Note de l'auteur ㅡ Un grand merci aux revieweurs et aux lecteurs anonymes (une pensée particulière pour Angel-sama! Bisou!), ainsi que tous ceux qui ont mis cette histoire en favorite ou en alerte. Vous êtes mes rayons de soleil!

Note de l'auteur 2 ㅡ J'avais mis les paroles de "Bring me to Life" d'Evanescence en guise d'introduction de ce chapitre, avant d'apprendre que le site ne le permet pas. Donc je les enlève. Il ne vous reste plus qu'à l'écouter par vos propres moyens. Sorry!


La Rose, le Loup, la Fée


— Venez avec moi, Rose.

Elle regarda la main tendue, puis le visage de celui qui proposait de l'emmener loin de la folie du Maître. Il semblait désespérément vouloir qu'elle parte avec lui.

Et tout aussi désespérément, elle avait envie de le rejoindre. De courir vers lui, de se jeter dans ses bras, de sentir son corps contre le sien… Car auprès de cet inconnu, elle avait l'impression d'être enfin complète. Rien que sa présence suffisait à combler ce vide effroyable qu'elle ressentait constamment dans son âme, ce gouffre perpétuel qui ne faisait que se creuser quand elle était avec le Maître.

Aller avec lui, c'était retrouver le soleil après avoir traversé la vallée de l'ombre. C'était revenir à la vie après un long et froid sommeil.

Comme attirée par un aimant, elle fit un pas vers le Docteur.

Soudain, une puissante lumière les éblouirent, les figeant sur place. Puis une voix s'éleva, railleuse.

— Tss, tss. Qu'est-ce que tu me déçois… Tu aurais dû flairer le piège dès le moment où ton bracelet a mal fonctionné. Traîner avec les humains t'a ramolli le cerveau, on dirait.

Le Maître s'avança sous les feux des projecteurs qui les éclairaient de part et d'autre de l'impasse. D'un geste théâtral, il claqua du doigt. Aussitôt apparurent une demie-douzaine d'hommes armés jusqu'au dent, qui braquèrent leurs armes sur l'autre Gallifréen. L'un d'eux s'approcha de la jeune femme pétrifiée pour l'attraper par la taille.

— Ne la touchez pas, fit le Docteur.

Déclaration faite sur un ton peu amène, immédiatement suivie par celle du Maître tout aussi acerbe.

— Cesse de marcher sur mes plates-bandes, veux-tu? Il s'agit de ma fiancée, après tout… Et toi, si tu veux garder ta main, tu ferais bien de la déplacer ailleurs.

Obéissant, l'homme lui lâcha aussitôt la taille et la saisit prudemment par le bras. Elle se laissa faire sans réagir, étrangement amorphe.

Un sourire dédaigneux planant sur les lèvres, le Maître reporta son attention sur son adversaire en dardant un regard perçant sur le Docteur, qui le lui rendit avec un calme surprenant, vu la mauvaise posture dans laquelle il se trouvait. Pendant un instant, Rose fut oubliée, ainsi que les autres humains qui assistaient silencieusement à la scène. C'était la confrontation entre deux Seigneurs du Temps qui reprenaient leur duel débuté il y a des siècles de cela, et dont de l'issue dépendait le sort des Hommes.

Leurs passes d'arme prirent la forme de propos échangés sur un ton presque nonchalant, qui toutefois masqua difficilement la tension qui régnait entre eux.

— Alors, Maître?

— Alors quoi, Docteur?

— Tu peux encore tout arrêter.

— Oh, je t'en prie, épargne-moi ta litanie habituelle. Pourquoi abandonnerais-je maintenant? Je suis en train de gagner.

— Et c'est tout ce qui t'importe? Ta victoire sur moi? Qu'est-ce qu'elle peut bien t'apporter?

— A part la satisfaction de t'avoir battu, tu veux dire? La Terre, pour commencer. Ensuite l'Univers, puisque tu ne seras plus là pour m'empêcher de m'en emparer.

Le Docteur lâcha un soupir empli de lassitude. Le Maître l'épuisait… pas physiquement, mais moralement. Dans le passé, il aurait volontiers accepté de jouer le jeu de son ami d'enfance, et avec toute la patience dont il disposait alors, il en aurait profité pour le convaincre de s'amender. Encore, et encore… Mais plus maintenant. Le Docteur avait changé, la Guerre du Temps lui ayant laissé des marques indélébiles. Il ne se sentait plus autant capable de compassion qu'auparavant. Si lui aussi se laissait aller à la colère et à la haine…

Cette planète deviendrait alors un second Gallifrey. Et il perdrait tout: le Maître, la Terre, Rose. Ses trois essentiels qu'il souhaitait sauver à tout prix. Il fallait qu'il les sauve. Tous les trois.

— A quoi bon tout cela, Maître?

Une nouvelle - et peut-être la dernière - tentative pour le détourner de la voie auto-destructrice qu'il empruntait. Au nom de leur ancienne amitié. Et aussi du fait qu'ils étaient les seuls survivants de la même race.

— Pourquoi vouloir absolument tout posséder et tout contrôler? poursuivit-il. Alors qu'il suffit de…

Un profond ennui se peignit sur la figure de son interlocuteur tandis qu'il lui coupait la parole.

— Toujours le même disque rayé, hmm? Vas-tu encore me débiter tout un discours sur la joie d'admirer les merveilles qu'offre le monde sans y toucher? Mais je ne suis pas comme toi, Docteur…

Il ouvrit les deux bras et ajouta avec emphase, comme s'il énonçait une évidence.

— Ce que je veux, moi je le prends.

Par tous les moyens et quel qu'en soit les conséquences. Il n'avait rien à avoir avec l'autre imbécile qui se contentait de tourner autour de l'objet de ses désirs de peur de tout gâcher.

— Se moquant totalement des dégâts que tes actes peuvent provoquer, commenta sombrement le Docteur.

— Sur les humains? Mais quel noble seigneur tu fais. Il faut toujours que tu te soucies de cette race primitive, n'est-ce-pas? Plus qu'à ceux de ton propre espèce.

— Je m'inquiète pour toi, Maître, pour toi! Ne vois-tu pas que tout ça risque de mal finir?

— Pour l'un de nous deux, Docteur. Pour l'un de nous deux seulement. Et le dernier qui reste remportera le jackpot! Et…

Alerté par un mouvement, il coula un regard machinal en direction de Rose. Devant son froncement de sourcils, le Docteur l'imita.

Toujours empoignée par le garde, la jeune femme était en train de vaciller.

Les deux Gallifréens ne le savaient pas, mais depuis le début de leur discussion, Rose luttait contre une irrésistible envie de dormir. Ses paupières se fermaient toutes seules et ses idées se brouillaient, comme si on lui avait administré une dose massive de somnifère.

Elle entendit une voix inquiète l'appeler sans pouvoir y répondre. Après un dernier effort pour maintenir les yeux ouverts, elle s'évanouit dans les bras de celui qui la retenait.

— Qu'est-ce que vous lui avez fait? s'exclama le Docteur en s'élançant vers elle.

— Que lui as-tu fait, crétin! aboya le Maître en se précipitant à son tour.

Devenu sans le vouloir la cible de deux Seigneurs du Temps en colère, le pauvre homme balbutia.

— Je… je n'y suis pour rien…

Soudain, les projecteurs s'éteignirent. Puis ce fut au tour des lampadaires et la ruelle se retrouva plongée dans le noir.

Cela ne dura pas longtemps. Une dizaine de secondes, tout au plus. Lorsque la lumière revint de façon aussi inexplicable qu'elle s'était éteinte, le Maître constata deux faits qui le firent ciller.

Le Docteur avait disparu.

Et Rose était toujours là, inconsciente.

Que l'autre ait profité de la confusion pour s'échapper - encore rester à savoir comment - n'avait rien d'étonnant. Seulement il était parti sans elle, et ça, c'était à ne rien y comprendre. Qu'est-ce que cela signifiait?

OoOoO

Un peu plus bas, sous la plaque des égouts qui venait d'être remise en place, le Docteur se posait la même question en considérant celui qui pendant le black-out l'avait traîné ici sans demander son avis. C'était un homme à la mine patibulaire, un de ceux qui accompagnaient le Maître.

— Qui êtes-vous?

— Un ami.

Réponse qui ne le renseignait pas beaucoup quant à son identité et ses buts. Le Docteur nota cependant qu'il parlait avec une voix dépourvue du moindre accent ou d'intonation.

— …Merci pour votre aide, mais je ne peux pas laisser Rose là-haut.

Comme le Gallifréen faisait mine de vouloir grimper sur l'échelle menant à la surface, l'autre l'agrippa par le manteau.

— Ce n'est pas une très bonne idée, Docteur. Je ne vous ai pas tiré du traquenard pour que vous alliez vous y jeter à nouveau.

— Il est hors de question que je l'abandonne.

Surtout qu'il ignorait pourquoi elle avait perdu connaissance. Il fallait qu'il sache si elle allait bien.

L'homme soupira.

— Ce n'est pas en vous faisant re-capturer que vous lui serez d'une quelconque utilité.

— La bague qu'elle a au doigt. Donnez-moi un coup de main afin que je puisse la lui retirer et nous pourrions tous nous éclipser.

— Non, Docteur, cela ne suffira pas. Votre compatriote a pris soin d'installer un champ temporel d'un rayon d'action de plusieurs kilomètres qui empêche toute téléportation dite sortante. Et n'espérez pas me convaincre en prétendant que vous pourriez le neutraliser en un coup de tournevis sonique. Le Maître est peut-être fou, mais il n'est pas idiot.

Le Gallifréen le regarda fixement. Ce dernier l'empoigna fermement par le bras.

— Ne vous en faites pas pour Rose. Elle est forte. Elle n'a pas flanché devant une armée de Daleks, alors ce n'est pas un Seigneur du Temps un peu cinglé qui la brisera.

Sur ce il se mit à avancer d'un pas déterminé, l'entraînant derrière lui.

Le Docteur le suivit sans protester, le cerveau en ébullition. Cet homme avait quelque chose de bizarre. Oui, décidément, il était étrange. Bien qu'il soit un parfait inconnu, son contact lui procurait une sensation d'une familiarité obsédante. Et puis il semblait bien les connaître, lui et Rose. Un poil trop bien.

— L'informateur du jeune Ross, déclara le Docteur assez abruptement. J'ai raison, n'est-ce-pas? Vous êtes la Fée des neiges. Et dire que ce pauvre Owen vous prenait pour une fille…

Il ne répondit pas et continua à marcher. Alors le Gallifréen s'arrêta, l'obligeant à faire de même.

— J'aimerais vraiment savoir ce que vous êtes.

Avec un autre soupir, l'autre se retourna.

— Docteur, nous n'avons pas le temps…

— Vous ne voulez rien me dire? D'accord, ce n'est pas grave. Je suis très fort aux devinettes, bien que je les ai en horreur. Alors voyons… Commençons par la Fée des neiges. Comme elle désigne une variété de rose blanche, j'ai d'abord cru que c'était Rose qui se cachait derrière. Pourquoi le choix d'un tel pseudonyme, si je puis me permettre?

Lorsque le flot de paroles cessa, il rétorqua de façon laconique.

— Comme ça. Il n'y a pas de raison.

— Non, non, il y en a forcément une. Il y a une raison à tout.

Devant son mutisme, le Docteur le scruta avec attention. Les yeux de son vis-à-vis se détachaient nettement malgré la pénombre régnante, peut-être à cause de ce soupçon de lueur dorée qui les colorait…

Le Gallifréen inspira brutalement. Une hypothèse venait de lui traverser l'esprit, et quelle hypothèse! Totalement délirante, complètement farfelue, et pourtant…

Qu'est-ce qui ne l'était pas dans sa vie?

— Impossible, souffla-t-il.

L'homme afficha une expression résignée.

— Vous avez fini par tout comprendre, à ce que je vois.

— Mais c'est impossible!

— N'est-ce pas vous qui dites toujours que rien n'est impossible?

Le Docteur prit un air halluciné.

Ainsi donc, aussi incroyable que cela puisse paraître, se tenait devant lui le Méchant Loup…

— Ma précédente incarnation est morte en vous aspirant hors de Rose. Vous ne devriez plus exister!

— Je suis un être qui s'est auto-créé, Docteur. Je suis hors du Temps. Rien de ce que vous m'avez fait n'aurait pu me faire disparaître. Vous m'avez plongé dans le sommeil, c'est tout.

— Mais vous vous êtes éveillé, maintenant.

— Les circonstances ne m'ont pas laissé le choix.

— Alors quoi? Vous êtes devenu à présent une sorte… d'entité indépendante pouvant migrer d'un corps à un autre… Et à ce propos, vous n'auriez pas pu choisir quelqu'un avec un physique plus agréable?

Une remarque qui parut désarçonner son interlocuteur.

— …Qu'est-ce que mon apparence vient faire là-dedans?

— Je suis désolé, mais prendre l'enveloppe d'un gaillard aussi moche est faire offense à Rose, je trouve.

Pour la première fois depuis le début de leurs échanges, une émotion transparut dans la voix de l'homme: de l'exaspération typiquement féminine.

— Qu'est-ce que ça peut faire, puisque de toute façon vous n'aurez pas à l'embrasser, celui-là!

— Tout de même, il ressemble plus à un bouledogue qu'à un loup ou à une fée…

— Docteur!

Là, on aurait presque dit Jackie. Le Docteur leva les mains pour calmer le jeu.

— D'accord, d'accord! Revenons à nos moutons. Pourquoi ne pas être intervenu plus tôt?

Le visage de l'homme - ou plutôt de l'entité qui l'habitait - s'assombrit.

— Parce que la plupart de mes pouvoirs ont été anéantis… au cours d'une bataille qui a rendu votre compagne amnésique.

Les coeurs du Gallifréen manquèrent un battement. Une bataille qui lui aurait fait perdre la mémoire et affaibli le Méchant Loup? Par Rassillon… Par quoi était-elle passée avant de revenir dans cet Univers-ci?

— A dire vrai, continua l'homme, je ne suis pas réellement le Méchant Loup, mais qu'une infime partie de ce qui reste de lui. Mon temps est compté…

Une aura brumeuse entoura brièvement sa silhouette avant de s'estomper.

— Qu'est-ce qui vous arrive? s'alarma le Docteur.

— Je puise ma force dans celle de Rose, évidemment… et occuper ce corps m'en coûte énormément… Ecoutez… Le projet New Eden… Si jamais il se réalise, la Terre deviendra alors un nouvel Utopia...…

Il tituba de la même manière que Rose et serait tombé si le Docteur ne l'avait pas retenu par les épaules.

— Le Tardis, Docteur… haleta-t-il. Retrouvez le Tardis… Les voix des damnés sont en train de le rendre fou…

— Où est-il?

— Je l'ignore… mais il se peut que…

Avant qu'il ne put achever la phrase, l'éclat doré qui teintait ses yeux disparut et il s'effondra.

Le Docteur se pencha pour vérifier le pouls de l'homme. Après s'être assuré qu'il était toujours en vie, il se releva et s'éloigna à toute vitesse. Ce n'était pas une bonne idée que de rester auprès de lui quand il reprendrait conscience, puisqu'il serait redevenu lui-même.

Tout en pressant le pas le Seigneur du Temps broya du noir.

Le Méchant Loup - bien qu'à présent il prenait le nom de la Fée des Neiges - était de retour. Et il craignait que son éveil, s'il durait trop longtemps, ne fasse étioler l'âme de Rose…

OoOoO

Cela lui était déjà arrivé, ces derniers temps. De succomber à un besoin de sommeil aussi subit qu'incompréhensible pour ensuite se retrouver avec un terrible mal de crâne au réveil. Mais seulement quand elle était seule dans sa chambre, et jamais en présence d'autrui.

Rose s'assit sur le lit, se massant les tempes. Elle ne reconnut pas la pièce. Meublée avec un strict minimum, elle était assez exiguë et avait des hublots à la place des fenêtres. Était-ce le Vaillant?

— La belle au bois dormant daigne enfin se réveiller. Magnifique.

Le Maître était debout à l'embrasure de la porte, un verre à la main. Cravate desserrée, veste négligemment jetée sur l'épaule. Sa chemise était toute froissée, tachée de petits points d'un rouge inquiétant au bout des manches. C'était la première fois qu'elle le voyait aussi débraillé, mais elle ne s'en préoccupa pas. Il y avait plus important.

— Je crois que tu m'as menti, lança-t-elle sur un ton calme.

— Ce que tu crois est exact, ma chère.

Cela avait été dit avec une telle franchise qu'elle en fut choquée. D'une simple phrase il venait d'avouer de l'avoir dupée. Jusqu'à quel point? Là était toute la question.

— Y-a-t-il quoi que ce soit de vrai dans tout ce que tu m'as raconté?

Après avoir vidé le verre d'un trait, il ricana.

— Vérité ou mensonge? Mensonge ou vérité? Je te laisse faire le tri, Rose. Ce n'est pas dans mon intérêt de le faire pour toi.

Comme elle se taisait, il balança la veste sur le côté et fit un pas en avant.

— Quoi, pas de récriminations? Pas de pleurs, ni de cris?

Silence. Un autre pas.

— Qu'attends-tu pour me faire une scène, mon amour?

Sa voix était montée en crescendo, tremblant de fureur à peine contenue. L'apparente placidité de la jeune femme le tuait!

— Mets-toi en colère, hurle-moi dessus!

Il aurait tant voulu qu'elle exprime avec tout le mordant dont elle était capable l'animosité qu'il devait lui inspirer. Ainsi il pourrait laisser éclater à son tour cette rage qui le consumait depuis qu'il l'avait vue avancer vers le Docteur, prête à saisir la main qu'il lui tendait.

Un an s'était écoulé depuis leur rencontre, et il n'avait toujours pas réussi à obtenir sa confiance. Par contre, il avait suffi que l'autre prononce quelques mots enjôleurs pour qu'elle décide de le suivre comme un petit chien. De quoi le faire devenir fou.

Qu'avait le Docteur qu'il n'avait pas?

— Déverse-moi ta haine! cracha-t-il. Est-ce si difficile?

— Je ne te hais pas, Koschei.

Crac. Cling, cling, cling…

Consternée, elle regarda les débris qui jonchaient le sol puis le poing du Maître qui saignait. Il avait serré le verre si fort qu'il l'avait brisé en mille morceaux.

Il lui sourit. C'était un sourire sanglant.

— Moi, je te hais. Sais-tu pourquoi?

D'un bond il la rejoignit et la plaqua contre le lit. Elle se débattit pour s'en libérer, sans succès.

— Tu me rends faible, lui grinça-t-il à l'oreille. A l'heure qu'il est, je devrais être sur le pont principal, à préparer mon prochain mouvement contre le Docteur, et non auprès de toi, à…

A quoi? A geindre parce qu'elle lui refusait son amour? Car c'est ce qu'il était en train de faire, tel un amoureux éconduit.

L'idée qu'il ne pouvait pas tomber plus bas le dégoûta. Ses doigts s'enfoncèrent dans la chair de Rose, lui arrachant un gémissement.

— Tu es comme un poison, Rose, ton humanité m'empoisonne! Ça ne peut plus durer…

Ce n'était plus possible, il fallait qu'il en finisse. Il devait se débarrasser d'elle. Peut-être qu'après en regrettant son geste il irait se tirer une balle dans la tête, mais au moins il aurait la paix.

La folie qu'elle lut dans ses yeux lui fit comprendre la dangerosité de la situation. Alors que les mains de son assaillant allaient se refermer sur son cou, elle mordit jusqu'au sang celle qu'il s'était entaillé tout-à-l'heure. Avec un grognement de douleur, il relâcha son étreinte. Elle en profita pour le faire dégringoler du lit et voulut se ruer hors de la pièce. Mais à peine eut-elle le temps de faire quelques pas qu'elle chuta face contre terre, le Maître l'ayant attrapée par la jambe.

— Où crois-tu pouvoir aller? se moqua-t-il en lui enserrant la taille. Nous sommes en plein ciel!

A cet instant, le regard de Rose tomba sur la veste qui gisait près d'elle. Une pointe métallique dépassait de la poche intérieur.

Un furieux coup de coude assené sur les côtes du Maître pour lui faire lâcher prise, puis elle s'empara de l'objet avant de se relever. Souffle court, elle se retourna et pointa le tournevis laser sur le Seigneur du Temps qui se figea.

— Nous y voilà, fit-il avec un sourire féroce.

Sans la quitter des yeux, il se redressa lentement, et elle dut se retenir pour ne pas reculer.

— Tu as enfin l'opportunité de me stopper, Rose. Que vas-tu faire? La saisir?


— Le délire de l'auteur —

Le Maître et Ten n'étant toujours pas revenus, l'auteur est au désespoir et déprime.
Rose ㅡ (venant s'asseoir à ses côtés) T'as essayé de l'appâter avec les bananes?
Asadal ㅡ Quoi?
Rose ㅡ Les bananes. Le Docteur adore ça.
Asadal ㅡ (dubitative) Je sais que nous sommes dans un "délire", mais là, tu exagères un peu, non? Ce cher Docteur n'est tout de même pas un toutou à qui il suffit de tendre un nonos pour le faire accourir.
Rose ㅡ Celle qui ne tente rien n'a rien, tu sais.
L'auteur fait donc surgir du néant un régime de bananes toutes jaunes (on est dans sa tête d'aliénée, tout est possible) et hausse la voix.
Asadal ㅡ Qu'est-ce qui veut des bananes bien mû…
Ten ㅡ (apparait brusquement et s'exclame, tout joyeux) Oh, des bananes!
Le voyant en saisir une et la manger, l'auteur se lève en silence.
Rose ㅡ Où tu vas?
Asadal ㅡ (reniflant) Pleurer un bon coup. C'est vraiment dur de voir son idole tomber de son piédestal.