Le jour où la Terre mourut


Dans la cour d'un lycée situé à l'Ouest de Londres, une adolescente âgée de 15 ans environ était assise sur un banc, une cigarette allumée entre les doigts. Les yeux rivés sur le ciel grisâtre, elle exhala un long filet de fumée, sans qu'un professeur ou autre adulte ne vienne la réprimander… pour la bonne raison qu'il n'y avait plus de corps enseignant dans cet établissement. Ni d'élèves, d'ailleurs. Elle était seule.

— Qu'est-ce que je fous ici… soupira-t-elle.

Pourtant elle connaissait la réponse à cette question. Elle n'avait plus de chez elle, depuis que ses parents étaient devenus bizarres. Plus que bizarres… fous. Et il n'y avait pas qu'eux. Ses amis, ses voisins, et mêmes les inconnus, dans la rue… Tous semblaient avoir perdu la tête. Tous, sauf elle. Elle ignorait pourquoi elle faisait partie de l'exception, mais elle aurait préféré qu'il en soit autrement. Il n'y avait rien de réjouissant dans le fait d'être normale quand tout le reste ne l'était pas.

Elle tira une nouvelle bouffée de nicotine, songeant à ces 3 dernières semaines qu'elle venait de vivre. C'était comme si elle était tombée dans un trou de lapin ou passée à travers le miroir. En se réveillant un matin, elle s'était retrouvée dans une réalité qui n'était pas la sienne, peuplée d'êtres vides à qui tout semblant d'émotions avaient été anesthésiées. Plus de joie, ni de tristesse, ni même de colère… Rien que de l'impassibilité. Et le silence.

C'était cela, le pire. Les gens ne se parlaient que pour se transmettre des instructions dont la plupart lui était incompréhensible. Elle n'aurait jamais cru qu'un jour échanger des banalités deviendraient un luxe. Des "Salut.", des "Comment vas-tu?", "Que fais-tu ce weekend?", "Il y a un boom, samedi.", "Non, pas de sortie tant que tes notes seront ce qu'elles sont!", "Maman, tu me fais chier!"…

Le mégot lui échappa de la main qui s'était mise à trembler en même temps que ses lèvres. Les engueulades avec sa mère lui manquaient. Ainsi que la voix de son père lui assénant une leçon de moral. Papa et maman lui manquaient, putain!

Refoulant les larmes, elle sortit une autre clope de sa poche. Hors de question de chialer, elle n'était plus une gamine…

— Tu es trop jeune pour fumer.

Sous le choc, elle demeura bouche bée devant l'homme qui avait surgi de nulle part pour se tenir en face d'elle. Avec un soupir, il lui ôta la cigarette des doigts avant de s'asseoir à ses côtés.

— Je peux?

— Vous… bafouilla-t-elle. Vous êtes normal!

— Tu es bien la première à me considérer comme tel, sourit-il. Généralement, les humains me traitent de cinglé.

Elle le scruta de la tête au pied, essayant de deviner ce qu'il était. Mais à part son goût vestimentaire qu'elle jugea déplorable, elle ne trouva rien qui puisse l'aider à le découvrir.

— Vous êtes qui, au juste? Comment se fait-il que vous n'ayez pas été zombifié?

Zombifié. Apparemment amusé par le terme, il lui montra le pendentif d'une forme pyramidale qu'il portait au cou.

— J'ai été protégé par ceci. Quant à toi, tu dois y être naturellement immunisée, comme le sont quelques milliers de personnes sur cette planète.

— Parce qu'il y en a d'autres dans mon cas? Attendez… Vous, vous êtes au courant de ce qui se passe!

L'immense soulagement de savoir qu'elle n'était définitivement pas seule, ajouté au fait que c'était la première conversation qu'elle tenait depuis ce qui lui parut être une éternité, fit céder le barrage qu'elle s'était érigé. Des gouttes salées se mirent à couler sur ses joues sans qu'elle se rende compte. Mais son interlocuteur s'en aperçut.

— Je suis désolé, dit-il sur un ton profondément navré. J'imagine à quel point ça a dû être difficile pour toi…

— Mais je ne veux pas que vous soyez désolé!

Elle bondit sur ses pieds et resta plantée devant lui, les poings sur les hanches.

— Faites quelque chose! Qui que vous soyez, et si vous en êtes capable, débrouillez-vous pour que les gens redeviennent comme avant! Je le ferai, moi, si seulement je savais quoi faire!

Ces paroles, débitées à toute vitesse dans une attitude pleine de défi, contrastaient étrangement avec son visage éploré.

Décidément… pensa-t-il, les yeux écarquillés. Les humains le surprendraient toujours.

Cela faisait des dizaines de jours qu'il se téléportait à divers endroits de la Terre, traqué partout où il allait, puisque cette fois, il avait littéralement le monde entier contre lui. Pas un instant de répit ne lui avait été accordé, tandis qu'il fuyait sans relâche les psychogreffés qui le pourchassaient sur les ordres du Maître.

Et maintenant qu'il arrivait au bout de sa course, et que la confrontation avec son frère égaré était imminent… Il était fatigué, si fatigué… ne se sentant pas du tout prêt pour l'acte final qui l'attendait. Car il allait être terrible…

Et voilà qu'une fille tout-à-fait ordinaire, ayant dépassé à peine 15 printemps, l'exhortait de faire quelque chose s'il en avait le pouvoir. Qui en la voyant pourrait croire qu'elle vivait présentement l'expérience la plus effroyable de son existence?

— Tu t'appelles… ? demanda-t-il.

— Violette Tyler.

Un nom qui le fit sourciller.

— Est-ce que tu ne serais pas parent avec Rose Tyler?

— Qui?

— Non, rien.

Il se leva et lui tendit un mouchoir d'un geste solennel. Elle le prit, un peu étonnée.

— Eh bien, ma chère Violette, je ferai ce que je peux.

— Tout ce que vous pouvez faire, Docteur, c'est de nous suivre sans faire d'histoire…

La voix glaciale avait précédé les soldats qui surgissant de derrière les bâtiments et clôtures, se déversèrent dans la cour. Parmi eux était Yumi Tanaka, qui sur un signe de la main fit mettre Violette en joue.

— …Ou elle mourra.

Terrifiée, l'adolescente agrippa machinalement le Docteur par la manche de son manteau. Celui-ci répliqua calmement.

— Il est inutile d'employer la menace. Je viens.

Puis il se dégagea avec douceur de l'étreinte de la jeune fille, tout en lui chuchotant:

— Tu veux bien me faire plaisir? Rentre chez toi.

Elle le dévisagea un moment avant de murmurer à son tour.

— Je n'en ai plus.

Il lui adressa alors un bref sourire. Incrédule, elle sentit naître en elle un espoir insensé.

— Violette, répéta-t-il tout bas, rentre chez toi.

C'était à ne rien y comprendre, elle ne le connaissait même pas. Pourquoi lui inspirait-il une telle confiance? Comme s'il suffisait de retourner à la maison pour que tout s'arrange… Quelle absurdité! Pourtant…

Elle acquiesça.

Immobile, elle le regarda s'avancer d'un pas tranquille vers les hommes armés, et encadrés de ces derniers, sortir de la cour du lycée. Elle attendit qu'il eut disparu de son champ de vision pour bouger.

Rentre chez toi.

Au début elle marcha. Puis très vite, elle courut.

Elle rentrait chez elle.

OoOoO

— Tu devrais aller te faire belle, ma chère. Accueillons-le comme il se doit.

Docile, la blonde jeune femme s'éclipsa du pont principal. Le Maître ne la regarda même pas partir, absorbé par ses réflexions.

La partie s'achevait. Le jeu avait duré moins longtemps que prévu, c'en était presque décevant. Le Docteur devait se faire vieux. Bien sûr, privé du Tardis et de ses compagnons, il ne lui restait plus grand chose pour lui résister. Le bracelet de l'agent du Temps? Il aurait pu s'en servir pour fuir. Loin de cette époque, loin de la Terre. Mais il ne l'avait pas fait. Et s'il l'avait fait, le Maître aurait été le premier surpris.

Et maintenant qu'il l'avait à sa merci, qu'allait-il faire de lui?

Le garder prisonnier, et le torturer… en l'obligeant à suivre étape par étape la transformation de sa planète chérie en une immense base militaire, prête à déclarer la guerre à l'Univers entier. En spectateur impuissant, qu'il le voie tout mettre à feu et à sang, par la main même de cette race dégénérée qui lui tenait tant à cœurs. Jusqu'à ce que soit établi un nouvel empire, le sien, plus puissant que ne serait jamais celui des Daleks, et qui perdurerait au-delà du temps qui avait été accordé à Gallifrey.

Et puis… qui sait? Le temps aidant, il se pourrait - bien que la possibilité soit infime - qu'ils finissent par trouver une sorte de terrain d'entente. N'avaient-ils pas été amis, après tout? Des amis très proches. Sous des siècles de haine il y avait encore quelques relents d'amitié pour que le Maître hésite à tuer le Docteur.

Enfin, c'est ce qui se serait probablement passé… s'il n'y avait pas eu Rose.

Elle était devenue pour lui une véritable obsession. Impossible de la sortir de la tête, au point que cela le ralentissait dans la construction des convertisseurs du trou noir, indispensables pour se lancer dans la conquête de l'Univers. C'est pourquoi il était décidé à la dépsychogreffer. Comment? Il découvrirait bien un moyen. Seulement, à quoi cela lui servirait-il, puisque malgré l'amnésie elle n'avait cesse d'être attirée par l'autre Seigneur du Temps?

La conclusion s'imposait d'elle-même: le Docteur devait mourir. Une fois ce dernier écarté de manière définitive, le Maître aurait alors toute la vie devant lui pour amener Rose à l'aimer. Et quand il parlait de la vie… Il ne pensait pas à celle d'une humaine normale, qui excédait à peine quelques décennies. Mener à terme l'expérience de Lazarus était largement à sa portée. Quelle femme repousserait celui qui lui offrait la jeunesse éternelle?

Il allait être un Dieu. Il lui fallait une Déesse pour se tenir à ses côtés, et non une mortelle qui se fanait en un clignement de l'oeil.

— Il est ici, Maître.

A ces mots, les lèvres du Gallifréen se retroussèrent en un sourire carnassier.

Navré, Theta. Entre elle et toi, le choix est vite fait.

Il était temps de terminer la partie… en un magistral échec et mat.

OoOoO

Démesuré à l'image de son créateur. C'est l'impression qu'eut le Docteur en montant à bord du Vaillant. Cependant, il devait admettre que ce vaisseau était une merveille de la technologie, couplant judicieusement celle de la Terre et du Gallifrey. Cela démontrait une fois de plus que quand Koschei décidait de faire quelque chose de constructif, il le faisait bien. Si seulement il avait employé son intelligence non pas à détruire ou à dominer, mais à créer, à améliorer… Tout aurait pu être différent. Malheureusement, des "si" ne suffisaient pas pour changer la réalité.

Le Maître l'attendait dans la salle de contrôle, dédaigneusement appuyé contre la rambarde.

— Je me souviens encore, Docteur, de la bataille d'Hyperelis. D'une main tu faisais imploser un quasar, tandis que de l'autre tu empêchait deux étoiles d'entrer en collision. Tu m'avais époustouflé, à l'époque.

Tanaka lui remit le bracelet temporel pris au Docteur. Il le considéra un moment avant de l'empocher.

— Mais regarde-toi, aujourd'hui. Trois semaines à cavaler sur toute la planète comme un vulgaire fugitif… pour finalement ne récolter que du vent. Car tu n'as pas trouvé ce que tu cherchais, n'est-ce-pas?

Le Docteur ne pipa mot. L'autre le toisa avec un air suffisant avant de poursuivre.

— J'ai consulté les archives de l'UNIT, tu sais. Leur projet sur l'arme absolue contre les Seigneurs du Temps n'a jamais abouti. Tu l'aurais compris, toi aussi, si tu avais approfondi tes recherches au lieu de te mettre à visiter tous leurs anciens laboratoires. Kssss….

Avec un claquement de langue, il secoua la tête de manière théâtrale.

— Quel dommage… Tu ne pourras pas me tuer.

A cet instant, une des portes de la salle coulissa, livrant le passage à Rose qui accapara immédiatement l'attention des deux Gallifréens. En l'apercevant, le Docteur eut l'idée incongrue qu'elle n'avait jamais porté que des jeans ou des mini-jupes quand elle voyageait avec lui, sans doute pour ne pas être gênée pour courir. Elle était enveloppée à présent d'une robe épousant parfaitement sa silhouette, dont la blancheur ivorine n'était pas loin de rappeler celle d'une mariée… ou d'un linceul, si on tenait compte de ses yeux éteints. Le regard du Docteur se durcit, tandis qu'elle allait se placer placidement aux côtés du Maître.

— Est-ce de la jalousie que je lis sur ton visage, Docteur?

Des propos qui s'accompagnèrent d'un baiser sur la joue de la jeune femme. Tout cela semblait se prêter aux badinages, mais sa voix aussi tranchante que la lame d'un couteau prouvait le contraire.

Le Docteur inspira profondément avant de parler enfin.

— Jaloux? Non, pas du tout.

Ce n'était pas la jalousie qui l'animait. Plutôt une sourde colère de voir Rose dans cet état. Mais ce n'était guère le moment de perdre son sang froid.

— Je constate simplement que tu es incapable d'aimer.

Les yeux du Maître se réduisirent à deux fentes. En contournant la rambarde, il descendit une par une les marches de la plateforme sur laquelle il se tenait.

— Parce que tu penses avoir été meilleur que moi en ce domaine? railla-t-il. D'après les données du Tardis, tu n'as absolument rien fait quand elle a été aspirée par le Void, et ce n'est que pur hasard si elle n'en est pas morte. Tu l'as laissée tomber, Docteur. Oh, mais j'oubliais. C'est ta spécialité, non? D'abandonner les gens que tu prétends chérir en cours de route.

Les gardes s'écartèrent lorsque leur chef se rapprocha de leur prisonnier.

— C'est ce qui est arrivé à Sarah Jane… A ce Jack Harkness…

— A toi, compléta le Docteur avec un soupir.

A ces mots, le Maître tressaillit. Il saisit à deux mains la tête de son interlocuteur et planta son regard dans le sien. 700 ans s'effacèrent d'un coup. Redevenus Theta et Koschei, ils se revirent dans ce hangar où l'un volait un Tardis pour quitter Gallifrey, pendant que l'autre le priait de…

— Je t'avais dit… chuchota-t-il douloureusement sur un rythme saccadé. Je t'avais supplié de m'emmener avec toi… Et de ne pas me laisser en compagnie de ces guérisseurs qui me torturaient…

— Ils te soignaient, Koschei. Tu souffrais d'hallucinations auditives.

Ta da da dam

— Les roulements de tambour existent!

Ta da da dam… Ta da da dam…

— Ils sont réels… Pourquoi refuses-tu de me croire? Rose m'a cru, elle!

Ta da da dam… Ta da da dam… Ta da da dam…

— Et en guise de remerciement, tu l'as privée de son âme pour ne garder d'elle qu'une coquille vide.

Le Maître le lâcha vivement et recula. Faisant mine de chasser un grain de poussière imaginaire de sa veste, il marmonna:

— Excuse-moi d'avoir évoqué le passé. De savoir la fin imminente m'a rendu quelque peu nostalgique.

Il fit un signe à Rose qui vint le rejoindre.

— Car c'est la fin, Docteur. Ta fin, dispensée par la main-même de celle que tu as aimée. Le genre de mort rêvée pour un romantique aussi incorrigible que toi.

Il prit de sa poche le tournevis laser et le confia à la jeune femme.

— Tue-le, très chère. Et rappelle-toi. Deux tirs, un dans chaque coeur.

Obéissante, elle pointa l'arme mortel sur le Docteur, sans trahir la moindre émotion.

OoOoO

Le temps suspendit son cours pendant que toute l'assistance guettait le geste fatal de la jeune femme…

…Qui ne vint pas. Au lieu de quoi, elle pivota pour braquer l'arme sur le Maître et déclara avec lassitude.

— Vous êtes vraiment impossible, Docteur.

Elle avait parlé d'une voix étrangement chorale, sans une once d'accent. L'un des Gallifréens la dévisagea avec une stupéfaction proche de l'hébétude, tandis que l'autre souriait ouvertement.

— Rose, est-ce toi? finit par balbutier le Maître.

— Pas tout à fait, répondit gaiement le Docteur. Je te présente le Méchant Loup. Ou la Fée des Neiges. Ça fait plus jolie.

— Oui, et qu'auriez-vous fait si je n'étais pas intervenue? …Non, que personne ne bouge.

Elle arrêta un début de mouvement de la part de Tanaka et des gardes en se rapprochant de celui qui lui servait d'otage, avant de poursuivre avec un certain agacement.

— Si je n'avais pas repris le contrôle de ce corps, à l'heure qu'il est, vous seriez mort, Docteur.

— Peut-être. Mais cela n'aurait rien changé. Et faites-moi plaisir, cessez de le menacer. Nous n'en avons pas besoin.

Elle le fixa un moment comme pour juger s'il était sérieux ou pas. Puis avec un haussement d'épaules, elle baissa le tournevis. L'un des gardes s'empressa de la désarmer.

Revenu de sa surprise, le Maître était maintenant blême de fureur. Être pris au dépourvu ne lui avait jamais réussi. En s'efforçant de comprendre la situation, il regarda tour à tour Rose et le Docteur. Ce dernier avait repris son air grave.

— Jamais je ne pourrais te tuer. Tu le sais, Koschei.

L'interpellé fit un pas en arrière, lui décochant un regard venimeux.

— Si mon but avait été de te supprimer, continua-t-il avec douceur, je ne me serais pas fatigué à courir après une arme fictive. Il aurait suffi que je trouve un moyen de blesser tes deux coeurs en même temps… comme tu t'apprêtais à faire à l'instant.

Ignorant le "Très juste" murmuré par la jeune femme, le Maître riposta avec rage.

— A quoi rimait alors tous tes déplacements? Faisais-tu du tourisme?

— Je détournais ton attention.

— De quoi?

En guise de réponse, le Docteur consulta sa montre. Midi pile. Parfait. Il avait toujours eu le sens du timing.

— Vous feriez mieux de vous asseoir, conseilla-t-il en direction de Rose.

A peine eut-elle répliqué un "Pardon?" décontenancé qu'elle tourna de l'oeil. Le Docteur, qui s'y attendait, la rattrapa avant qu'elle ne tombe et l'allongea sur le sol avec précaution.

— Désolé de vous faire subir ça, fit-il sur un ton d'excuse.

Il n'y avait pas qu'elle qui avait perdu connaissance. Tous les membres de l'équipage, sans exception, s'étaient effondrés comme un seul homme, plongeant la salle de contrôle dans un silence de mort.

— Qu'est-ce-que ça signifie? cracha le Maître.

Complètement dépassé par les événements, il suivit les gestes de l'autre Seigneur du Temps qui vérifiait le pouls de Rose.

— Je les ai tués, lâcha-t-il, laconique.

Entendre prononcer une telle phrase par la bouche du Docteur exerça une fascination presque malsaine sur le Maître, dont le cerveau refusa d'assimiler la signification de ces paroles.

— Comment ça, tu les as tués? Tous ceux qui sont à bord?

— Pas seulement.

Le Docteur se releva et fit face au Maître, qui ne put retenir un frisson devant son calme inquiétant.

— Je viens de tuer tous les humains de la Terre.


Entre le présent et un lointain futur
Il m'a fallu faire un choix, et je l'ai fait
Me rendant coupable d'un nouveau génocide
D'une ampleur effarante, venant alourdir
La liste de mes crimes déjà si longue

Des milliards de vies fauchées en une seconde
De pauvres âmes perdues, qui iront rejoindre
Celles des Seigneurs du Temps que j'ai damnés avec les Daleks

Je contemple mes mains tachées de sang
Et j'en souffre… Pourtant je le referais
Si la nécessité m'y oblige, si c'est l'unique moyen
De préserver ce monde, cette Terre, cette réalité
Qui t'as fait naître et fait de toi ce que tu es
…Ma Rose bien-aimée.


Note de l'auteur — Encore un poème déprimant qui vient clore ce chapitre… Je ne peux m'empêcher de coller une image sombre et torturée à Ten, c'est étrange, non?
Merci à tous les reviewers, à Angel-sama, et autres lecteurs anonymes de continuer à suivre cette histoire. C'est l'été, j'espère que vous en profitez pleinement!