Il était tard dans la nuit. Au moins onze heures et demi. William avait veillé à ne faire aucun bruit lorsqu'il avait traversé l'appartement pour aller chercher Pierre à la porte, et dans le sens inverse, pour aller s'enfermer dans sa chambre en compagnie de son petit-ami.
____Ils étaient donc tous les deux dans son lit lorsque la porte de sa chambre s'ouvrit. Pierre n'eut pas le temps de se cacher. C'était trop tard. Le père de William était a demi rentré dans la chambre et les fixait, sans bouger, la bouche ouverte et les yeux agrandis d'horreur.
-Euh... commença William, très mal-à-l'aise.
-Ça ne sert à rien de t'expliquer, coupa son père avant de faire demi-tour en claquant la porte.
William paniqua.
-Je fais quoi maintenant ?
-Tu veux que je m'en ailles ? Demanda Pierre, tout aussi mal-à-l'aise.
William secoua la tête, encore plus paniqué.
-Non ! Restes avec moi !
-Mais euhh tu ne devrais pas plutôt essayer de parler avec ton père ?
William agrippa la main de son amant et le regarda d'un air suppliant.
-Non, restes s'il-te-plait. J'essaierai de lui parler plus tard. Pas maintenant. Je veux juste rester avec toi.
La vérité c'est qu'il avait bien trop peur d'affronter son père pour faire quoi que ce soir qui précipiterai ce face-à-face.
Bien entendu, Pierre resta avec lui. Mais parti très très tôt le lendemain, pour être sûr de ne pas croiser le père de son amant.
____William allait s'en aller au lycée lorsque son père le retint par le bras.
-Toi, tu restes ici.
Le sang du jeune garçon ne fit qu'un tour. Qu'est-ce qu'il allait bien lui dire ? Son père n'avait jamais été un grand violent, mais ce n'était pas non plus une vraie guimauve, si bien qu'il ne savait pas du tout à quoi s'attendre, ce qui était encore plus flippant. Bien qu'au ton de sa voix, cela ne risquait pas d'être super réjouissant.
-Quoi ? Demanda-t-il, la voix tremblante.
Son père le tira jusque dans le salon et l'assit de force sur le canapé.William baissa les yeux, un air coupable sur le visage.
-NON MAIS ÇA VA PAS OU QUOI ? Qu'est-ce qui t'as pris ? Un garçon ? Non mais et puis quoi encore !
-Ben...Il n'y avait rien à répondre à ça. Juste attendre que ça passe. En espérant ça passe.
-Je ne te comprend pas ! C'est à cause de ce qui s'est passé avec ta mère, c'est ça ? Écoutes, je peux comprendre que ça soit difficile à vivre pour toi, le divorce et tout, mais là...
-Ça n'a rien à voir avec toi et Maman. Je l'aime, c'est tout.
Son père s'assit sur la table basse et se prit la tête dans les mains.
-Ah parce que tu l'aimes, maintenant. Non mais qu'est-ce que tu y connais à l'amour toi ? Tu n'as que 17ans ! Ce n'est pas ça l'amour. C'est pas parce que tu rencontre un garçon qui est gentil que ça veut dire que tu l'aime. On aime pas les garçons.
William failli éclater de rire. C'était tellement pitoyable un truc pareil. Non mais d'où il sortait, sérieux ?
-Tu sais, c'est pas le premier. Et sûrement pas le dernier.
-QUOI ? MAIS C'EST DE PIRE EN PIRE !
-Je suis désolé. Mais c'est comme ça. Les filles... non, vraiment pas.
Il se leva prestement et s'enfuit avant que son père n'aie eu le temps de réagir.
____Ce qu'il n'avait pas prévu, c'est ce qu'il se passerait lorsqu'il serait rentré du lycée.
Lorsqu'il rentra dans l'appartement, il découvrit des cartons empilés dans toutes les pièces et encore plus de cartons pliés adossés aux murs, attendant d'être remplis.
-Qu'est-ce qui se passe ici ? On déménage ?
-Exactement.
Oula. Non. Pas ça.
Il fronça les sourcils.
-Mais Papa, pourquoi tu veux qu'on s'en aille, comme ça, paf, d'un coup ? C'est pas possible.
-Je ne veux pas que tu le revoie.
Glaps. William ne s'y attendait pas. Même s'il aurait dû se douter que ça avait un lien avec la scène de ce matin. Un instant il eu envie de hurler et de se jeter sur son père en l'insultant mais quelque chose lui dit que cela ne ferait qu'empirer la chose. Mieux valait tenter une autre méthode.
-Parce que tu crois que ça va changer quelque chose ? Tu peux m'emmener à l'autre bout de la Terre, c'est pas ça qui me fera aimer les filles.
-Je peux toujours essayer, non ?
-Non.
Son père fronça les sourcils.
-Comment ça, non ? C'est pas encore toi qui décide ici ! Tu es chez moi !
-Très bien, alors je m'en vais, annonça William en tournant les talons.
Mais il n'alla pas assez vite et son père le rattrapa avant même qu'il franchisse la porte.
-Tu reste ici et tu va ranger ta chambre et virer toutes les horreurs que tu as collées sur tes murs.
Là, il abusait carrément. Ces horreurs comme il disait, c'était juste des posters de ses groupes préférés. Il y avait des moments où la musique était la seule chose qui le gardait en vie. Alors on ne critiquait pas ça.
Non, ça, s'était avant.
Maintenant, il y avait Pierre. Et ça non plus, on ne le lui enlèverait pas. Certainement pas. Ce serait pire que tout, sinon.
____Il s'exécuta donc sans un mot et parti s'enfermer dans sa chambre, appela Pierre pour lui expliquer la situation relativement critique dans laquelle il se trouvait, et celui-ci lui proposa de venir chez lui, en attendant que ça passe. Il remplit donc un sac de quelques affaires, pris un sac poubelle dans la cuisine et le remplit de vieux papiers. Il sorti dans le salon, planqua son sac à dos dans le sac poubelle et ouvrit la porte.
-Hep, tu restes là je t'ai dit ! S'exclama son père qui ne voulait évidemment pas le laisser sortir. William brandit le sac poubelle plein :
-Je vais juste jeter ça dans le local à poubelle, je remonte.
Son père soupira mais le laissa sortir.
Une fois dans la cave, William récupéra son sac, enfourcha son vélo et s'enfuit jusque chez Pierre.
____Mais maintenant qu'il était là, il faisait quoi ?Il était évident qu'il n'allait pas pouvoir rester indéfiniment chez son boyfriend.
Il allait falloir trouver une solution. Et vite.
