Dans l'ascenseur, William grognait toujours.

-Je te dis que c'est vraiment une mauvaise idée, cette histoire. Je vais encore me faire enfoncer. J'en ai plus que marre !

Pierre tenta de le rassurer.

-Mais non. Ta mère est là, tu sais bien qu'elle ne le laissera pas dire des trucs... trop méchants.

William soupira d'énervement.

-Mais qu'est-ce qu'elle peut y faire ? Mon père me déteste, c'est tout !

La porte s'ouvrit.

____Après un dernier soupir de William, les deux jeunes hommes se dirigèrent vers l'ancien appartement de William où les attendaient ses deux parents, soit-disant pour se réconcilier. Mais William n'y croyait pas. Il pensait juste que ça allait permettre à son père de l'insulter et à ses parents de s'engueuler une fois de plus.

Il n'eut pas tord. Du moins au début.

Ses deux parents ne cessaient de se prendre la tête, le père de William continuant de dire que son fils n'était qu'un pervers dérangé et sa mère continuant de le défendre bec et ongles.

____Jusqu'au moment où Pierre décida de s'en mêler.

-Bon, écoutez, je peux comprendre que vous ayez du mal à accepter l'homosexualité de votre fils, mais vous croyez vraiment que c'est une raison pour le traiter de cette façon ? C'est sa vie, pas la votre. Ça ne vous regarde pas. Et puis comment pouvez-vous vous permettre de le juger alors que vous le connaissez à peine ? Ça fait un an et demi que je viens ici presque tous les jours et je ne vous ai pratiquement jamais vu. Vous n'étiez jamais là pour vous occuper de lui. Il a prit de la drogue pendant des mois et si ma mère ne vous l'avait pas dit, jamais vous ne l'auriez su ! Comment, après-ça, pouvez-vous dire que vous le connaissez ? On ne juge pas les gens comme ça. William est un garçon génial, il a des millions de qualités, mais ça, vous ne pouvez pas le savoir. Vous ne voyez que ses défauts. Alors forcément, c'est facile de dire ça. Vous ne vous rendez même pas compte du mal que vous lui faites, vous ne cherchez même pas à comprendre qui il est ou ce qu'il ressent. Je suis peut-être mal placé pour dire ça, certes, mais je pense que c'est pas comme ça qu'on élève un enfant, pas en étant toujours absent et en ne faisant que lui reprocher des trucs. Alors vous pourriez au moins être ne serait-ce que gentil avec lui. On ne vous demande pas de comprendre, mais juste d'accepter. Ce n'est quand même pas si difficile.

-Il a raison ! Renchérit la mère de William.

William, quant à lui, n'osait rien dire. Il gardait les yeux baissé, comme s'il avait honte. Il n'en pouvait plus de voir ses parents s'engueuler à cause de lui.

Au bout d'un moment, il se leva, entraînant Pierre avec lui.

-Viens, on se barre.

Il se retourna vers ses parents :

-J'en ai ras-le-bol de vous ! Vous vous engueulez tout le temps, toujours à cause de moi ! Je savais que c'était une mauvaise idée, ce soit-disant dîner en famille, parce que ça fait une heure et demi qu'on est là et nous n'avez fait que vous crier dessus ! Merci Maman, c'est très gentil de ta part de vouloir m'aider, franchement, je ne sais pas comment te remercier, sincèrement, mais là, je crois que c'est une cause perdue. Alors on va rentrer chez nous et comme ça Papa n'entendra plus jamais parler de ce fils dégénéré qu'il a eu, je n'entendrais plus jamais vos disputes incessantes et tout ira mieux dans le meilleurs des mondes, voilà !

Mais son père les empêcha de partir.

-Attends !

Il soupira.

-Pierre a raison. Je n'ai pas le droit de te juger. Même si j'ai été un mauvais père, tu sais, tu es quand même mon fils et... je t'aime quand même. Mais je m'étais fait une vision assez idéalisée de toi et toutes ces histoires, la drogue, Pierre, tout ça, ça a tout fait voler en éclats, et je t'en voulais de ne pas être ce que je voulais que tu soie. C'est nul de ma part, je sais.

Il se leva et saisit les mains de William.

-Tu me pardonnes ? Et comme ça tout redeviendra comme avant. J'apprendrais à t'accepter... tel que tu es. Et puis quand ta mère sera retournée en Suisse, on ne pourra plus se disputer, je te le promet.

Mais William lui lança un regard glacial et retira ses mains.

-Non, rien ne sera jamais plus comme avant. J'ai trop souffert de toute cette merde. Et puis j'ai grandi, maintenant. On ne pourra pas rattraper toutes ces années de perdues. Et je ne sais pas si j'arriverais un jour à te pardonner toutes ces choses affreuses que tu m'a dites. Mais je vais essayer.

Il fit demi-tour, et s'en alla, suivi de Pierre.

____Une fois hors de l'immeuble, il fondit en larmes.

-Je ne comprend pas, demanda Pierre, pourquoi tu refuses de lui pardonner ? N'était-ce pas ce que tu était venu chercher ?

-Je... sais pas... je sais plus... je comprend plus rien...

-Hé, calmes-toi mon amour. Ça va aller. Viens on rentre à la maison.

William le serra dans ses bras.

-Merci, merci pour tout. Sans toi, jamais il n'aurait dit ça. Tu es vraiment génial. J'ai une chance folle de t'avoir. Je t'aime tellement.

Pierre sourit et l'embrassa tendrement.

-Moi aussi j'ai de la chance de t'avoir. Sans toi, Dieu sait où je serais aujourd'hui...

Il rentrèrent ainsi à leur appartement, le coeur léger. Maintenant, tout allait vraiment bien. Plus rien ni personne n'allait pouvoir les empêcher d'être heureux. Ils allaient enfin pouvoir vivre leur rêve...