William et Pierre étaient assis sur le lit de Pierre lorsque la mère de ce dernier entra dans les pièce.
-Bon les garçons, il faut qu'on parle.
Pierre la regarda, étonné.
-Qu'est-ce qui ne va pas Maman ?
-Je crois que c'est à vous de me le dire. Non mais vous avez vus dans quel état vous êtes ?
-Il serait temps que tu t'en aperçoive, grinça Pierre.
-Ta mère au moins elle voit que t'existes, te plains pas, lui répondit William.
La mère de Pierre se tourna vers lui.
-Pas la tienne ?
Il secoua la tête.
-Non je crois pas. Je crois qu'elle a oublié qu'elle avait un fils il y a longtemps. Depuis que mon père l'abandonne, elle ne me voit plus. Et lui, il n'est pratiquement plus à la maison et ne s'occupe pas de moi non plus.
-C'est pour ça que Pierre passe sa vie chez toi ?
-Oui. Au moins je suis pas seul, je sais qu'il y a quelqu'un qui voit que j'existe.
-Et c'est pour ça que vous vous droguez ?
Les deux garçons bondirent.
-Comment tu sais ??
-Pierre, je ne suis pas si aveugle que ça.
-Humm à bon ? Depuis quand tu le sais ?
-Depuis que le lycée m'a appelée pour me dire que tu n'avais pas mis les pieds en cours depuis une semaine.
Elle regarda William.
-Il ont appelé chez toi aussi ?
Celui-ci haussa les épaules et répondit, le regard dans le vide.
-Sûrement. Il devait n'y avoir personne ou alors ma mère ne s'est pas rendue compte que c'était de moi qu'il s'agissait.
-Mais c'est horrible !
-Maman, l'interrompit Pierre, tu sais, ça fait un an et demi que je prend cette merde. Et c'est maintenant que tu t'en rends compte, alors que justement j'ai arrêté. C'est pour ça qu'on va plus en cours, c'est pour ça que je deviens dingue. Parce que je suis en manque ! Ça fait cinq jours qu'on a rien pris, Maman, CINQ PUTAINS DE JOURS !
-QUOI ? UN AN ET DEMI ?
-Ouai. Et toi, t'as jamais rien vu, rien su.
-Si, j'avais des doutes, quand j'ai appris la mort de ton ami, mais... mais je pensais pas que toi aussi tu te droguais !
Il esquissa un sourire.-Eh si.Sourire qui se transforma en rictus de désespoir.
-Il y a un truc que tu ne sait pas. Que vous ne savez pas. Dont j'ai jamais parlé à personne.
William le fixa avec étonnement :
-Tu as un ami qui est mort d'une OD ?
Pierre hocha la tête.
-Mon meilleur ami. Tu comprend pourquoi je voulais pas que tu en prennes ? Parce que.. parce que..Sa voix s'étrangla.
-Parce que c'est ma faute s'il est mort, voilà !
Sa mère poussa un cri suraigu.
-Mais qu'est-ce que tu as fais ?
Pierre fondit en larmes.
-C'est moi qui lui fournissait la dope, c'est moi qui est commencé et il m'a suivi, parce qu'un jour où j'étais défoncé je lui en ai proposé.
Il se tourna vers William.
-Ca ne te rappelle rien, Will ?
Si. Ce fameux jour d'octobre où Pierre lui avait fait son premier fix.
-Et après, continua Pierre, il m'a suivi. Et puis ce jour là, il avait ramené de la coke et de l'héro. Je ne sais pas où il avait trouvé ça. Je lui ai proposé de les mélanger. Il a dit... il a dit...
Il pleura de plus belle.
-Il a dit que c'était une mauvaise idée, que c'était trop dangereux. Mais j'ai insisté. Je me disais que ça pourrait être marrant. J'ai eu dû mal à le convaincre mais il a fini par accepter. Alors on a tout mélangé et on a tout sniffé. Après, je ne sais plus. Un grand vide noir et quand je me suis réveillé, il était... il était mort...
-Oh mon Dieu... tu ne m'avais jamais dit que tu étais avec lui le jour de sa mort ! S'exclama sa mère.
-Je ne l'ai jamais dit à personne. Je suis parti. Je l'ai laissé là, tout seul, sur son parquet ! Je l'ai abandonné ! Si ça se trouve on aurait pu le sauver ! Et si je l'avais écouté, hein ? Je suis le pire des salauds ! C'est moi qui l'ai tué !
-Non. Il est mort sur le coup, ont dit les médecins, tu ne te rappelle pas ?
Pierre renifla et saisit la main de William.
-Tu comprend maintenant ? Pourquoi j'avais si peur ? Et regarde où tu en es arrivé, c'est presque pire !
-Chuuut ! Tais-toi !
La mère de Pierre regarda le jeune garçon d'un air interrogatif.
-Pourquoi il dit ça ?
-Pour rien ! Il faut que je m'en aille !
Il se leva et s'approcha de la porte, pour s'en aller. Mais la mère de son meilleur ami le rattrapa par le bras.
-Je ne veux que vous aider.
-Merci, mais j'ai pas besoin d'aide !
-Bien sûr que si. Il est hors de questions que je vous laisse dans cet état. Il est de mon devoir de mère de vous aider.
William soupira et retourna s'asseoir sur le lit, près de Pierre.
-Je ne veux pas le dire. C'est fini tout ça. Je ne veux pas raviver la blessure. C'est bon, j'ai assez souffert comme ça ! Laissez-moi tranquille. Je veux juste avoir une vie normale.
-Et tu crois qu'après tout ce qu'il t'a fait tu peux retrouver une vie normale ?
William devint limite hystérique :
-TAIS-TOI PIERRE ! Ne dis pas ça ! Ne parle pas comme ça ! C'est fini maintenant, c'est fini, FINI !
La mère du jeune garçon soupira et dit, doucement :
-Vous allez aller à l'hôpital, d'accord ? On va s'occuper de vous. Vous allez vous en sortir.
Pierre paniqua :
-Non, non ! Pas l'hôpital, non !
-Pourquoi ?
-Je ne veux pas aller en prison !
-Mais vous n'irez pas en prison, gros bêta. On va vous soigner et, quand vous sortirez, vous pourrez retourner au lycée, comme avant. Parce que là, vous êtes en train de foutre votre vie en l'air. Il faut que vous ayez votre bac. Il vous reste un an pour vous rattraper.
