William entra dans le studio, portant un carton deux fois plus gros que lui.
-Ta mère est vraiment géniale, tu sais ça ?
Pierre rit et enleva le carton des bras de son amant.
-Oui. Tellement géniale qu'elle a payé des déménageurs pour faire ce que tu fais. Et eux ils sont grands et forts et ils ne risquent pas de se démonter le dos, okay ?
William le poussa sur le lit (seul meuble entier qu'ils avaient pour l'instant).
-Insinuerais-tu que je ne suis ni grand ni fort ?
Pierre lui lança un sourire pervers.
-Ça dépend de quoi on parle....
-Chuuut ! On est pas seuls !
-Quoi, t'as peur qu'ils soient jaloux ??
Ils éclatèrent de rire. Puis, Pierre se releva et alla sur la terrasse. William le suivit et passa ses bras autour de la taille de Pierre.
-T'imagines ce qui nous arrive ? Demanda celui-ci. Ayais, on est chez nous. Chez nous rien qu'à nous. Et ici, il y aura jamais personne pour nous embêter ou nous reprocher quoi que ce soit.
-Non, je réalise pas encore. C'est tellement trop bien que j'ai du mal y croire. Comme si c'était trop beau pour être vrai.
-T'avais raison, ma mère est vraiment géniale ! XD.
____En effet, c'était la mère de Pierre qui avait trouvé cet appartement en location, au dernier étage d'un immeuble parisien non loin du lycée des garçons, c'était elle qui payait le loyer, et c'était elle qui avait convaincu, Dieu sait comment, le père de William d'accepter de signer tous les papiers (William n'étant pas encore majeur) et qui l'avait aussi convaincu de payer l'eau, l'électricité.. etc.
C'était la seule solution qu'ils avaient trouvé. Mais c'était la meilleure. Ils étaient enfin libres. La seule condition qui leur avait été imposée était celle du lycée. Ils devaient réussir leur études. Pour le reste, ils étaient libres. Que demander de plus ?
Peut-être juste de la reconnaissance.
____Parce que, si en apparence tout allait bien, ce n'était en réalité pas réellement le cas pour William. En effet, il savait pertinemment que si son père avait accepté tous ces trucs, c'était uniquement pour ne plus jamais entendre parler de son fils.
Il avait beau se dire que cela ne le dérangeait pas, que de toute façon s'il ne le comprenait pas, valait mieux qu'ils ne se parlent pas, il le vivait quand même assez difficilement.
____Il avait lui-même décidé de couper les ponts avec ses parents, parce qu'il leur reprochait de ne jamais s'être occupés de lui. Peut-être que s'ils avaient été plus présents, il ne serait pas tombé dans la drogue et n'aurait jamais eu à subir tout ça. Mais en même temps, il ne pouvait s'empêcher de continuer à espérer qu'un jour cela changerait et qu'ils redeviendraient une famille unie, même si son père ne lui parlait plus et que sa mère vivait avec un autre homme dans un autre pays.
____Et Pierre voyait bien que tout cela minait son amant, mais il ne savait pas quoi faire pour l'aider. C'était dur.
Un jour, lorsqu'il rentra du lycée, William était déjà là et était assis sur la terrasse. Il pleurait.
-Qu'est-ce qui se passe ? Demanda Pierre.
William haussa les épaules.
-Ça me saoule, tout ça. Je comprend pas ce qu'il a contre moi. Qu'est-ce que ça peut bien lui faire bordel ?
Pierre le serra dans ses bras.
-Hey. Ça va aller, t'inquiète pas.
-Mais non ça va pas ! Tu peux pas comprendre, toi, ta mère, elle a rien dit du tout !
Pierre grimaça.
-Ça, c'est ce que tu crois. Je dirais plutôt qu'elle a fini par comprendre, à force.
-C'est pareil. Et puis merde ! Pourquoi est-ce que moi j'aurais jamais le droit d'avoir une vie de famille normale ? Pourquoi est-ce qu'il faut toujours qu'il y aie quelque chose qui n'aille pas !
-Mais si, tout finir par s'arranger, tu verras. Et puis moi, je suis là.
Il l'embrassa doucement avant de murmurer :
-Je t'aime William. Jamais je te laisserai tomber, promis.
