Je crois
Que je n'ai jamais été aussi près de haïr quelqu'un
Que lorsque j'ai aperçu sur cette image
Celui qui dans le passé a été mon ami, mon frère
Le seul de ma race qui me reste à présent
Se promener main dans la main
Avec toi

Rose, pourquoi es-tu dans ses bras?
Rose, pourquoi lui souris-tu?

Tu m'as pourtant dit sur cette plage, le visage en pleurs
Trois mots que depuis j'ai gardés au fond de mes coeurs
Et qui m'ont permis de tenir malgré notre séparation

Rose, aurais-tu choisi de m'oublier?
Rose, aurais-tu décidé de ne plus m'aimer?


Coeurs qui s'interrogent, coeurs qui doutent, coeurs qui souffrent


ㅡ Je la croyais enfermée dans le monde parallèle, fit Jack.

Le Docteur se taisait, le regard rivé sur l'écran géant qui pourtant était passé aux autres nouvelles de la journée.

ㅡ Qu'elle ne pouvait pas s'en échapper, insista l'homme immortel. Alors comment se fait-il qu'elle soit ici?

C'était la question que se posait également le Seigneur du Temps, cependant ce n'était pas ce qui le préoccupait le plus.

Le Maître tenait Rose. Elle était en son pouvoir, autant dire qu'elle était en grand péril. Et si son adversaire réalisait ce qu'elle représentait pour lui, le danger risquait d'augmenter de façon exponentielle.

Non... Inutile de se voiler la face, il devait déjà être au courant de qui elle était. Le Tardis archivait tout sur ses passagers, qu'ils soient occasionnels ou réguliers.

ㅡ Docteur... appela Jack, dans l'espoir de le sortir de son mutisme.

D'un geste brusque qui témoignait de son exspération, le Gallifréen s'ébouriffa les cheveux en déclarant sur un ton irrité.

ㅡ Je l'ignore, Jack, je l'ignore vraiment. Vous pensez que je resterais là les bras ballants si je savais quoi que ce soit!

Martha regarda tour à tour le Docteur et le capitaine, évitant de prendre part à leur conversation. Bien qu'aucun des deux n'aient clairement nommé l'inconnue de l'écran, deux indices avaient suffi pour qu'elle comprenne de qui il s'agissait: "blonde" et "le monde parallèle". Mais même sans cela, l'expression du Docteur lui avait délà mis la puce à l'oreille. Son ami extraterrestre allait enfin pouvoir retrouver Rose auprès de laquelle il n'avait cessé de languir. En bonne camarade elle devait donc se réjouir pour lui, n'est-ce-pas? ...N'est-ce-pas? Alors pourquoi ce goût amer dans la bouche?

A cet instant retentit la sonnerie de son portable qu'elle décrocha avec un certain soulagement, heureuse que cette interruption l'ait empêchée de poursuivre plus en avant l'introspection.

ㅡ Oui?

Une voix mielleuse s'éleva à l'autre bout du combiné.

« Martha Jones. Piètre étudiante qui délaisse ses études pour suivre partout son cher Docteur. Votre fainéantise mériterait un F, ne pensez-vous pas? »

ㅡ Harold Saxon...

En entendant cela, le Docteur prit immédiatement le téléphone des mains de Martha.

ㅡ C'est moi.

Phrase dite posément, que le Maître salua par une joyeuse exclamation.

« J'ai failli attendre, Docteur! Maintenant que tu es là, le spectacle va enfin pouvoir commencer! »

ㅡ Non, arrête ça. Quel que soit ce que tu as prévu de faire sur Terre, il faut que tu arrêtes.

« Allons, détends-toi. Ce n'est rien d'autre que notre petit jeu habituel. J'essaie de dominer le monde et tu tentes de me stopper. Comme au bon vieux temps, hmm? »

ㅡ Sauf que tout a changé, Maître. Car Gallifrey n'existe plus.

Silence de l'autre côté du fil. Puis le Maître reprit au bout d'un moment.

« ...Les Daleks? »

C'était un chuchotement à peine audible, où toute trace de sarcasme avait disparu.

ㅡ Morts aussi.

« Et toi, tu es en vie. »

Ce n'était pas une constatation, mais une accusation. Le Docteur ferma les yeux et répondit douloureusement.

ㅡ Je n'ai pas choisi de l'être.

« Félicitations. » grinça-t-il. « Tu as gagné la Guerre du Temps. »

ㅡ Non, j'ai perdu... Tout le monde a perdu.

Il marqua une pause avant de continuer avec une sorte de ferveur.

ㅡ Tu vois où nous en sommes? Il ne reste plus que nous deux dans tout l'Univers, rien que nous deux. Nous battre l'un contre l'autre n'a vraiment aucun sens!

Peut-être que cette fois-ci allait-il réussir à lui faire comprendre. Peut-être que cette fois-ci parviendrait-il à le guérir de son obsession de pouvoir et de domination.

Le Maître éclata d'un rire aussi subit que dément.

« Oh si, Docteur. Au contraire, ça en a plus que jamais. Désormais plus personne ne pourra contrecarrer mes projets... dès que je me serai débarrassé de toi. »

Le faible espoir qui s'était germé dans l'esprit du Docteur s'éteignit et c'est avec lassitude qu'il répliqua.

ㅡ Soit. Si c'est ce que tu souhaites, affrontons-nous. Mais je t'en prie, ne la mêle pas à ça.

Pas elle. Tout mais surtout pas elle.

« Qui donc? »

Ignorance admirablement feinte, qui toutefois ne dupa nullement l'autre Gallifréen.

ㅡ Tu le sais très bien.

« Nomme-la, Docteur. Ou aurais-tu oublié comment elle s'appelle? »

Il inspira profondément avant de lâcher d'un ton égal.

ㅡ Rose Tyler. Laisse-la en dehors de cette histoire, c'est entre toi et moi.

Ces paroles furent accueillies par un ricanement de la part du Maître.

« Tu en parles comme si je la retenais de force afin de m'en servir contre toi. L'idée qu'elle puisse être avec moi de son plein gré ne t'est-elle jamais venue? »

Son interlocuteur se tenant coi, il poursuivit sur sa lancée avec une malveillence presque puérile.

« Mon pauvre Docteur, il faut absolument que tu cesses de te prendre pour le centre de l'Univers. La raison pour laquelle ton ancienne compagne demeure à mes côtés ne te concerne ni de près ni de loin. »

ㅡ Qu'est-ce que tu insinues?

« Que nous sommes ensemble parce que nous nous aimons. Au fait, le mariage est pour bientôt. Est-ce que je te mets sur la liste des invités? »

OoOoO

Devant le moniteur de son ordinateur, le Maître jubilait en savourant l'effet produit par sa dernière déclaration. D'après l'image captée par une caméra de surveillance, l'autre Seigneur du Temps paraissait accuser sérieusement le coup.

Que ressens-tu, Docteur? songea le Maître. De la jalousie? De la peine? Non, il est encore trop tôt pour ces sentiments-là puisque tu doutes de la véracité de mes propos. Mais ça viendra. Je t'ai pris le Tardis, la Terre ne tardera pas à l'être, et lorsque tu te rendras compte qu'elle aussi tu l'as perdue à jamais, que te restera-t-il? Que de la colère et de la haine, qui te consumeront tout entier comme elles me consument à chaque instant. Alors seulement tu seras un adversaire digne de ce nom, prêt à entamer cette ultime partie avec moi, et non un mouton bêlant que tu es pour le moment.

Mais en attendant...

Tout en tapant quelques consignes sur le clavier, il engagea à nouveau la conversation.

ㅡ C'est que j'ai besoin d'un témoin pour la cérémonie et je me suis dit que tu pourrais faire l'affaire... Mais tu es tout pâle, Docteur. Aurais-tu pris un coup de froid?

Sur l'image retransmise par le système de la vidéosurveillance, il vit le Docteur avoir un haut-le-corps et se mettre à chercher hâtivement des yeux l'appareil qui le filmait. Ses deux comparses - cette intelligente pourtant idiote de Martha et Jack le toutou fidèle à son Doc - observaient ses faits et gestes sans comprendre.

Il finit par trouver la caméra qu'il détruisit d'un coup de tournevis sonique. Ouh là, siffla le Maître, ce qu'il pouvait être soupe au lait, parfois!

ㅡ Ca, c'est de la destruction du matériel de l'Etat! s'exclama-t-il en basculant sur une autre caméra. Un crime des plus graves, vu le déficit budgétaire dont souffre actuellement le gouvernement. Sais-tu au moins combien coûte une de ces merveilles technologiques?

Le capitaine attrapa le Docteur par le bras pour lui indiquer l'écran géant. Il venait de découvrir l'avis de recherche qui faisait passer le trio pour des criminels les plus dangereux de tout le pays selon les directives données par le Maître à toutes les chaînes de télévision.

ㅡ Te voilà ennemi public numéro 1, badina-t-il, amusé par leur réaction. Que vas-tu faire, maintenant, Docteur? T'enfuir?

Il entendit un "courez!" à travers le combiné et la communication fut coupée. En suivant leur fuite via le moniteur, il se mit à fredonner tout bas.

ㅡ Fuyez, mes petites souris, fuyez autant que vous pouvez. Mais vous ne trouverez refuge nulle part dans ce royaume qui m'appartient... Et bientôt, ce sera le cas pour toute la planète.

Il ricana sans retenue avant de reprendre le fredonnement... qui ne dura pas. Il mourut sur ses lèvres, aussitôt remplacé par des cliquetis des doigts frappant une surface solide d'un rythme régulier.

Ta da da dam

Quatre coups, résonnant dans le silence de la pièce comme un appel à la guerre.

Ta da da dam, ta da da dam

De plus en plus vite.

Ta da da dam, ta da da dam, ta da da dam...

De plus en plus lancinant.

N'y tenant plus, il se releva avec précipitation. Il fallait qu'il la voie, la seule personne qui était capable de calmer ces roulements de tambour qui l'obsédaient jour et nuit. Alors qu'il allait sortir de son bureau, il se heurta à Yumi Tanaka: c'était sa secrétaire personnelle et son bras droit.

ㅡ Monsieur, commença-t-elle de façon monocorde, le ministre de la Défense demande à être reçu sur le champ.

ㅡ Dites-lui de revenir demain.

ㅡ Il exige des explications à propos du projet New Eden, et je crois qu'il ne s'en ira pas avant de les avoir obtenues.

ㅡ Vous n'avez qu'à l'assommer, rétorqua-t-il sèchement. Comme ça, il se tiendra tranquille jusqu'à demain.

Il s'éloigna sans ajouter un mot de plus. La jeune asiatique considéra longuement le dos de son patron avant de répliquer d'une voix dénuée d'émotion.

ㅡ A vos ordres, monsieur.

OoOoO

Elle éteignit la télévision qui depuis tout-à-l'heure diffusait en boucle des nouvelles sur les trois criminels en fuite. Elle se leva et se pencha sur le vase qui contenait un bouquet de roses blanches fraîchement cueillies. Koschei lui en offrait quotidiennement, ces fleurs immaculées qui embaumaient le salon de son parfum suave, pour ne pas dire entêtant. Elle était en train de le humer lorsque des bras se refermèrent autour de sa taille et l'étreignirent. Elle voulut se retourner.

ㅡ Ne bouge pas, gémit-il en enfouissant la tête dans ses cheveux. Reste ainsi, rien qu'un petit moment.

Reconnaissant les symptômes pour les avoir vécus maintes fois, elle superposa ses mains sur celles du Maître qu'elle caressèrent de manière apaisante.

ㅡ Qu'est-ce qui s'est passé? interrogea-t-elle.

Il se mit à murmurer des paroles quasi-inintelligibles et elle dut se concentrer pour comprendre ce qu'il racontait.

Il parlait d'une planète qui avait été le berceau d'une race si ancienne que sa création remontait à la nuit des Temps. De son ciel d'un rouge vermillon et de ses pâturages qui reflètaient la même teinte. Du mont de la Perdition, nommée ainsi parce qu'on se perdait en admirant sa beauté. Du continent de la Tentation sauvage où la mère nature montrait son côté le plus sublime.

ㅡ Ca doit être un endroit magnifique, fit-t-elle avec douceur.

ㅡ A été. Il n'existe plus.

ㅡ ...Je suis désolée.

ㅡ Tu n'as pas à l'être, affirma-t-il. Moi, je ne le suis pas. Je m'y suis jamais plu...

Rejeté par son propre peuple et réprouvé parmi ses pairs. Il n'avait donc aucune raison de regretter la disparition de Gallifrey. Non, pas la moindre. Et pourtant un trou béant s'était ouvert dans ses coeurs quand le Docteur lui avait appris la nouvelle. C'était absurde...

Mais pourquoi s'en étonner? De toute façon, la vie elle-même était une absurdité, surtout si on considérait le fait que les deux survivants soient des ennemis jurés.

Elle sentit qu'il était secoué d'un rire convulsif. Il riait, riait... Toutefois elle crut y discerner une sorte de sombre souffrance. Alors elle se comporta comme à chaque fois qu'il traversait une de ses crises. Sans rien dire elle se contenta de rester dans ses bras, lui transmettant un peu de sa chaleur humaine. Pour qu'il sache qu'il n'était pas seul, qu'elle était là, avec lui.

Il la serra plus fort, tel un naufragé qui s'accroche à une bouée de sauvetage. Car c'est ce qu'elle était, son unique point d'ancrage dans la mer de folie qui le submergeait de temps à autre. Quand il était avec elle, les bruits de tambour s'atténuaient, lui offrant une paix qu'il n'avait pas connue depuis des siècles. S'il ne l'avait pas rencontrée...

Tandis qu'il retrouvait peu à peu son équilibre mentale, le souvenir de leur première rencontre lui revint en mémoire. C'était il y a environ un an de cela...


ㅡ Délire de l'auteur ㅡ

Pour ne pas changer, Asadal est devant son ordinateur à s'arracher les cheveux car l'inspiration la fuit. Apparaît alors Ten, le regard sévère.
T ㅡ Qu'est-ce que je t'ai fait pour que tu me tortures ainsi dans ta fic?
A ㅡ Tu veux vraiment que je te le dise?
T ㅡ Oh oui, je serai curieux de le savoir.
A ㅡ Fin de saison 2, tu n'as rien fait pour ramener Rose. Fin de saison 4, tu l'as renvoyée dans le monde parallèle.
T ㅡ Mais ça, c'est la faute aux scénaristes et non la mienne.
A ㅡ (ne l'écoutant pas du tout) Et enfin, dans The End of the Time, tu t'es régénéré en abandonnant tous tes fans dans le plus noir des désespoirs. Espèce de traître!
T ㅡ Mais ça non plus, ce n'est pas... (soupir) D'accord, je plaide coupable. Qu'est-ce que je dois faire pour me faire pardonner?
A ㅡ (bavant un peu, oh rien qu'un petit peu) ...Un gros câlin?
Ten déglutit et recule de quelques pas.
A ㅡ (suppliant) Un petit câlin, alors?
T ㅡ Je préfèrerais encore que tu continues à me torturer dans tes écrits...
Il tourne le dos et s'enfuit comme si sa vie en dépendait.
A ㅡ Nooon! Reviens, Docteur! Sinon je veillerai à ce que dans l'épilogue tu te retrouves dans le même lit que le Maître!