Tout était blanc. Les murs, les draps, le plafond, les portes, les blouses des infirmières, la table et les deux chaises posées en face de leurs lits.
Tout ce blanc, c'était déprimant.
-Pierre... murmura Will, recroquevillé sur son lit.
-Oui ?
-Quand est-ce qu'on va se barrer d'ici ?
-Quand on ira mieux, a dit ma mère.
-Mais quand ? Putain ça fait déjà trois semaines qu'on est là. J'en peux plus là, je craque !
Il se leva et sorti en claquant la porte sous les yeux ébahis de Pierre qui n'avait rien compris.
William devenait de plus en plus lunatique. Il allait très bien et la seconde d'après il se transformait en véritable furie.
____Pierre ne savait pas trop ce qui le rendait comme ça. Le manque de drogue, même s'ils avaient des médicaments, le fait de passer des journées entières sans sortir, de ne voir personne et surtout pas Tom, ou autre chose.
En fait, il penchait surtout pour le "autre chose". William faisait toujours des cauchemars. Toutes les nuits ou presque, Pierre l'entendait pleurer et crier dans son sommeil des choses étranges. Parfois il se battait avec son oreiller et se réveillait en sueur, le lit complètement ravagé. Même s'il ne disait rien, faisait comme si de rien n'était, Pierre savait que c'était Julien qui continuait de le hanter.
____Il sorti et parti à sa recherche dans l'hôpital.
Il fini par le trouver, une demi-heure plus tard, sur le toit, assis sur le rebord.
-Tu ne va pas sauter, hein ? Demanda-il, une lueur de peur dans la voix.
William ne répondit pas. Son ami s'approcha et posa une main affectueuse sur son épaule.
-Ça va aller, hein ? On va s'en sortir, ça va aller mieux. On va sortir d'ici et tu va retrouver Tom et tout ira bien.
William étouffa un sanglot et murmura, plus pour lui même que pour Pierre :
-Non, ça n'ira jamais maintenant, c'est trop tard...
Pierre avait comprit que son ami ne parlait pas de l'héroïne. Il soupira.
-Pourquoi tu n'en parle pas ? Ça t'aidera. Tu ne peux pas rester tout seul comme ça s'en rien faire, avec ça dans la tête.
-Il n'y y a rien a faire.
-Bien sûr que si ! Hey, t'es pas le seul à souffrir tu sais ? Tu imagine ce que je ressens, moi ? Tu sais à quel point je culpabilise ? A quel point je m'en veux de t'avoir entraîné là-dedans, à quel point je m'en veux de n'avoir rien fait pour t'aider et de t'avoir laisser y retourner à chaque fois ? Putain mais si je pouvais revenir en arrière, j'irais le voir et lui casserais la gueule à ce connard pour t'avoir fait des trucs pareil !
Il s'était mis à hurler. Lui aussi était à bout, n'en pouvait plus non plus. De cette culpabilité, de ces remords qui le rongeaient de l'intérieur.
William le regarda et lui pris la main.
-Il ne faut pas. C'est pas ta faute. T'as vu ma vie ? J'aurais fini par en arriver là de toute façon.
Il regarda l'horizon, serrant la main de Pierre dans la sienne.
____Ils restèrent silencieux quelques minutes, le regard perdu dans les nuages oranges, éclairés par le soleil couchant. Puis, William demanda :
-On saute ?
Pierre ne réagit même pas. Il pleurait, lui aussi. Tout cela le rendait dingue depuis trop longtemps.
-Tu t'es jamais dis que ça pouvait être mieux là-bas ? Continua William. Tu t'es jamais dis que la mort pouvait être la seule solution à toute cette merde ?
-Si. J'ai même pensé que je pourrais revoir Fred. M'excuser. Lui dire que je regrette. Que j'aurais jamais dû insister comme ça. Et puis que c'était mon ami. Tu sais, je crois qu'il ne l'a jamais vraiment su. Il pensait que je traînais avec lui juste pour la came. Alors que c'était faux. Mais j'ai jamais trouvé le courage de lui dire ce que je ressentais vraiment. De lui dire que...
Sa voix s'étouffa dans un sanglot. William le serra dans ses bras sans un mot. Parler ne servait à rien dans ces moments-là. Et puis ça faisait du bien, aussi,de pleurer. De pouvoir enfin exorciser ses démons, parler de toutes ces choses qu'on garde au fond de nous et qui nous font souffrir....
