Pour la première fois depuis un mois qu'ils étaient enfermés ici, William et Pierre avaient eu droit à de la visite. Car les médecins estimaient qu'ils allaient de mieux en mieux.

Lorsque Tom entra dans la chambre, les deux garçons se jetèrent sur lui en poussant des cris strident, trop contents de le revoir.

-Toooom ! Tu nous as trop manqué !

Celui-ci sourit et les serra dans ses bras.

-Vous aussi vous m'avez manqué. Surtout toi, souffla-t-il tendrement à l'oreille de William qui ne pu s'empêcher de rougir.

____Ils passèrent l'après-midi assis sur leurs lits, William blotti dans les bras de son chéri, à discuter, comme avant.

Tom leur avait raconté le lycée sans eux, les cours sans intérêt, le bac de français qu'ils avaient loupé et qu'ils devraient repasser en septembre, à moins qu'ils ne redoublent.

Lorsqu'il avait dit ça, William et Pierre s'étaient regardés. Ils avaient d'autres projets, ils ne pouvaient évidemment pas lui en parler.

____L'espace d'un instant, William fut prit de remords. Tom allait souffrir, il le savait. Mais ils n'avaient pas d'autre choix, il le savait aussi. Quoi qu'ils fassent leur culpabilité et leur honte ressurgiraient. Et puis ce n'était pas pour tout de suite, de tout façon.

____Il chassa ces pensées de son esprit et resserra les bras de Tom autour de lui. D'un commun accord, Pierre et lui avaient décidé de ne parler à personne de leur projet secret. Parce qu'il était évident que quiconque l'aurait su aurait essayé de les en dissuader. Aussi il valait mieux ne rien dire et attendre le bon moment.

En attendant, ils passaient le temps comme ils pouvaient, entre les examens médicaux et les rendez-vous chez lepsy.

Car Pierre avait fini par convaincre son ami de parler de ses problèmes, à condition que lui aussi.

Mais c'était un petit jeu totalement hypocrite, car chacun d'eux savait que l'autre parlait de tout sauf de ça.

Ils n'en parlaient plus entre eux non plus. C'était comme si cela n'avait pas existé, mais cela planait au dessus de leurs têtes comme une épée de Damoclès.

____Mais William continuait de cauchemarder la nuit et Pierre de se détester. Parce que de toute façon tout cela ne cesserait jamais, ils le savaient.

Aux psys, ils racontaient qu'ils pensaient de moins en moins à la drogue, ce qui n'était pas complètement faux, qu'ils avaient envie de s'en sortir et de reprendre une vie normale, ce qui, pour le coup, était un immense mensonge. Car jamais ils ne pourraient retrouver une vie normale.

William avait trop souffert. Julien avait réussi à le détruire jusqu'au plus profond de lui-même. Il avait causé en lui des blessures qui jamais ne se refermeront. William était à vif, détestait tout le monde au premier abord, ne parlait jamais à personne. Il n'avait aucun ami ici. Pourtant ils n'étaient pas les seuls ados en désintox. Mais William avait peur de tout le monde, ne supportait pas qu'on le touche et rentrait dans des colères noires dès qu'on le regardait d'un peu trop près. Il semblait persuadé que le monde entier lui voulait du mal.

Pierre, lui, était détruit par les remords et la honte. A cause de ce qui était arrivé à Fred, et surtout à William.

____Parce que Fred, était mort un an plus tôt, on ne pouvait plus rien faire. Mais Will, lui, était toujours bien vivant, mais dans quel état.

Quand il le voyait, Pierre se disait qu'il lui avait bousillé sa vie de façon pire encore qu'il avait bousillé celle de que Fred, car lui n'allait pas trop mal, avant son overdose. Et était mort d'un coup, n'avait rien senti, quelque part. N'avait rien vu, alors que Will s'était enfoncé dans l'horreur chaque jours un peu plus profondément et Pierre n'avait pu qu'assister à sa déchéance sans pouvoir rien y faire. Et William s'était vu tomber. Souvent il avait dit à Pierre que c'était parce qu'il se voyait se détruire qu'il se détruisait encore plus, parce qu'il savait qu'il n'y avait plus aucun moyen de se sortir de ce cercle vicieux.

Et Pierre s'en voulait encore plus, se persuadait toujours un peu plus qu'il n'était qu'un monstre, un meurtrier en finissait par se haïr aussi.

____Le plus comique dans l'histoire, c'est que personne ne s'en rendait compte. Tout le monde cherchait à les sortir de la drogue, mais personne ne s'intéressait ni aux causes ni au conséquences de cette dépendance. Tout le monde ici semblait persuadé qu'ils n'étaient tombés dans la drogue que parce qu'ils avaient voulu essayer, pour les médecins, les infirmières, ils vivaient forcément dans un monde tellement beau qu'ils n'avaient absolument aucune raison de vouloir le fuir, alors que ce n'était pas le cas. Mais tout le monde s'en fichait, de toute façon.