— Délire de l'auteur —
Jack fait irruption dans l'appartement de l'auteur, plein d'entrain, comme d'habitude. Il y trouve le Maître et le Docteur, qui observent, l'air soucieux, un bébé qui s'amuse à ramper sous la table.
Jack — A qui est-ce? …Ne me dites pas que c'est l'enfant de l'un de vous deux?
Maître — (agacé) Ne soyez pas stupide.
Jack — Celui d'Asadal, alors? Quoique ça me parait bien peu probable, vu qu'elle est célibataire…
Maître — C'est elle.
Jack — (les yeux ronds) Sans blague? Quand est-ce qu'elle a eu un môme?
Ten — Non, il veut dire que c'est vraiment elle. Ce bébé est Asadal.
Jack — (complètement ahuri) Répétez-moi ça?
Ten — (sur un ton las) Tout ça, c'est à cause de la bêtise du Maître. (ignore les protestations outrées de ce dernier) Il s'est énervé, a voulu la tuer avec son tournevis laser… Et voilà le résultat.
Soudain l'auteur retombée en enfance commence à pleurer. Ils s'entre-regardent, paniqués.
Tous les 3 — (hurlent) Qu'est-ce qu'on fait?
Bienvenue à Utopia, cher voyageur.
Venez reposer vos pieds endoloris près de la cheminée glacée.
Que direz-vous d'une boisson bien rouge, pour vous réchauffer le corps?
Une petite faim? Un peu de steak tartare vous ferait-il plaisir?
Oh, ces cris? Ne vous en faites pas.
Ils viennent de la battue qu'on organise pour préparer votre collation.
Ce qu'on chasse? Eh bien, regardez autour de vous, cher voyageur.
Que voyez-vous d'autre, à part ces pauvres hères ayant sombré dans la démence?
Ici, seuls survivent des humains devenus fous, ce qui est mon cas, ne vous en déplaise.
Quoi? La folie et la courtoisie ne s'excluent pas forcément, j'en suis la preuve vivante!
Où allez-vous? Vous n'avez encore rien bu ni mangé!
Ah, vous devez retourner chez vous de toute urgence, c'est cela?
Est-ce la Terre? Bien sûr que je la connais!
Figurez-vous que j'ai récemment reçu la visite d'un agent touristique nommé le Maître: un homme tout à fait charmant!
Et vous savez quoi? Il a gentiment proposé, à moi et mes compagnons, d'aller y faire un tour!
Alors, à très bientôt, cher voyageur. Au plaisir de vous revoir…
Bob
Avec un hurlement de fureur, Ianto tenta de s'arracher du lit, quitte à y laisser son bras entravé. Sans même se concerter, le capitaine et Ross s'approchèrent de chaque côté du prisonnier afin de l'immobiliser, pendant qu'Owen ouvrait le devant de sa chemise et disposait les électrodes.
— Soyez maudit, Docteur! cria-t-il en se débattant comme un forcené. Soyez maudits, tous autant que vous êtes!
Le défibrillateur émit un petit bruit, signe qu'il était chargé et prêt à être utilisé. Tenant les patins dans chaque main, Owen ordonna sèchement:
— Ecartez-vous.
Au moment où Jack et Ross obtempéraient, il appuya les patins contre le torse d'Ianto. Sous l'effet de l'électrochoc, son corps tressauta, avant de devenir inerte.
Biiiiiiiiiiiiiiiiiii
Le visage de marbre, Owen consulta le moniteur de l'appareil et annonça froidement:
— Arrêt cardiaque, à 3 h 05.
OoOoO
Une heure et demie plus tôt…
Sans parler de liesse générale, ce fut dans une ambiance assez bonne enfant qu'Owen et compagnie revinrent à leur cachette. Ils pouvaient se le permettre, après tout. Ils avaient réussi à sauver le capitaine, avec Ianto en prime. C'était une victoire - pas bien grande, certes - mais une tout de même.
Seul Ross ne partageait pas leur humeur joyeuse.
— Ça a été trop facile, finit-il par lâcher au bout d'un morne silence.
Martha, qui marchait devant lui, pivota lentement pour lui faire face et le foudroya du regard.
— Pardon? Facile? Etes-vous certain d'avoir participé au même sauvetage que nous?
— Enfin, s'irrita-t-il, il était clair que nous viendrions sauver le capitaine. Pourquoi le Maître ne s'est-il pas manifesté? C'était l'occasion rêvée de tous nous avoir, pourtant.
Elle fit la moue. Évidemment, vu sous cette angle…
— Parce qu'il était occupé avec moi, fit la voix du Docteur.
Il les attendait près des ordinateurs, le visage fatigué. Celui de Jack s'éclaira comme un sapin de Noël. Il regarda autour de lui, dans l'espoir d'apercevoir quelqu'un de familier.
— Rose n'est pas avec vous?
— Non, soupira-t-il. C'est une longue histoire, capitaine. Je vous la raconterai… Mais nous avons un invité, à ce que je vois?
Ledit invité était Ianto que Jack transportait sur son dos depuis le début. Que ce soit en abandonnant la jeep ou en quittant la fourgonnette, il avait refusé catégoriquement lorsque Ross s'état proposé pour le porter à sa place. Pour un peu, on aurait cru qu'il craignait qu'on le lui vole.
En déchargeant sa précieuse cargaison sur un des lits de camp, il se plaignit à Owen.
— Avec quoi l'as-tu frappé? Il devrait être réveillé, à l'heure qu'il est!
Le médecin ne répondit pas, car il était en train de penser la même chose. Après avoir demandé à Tosh d'apporter son matériel médical, il se pencha pour tâter son pouls.
— Voulez-vous de l'aide? dit Martha. Je fais des études de médecine.
— Dans ce cas, acquiesça-t-il, ce ne sera pas de refus. J'ai besoin d'un prélèvement sanguin. Pouvez-vous vous en charger?
— Là, tu commences à me faire peur. Il n'a rien de grave, au moins?
Ignorant superbement l'inquiétude du capitaine, Owen palpa l'arrière du crâne du patient, à l'endroit où il avait assené le coup. Pas de saignement.
— Dis, Owen…
— La ferme, Jack! Tu me déconcentres!
La violence de sa réaction fit sursauter tout le monde. Tandis qu'il reprenait son examen, Jack le fixa dans l'incompréhension la plus totale. A bien y réfléchir, durant tout le trajet entre la base et ici, le médecin ne lui avait pas une seule fois adressé la parole, en l'évitant ostensiblement. Conclusion: il lui en voulait. Restait à découvrir pourquoi.
— Il n'y a aucune cause apparente qui expliquerait cette perte de connaissance prolongée, grommela Owen. Mais comme on ne sait pas quel genre de manipulation Saxon lui a fait subir… Peut-être que son sang va nous en apprendre d'avantages.
En se retournant, il constata que le capitaine se tenait derrière lui, les bras en croix.
— Quoi? fit-il sur un ton qui était loin d'être chaleureux.
— Tu es en colère contre moi.
— Nooon, tu crois?
— Qu'est-ce qui ne va pas?
— Rien, chef. Tout va dans le meilleur du monde, chef.
— Je vois bien que non, insista-t-il, de plus en plus décontenancé. Que t'ai-je fait?
Comme l'autre se taisait, Jack tenta la plaisanterie.
— Tu n'es pas fâché à cause de ce baiser, si? Parce que si c'est le cas…
Il n'alla pas au bout de sa phrase, brutalement interrompu par Owen qui le bouscula de toutes ses forces.
— Tu nous a laissés tomber!
Il avait hurlé à pleins poumons. Jack recula, les yeux écarquillés.
— Ne fais pas semblant de te soucier de moi ou de Ianto, vociféra-t-il. Tu n'en as rien à cirer, de toute façon! Tu es PARTI, sans un mot, en trimballant cette foutue main dans son putain de bocal! Qu'en as-tu fait, d'ailleurs? Tu tenais beaucoup plus à cette horreur qu'à nous!
Parmi tous ceux qui assistaient à cet éclat, seule Toshiko comprenait ce que ressentait Owen. Jack n'était pas simplement leur leader, il était bien plus que ça. A part Gwen, les membres du Torchwood l'avaient rencontré au moment où leurs vies étaient à la dérive. Tosh avait été mise en prison pour le restant de ses jours, Owen venait de perdre sa fiancée à cause d'un alien, Ianto cherchait désespérément un moyen de faire redevenir humaine sa petite amie Cyberman. Chacun, à sa manière, était un naufragé qui aurait fini par sombrer si Jack ne lui avait pas tendu la main. Alors à son départ inopiné, le sentiment d'abandon n'en avait été que plus grand.
Owen continua à débiter tout un flot de propos décousus, pleins de rancoeur. Jack encaissa, car lui aussi, il avait compris. Au fond, ce déballage tonitruant lui faisait plaisir. C'était la preuve qu'il leur avait manqué.
Lorsqu'il jugea qu'Owen s'était suffisamment défoulé, il le prit dans ses bras. L'autre se laissa faire, à l'étonnement de tous.
— Tu te sens mieux? murmura le capitaine.
— A peine, bougonna-t-il. Tu t'en tires à bon compte avec moi. Je ne pense pas qu'Ianto se montrera aussi indulgent lorsqu'il sera redevenu lui-même.
— Et le plus tôt sera le mieux, affirma le Docteur en tapotant sur les épaules des deux hommes pour qu'ils lui libèrent le passage.
Sur ce le Gallifréen sortit le tournevis sonique et se mit à scanner le corps d'Ianto, pendant que de son côté, Martha effectuait la prise de sang,
— Qu'est-ce que vous faites? voulut savoir Toshiko.
— J'ausculte, Mlle Sato.
— Parce que vous êtes vraiment un docteur?
— Dans tous les domaines possibles et imaginables, répliqua-t-il avec une suffisance qui la rendit pantoise.
— Et aussi inimaginables, renchérit Ross, si les archives de l'UNIT n'exagèrent pas. Alors, avez-vous trouvé ce qui cloche chez lui?
Il s'approcha du lit, vivement intéressé. Selon lui, Ianto avait été manipulé par le Maître, de la même manière que Yumi. Donc s'ils parvenaient à faire retrouver son état normal à l'un, il serait également possible de le faire avec l'autre.
— C'est bizarre… dit le Docteur. Son onde cérébrale est brouillée, comme s'il y avait une deuxième qui s'y superposait…
Songeur, il relevait la tête lorsque son attention fut attirée par le pendentif que Ross avait autour du cou. Le bijou avait une forme pyramidale, qui lui rappelait exactement celle de la bague de Rose.
Alors qu'il était sur le point de l'interroger sur la provenance de l'objet, Ianto s'agita. Puis avec un faible gémissement, il ouvrit les yeux.
OoOoO
Aussitôt Owen réagit en le menottant à la tête du lit. Pour l'instant, c'était un ennemi, et il ne voulait prendre aucun risque.
Le prisonnier ne se débattit pas, se contentant de dévisager un à un ceux qui l'entouraient. Il n'avait pas d'expression. On aurait dit un robot fait de chair et de sang.
Personne n'osait parler, ne sachant pas trop par quoi commencer. Ce fut le Docteur qui rompit le silence pesant, en lançant avec légèreté.
— Vous me connaissez, pas besoin de me présenter donc. Mais vous, qui êtes-vous?
La réponse fut immédiate.
— Ianto Jones.
— Non, non. Ça, c'est le nom de l'enveloppe que vous avez empruntée. Moi, ce qui m'intéresse, c'est d'entendre le vôtre.
Interloqués, tous se mirent à exiger des explications, créant un brouhaha qui fit grimacer le Seigneur du Temps. Il tenta plusieurs fois de ramener de l'ordre avec des "chut" et des "du calme", mais voyant que cela ne marchait pas, il haussa la voix au point de couvrir celle des autres. En d'autres termes, il cria.
— TAISEZ-VOUS!
Et de savourer l'effet produit.
— …Voilà qui est mieux. Maintenant, laissez-moi mener cette interrogatoire, et si vous avez des questions, ce sera chacun son tour, c'est clair?
Satisfait de leur acquiescement muet, il crut bon de donner quelques précisions.
— Il y a deux âmes dans ce corps, surchargeant son cerveau, ce qui explique la lenteur avec laquelle il est sorti de son évanouissement. Et ce n'est sûrement pas votre ami qui tient les commandes. …N'est-ce-pas, Mr l'inconnu? Alors, votre nom?
L'interpellé ne perdit pas son impassibilité, c'en était presque agaçant.
— Il ne vous dirait rien.
— D'accord… Dans ce cas, je vais vous appeler Bob. Dites-moi, Bob, juste histoire de se montrer complaisant, pourriez-vous me renseigner quel but vous poursuivez?
— Mon but est le même que celui du Maître. Ma volonté lui appartient.
Le Docteur soupira avant de le regarder droit dans les yeux.
— Quoi qu'il vous ait promis en échange de votre loyauté, vous ne l'obtiendrez pas. Je le connais: c'est un menteur et un manipulateur.
— Et je vous connais, Docteur. Vous êtes celui qui nous a envoyés à la mort.
L'accusation fit ciller le Gallifréen, toutefois il continua sur le même ton.
— J'ai fait bien des choses à bien des gens. Et il m'en faudrait davantage pour deviner votre identité… Oui, Toshiko? Vous n'avez pas besoin de lever la main, vous n'êtes plus une écolière.
En la baissant, l'asiatique demanda avec timidité:
— Pourquoi l'appeler Bob?
Puis elle rougit, sentant s'appesantir sur elle le regard des autres.
— Quoi? Ça m'intrigue, c'est tout.
— Mais on se fiche de son nom! s'exaspéra Owen. C'est un alien, c'est ça? Une créature venue du fin fond de l'espace a pris possession de Ianto?
— Non, réfuta le Docteur. Nous avons affaire à un humain. Il y a trop de similitude entre les deux ondes cérébrales pour qu'il en soit autrement.
— Une espèce de fantôme, murmura Martha.
— Ou un être qui aurait été psychogreffé, corrigea le Gallifréen, en songeant au cas de Lady Cassandra. (voir note de l'auteur 1) Oui, il serait beaucoup plus logique de penser à un transfert de conscience d'un corps à un autre.
Jack se mit immédiatement sur ses gardes. Quand il était agent du Temps, il lui était arrivé de rencontrer certaines personnes qui à travers ce procédé interdit avaient cherché à atteindre l'immortalité.
— Attention, siffla-t-il. Il peut très facilement se déplacer dans le corps de l'un de nous.
Alors que tous reculaient d'un pas, le Docteur les rassura.
— Il en est incapable, capitaine. Sinon il l'aurait déjà fait, vous vous en doutez. Et à ma connaissance, il n'y a que deux choses qui peuvent empêcher cela. L'état d'ébriété est l'un d'eux, or il n'est pas ivre. Donc il ne reste que l'autre possibilité: une trop grande discordance temporelle. Il vient d'une époque si éloignée de la nôtre que…
Soudain, il s'arrêta.
Un Seigneur du Temps fonctionnait à l'intuition. Et une de ces fulgurantes intuitions venait de lui traverser l'esprit.
Bob n'était pas du 21 ème siècle, il était probablement du futur, d'un très lointain futur, amené là par le Tardis… qui bloqué par ses soins ne pouvait se rendre qu'à deux destinations: soit sur la Terre d'aujourd'hui, soit…
Oh, non…
Et je vous connais, Docteur. Vous êtes celui qui nous a envoyés à la mort.
Le voyant pâlir, Ross s'inquiéta.
— Qu'y-a-t-il, Docteur?
Il ne répondit pas, accaparé par son raisonnement.
Dans l'Univers arrivé à terme de son cycle, trop froid pour abriter la moindre étoile… Les derniers représentants de l'Humanité, refusant de se courber face à la fatalité et luttant pour leur survie… Alors admiratif de leur courage il avait aidé à la mise à feu de leur fusée… Et ils étaient partis… Vers Utopia…
Vous êtes celui qui nous a envoyés à la mort.
…Vers l'espoir il les avait envoyés, pas vers la mort!
— Qu'est-ce que vous faites ici? fit-il d'une voix blanche. Vous devriez être à Utopia.
Ce fut comme si un masque tombait. Les traits de Bob se déformèrent subitement, passant de la placidité à une rage indicible en un battement de cils.
— Utopia! hurla-t-il sous le regard médusé de tous.
Il voulut se jeter hors de son lit. Il y serait probablement parvenu sans les menottes qui retenaient un de ses poignets.
— C'est l'enfer qui nous y attendait, Docteur! Un enfer fait de glace, de désespoir, et de sang! Le sang avec lequel nous étanchions notre soif, la chair avec laquelle nous calmions notre faim!
Il eut un rire horrible, entrecoupé de sanglots. Puis de sa main libre, il agrippa le devant de la chemise du Gallifréen et tira dessus d'un coup sec. Alors que Jack et Ross se précipitaient pour les séparer, leurs fronts se frôlèrent.
Et le Docteur entrevit la damnation à laquelle il les avait condamnés sans le vouloir.
Dans un état second, il ne sentit ni les gestes du capitaine, ni ceux de Ross qui s'efforçaient de faire lâcher prise à son agresseur. Il n'entendit ni la question d'Owen à propos de ce qu'était Utopia, ni la réponse balbutiante de Martha choquée par une telle révélation. Il ne voyait que les yeux de Bob, reflétant l'atrocité des souvenirs qu'il avait perçus au cours de cette brève plongée dans son esprit dément.
— Je ne savais pas, murmura-t-il.
L'ignorance ne constituait pas une excuse, toutefois c'était la seule qu'il pouvait lui fournir.
— Je ne savais pas, répéta-t-il.
Que le Gallifréen soit aussi ébranlé alarma Jack. Cela n'annonçait rien de bon. Comme si la situation n'était pas assez mauvaise comme ça…
— Expliquez-nous, Doc. A quoi joue le Maître? Que cherche-t-il à faire?
Le projet New Eden… Si jamais il se réalise, la Terre deviendra alors un nouvel Utopia…
— Faire de cette planète un nouvel Utopia, souffla-t-il.
— Comment?
Le Tardis… Les voix des damnés sont en train de le rendre fou…
— En psychogreffant les consciences des humains du futur sur les six milliards de Terriens.
OoOoO
Un silence de plomb s'abattit dans la pièce.
Martha sentit son coeur se serrer. Tous ces gens qu'elle avait vus dans la fusée, impatients de partir pour ce qu'ils croyaient être leur salut, allaient-ils partager le même sort que Bob? Et ce garçon, qui pensait que là où ils allaient le ciel était fait de diamants, qu'en était-il de lui? Avait-il déjà été psychogreffé? Ne l'était-il pas encore?
— Quel intérêt Saxon aurait-il de faire un truc pareil? s'interrogea Toshiko, dépassée par l'ampleur du désastre qui s'annonçait.
Toute la population terrienne, transformée en réceptacles pour les âmes des humains du futur… Elle avait envie de vomir.
— Il obtiendrait une immense armée, répondit le Docteur, sans quitter Bob des yeux. Constituée de soldats qui partageraient sa folie, et qui le suivraient dans ses délires destructeurs.
En entendant cela, le visage de Bob s'illumina.
— Nous mettrons l'Univers à feu et à sang, psalmodia-t-il avec une avidité qui les fit tous frémir. Nous sèmerons la désolation et le chaos partout où le Maître nous conduira. Et ce ne sera qu'une juste compensation, Docteur, de ce que nous avons dû subir par votre erreur de jugement!
Dès qu'il se tut, le Gallifréen lâcha sur un ton profondément affligé.
— Je suis désolé.
— C'est trop tard, railla Bob, l'air mauvais. Regretter ne changera rien au fait que je suis devenu ce que je suis par votre faute.
— Je suis désolé.
— J'ai dit: trop tard.
— Non, je suis désolé pour ce que je m'apprête à faire, déclara le Seigneur du Temps avec fermeté.
Martha le fixa avec stupeur. Il semblait s'être repris, et affichait une expression qui ne plut pas du tout à la jeune femme, pour la bonne raison qu'elle ne la connaissait que trop bien. Elle était inexorable, comme la fois où il avait décidé de la punition à infliger à la famille du sang. (voir note de l'auteur 2)
— Mr Harper, avez-vous d'un défibrillateur cardiaque? dit-il de manière abrupte à l'adresse du médecin.
— Oui, pourquoi?
— Apportez-le ici.
Déconcerté, Owen consulta du regard Jack, qui se tourna vers le Gallifréen.
— Que comptez-vous en faire?
— Nous allons tuer Mr Jones.
— Quoi! s'exclama Martha.
Cris. Protestations. Nullement perturbé, il attendit que la tempête qu'il venait de provoquer se calme avant d'ajouter.
— Sans l'appareil à depsychogreffe, seule la mort peut contraindre Bob à abandonner le corps de son hôte. Nous allons donc arrêter son coeur, juste le temps de se débarrasser de l'indésirable, avant de le réanimer.
— Ianto pourrait en mourir, avança Owen.
— C'est un risque à courir.
— Jack, tu ne vas pas le laisser faire ça! s'insurgea Tosh.
Le capitaine, qui n'avait pas bronché en entendant la solution proposée par le Docteur, se contenta de demander, la mine indéchiffrable.
— Est-ce l'unique moyen?
— J'en ai bien peur, Jack.
— D'accord. Owen, le défibrillateur.
Le ton qu'il adopta était si péremptoire que plus personne n'osa soulever d'objection.
Alors que le médecin procédait aux préparatifs, Bob commença à s'agiter, avec un regard brûlant de haine en direction du Docteur. Ce dernier le soutint, sombre mais résolu.
— Vous ne pouvez pas faire ça, cracha-t-il.
— Si, je le peux. Et je le dois.
— M'obliger à quitter ce corps équivaut à une exécution… Vous êtes en train de vous arroger le droit de la vie et de la mort!
— Vous n'êtes pas en vie, Bob. Martha avait raison: vous n'êtes qu'un fantôme, une ombre, appartenant à un avenir non encore advenu dans ce présent-ci. Un présent que je dois préserver.
Il se cache derrière les mots, songea tristement Martha, remarquant qu'il serrait les poings à s'en blanchir les jointures. Derrière cette impitoyabilité apparente, il souffrait de la décision qu'il avait dû prendre. Et elle pria le ciel de pouvoir arrêter le Maître avant qu'il ne mette son plan à exécution, sinon il aurait à se confronter à un choix plus terrible encore.
Avec un hurlement de fureur, Bob tenta de s'arracher du lit, quitte à y laisser son bras entravé. Sans même se concerter, le capitaine et Ross s'approchèrent de chaque côté du prisonnier afin de l'immobiliser, pendant qu'Owen ouvrait le devant de sa chemise et disposait les électrodes.
— Soyez maudit, Docteur! cria-t-il en se débattant comme un forcené. Soyez maudits, tous autant que vous êtes!
Le défibrillateur émit un petit bruit, signe qu'il était chargé et prêt à être utilisé. Tenant les patins dans chaque main, Owen ordonna sèchement:
— Ecartez-vous.
Au moment où Jack et Ross obtempéraient, il appuya les patins contre le torse de Bob. Sous l'effet de l'électrochoc, son corps tressauta, avant de devenir inerte.
Biiiiiiiiiiiiiiiiiii
Le visage de marbre, Owen consulta le moniteur de l'appareil et annonça froidement:
— Arrêt cardiaque, à 3 h 05.
Note de l'auteur — (1) fait référence au tout premier épisode de la saison 2. Et (2) aux épisodes de la saison 3 où le Docteur devient humain grâce au caméléonisateur. Je précise, juste au cas où.
Je ne suis pas médecin, alors j'ignore si cette histoire de "arrêter le coeur avec un électrochoc et le faire repartir avec un autre" est réalisable. Si vous avez de meilleures connaissances que moi en la matière, surtout n'hésitez pas à me faire des remarques, je les accepte avec plaisir.
Bon courage à tous ceux qui passent les épreuves du bac ou autres exams. Je leur dis merde!
Et de gros bisous à Angel-sama, ainsi qu'à tous ceux qui me lisent…
