarqué ?

-Ah ouai je savais bien que tu passais ton temps à me mater le cul !

Ils éclatèrent de rire.

-Non, plus sérieusement, c'est Tom ?

-Oui...

-Han j'en étais sûr !

-Sa va t'es pas trop jaloux ?

-Ah si à mort, j'ai le coeur brisé, c'est horrible.

Nouveau fou rire. Pierre vint s'asseoir près de William.

-Et, tu penses que t'as une chance ?

-J'en sais rien. S'il aimait les garçons, ça se saurait, non ?

-Pas forcément. Suffit qu'il soit discret. Toi, personne ne le sait.

-Si, toi.

-Normal, tu me l'as dit ! Non mais je veux dire, c'est pas écrit en gros sur ton visage.

-Ouais mais même. En plus il avait pas une copine avant ?

-Peut-être qu'il est bi.

-Non mais de toutes façons s'il aimait les mecs tu le saurais.

Pierre le regarda d'un air blasé.

-Tu sous-entends quoi, là ? Que je me suis tapé tous les mecs du bahut, c'est ça ?

-Roo mais non, voyons !

-Bon bah alors ! Je peux pas tout savoir, je suis pas au courant de tout ce genre de trucs !

-Bahh... je croyais... Vu le nombre impressionnant de garçons et de filles avec qui tu es sorti...

Pierre le regarda d'un air encore plus blasé.

-Non mais sa va oui ! Dis que je suis une pute aussi ! Moi je te dis, vas le voir. Tu seras fixé.

-Ohh oui bien sûr... ''Salut Tom, je suis fou de toi, sa fait trois semaines que je ne pense qu'à toi, j'ai envie de t'embrasser à peu près trente fois par jour, est-ce que tu veux sortir avec moi?'' Non, c'est stupide.

-T'as vraiment aucune notion de drague, toi !

-Euh... Laisses-moi réfléchir... non. J'ai jamais dragué personne.

Pierre lui tapa dans l'épaule.

-J'vais t'aider, okay ?

-Non, il voudra pas de moi de toute façon, t'as vu à quoi je ressemble ? Je suis un zombie.

-Non, un toxico. Pas pareil.

-Ouais, c'est pire. Il va croire que je vais lui refiler le SIDA.

-Dis lui que t'as fait un test. Ça marche toujours. Surtout que c'est vrai.

Tous les mois Pierre le traînait dans des centres pour faire des tests qui se révélaient tous négatifs.

-Pff laisse tomber, c'est mort de toute manière.

-C'est dingue ce que tu peux être défaitiste !

-T'as vu ma vie ? Comment tu veux que je soie optimiste ? Tu vois un truc bien dans ma vie de merde ?

____William regretta vite d'avoir parlé de ses sentiments pour Tom à son meilleur ami, car celui-ci ne cessa de le charrier. Dès qu'ils entraient dans une salle de classe, il lui disait en rigolant :

-Ah non, je me mets pas à coté de toi, je laisse la place à Toooooom...

Au bout de deux jours, William en eut marre et le prévins que s'il n'arrêtait pas tout de suite son cinéma, il ne lui adresserait plus jamais la parole. Il avait bien trop peur que tout cela n'arrive aux oreilles de Tom.

____Ce soir là, ils étaient chez lui, comme d'habitude. Mais pour une fois ils décidèrent de ne pas se shooter. Tenter de passer une soirée entière totalement clean, chose qu'ils n'avaient pas faite depuis des mois. Mais se fut impossible. Vers 1h du matin, ni l'un ni l'autre n'avait réussi à s'endormir, ils gardaient les yeux rivés sur le tiroir où se trouvait rangé la drogue. N'en pouvant plus, Pierre se leva et sorti le sachet et les seringues. Du coup, ils firent une nuit blanche. Et n'allèrent pas en cours le lendemain. Vers midi, le portable de William sonna. Celui-ci répondit, mais il était, avec Pierre, en plein trip.

-Salut c'est qui ?

-Tom.

-Oh saluuuuuut sa va ?

-Moi oui, mais toi ? Pourquoi t'es pas en cours ?

-Euhh, benn, je suis malade. Je reviens demain, ne t'inquiète pas.

-Okay, je suis rassuré. J'avais peur que tu aie fais une bêtise.

-Non non. C'est gentil d'avoir appelé, quand même.

-Ben, c'est normal. A demain, alors.

-Ouais, à demainn !

Pierre demanda:-C'était qui ?

Il eu un large sourire en guise de réponse.

-Aaah. A ta tête, j'ai envie de dire : Tom.

-Ouaiiii même qu'il a dit qu'il s'inquiétait que je sois pas venu en cours.

-Ben tu vois !!

____Un peu plus tard dans la journée, les deux garçons étaient assis dans le salon, planant comme à leur habitude.

-Pierrot, j'ai peur.

-De quoi ?

-De Tom. Qu'il se passe quelque chose entre nous.

-Pourquoi ?

-Parce qu'à chaque fois, je repense à Julien. Et je... j'ai honte. Parce que je ne sais plus, je ne sais plus ce qu'est l'amour.

-Ne t'inquiète pas, sa ira au moment voulu.

-Non. Tout le temps, je sens ses mains sur mon corps, j'en fais des cauchemars la nuit, j'essaie d'imaginer que c'est Tom, mais je n'y arrive pas, toujours, c'est Julien. Et toujours la seule chose qui me fait oublier c'est l'héro. Et toujours j'y retourne. Pour pouvoir oublier, il faut que je continue. Je ne sais pas comment sortir de ce cercle vicieux.

Pierre le serra dans ses bras sans un mot. La détresse de son ami lui brisait le coeur, parce qu'il s'en sentait responsable et était incapable de le sortir de là, encore une fois.

____A chaque fois il y repensait. À ce jour de juillet. Le 10 juillet. Le pire jour de sa vie.

___Il était avec Fred, son meilleur ami. Ils étaient chez ce dernier. Pour se shooter, comme tous les jours depuis 8 mois. C'était Pierre qui avait commencé le premier. Fred l'avait suivi peu de temps après. Ils étaient rapidement devenus accros, et augmentaient les doses toujours plus. Ce jour là, Fred avait réussi, par un réseau de connaissances et beaucoup de chance, à avoir de la cocaïne pure. Mais il étaient en manque total, car cela faisait plusieurs jours qu'ils n'avaient rien pris. Et Fred avait décidé de fêter cette s'étaient fait un énorme truc, un mélange de coke et d'héro, un truc à tomber par terre. Pierre ne se souvenait pas de tout. Il se rappelait juste le trou noir après qu'il aie sniffé, et que, quand il s'était réveillé, Fred était allongé à coté de lui et ne bougeait plus. Il avait fallu un certain temps à Pierre avant de comprendre que son meilleur ami avait fait une overdose, et qu'il était mort. C'était de sa faute. C'était lui qui avait commencé à se droguer, c'était lui qui amenait la dope, au début, et c'était lui qui avait eu l'idée de ce mélange détonnant, pour voir.

____A partir de ce jour là, il avait décidé qu'il allait s'en sortir, qu'il allait arrêter cette merde. Et voilà qu'au lieu d'arrêter, il avait fait plonger William, et que celui-ci était tombé plus bas encore.

Il n'avait jamais parlé de Fred à William. C'était son secret. Personne ne savait qu'il était là aussi au moment de sa mort. Tout le monde avait cru qu'il s'était drogué tout seul dans son coin, car ses parents l'avaient trouvé mort en rentrant. Parce que Pierre était partit. Il avait pris peur, il avait eu peur qu'on l'accuse, qu'on le jette en prison ou en cure de désintox.

____Il aurait peut-être mieux fait d'y aller, en fin de compte. Mais maintenant, c'était trop tard.