Pierre n'avait pas rêvé. Il avait bien entendu quelqu'un l'appeler.
Il accéléra le pas. Cela venait de par là.Tout en marchant il réfléchissait. William était reparti du self juste avant lui. Et les autres y étaient encore tous quand il avait quitté les lieux. Donc cela ne pouvait être que lui. Mais qu'est ce qu'il avait ?
Il se rappela le malaise de son ami, lorsque le mec bizarre lui avait parlé, et l'air terrifié qu'il avait eu toute l'après-midi.
Prit d'un mauvais pressentiment, il couru au bout du couloir, à la recherche de William. Il entendit un cri et une porte claquer. Il hurla :
-WILL T'ES OU ?
Évidemment, personne ne lui répondit. Paniqué, il frappa à toutes les portes du couloir, mais toutes étaient fermées à clé. Il murmura, pour lui même :
-Putain Will, qu'est-ce qui se passe ?
Il était arrivé tout au bout du couloir, à la dernière chambre. Il allait frapper lorsqu'il entendit un gémissement étouffé. Il ouvrit la porte en grand.
____William était à genoux au pied du lit, les mains attachées au rebord avec des menottes, à moitié nu. Il pleurait toutes les larmes de son corps. Pierre se précipita vers lui.
-Oh putain merde Will !
Celui-ci était incapable d'articuler le moindre mot. Pierre se releva.
-Il est où le fumier qui t'as laissé là ?
La chambre était vide. Au fond, une porte était ouverte. Pierre s'y précipita.
-ESPÈCE DE CONNARD ! Hurla-t-il. JE VAIS TE RETROUVER ET TU VA T'EN PRENDRE PLEIN LA GUEULE, SALOPARD !
Il allait partir à sa recherche lorsque William l'appela faiblement.
-Naaan ne me laisse pas !
Il fit demi-tour, détacha son ami, lui rendit ses vêtements qui traînaient sur lit et le ramena dans leur chambre.
William tremblait et pleurait, toujours aussi paniqué.
-J'ai peur, Pierre, j'ai peur qu'il recommence...
Son ami le serra dans ses bras.
-Non, ne t'inquiète pas. Je suis là maintenant, je ne t'abandonnerais pas, promis.
Il se leva et alla fermer la porte de leur chambre à clé. William se sentit plus rassuré.
____Mais, dans la nuit, il se releva et réveilla Pierre.
-Pierrot, j'ai peur, j'arrive pas à dormir. J'ai peur qu'il revienne...
Pierre lui prit la main.
-Viens. Dors avec moi si tu veux. Ne t'inquiète pas. La porte est fermée, j'ai vérifié, et les fenêtres ne s'ouvrent pas. Tu ne risques rien.
William se glissa à ses cotés. Il n'arrivait plus du tout à contrôler sa peur, il paniquait au moindre bruissement de draps, c'était plus fort que lui.
-Raconte moi, souffla Pierre. Comment tu le connais ?
William frissonna. Jamais il n'avait parlé de ça. Personne n'était au courant.
-Il s'appelle Kévin. C'est... un ami de Julien. Un jour, j'avais appelé Julien pour... de la drogue, enfin comme d'hab' et quand je suis arrivé il était là, avec lui et...
L'évocation de cet horrible souvenir le fit frissonner. Il avait tellement essayé d'oublier ça.
-J'ai peur de ce que tu va me dire, Will... dit Pierre en grimaçant.
-D'accord. J'arrête. C'est pas grave.
-Non, je veux savoir. Il faut que je sache Will, c'est trop tard maintenant.
William soupira et reprit son récit.
-Il avait des menottes à la main. Ils m'ont attaché à des tuyaux. Ils disaient des choses horribles. Kévin, il disait que c'était juste un jeu. Et puis Julien, il rigolait. Il disait que j'aurais plus d'héro après. C'était horrible. J'avais mal partout, je pleurais, et eux, il rigolaient. En plus après, il m'a donné exactement la même dose que les autres fois.
Pierre était horrifié. Il ne savait plus quoi dire. Ça, c'était pire que continua.
-Kévin est revenu, une autre fois. Il avait encore ses menottes. Alors j'ai voulu partir. Mais Julien m'a dit que si je partais, je n'aurais plus jamais de came. Mais j'ai essayé quand même. Alors il ont fermé la porte de la cave à clé. Et ils m'ont frappé, pour que je n'ai plus la force de leur résister. Et puis ils m'ont faire jurer de ne rien dire à personne, sinon, ils me tuaient. Alors je n'ai jamais rien dis. J'avais trop peur, tu comprend ? Heureusement, Kévin ne venait pas souvent. C'est arrivé seulement cinq ou six fois, je ne sais plus.
Il s'arrêta. Pierre reniflait. Il se retourna.
-Tu pleures ?
-Mais si tu savais comme je m'en veux, Will, tout ça c'est ma faute !
-Non, non, il ne faut pas t'en vouloir. Tu m'a sauvé tout à l'heure. Et puis tu ne pouvais pas imaginer ça.
-Mais c'est moi qui t'es entraîné là, c'est à cause de moi qu'il t'es arrivé toutes ces horreurs !
-Non. Je ne veux pas que tu dises des trucs pareils, c'est faux, tu pouvais pas savoir. C'est de ma faute, je n'avais qu'à refuser. J'aurais dû voler des sous, et continuer à le payer avec de l'argent. Toi, tu as toujours été là pour moi, depuis qu'on se connais. J'ai jamais eu d'ami comme toi, tu sais ? Alors je ne veux pas que tu t'en veuilles. Tu as fait tout ce que tu as pus pour m'en empêcher, mais je n'ai pas voulu t'écouter. Tout est entièrement de ma faute.
