Peu importe comment tu as traversé le Void
Peu importe pourquoi tu restes auprès du Maître
L'essentiel est que tu sois là, devant de moi
Que tu ne sois pas une de ces illusions qui me hantent
Depuis notre séparation par le mur des Mondes
Mes bras te serrent, mes mains te touchent
Mes yeux sont en train de se mirer dans les tiens
Des émotions affluent en moi et me submergent
Permettant de me sentir à nouveau vivant
Oh oui, tellement vivant, furieusement vivant…
Car tu es mon souffle, Rose
Ma bulle d'oxygène qui me maintient en vie
Dans cette eau profonde et glacée qu'est la solitude
Soudain tu m'échappes, me glisses entre les doigts
Et me regardes avec cet air d'incompréhension qui me blesse
De tes lèvres entrouvertes tombe une phrase, nette et claire
Qui me broie les coeurs et me tue
"Qui êtes-vous?"
Viens avec moi.
Avec un petit cri, Rose bascula en arrière. Ou du moins, faillit basculer.
Deux bras la retenaient fermement, en l'empêchant de tomber. Deux bras dont l'un l'avait attrapée par la taille, l'autre par le dos. Ces bras étaient rattachés à un corps élancé, vêtu d'un costume rayé, lui-même drapé dans un long manteau marron. Ce corps avait une tête bien sûr, aux traits fins et plaisants, auxquels les cheveux en bataille ajoutaient une petite touche de ce charme désordonné. Mais ce qui la frappait surtout, c'était ses yeux: à la fois jeunes et vieux – une discordance qui la rendait perplexe – ils la dévoraient littéralement, comme pour s'assurer qu'elle était bien réelle et non une espèce d'hallucination sur le point de s'évanouir.
Le coeur de Rose se mit à battre tellement vite qu'elle crut qu'il allait sortir de sa poitrine. Pourquoi? Elle ne le connaissait pas. Un parfait inconnu. Qui pourtant déclenchait en elle un tourbillon d'émotions si violentes qu'elle avait du mal à se maîtriser.
— Hello, fit-il.
Hello? se répéta-t-elle mentalement, complètement larguée. Comme premier mot venant de la bouche d'un type surgissant du placard, il lui parut beaucoup trop banal.
A cet instant, la porte s'ouvrit et le garde pointa son nez, sans doute alerté par le cri de surprise qu'elle avait poussé.
— Un problème, mademoiselle?
Il la regarda d'un air interrogateur, puis s'intéressa aux vêtements éparpillés sur le sol, sans se préoccuper nullement de l'intrus. On aurait dit qu'il ne percevait pas sa présence. Sidérée, elle lança un bref regard vers celui qui visiblement était l'homme invisible et ce dernier lui adressa un clin d'oeil, tout en sourire.
— Mademoiselle? insista le garde.
Sans trop réfléchir, elle rétorqua sur un ton machinal.
— Ce n'est rien.
Suspicieux, il scruta le reste de la pièce et plissa le front avec une sorte d'agacement, comme s'il laissait échapper un détail important sans parvenir à mettre le doigt dessus. Finalement, il lui fit un léger signe de tête puis referma la porte.
Aussitôt elle se dégagea de son étreinte et recula de plusieurs pas, ce qui sembla le surprendre au plus haut point. Après avoir enlevé quelque chose de son cou – elle ressemblait à une clé au bout d'une chaîne – il allait s'avancer en sa direction, mais il fut cloué sur place lorsqu'elle demanda avec une certaine méfiance.
— Qui êtes-vous?
Il s'était pétrifié. Son sourire aussi. Il la fixa un moment avant de répondre lentement.
— Rose, c'est moi.
— J'ignore qui vous êtes, le contra-t-elle sans ménagement.
Si elle se montrait délibérément cassante, c'était parce qu'elle avait peur. Peur de cet homme qui semblait bien la connaître, peur de son propre état d'esprit. L'amnésie la rendait vulnérable… et elle n'avait aucunement besoin ni envie qu'une autre personne en profite pour la manipuler. Pour cela, Koschei suffisait amplement.
Quant au Docteur, il eut l'impression de recevoir une claque. Il l'aurait préféré, d'ailleurs. Tout plutôt que cette façon qu'elle avait de le considérer comme un étranger.
— Comment avez-vous atterri dans mon placard? poursuivit-elle. Et comment se fait-il que le garde ne s'est pas aperçu que…
— Rose Tyler.
Elle s'interrompit. Une sourde douleur transparut dans sa voix tandis qu'il posait la question dont il savait à l'avance la réponse.
— Je suis le Docteur. Vous ne vous souvenez pas de moi?
— Non, souffla-t-elle.
Silence. Puis il murmura pour lui-même.
— Qu'est-ce qu'il vous a fait…
L'idée que le Maître ait osé sonder son cerveau pour trafiquer sa mémoire le révulsait. Et le fait qu'elle ne se rappelle plus de lui le faisait souffrir. Mais au moins, il venait d'obtenir l'explication à l'apparente complicité entre elle et son pire ennemi. Ne devait-il pas se sentir soulagé d'apprendre qu'elle n'était pas là de son plein gré?
Ayant fait le tri dans ses pensées, il fit un pas en avant. D'abord, mettre Rose en sécurité. Ensuite il irait finir la partie que le Maître avait entamée. Le jeu, qui avait débuté il y a des siècles déjà, n'avait que trop duré.
— Ne vous approchez pas, le prévint-elle, toujours sur ses gardes.
— Je suis conscient que tout cela vous perturbe et vous m'en voyez désolé, Rose, mais ce n'est pas l'endroit idéal pour tout vous expliquer.
Tout en parlant, il l'avait rejointe. Et avant qu'elle ne puisse réagir, il la saisit par le poignet et actionna le manipulateur du vortex.
OoOoO
«Ça y est, vous pouvez y aller.» fit la voix de Martha dans l'oreillette.
Owen se mit à grimper sur le grillage électrifié dont le courant venait d'être coupé. Dès qu'il fut de l'autre côté, il se laissa tomber sur le sol et courut se réfugier derrière un camion, évitant juste à temps d'être découvert par une patrouille. Il n'avait pas à se soucier des cameras de surveillance. Elles avaient déjà été piratées par les soins de Tosh qui renvoyaient en boucle des images pré-enregistrées.
Non loin de la base militaire était garée une fourgonnette aux vitres teintées dans laquelle Martha et Toshiko suivaient avec angoisse la progression de leur ami sur l'écran de l'ordinateur.
— Où en est Ross? voulut savoir Martha.
Il y a une demie-heure de cela, le soldat de l'UNIT était entré par la grande porte, la clé du Tardis autour du cou. Sa mission était de se rendre à la salle informatique afin de craquer le système de sécurité des étages inférieurs au niveau – 4, ce qui permettrait à Owen d'atteindre les cellules d'emprisonnement.
— Je crois qu'il y est presque, répondit Toshiko en indiquant le point bleu qui clignotait à l'écran.
— Au fait, comment s'est-il retrouvé mêlé à tout ça?
— A cause de sa petite amie. Il paraît que du jour au lendemain, elle a coupé les ponts avec lui pour travailler sous les ordres de Saxon. Alors il a commencé à enquêter… La suite, vous la connaissez.
«Dites, les filles. Si vous cessiez de jouer aux pipelettes et vous intéressiez un peu à moi? Y en a qui bosse!» s'exaspéra Owen via leurs oreillettes.
L'asiatique se dépêcha de pianoter sur le clavier et débloqua l'une des portes du complexe militaire afin qu'il puisse s'y infiltrer.
«Je te remercie du fond de coeur.» ironisa-t-il.
— Il est toujours aussi grincheux? grimaça Martha.
— Et là encore, il se retient.
«Hé, je vous signale que j'entends tous vos commérages.»
— Au lieu de t'en préoccuper, rétorqua Tosh, tourne à gauche au prochain croisement et continue tout droit. Et vous, Martha? Comment vous êtes-vous fait embarquer dans cette histoire?
— J'ai croisé le chemin du Docteur, sourit-elle.
— Justement, parlons-en, de ce Docteur. Qu'est-ce qu'il est? Non, parce que nous ne savons pas grand chose de lui à part que l'UNIT le considère comme LE spécialiste des problèmes extraterrestres.
Cela étonna Martha. Est-ce que par hasard ils ignoraient qu'il était…
— C'est un Seigneur du Temps, comme le Maître.
— Quoi? «Quoi!»
— Owen, réprimanda Tosh, baisse d'un ton ou tu vas te faire repérer!
«Comment veux-tu que je me calme? Je viens d'apprendre qu'on a un second alien sur les bras. De la même race que Saxon, qui plus est!»
Martha s'empressa de les rassurer en leur racontant qui était le Docteur. En résumé, car si un être normal pouvait être comparé à un livre, le Gallifréen était toute une bibliothèque. Et elle-même était loin, bien loin d'en avoir fait le tour.
Toshiko le prit de manière assez raisonnable: déjà qu'elle le trouvait fascinant, l'imaginer dans le rôle du protecteur caché de l'Humanité lui plaisait. Quant à Owen, il bougonna à propos de ces "foutus extraterrestres" qui prenaient la Terre pour leur terrain du jeu. Qu'ils aillent s'amuser ailleurs, enfin!
— Vous semblez beaucoup l'aimer, constata Tosh à la fin du récit.
Beaucoup l'aimer? Martha l'aimait, tout simplement. Et tout aussi simplement, elle était consciente que ce sentiment n'était pas réciproque. Cependant elle se contenta de répliquer avec légèreté.
— Il ne laisse personne indifférent, c'est ainsi. Même Jack le draguait.
— Oh, vous savez, Jack drague tout ce qui a un code postal.
Elles rirent, ce qui agaça Owen qui était parvenu jusqu'à l'ascenseur conduisant directement au niveau – 7, l'étage où on gardait les prisonniers. Pour le mettre en marche, il fallait passer par un scan rétinien ou attendre sagement que Ross veuille bien accomplir sa mission. Sauf qu'il ne pouvait pas patienter éternellement avec toutes ces allées et venues qui l'obligeaient à se cacher. Il changea donc le canal de son oreillette et contacta Ross.
— C'est quand tu veux, mon pote.
Grésillement. Puis les portes de l'ascenseur s'ouvrirent sans un bruit. En s'y engouffrant, il s'inquiéta du silence de son acolyte.
— T'as pas de problèmes, au moins?
Cette fois, la réponse tomba immédiatement:
«Non. On se retrouve dehors.»
Et son interlocuteur coupa la communication. Owen fronça les sourcils, quelque peu surpris par sa brusquerie. Que lui arrivait-il? Ce n'était pas son genre de se montrer aussi rude.
Mais Ross avait une bonne excuse pour son comportement. Car il n'était pas seul. Dans l'immense salle quadrillée par des rangées d'unités informatiques s'affairait une asiatique au complet sombre. Cette femme, il la connaissait. Et la chérissait. C'était Yumi Tanaka, celle pour laquelle il avait été entraîné dans cette aventure.
Ces retrouvailles étaient tout-à-fait inattendues. Que devait-il faire? Le coeur serré, il la regarda vaquer à ses occupations, non consciente de sa présence. Il la trouva radicalement changée. L'enjouement qui autrefois la caractérisait avait été remplacé par la froideur. Qu'était devenue cette jeune rieuse qui s'esclaffait à chacune de ses blagues et plaisanteries?
En s'apercevant qu'elle s'apprêtait à quitter la salle, il décida qu'il ne pouvait pas la laisser partir ainsi. Il allait l'emmener avec lui. Quitte à l'assommer.
D'un pas rapide, il s'approcha d'elle et leva le bras, prêt à la frapper à la nuque…
OoOoO
Owen jura tout bas. Contrairement à ce qu'il croyait, il n'avait été guère difficile de deviner dans quelle cellule Jack était enfermé, toutes les autres étant inoccupées. Seulement, il y avait un soldat qui gardait la porte. Argh. Pas qu'il n'avait pas prévu de parade à cette éventualité, mais il avait prié le ciel pour ne pas être obligé de la mettre en pratique. Prière qui apparemment n'avait pas été entendue.
Résigné, il prit dans sa poche une fiole contenant un liquide bleuâtre et s'aspergea avec. Puis en inspirant profondément, il s'avança vers le garde afin qu'il le voie. Celui-ci réagit au quart du tour en dégainant et en pointant son arme sur lui.
— Halte!
Obéissant, Owen s'arrêta et leva les bras. L'autre s'approcha de lui, s'étonnant et se méfiant de sa docilité. Mais quand il fut tout près, de l'incompréhension se peignit sur son visage. Puis du désir, aussi subit qu'irrésistible.
Lorsque soudain le garde se jeta sur lui et colla ses lèvres aux siennes, Owen ne fit rien pour le repousser. Il se contenta de saisir le deuxième gadget qu'il avait apporté – un mini pistolet injecteur contenant un puissant sédatif – et l'administra à son agresseur… si on pouvait le qualifier ainsi. Une fois le garde à terre, inconscient, Owen s'essuya la bouche en grimaçant de dégoût. Le concentré de phéromone alien était toujours aussi efficace. Trop efficace. (voir note de l'auteur à la fin) Jack aurait sans doute apprécié l'expérience. Lui, non. Il n'était pas Jack.
Après s'être emparé de la carte magnétique du soldat et de son arme, il ouvrit la porte de la cellule. Il fut accueilli par une forte odeur du sang, ainsi que par la vision choquante d'un Ianto impassible au milieu de toute cette hémoglobine versée. Owen ne fit ni une ni deux. Il abattit la crosse de son arme sur la nuque de son ancien collègue, qui lâcha son scalpel et s'effondra sans comprendre ce qu'il lui arrivait.
— Jack! appela-t-il en se précipitant vers le capitaine enchaîné au mur.
Ce dernier était d'une pâleur cadavérique. En tâtant son pouls, Owen eut la confirmation de ce qu'il soupçonnait à la vue de toutes ces plaies sur son corps. Il était mort d'exsanguination. Il le détacha et l'allongea sur le sol. Quand allait-il revenir à la vie? Devrait-il le porter sur le dos à travers toute la base?
A peine eut-il le temps de se poser ces questions qu'il vit les blessures de Jack se refermer et ses joues retrouver des couleurs. En soufflant bruyamment, le capitaine reprit connaissance.
— C'est toi, Owen? fit-il d'une voix pâteuse.
— Oui. Crois-tu que tu peux…
Le reste de la phrase fut englouti par le baiser fougueux que lui donna Jack. Après maintes gesticulations et protestations étouffées, le ressuscité relâcha sa victime en déclarant sur un ton candide.
— Je t'adore, mon amour.
— Va te faire foutre, Jack! grinça-t-il, furieux.
— Hé, ce n'est pas de ma faute si tu exhales du phéromone à réveiller un mort. A présent, veux-tu bien m'aider à me relever, chéri?
Owen cracha encore quelques jurons mais fit ce qu'il demandait. En se mettant debout, Jack aperçut Ianto qui gisait par terre et se figea.
— Est-ce qu'il est…
— Mais non. Je l'ai assommé, voilà tout.
— Tant mieux. On l'emmène avec nous.
— Quoi?
— Tu m'as bien compris. On-l'emmène-avec-nous.
En réalisant que Jack n'admettrait aucune objection, Owen eut envie de s'arracher les cheveux. Il faudrait un miracle pour pouvoir s'échapper en traînant un boulet pareil!
— Tosh, fit-il en appuyant sur son oreillette.
«On commençait à s'inquiéter! Tu as trouvé Jack?»
— Oui, et monsieur tient absolument à être accompagné par ce cher Ianto. Peux-tu nous faire une diversion? Pour que nous fassions le moins de rencontre possible…
A cet instant, une alarme retentit, les faisant sursauter.
— Ça a été rapide, complimenta Owen.
«Ce n'est pas moi qui l'ai déclenchée! Elle provient de la salle informatique… Ça doit être Ross!»
Effectivement, Ross était responsable de cet état d'alerte. Quelques minutes plus tôt, lorsqu'il avait voulu frapper Yumi sur la nuque, il avait négligé un détail. Que sa chère et tendre avait fait partie des forces spéciales de l'UNIT, et que de ce fait elle possédait un sens aiguisé au combat. Malgré la clé du Tardis, elle avait donc senti qu'on la visait et agit instinctivement en se retournant pour parer son attaque. Du moment qu'ils s'étaient touchés, le brouillage de perception dont bénéficiait Ross s'était estompé. Entre eux s'était alors engagé un violent corps-à-corps et il avait fini par avoir le dessus.
— Je t'en prie, avait-il supplié en pointant son arme sur elle, viens avec moi, Yumi.
Debout à quelques pas de lui en se tenant les côtes, elle l'avait gratifié d'un regard glacial avant de répondre sur un ton qui ne l'était pas moins.
— Le seul moyen que tu aies pour m'obliger à venir avec toi, c'est de me tuer et d'emporter mon cadavre.
Sur ces paroles haineuses, elle s'était enfuie après avoir enclenché l'alarme intrusion.
Et voilà où il en était. Anéanti par ce face-à-face, il resta un moment adossé au mur, oublieux de l'alarme qui lui crevait les tympans. Son regard qui errait sans but rencontra un objet brillant sur le sol. Il se baissa pour le ramasser. C'était un pendentif d'une forme pyramidale qu'il avait arraché du cou de Yumi durant la lutte. Après l'avoir mis dans sa poche, il porta la main à son oreillette afin de rétablir le contact avec les autres.
«Mais qu'est-ce-que vous fabriquiez?» s'énerva Martha.
— Un problème personnel à régler, dit-il en quittant la salle informatique.
«Ah oui? J'espère que ça en valait la peine, parce que toutes les issues sont bloquées par votre faute!»
OoOoO
Le Docteur et Rose se matérialisèrent dans une ruelle sombre qui se terminait par un cul-de-sac. Le Gallifréen haussa un sourcil interrogateur. Le manipulateur du vortex était pourtant programmé pour les ramener directement à leur cachette. Que faisaient-ils dans ce cas à quelques blocs seulement du Downing Street?
Ahurie par ce qui venait de se produire, Rose ne réagit que lorsque son kidnappeur – car c'est ce qu'il était à ses yeux – promena sur elle une espèce de tube argentée.
— Qu'est-ce que vous faites? siffla-t-elle en tentant de libérer le poignet qu'il retenait.
— Ça ne vous fera pas de mal, la rassura-t-il. Je ne fais que vous scanner. Il y a un signal sur vous qui dérègle le bon fonctionnement du bracelet temporel… Ah!
Le son qu'émit le tournevis sonique devint plus fort lorsqu'il passa près de la bague qu'elle portait au doigt. Il la fixa un moment avant d'essayer de la lui enlever.
— Ça suffit! éclata-t-elle.
D'un geste sec elle lui fit lâcher prise et mit de la distance entre eux. Elle se sentait furieuse. Pas par son sans-gêne, mais parce qu'il faisait trembler son coeur et qu'elle ignorait pourquoi.
Ils se regardèrent. Lui avec un profond chagrin, elle avec un grand désarroi.
— Vous me connaissez, finit-elle par dire en détachant chaque mot.
Ce n'était pas une question, mais une affirmation. Il acquiesça.
— Oui.
— Et qu'est-ce que je suis pour vous?
— Vous êtes…
Il s'arrêta. Ce qu'elle représentait pour lui? Tout. A tel point qu'il avait voulu mourir après leur séparation. Il serait bel et bien mort, si Donna n'avait pas été là pour l'exhorter à quitter les lieux de l'explosion qui avait emporté l'impératrice des Racnoss.
Mais il ne pouvait pas lui exprimer ses sentiments. Pas comme ça. Pas dans ces conditions. Il se racla la gorge et reprit avec gravité.
— Nous voyagions ensemble, vous et moi, à travers le Temps et l'Espace. Puis je… je vous ai perdue. Vous vous êtes retrouvée bloquée dans un autre monde, sans possibilité de retour. Du moins, c'est ce que j'ai cru.
Rose se cacha le visage, l'esprit nageant en pleine confusion.
Tu es ma compagne, Rose. Celle que j'aime. Nous parcourions l'immensité de l'Univers jusqu'à ce qu'un stupide accident efface ta mémoire.
C'est ce que le Maître lui avait raconté quand elle l'avait interrogé sur leur relation. Et voilà que cet inconnu lui sortait une histoire similaire. Qui devait-elle croire?
— Je sais, Rose, que tout ça peut vous paraître insensé…
— Etes-vous un alien? coupa-t-elle. Etes-vous un Seigneur du Temps… comme le Maître?
Le voyant hocher la tête, elle se mit à pouffer. C'était un rire qui sonnait creux, empreint de désespoir.
— Et vous aussi, vous voulez vous emparer de la Terre, je parie…
— Non! Au contraire, je veux la protéger. Elle et tous ses habitants. C'est ce que j'ai toujours fait et ferai toujours.
Son hilarité se tarit aussi brusquement qu'elle avait commencé. Elle le fixa droit dans les yeux, espérant y découvrir une preuve de sa sincérité.
— Ecoutez…
— Non, l'interrompit-t-elle à nouveau. Vous, écoutez. La Rose que vous connaissez… Est-elle quelqu'un de bien?
Sa voix avait tremblé vers la fin, ce qui bouleversa le Docteur. Son amnésie était-elle donc totale? Jusqu'à oublier sa propre identité, et douter de soi-même?
— Oh, Rose Tyler… répondit-il avec un sourire attristé. Vous êtes l'une des meilleurs personnes qui m'ont été données de rencontrer.
Des paroles anodines, mais il les avait prononcées avec une telle ferveur qu'elle demeura interdite. Elle éprouva une soudaine envie de pleurer, qu'elle réprima tant bien que mal. Ça aurait été ridicule, il n'y avait aucune raison pour qu'elle verse des larmes. Ou peut-être que si. Durant des mois, Koschei n'avait cessé de lui insinuer qu'avant de perdre la mémoire elle partageait sa vision du monde. Qu'elle était comme lui. Or cet homme, ce Docteur, affirmait tout le contraire. Si seulement elle pouvait avoir la certitude qu'il disait la vérité. Si seulement…
Quant au Gallifréen, il luttait pour ne pas la serrer dans ses bras, car il voyait à quel point elle était désemparée. Mais craignant que cela ne l'effraie, il ne fit rien d'autre que de lui tendre la main.
— Venez avec moi.
Comme elle ne bougeait pas, il fit un pas vers elle et répéta avec une infinie douceur.
— Venez avec moi, Rose.
— Délire de l'auteur —
Maître — "Mon souffle, ma bulle d'oxygène qui me maintient en vie…" (ricane) Non mais franchement, comment peux-tu débiter des âneries pareilles sans mourir de honte?
Ten — (agacé) Mais ce n'est pas moi, c'est cette auteur qui ne peut pas écrire un seul chapitre sans y mettre de la romance. Il ne manquerait plus qu'elle surligne le titre en rose fluo et dessine partout des petits cœurs…
Asadal — Oh, ça va, hein! C'est ma fic, j'en fais ce que je veux. Si vous n'êtes pas contents, allez voir ailleurs! Je n'ai pas besoin de vous!
Maître et Ten — (offensés) Vraiment?
Asadal — Oui, vraiment!
Les Seigneurs du Temps disparaissent comme par magie de l'appartement de l'auteur… ou plutôt de son cerveau encombré. Après leur départ, elle s'aperçoit avec effroi qu'elle n'a plus d'inspiration.
Asadal — Dites, les garçons… Ce n'était qu'une blague, revenez! (silence) Hé oh? Les gars? Youhou?
Note de l'auteur – Ce parfum qui permet de séduire n'importe qui de façon instantanée apparaît dans l'épisode 1 de la première saison du Torchwood. On y voit Owen se faire embrasser par un type baraqué, c'est à mourir de rire. ^^
