Est-ce un fou, est-ce un génie
Je ne peux le dire
Il prétend m'aimer, en est-il de même pour moi
Je ne le sais

Ma seule certitude
Est qu'il est le seul point d'ancrage
Dans ce monde dont je ne me souviens plus
Il est l'unique être qui me lie
A cette réalité qui me semble étrangère

Alors je ne peux le quitter
Et le laisser sombrer
Dans la mer de folie qui le menace

Mais au lieu de le sauver il m'entraîne
Dans la démence qui est la sienne
Je me noie avec lui
Je coule
Je coule
...


Trahison?


Le bleu sombre nocturne céda peu à peu la place à la pâleur dorée de l'aube. Assise sur le canapé, Rose contempla un long moment les premiers rayons du soleil qui filtraient à travers les rideaux avant de jeter un bref regard vers celui qui encore une fois s'était endormi sur elle, se servant de ses jambes en guise d'oreiller. C'était le résultat d'une énième crise qu'elle avait dû apaiser en le serrant dans ses bras et en le réconfortant avec de douces paroles.

Qui pourrait croire en le voyant à cet instant précis qu'il était un tyran sanguinaire aspirant à la domination du monde? Il avait l'air d'un ange quand il dormait ainsi. Un ange solitaire et blessé, pour lequel elle ne pouvait s'empêcher d'éprouver un besoin de consoler et de protéger. Et c'était l'une des raisons qui faisait qu'il lui était impossible de le repousser ou de le quitter. Rose ne se sentait tout bonnement pas capable d'abandonner quelqu'un dans la détresse, même si la personne en question souffrait d'une sérieuse psychose.

Cette fois, les bruits du tambour avaient mis du temps à s'estomper, ce qui avait valu à Rose une nuit blanche. En étouffant un baillement discret, elle repensa à ce qui avait déclenché cette crise particulièrement violente: la dispariton de sa planète natale du nom de Gallifrey. Apprendre cette nouvelle l'avait affecté, lui montrant qu'il n'était pas après tout le monstre au sang froid qu'il semblait être... Mais ce qui intriguait Rose, c'était de savoir comment il avait été mis au courant. Ce n'était pas comme s'il existait une chaîne télé qui diffusait quotidiennement les nouvelles concernant d'autres galaxies: "Nous interrompons notre programme pour un flash spécial. Hier soir, Gallifrey a été détruit au terme d'une guerre qui dure depuis... Reportage par notre envoyé spécial..." Elle secoua la tête pour endiguer son imagination débordante et réfléchir à une alternative plus vraisemblable.

Il avait parlé de revoir une vieille connaissance... Un autre Seigneur du Temps? Etait-il aussi cinglé que celui-ci? Dans le cas contraire, elle pourrait peut-être lui demander de l'aide pour l'arrêter dans ses projets de...

Une main caressante vint lui effleurer la joue.

ㅡ A quoi penses-tu ?

Le Maître s'était réveillé et l'observait avec une sérénité peu coutumière. Il devait se trouver dans une phase qu'elle avait baptisée "sain d'esprit", où il se comportait d'une façon à peu près normale.

ㅡ A un moyen de te stopper, répondit-elle posément.

Au lieu du sarcasme habituel, il eut un sourire indulgent. Oui, pas de doute, il était en mode raisonnable.

ㅡ Pas encore découragée?

ㅡ Jamais je ne le serai.

ㅡ Et si je te disais que la seule manière d'y parvenir est de me tuer?

Elle écarquilla les yeux, choquée par une telle idée. Devant son mutisme, il reprit sur un ton plein de mélancolie:

ㅡ En es-tu capable, Rose?

...Le tuer?

Le temps suspendit son cours, tandis qu'il attendait patiemment sa réponse... Une réponse qui ne vint pas, qu'elle ne pouvait pas fournir.

ㅡ Il suffirait de deux balles, une dans chaque coeur. Ca m'empêcherait de me régénérer.

Il n'avait l'air de plaisanter. Ca ne pouvait pas être une plaisanterie quand on parlait avec autant de sérieux.

Non, finalement, elle s'était trompée: il n'était pas en mode raisonnable.

ㅡ Il y a un revolver dans le tiroir du haut de mon bureau. Ou le tournevis laser que je garde toujours dans ma veste. Oui, voilà ce qui serait mieux. Tu n'aurais qu'à me le prendre pendant mon sommeil et tirer deux fois...

ㅡ Arrête, articula-t-elle avec difficulté.

Il se tut.

ㅡ Jamais je ne ferai un truc pareil et tu le sais. Alors arrête.

ㅡ Mais moi je ne m'arrêterai pas, Rose. Je ne peux pas m'arrêter, pas tant que...

...Ces roulements de tambour réclameront leur dose de massacre et de sang, acheva-t-il en son for intérieur. La présence de la jeune femme les atténuaient, certes, mais ne les effaçaient pas totalement. Ils étaient toujours présents en lui, tapis quelque part dans sa tête, et profiteraient de la moindre occasion pour se remettre à le tambouriner.

ㅡ Eh bien, Rose? insista-t-il avec une curiosité morbide. Ne te sens-tu pas assez courageuse pour te débarrasser de moi et sauver la Terre?

ㅡ Il n'y a aucun courage dans l'acte de tuer.

Il la regarda, quelque peu surpris. Ses magnifiques - depuis quand les trouvait-il magnifiques? - yeux mordorés reflètaient une émotion autre que le chagrin qui les ternissait habituellement. De la colère. Cette attitude de se rebeller contre toute forme de violence lui parut affreusement familier... Ah, le Docteur. Décidément, il fallait toujours qu'il laisse sa marque sur tous ceux qui le côtoyaient de trop près.

ㅡ Tu me rappelles Theta par bien des côtés, finit-il par soupirer.

Theta? songea-t-elle. Ne l'avait-il pas déjà évoqué une fois?

ㅡ Qui est-ce?

ㅡ Un ami que j'ai perdu il y a longtemps de cela.

Il y avait dans sa voix de la nostalgie mêlée à du regret quand il prononça ces paroles. Alors qu'elle s'apprêtait à l'interroger plus en avant sur le sujet, un bip sonore se fit entendre. Le Maître saisit son téléphone pour consulter la messagerie.

AVONS EU HARKNESS

Voyant le visage de son compagnon exprimer à nouveau cette cruauté amusée qui le caractérisait, Rose sut que le court moment de répit était terminé.

OoOoO

Dans un parking désert...

Après avoir remis le portable dans sa poche, Ianto se pencha sur le corps de Jack afin de le menotter avant qu'il ne revienne à la vie. Il n'y avait pas la moindre hésitation dans ses gestes, et sur son visage vide de toute expression il n'y avait aucune trace de remord pour l'acte qu'il venait de comettre. En s'assurant que les menottes étaient bien en place, il eut un froncement de sourcil: le poignet de son captif était vide. Où était son manipulateur du vortex?

Un peu plus loin, le Docteur était resté en retrait sur les conseils de Jack qui avait craint la possibilité que ses amis puissent être suivis par les sbires du Maître. Mais aucun des deux n'avait prévu l'éventualité d'une trahison. Et malgré l'immortalité du capitaine, le Gallifréen sursauta lorsque le dénommé Ianto lui tira dessus, l'atteignant en plein coeur. Par pur réflexe, il voulut s'élancer hors de sa cachette avant de se raviser. Cela n'avancerait à rien qu'il devienne prisonnier à son tour.

ㅡ Vous êtes le Docteur, je présume?

Il se retourna. Une jeune femme le tenait en joue. Ses grands yeux sombres étaient aussi atones que le timbre de sa voix. Elle agita son arme de façon menaçante.

ㅡ Vous allez venir avec moi sans faire d'histoire.

Il ne bougea pas d'un millimètre. Au lieu de quoi il se contenta d'enfoncer ses mains dans les poches et demanda tranquillement.

ㅡ Je n'ai pas pour habitude de suivre une inconnue... surtout si elle est armée. Puis-je au moins connaître votre nom, mademoiselle?

ㅡ Vous le dire ne changera rien au fait que vous allez devoir m'obéir.

ㅡ C'est vrai, acquiesça-t-il. Mais ça me permet de gagner du temps.

ㅡ Du temps pour quoi? fit-elle, soupçonneuse.

ㅡ Pour ça.

A cet instant, elle s'effondra, foudroyée par une décharge électrique. Celui qui à pas de loup s'était approché d'elle par derrière et venait de l'électrocuter avec un taser écarta du pied le revolver qu'elle avait lâché.

ㅡ Entre nous j'aurais souhaité un autre genre de retrouvailles, déclara-t-il, mais tu ne m'as pas laissé le choix, Gwen.

Tout ce remue-ménage attira l'attention de Ianto qui tourna la tête en leur direction et apostropha le nouveau venu sans se départir de son impassibilité.

ㅡ Owen, Docteur. Ne me compliquez pas la tâche et rendez-vous. Le Maître saura se montrer magnanime.

Owen eut un rictus de mépris et marmonna entre les dents:

ㅡ Déjà que je ne l'appréciais pas beaucoup avant, depuis qu'il a subi un lavage de cerveau je le trouve exécrable... Vous pouvez courir?

Là, c'était au Docteur qu'il s'adressait. Renonçant à faire le tri dans ce foutoir - c'est-à-dire pourquoi les membres de Torchwood s'affrontaient entre eux - il répondit.

ㅡ Une de mes activités préférées, Mr Harper. Mais je ne partirai pas sans Jack.

ㅡ Il le faudra bien, pourtant.

Le Gallifréen comprit la raison lorsqu'il vit Ianto faire un signe de la main. Des hommes en complet sombre sortirent de nulle part et se précipitèrent vers eux. En voyant cela, Owen émit un claquement de langue qu'il fit précéder de quelques jurons bien sentis.

ㅡ Merde, c'est trop tard.

En reculant, il balança le taser sur le côté et empoigna l'arme à feu qu'il avait emporté juste au cas où. Tirer sur des humains ne l'enchantait guère, mais si c'était le seul moyen de couvrir leur fuite...

ㅡ Qu'est-ce que vous voulez faire avec ça? fit le Docteur sur un ton réprobateur.

ㅡ Danser la zigue avec... Non mais qu'est-ce que vous croyez? M'en servir, bien sûr!

ㅡ Hors de question, vous risqueriez de blesser quelqu'un.

ㅡ Je vous signale que c'est tout l'intérêt de la manoeuvre, rétorqua Owen en le regardant comme s'il avait affaire à un débile profond.

Le Docteur ne releva pas et se contenta de lancer un avertissement.

ㅡ Vous feriez mieux de vous accrocher.

ㅡ Quoi?

Sur ce il retira les mains de ses poches. De l'une il saisit le bras d'Owen, de l'autre il activa le manipulateur du vortex qu'il avait gardé sur lui.

Quand ils disparurent, Ianto ne manifesta pas de déception. Après tout, on l'avait prévenu que capturer le Docteur ne serait pas chose facile. Il allait se satisfaire de la prise du capitaine. Pour l'instant.

Et il y avait également Martha Jones. A l'heure qu'il est, elle devait être entre les mains des collègues qui surveillaient sa maison familiale.

C'est le moment que choisit Jack pour sa résurrection. Alors qu'il reprenait conscience dans un sursaut accompagné d'une bruyante respiration, Ianto le visa avec son arme et tira une nouvelle fois, lui offrant la deuxième mort de la journée.

Il serait ennuyeux que Jack fasse des siennes pandant le transport...

OoOoO

Le Docteur balaya les environs du regard. Il faisait sombre, humide et des tuyaux de la plomberie parcouraient le plafond, achevant de rendre l'endroit très peu accueillant. Quoi de plus normal quand on se trouvait au sous-sol d'un grand magasin ayant fermé ses portes depuis des années. Idéal pour des gens qui devaient se cacher, il avait été aménagé avec le strict minimum: un ou deux lits de camp, quelques chaises, des ustensiles de cuisine. Le reste de l'espace était occupé par des ordinateurs et divers appareils à analyse.

Owen, qui l'avait conduit jusqu'ici sans dire un mot, était en train de discuter avec une asiatique qui répondait au nom de Toshiko. Celle-ci lui reprochait la capture de Jack.

ㅡ Ca ne me plaît pas plus qu'à toi, Tosh! riposta-t-il avec sécheresse. Mais je n'ai pas eu le choix. Et puis que veux-tu qu'il lui arrive? Ce n'est pas comme si on pouvait le tuer.

ㅡ Et s'il devient comme Ianto ou Gwen? s'inquiéta-t-elle. Tu y as pensé, au moins?

ㅡ On va le sortir de là avant qu'on le décérébre, puisque le grand spécialiste des invasions aliens est enfin là. Il va nous régler ça d'un coup de baguette magique... enfin, si ce qu'on m'a dit sur lui est vrai.

Il y avait de la doute dans sa voix, tandis qu'il dévisageait le Gallifréen de haut en bas, s'attardant un moment sur les converses. Il semblait déçu par ce qu'il voyait. A quoi s'attendait-il donc?

ㅡ En ce qui me concerne, ce serait d'un coup de tournevis sonique, mais passons. C'est Jack qui vous a parlé de moi?

ㅡ Jack? fit-il en reniflant. Nous raconter quoi que ce soit sur lui? On peut toujours rêver. Non, c'est Ross.

ㅡ Qui est Ross?

ㅡ Ross Jenkins, monsieur, de l'UNIT. C'est un honneur de vous rencontrer en chair et en os.

Celui qui venait d'entrer dans la pièce et d'intervenir dans la conversation était habillé en civile, pourtant le dos bien droit et le salut militaire qu'il gratifia le Docteur montraient clairement son appartenance à l'armée. Le Seigneur du Temps leva les yeux au ciel, agacé.

ㅡ Non, non, ne m'appelez pas monsieur...

ㅡ Docteur!

Il fut interrompu par Martha qui avait suivi le jeune Ross à l'intérieur. Elle se jeta dans ses bras avec sa spontanéité habituelle. Soulagé qu'elle soit saine et sauve - vu ce qu'il lui était arrivé il avait craint quelque malheur - mais également étonné, il demanda:

ㅡ Martha? Qu'est-ce que vous faites avec lui?

ㅡ Il m'a enlevée! accusa-t-elle en fusillant l'autre du regard.

ㅡ Je n'ai fait que vous empêcher d'aller voir votre mère. Les sbires du Maître n'attendaient que ça pour s'emparer de vous, ou le cas échéant, pour vous tuer.

ㅡ Vous m'avez menacée avec une arme!

ㅡ Vous refusiez de coopérer. Que vouliez-vous que je fasse d'autre?

ㅡ Parce que vous, vous accorderiez votre confiance à quelqu'un qui surgit brusquement derrière vous et vous chuchote des trucs du genre "vous devriez vous tenir tranquille, si vous voulez rester en vie"?

ㅡ Stop! cria le Docteur afin de calmer le jeu. Une chose à la fois. Martha, y-a-t-il eu un problème chez vous? Et votre famille?

Elle se laissa choir sur un siège d'un air lugubre.

ㅡ Elle va bien... si ce n'est qu'elle est constamment surveillée par des hommes en costume noire.

ㅡ Un piège dans lequel vous seriez tombée les pieds joints si je ne vous avais pas rattrapée à temps, commenta Ross.

Elle décida de l'ignorer et regarda tout autour d'elle. Puis n'appercevant pas le capitaine, elle lança:

ㅡ Au fait, où est Jack?

ㅡ Il est ailleurs, rétorqua le Docteur de façon laconique.

ㅡ Comment ça, ailleurs? ...Docteur, que s'est-il passé?

OoOoO

Quand Jack reprit conscience, il n'essaya même pas de bouger. Pas à cause des chaînes solides qui le retenaient au mur de sa cellule, mais parce qu'il avait mal. Mal dans son corps, qui avait dû mourir et revivre une demi-douzaine de fois durant le trajet qui l'avait mené ici. Mal dans son âme, car à chaque réveil, il avait vu Ianto se pencher sur lui, le visage atone, pour lui infliger une nouvelle mort.

Qu'est-ce que le Maître avait fait à son équipe? Qu'avait-il fait à Ianto? Le Gallifréen déséquilibré lui avait sûrement fait quelque chose, sinon jamais le jeune écossais ne l'aurait fait autant souffrir. Enfin, c'était le seul qui avait pris son partie et ce malgré les tentations du Diable, quand tous les autres membres du Torchwood s'étaient retourné contre lui lors de l'affaire qui avait conduit à l'ouverture complète de la faille!

Il entendit la porte s'ouvrir en grinçant et le bruit des souliers frappant le sol résonna dans la cellule. Il leva la tête et rencontra le regard moqueur du Maître qui s'était arrêté à quelques pas de lui.

ㅡ Alors, capitaine? Que ressent-on lorsqu'on se fait trahir par ceux qui vous sont les plus proches?


ㅡ Délire de l'auteur ㅡ

Depuis qu'Asadal a rendu son dernier soupir, les personnages de la fic occupent son appartement et mettent en ligne les chapitres qu'elle gardait dans son ordinateur. Dans le salon, Rose et Ten discutent.
Rose ㅡ Qui est Ross?
Ten ㅡ C'est le soldat de l'UNIT qui m'accompagne dans les épisodes ATMOS de la saison 4. Il se fait tuer par les Sontariens.
Rose ㅡ Un personnage secondaire? Pourquoi Asadal a voulu utiliser un perso comme lui dont personne ne s'en souvient?
Ten ㅡ Apparemment, elle le trouvait sexy...
Rose ㅡ Mais elle trouvait sexy tous ceux qui dans la série portent un pantalon. Toi, Jack, le Maître...
Ten ㅡ Il n'y a pas que les persos masculins qui l'attiraient, tu sais.
Rose ㅡ Quoi! Tu veux dire... les femmes aussi?
Ten ㅡ Eh bien, non. Je parle des Daleks, des Cybermens...
Rose ㅡ ...Une cinglée. Je le savais.
Soudain, le vent se lève alors que toutes les fenêtres sont fermées. Les lumières s'éteignent, et un rire éthéré semblant provenir d'outre-tombe emplit la pièce...

A suivre...